‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sûreté générale, ou, Mémoires (inédits) de Sénart, agent du gouvernement révolutionnaireChapitre 86 sur 117 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Malheurs de Bordeaux. — Oppressions, horreurs^, cruautés , barbarie, persécutions exercées contre les citoyens de Bordeaux. — Famine , désolation à Bordeaux. — Ramas de brigands égorgeant les citoyens de Bordeaux.-r-Désarmement , ' spoliation de la garde nationale de Bordeaux. — Armée et garde prétorienne du représentocratey oppresseur de Bordeaux. — Dissolution de la réunion de la jeunesse de Bordeaux occupée aux travaux publics ; — Sa punitfon pour avoir travaillé pour les besoins du peuple pendant la disette.

— Le tyran représentocrate annonçant le produit des travaux de la guillotine. — Taxes révolutionnaires , exactions, concussions. — Bureau tenu par la prostituée Cabarus pour vendre les mises en liberté et les lettres de grâce. — Barbarie du représentocrate qui fit placer, à Bordeaux, la guillotine sous ses fenêtres , comptant les tètes tombées et celles à tomber. —^ Prisons remplies de victimes entassées.

— Détenus réduits à coucher sur du fumier. — Détenus privés des alimens et des secours de leur famille. — Détenus réduits à rester dans la boue. — Détenus privés de véteraens. — Détenus auxquels on refuse jusqu'au recueil de leurs pièces justificatives et moyens de défense. — Accaparement, séquestres du numéraire par le représentocrate, à Bordeaux et aux environs. — Commerce détruit à Bordeaux.

— Arrestation en masse des négociant de Bordeaux. — . Guillotine permanente à Bordeaux. — Suspension des suites

d'affaires du commerce à Bordeaux par le représentocrate.

— Propositions exécrables par lé représentocrate , en harangue publique, d'arroser de sang les arbres de la liberté.

— Loi agraire prèchée et propagée par le représentocrate.

^O MEMOIRES ne SBflAfiT.

— Maximes abominables du représentocrate , aflSlcbées à Bordeaux, par lesquelles il prétend qae les vertus lép^blicaines sont étrangères aux vertus de l'humanité. — Familles désolées et menacées de la moit par le tyran pour avoir demandé justice. — Arrêt de mort prononcé par le lyrai), sans autres motifs que parce que le détenu était bamme de loi. — Inconcevables et odieuses app'obatiops df la conduite du représentocrate h Bordeaux ^ félicité 4'éjturer militairement la ^«énératipn de cette ville. — * CJiar de triomphe traîné dans Içs rnes de Bordeaux ^ et présentant à la vue du peuple le tyx^n représentocrate p et à côté de lui une femme prostituée costumée en déesse à bonnet rou|^e.

— Le Igrran représentocrate montant dans les tribunes des sociétés populaires Iç sabre nu ^Is^ main , et préchant la guerre du pauvire contre le riche. — Acharnement du représentocrate à poursuivre jusques à Ifi/mort les députés du peUple qu'il appelait girondins. — Sommes dépensées, à cet effet, contre. eux- — Supplice et mort méritée des agens du tjran représentocrate. — Péci9iQn obscure et immorale du représentocrate, qui Uvre à des mains étrangères une jeune fiUe qu'il avait arrachée à ses. païens. i— Suite de^ malheurs de Qordeaux; succession au trône du tyran d'un régent commissaire à bretet illimité. — Ses ppinions , sçb exprès-^ «Qna inhumaines et sanguiuaites. — Ses déréglemens. — Sa conduit^; Tubage qu'il fait de ses pouvoirs. ^- Ses actes ^t ses fonctions-

CsDT ici^ à la saiiô du rëeit da des^tisme de

MM. les jacobins^ de leurs émissaires extérieurs et

' des uUra-révplutionnaires^ qi^e Ton doit représenter

Tallien sous ses di^Téreates faces^ l\ ç^ indistpen-

sable de faire cQiiiaaitre oq casniéléon {Mplîtique; il

CttAJ»IT&^ XVII. ^Oï

est temps de déjouer 6a pèitidiè. Lecteur, rappelezvous que Desfîeu:]^, qui avait trempé dans la coos^ piralionde l'^tra^gerBàtSi diiiait le a frinkairean II aux jacc^ins t Que si Tallieu s'était décidé d'alier à Bwdaaux» c'était sur wu îuvitation^et sur les Iren* seiguemeus qti'îl lui avaii fournis.

Le systèieede Tétmnger était d'allua^r là guerre civile y de détruira le commerce, de dé^blei^de la révoliffon. £h bien! Tallien la snt^i à U lettve. RappèleiB*V0ttS cequie dislait Desfieax aur le courage qu'il avait rtloottré «a dénonça tit la faction {iifcna^ dine; n'oubliée pas les prbiKVfts que DesfWxa four-i nies , de ça correspondance k Bordeaux, avec TaU Ken et autres ; la Lecture des Içttoea qu'il avait re^^ eues et qu'il donna à la séance du 7 bbuniiaire aiix jacobins. Une de ccS5leilr6S.( du 19 oclobrô ) poHe : Que larrivée de Tallien. k Bordeaux fut uU jour de triomphe; que les prisons regorgeaient, mais que le tribunal qui s'étaUit fit bientôt faire de la phce, La Seconde ( du ^4 <Kstfll»ti ) donnait le détail des chants^ desféiteset des r^ouissfttioes dirigées par Tallien y lorsque les têtes tombaieiit.

Une. troisième et <une quatrième lettres ( màme date) annonçaient deasupjplioefi multipliés; la itiort de Biroteau e^t d'autres osomméB fédérixiistes ^ les auooès enfin et la peritianenee de la guiilbtim k Bordeaux^ Bappeles ^ vous que ce Desfieux îisait avec empbase la fwoclamstfien.de.TnlIieti à Boiw deaui|[ , du 3o tendémiciire an U ^ partant rétablisses

ment d'une commission* militaire^ et^onl Tarticle n exprimait que la commission était spécialement chargée de reconoaitre, Tidentité des personnes mises en arrestation ^ et de les faire exécuter surle-champ; joignez à cela le grand discours de Baudot à la tribune des jacobins , le i3 brumaire de l'an II y dans lequel il rappelle de nouveau le triomphe de Tailien, en désignant les supplices et les morts* Je frémis au seul souvenir des éloge^^rodigués à Tallien^ oui j'en frémis encore y quand je me rappelle que ce Baudot disait : Tallien va épu* rer la génération de Bordeaux ^ il me l'a promis : tout s'exerce militairement ; le sabre toujours levé imprime la terreur , et tout se fait au cri de vivent les jacobins!

. 11 n'est pas encore temps dé fixer votre opinion sur la différence de son langage actuel avec sa conduite d'alors ; je vais vous transmettre, les renseignemens rerois au comité de sûreté générale sur sa conduite à Bordeaux. Us sont restés enfouis dans les cartons; mais j'ai promis de dévoiler ce que je savais et ce qu'on voulait taire*

Tallien a désolé le commerce de Bordeaux; il a 9 dans une seule nuit^ fait arrêter tous les principaux négbcians des grandes maisons ; il a séquestré leurs livres 9 leurs effets^ leurs correspondances; et pour entraver le commerce , jusque dans les plus petits détails^ il a^ par un arrêté ^ suspendu l'effet des condamnations pour fait de négoce :

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Pitt ne pouvait mieux anéantir le commerce y et en assurer la destruction.

Il a iotposé une taxe révolutionnaire de cinq eent miUe livres sur les détenus eknprisonnés ; it établissait des^ amendes excessives.

• Envoyé' en mission à. Bordeaux par Danton , Delacroix et Robespierre 9 pour en épurer la population*, il le promit ,* l'écrivit positivement; et , parti de Paris^ se fixa à la Réole, à quinze lieues de Borr deaùx : là il prononçait la desidtution et Tempri-^

• sonnement de loùs ceux qui lui étaient désignés. Ainsi, il frappait arbitrairement sans rien entendre n\ vérificMr'; il jure d'exterminer Bordeaux ; et il lé calomnie, l'accuse ^ le juge à la fois^

li' excita' le peuple des environs à se soulever coiAre. Bordeaux y et il favorisa les insurrections, en lès légitimant; sous prétexte dés levées en masse,

. niais dans des vues iniques contre Bordeaux , il leva une nombreuse armée révolutionnaire qui lui servit et d'eidecôtéur de ses arrêts et édils , et de garde ppétériénne.

Ppur exciter la malveillance contre Bordeaux et des troubles dans cette commune, il publia que la ville était suffisamment et poiir long-4emps appro-

. visionnée de subsistances, à l'inslant même oii les citoyens étiâient réduits aux petites rations. Us sùp* portaient avec courage la privation cruelle des objets de première nécessité , et Tallien prétendaijL qu'ils en avaient en suffisance, et sousce prétexte

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il détournait Târrivàge di^fiobsistâtièes à Bordeaux.

Déjà la guerre civile s'alluttikiit; l«8 cotnmisiâtres de la comttiDtie de Bordeaux , etiyoyëft pow «ppiroyisionhemeni à BarbeiKÎeuii ^ furent outk^gés et faillirent même k étt<e massacrés; mais la corn* mune de Bordeaux ^ souffrante ^ prouva la laiiaseté et la nULlVeillarMre des prëteKtesdoutil àvàkrâlorë rarrestàtîoh dets fiùbsistànca^ ^ et il fut containoa de perfidie. TaHien ne Varréta pas là ; il déiiM comme lionnes denrées à Bordeaux des matières fétides^ mêlées de paill^, d'herbe* ligMuaes^ et accusa icjomitte ^dilieûseft les représentations à cet égard : deJs commissaires furetitiioihniésj etil fbl encore <^ot) Vaincu d'op^r^sioâ.

Des jeunes gens m réunissaîent pour travaiHer k la ré|>ardtiôii d«s inocdlns^ et s'y occupaient utilî&ment^ et gratuiienienttîMes tr;Eiita pbur telë de séditieux , et les diapersui 11 empèojrait le mia nistère â'f» jêertain ^bodangcfr pour diriger les subsiktancesy et il osa même établir le bodlàngér un des juges de la commission militaire. Oe bbo^ langer a, Spires le rappiirt de Tallieiâ, été gtiillotiné pour fiait de vol;

Tandis qu'on vdduMa^tf le peuple dbBdrdeau^ à la misère eu- de faisant d<» dîsttibbtioiis que deux fais par semaine^ et chaque distiibùdùn n^étaltot qtie de quatre btices i^e paiit^ cinq onoes de risi oq dé ^iihàtaigne y lu) TalKeu affectait la som[iittteîlé d'un po|e»t2it : ori fabriqaiflt pour lui du pain «usst

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blanc que la Qeige y que Von appelait le pain des

.C était à. côté des âiorts et même sur leurs ca^davrea ainsi qm sw les corps ûe^ hommes souf* fnant et expirant de besoio > que roulait le char de Talltei)^ dans lequel la Cabarus^ appelée Doua Tbe^esia ^ se faisait traiuer avec sou amaul dans un pompeux étalage , courrier devant ^ courrier derrière : la Cabaras était affublée d'un bonnet rouge sur la lète. Souvent il allait en voiture dé^ caUverle^ et la Cabarus , conuue^ur prostiluée^ était promenée en déesse , tenant une pique d'une main y et mettant l'autre sur l'épaule du représentoorale Tallien* Ca despote avait levé une armée révolutionnaire de quinze mille: hommes pri& hors des murs de Bordeaux, et qf|i formait sa garde prétoctf une. .11 l'empkxjait à protéger, à maintenir et même à augmenter les tra'^aux de la guillotine , et par opposition il faisait désarmer Bordeaux. On ignore ce que sont devenues les armes en quan*tité> el d'unç valeur immense, aiipcqnelles. il faut joindre des uniformea, des manteaux , des* bottes et harnoia dont il avait également ordonné le séquestre.

On. ignore de même l'emploi des millions de taxe, sur les déitenus; des aoieodes multipliées, excessives, prononcées par la commission militaire; l'emploi deadeux imllions en numéraire que DesoiUB(ib€Ue&, de Toulouse ,. lui avait cherchés et en-

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alteiitta^ el le père de faimlle ^ parce qu il était hoaiine de loi y fut guiOatiné le lendemain.

Nul poteotat n'était plus despote que lui ddns aes aasiaes. U écrivait un jour an eotnite de sûi^eté gé-nérale^ q^e Icursqne Biroteanluî fat amené, il le reçut en «ouverain, le traita de même, iA qu'il n'omit rien pour lui faire sentir ses enfr^eions patrioti^iucfi en l'envoyant à la mort.

Tallien , par an genre de tyrannie qui lui était partiailiec, avait fait placer la guUlotine en face de ses croisées : il y vit l'exé^ulioa de Btroteau; de là il comptait lea individus mis à mort^ ceux à gniUotiner > et indiquait mente feeux qu'on devait juger.

Pendant le règne de Tallien à Bordeaux, sous les yeux de ce souverain, et même de sa part , les maihe|ireu:li detenusréprouvaient les plus grandes crnan* tés au donjon de Blaye. Ils étaient entassés dans des lieux malsains, les uns sur de la paille ou du fumier, kfi autres sur la terre, les autres dans des cachots i^mplisideboue. A^Bordeaux ils étaient jetés dans des lieux inCects, sans aucun secours, frustrés de la quantité nécessaire d'alimens, sans qu'ils pussent s'en procurer; on leur ôtait même les reasoniv ces nécessaires pour obtenir ou réunir des pièces justificatives; et Tallien répondait aux: réclamât^ tions : De quoi ont-^ils besoin la veille de leur mort ?

Pour juger ces. malheureux , exécuter les arrâts denort, non rachetés et qujtl pronoadait , Tallien avaâl organisé une commissîoa militaire de fripons

GHAPITftfi X¥U. s 20j^

et d'ëgorgeurs. he président était un noaimé La^ combe I de Borde$iux> déjà banni de lu ville, par jugement, pour crime de vol. Ses fonctions révoltaient tout être pensant : TalUen fil afficher une lettre pour le soutenir; et ne pouvant justifier lo crime de Lacombe f il le palliait , et osait écrire que c'était un homme nécessaire k U révolution^ et que les vertus républicaines étaient iétrangères atixi vertus de rbumanité. Les autres individus qu'il avait employés n'étaieat qu'un ramas de valets , de banqueroutiers, de fiioux* Lors de la condamna*-' tion à mort de La Saige, maire, haufement im** prouvée , il commença à faire payer des spectateurs pour applaudir et crier , à raison de'quarante sous par jour.

Tallien fermait les clubs qui ne faisaient pas des ' adi^sses à sa guise ; et les citoyens qui émettaient des opinions en faveur de l'humanité, étaient in^ carcérés , guillotinés comme modérés nuisiblesv

Il s'est permis de dire dans certaines sociétés populaires à Bordeaux : Il ne suffit pas de planter des arbres de la liberté ; il faut^ pour qu'ils reprennent " €t qu'ils vivent , les arroser de «ang.

D autres fois il prêchait les maximes de la loi agraire; allons, soutenons-^nous ^ exterminons, disait-*il , c'est la guerre du pauvre contre le riche.

La favorite dona Tberesia se plaignit amèrement que ses ordres étaient quelquefois méprisés; elle trouvait des entraves pour vendre les mises en K'«

berlé. Tallien enjoignit aux tribunaux et au comité révolutionnaire de ne rien faire sans son adbésion. Le comité se roidit contre cet ordre. Tallien le supprima et destitua les membres; mais il était trop tatd , les crimes de Tallien étaient dénoncés par enx , et prouvés matériellement aux jacobins , et aux comités de salut public et de sûreté générale. Dès-lors Tallien fut rappelé^ et de-là l'origine de la querelle au sujet de Tallien entre les jacobins et Robespierre , non pas pour punir ses atrocités , mais pour se venger de ce que Tallien vendait les libertés; car c était là le seul fait qui pût leur déplaire.

Tallien s'érigeait aussi en tribunal de cassation : non-seulement il annulait les condamnations pour fait de commerce , il cassait même et révoquait les jugemens en dernier ressort en matière civile; il a rendu^ à cet égard, nombre. d'arrêtés bien payés sans doute, sans quoi ils n'eussent pas été rendus. Par l'une de ces décisions, il porta la cruauté et poussa l'immoralité jusqu'à faire enlever à la tutelle paternelle et maternelle une jeune fille qu'il confia ensuite à des mains étrangères et peu délicates.

Tel est le tableau fidèle que j'ai vu , .lu et. tenu du dépouillement des cartons du comité de sûreté générale. Voilà cet homme qui affecte aujourd'hui de se dire l'ami des Bordelais, et qui en fut le iyran ; cet homme qui , après le 9 thermidor^ écrivait ea faveurdu commerce, et qui l'avait frappé , anéauti .

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