CHAPITRE XVI rr. aSi
«onville, et que jai vu entre les mains de ce dernier.
Il ne faut pas perdre de vue que ce Dumouceau qui^ après le 9 thermidor, devint un des hommes de confiance du comité , avait aussi, lui, intérêt d'éloigner d'Ossonville dont il craignait la présence et les révélations. D'Ossonville m'a dit qu'il l'avait chassé d'auprès de lui pour cause dé délits et d'infidélités , et notamment pour avoir dévoilé à Tallien les dénonciations qu'il -savait être portées contre lui, Tallien , au comité de sûreté générale, ainsi que l'ordre de ce comité pour le surveiller; et pour être allé prévenir Robespierre, son camarade d'études , de ce qu'il savait se passer à son égard au comité de sûreté générale : que cet homme était fourbe , perfide et dangereux !
Tallien était le prolecteur de Dumonceau, et 1 Tallien -, qui avait juré la perte de d'Ossonville , n'a pas dédaigné les manœuvres de Dumonceau ; Tallien osa même encore employer un nommé Dulac. Ce Dulac, habitué des prisons de Paris ^ y ayant figuré comme complice dans des procédures pour émission de faux assignats , et qui ne doit son existence qu'à un brevet de folie que lui délivra le jury du tribunal , avait encore roulé les prisons à l'occasion d'un différend qu'il eut dans un café avec un certain fripier, lequel lui reprochait et l'avait convaincu de lui avoir escroqué une somme àe trois mille livres ; événement remarquable par
rart)ilraire de l'officier de police qui envoya en prisoiî'avec Dulac le maitre du café, qui avaii 9pai$ié la querelle- Djalac e»t la bassesse desc^oqui^r^ à la Force, une modique somme de &ix Uvrçs au citoyen I^aioville , défenseur officieux, qui s'employa pour lui rendre la liberté. I^ainville, au lieu dç recçyo^r des émolunusns de la part de Dulac , n a rien exigé ppur S(s^ démarches , et est re$té créancier d^ six Hyr^s; et Dulac son débiteur a eu riufamie de devenir le calomniateur de Lain-r ville* Dulac était déteqq à la Conciergerie ^ non pas pour faits révolutionnaires, niais pour une autre accusation. Laiuville soulageait quelques victimes de la tyrannie, i^t Lainyille, sous le poids de cette dénonciation , fyt incarcéré pendant quatorze mois. Dulac , après le 9 thermidor , a rempli le poste de mouchard dans les maisons d'arrêt , à celle dite des Orties, et à la maison de santé d'Ësnos ou autrecnent Mpnt-Prin, rue Notre*Dames^des-Champs. Cest de cette dernière maison, surtout, quil correspondait avec Tîtllien ; ce que Tallien lui-même a déclaré , en avouant ses intelligences avec Dulac dans les maisons d arrêt, et en cherchant h se disculper des faits qu'on. lui imputait. Tallien s'en servit pour commettra une scélératesse : comme il savait que ses crim^es étaient connus de ^^^^ envoyé en mission à Bordeaux, et en ce moment détiQPU d^ns cette maison d'Esnos, il plaça auprès de lui ce mên^e Dulac pour l'espionner.
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La preuve de ce fait , c'est que ce Dulac devait être traité comme détenu^ et que pourtant son mandat était particulier, conçu d'une manière différente , et portait , non pas l'ordre d'arrêt, mais ces mots : Le gardien de la maison d'Esnos recevra le citoyen Dulac ; sans aucune autre expression. Ce mandat n'est ni un mandat d'amener , ni un mandat d'arrêt, et Dulac ne fut amené ni conduit par personne, mais il remit lui-même le man« dat. Dulac faisait entrer dans sa chambre ^ au centre de la maison 9 femmes, filles, hommes, étrangers, à différentes heures , et leur donnait des repas. On ne pouvait tolérer cela des détenus, la loi ne permettait pas cette introduction dans l'intérieur, il y avait contravention aux réglemens. Un certain Lemaire, Suisse , surnommé Barbiche, venait soir et matin , et colportait les rapports de Dulac; ce même Lemaire était aussi en observation dans les cafés. Dulac affecta du patriotisme, flatta ^^^, et profita d'un moment de distraction pour lui voler un papier contenant quelques réflexions sur l'arbitraire des détentions et sur les abus du gouverne-^ meut. 11 croyait avoir fait une bonne capture; Tallien espérait qu'avec cette pièce il ferait guillotiner *** , à la perte duquel il était intéressé» Il appela donc sur ce papier l'attention du comité de sûreté générale, mais vain espoir! il fut constfité et reconnu que cet écrit n'était poit)t de ***, mais d'une autre écriture ; que c'était l'exprès-
2^4 MEMOIHES DE SENAKT.
sien de la pensée d'un autre détenu mis en liberté sur uû fait particulier ^ et arrêté de nouveau pour le même sujet. Tallien employa au comité de sûreté générale ce Dulac dont le r61e était d'établir des équivoques contre d*Osson ville, et d'empêcher qu'il ne fut mis en liberté* Il est une remarque bien iÎEigulière, c'est que Tallien et 'Dulac craignirent égalen^ent d'Ossonville. Dulac avait su, par intrigue, s'introduire auprès de d'Ossonville, et il était employé et payé par d'Ossonville pour être observateur; Tallien était, dans la force du terme, un mouchard , et avait plusieurs fois proposé à d'Ossonville de lui faire prendre des représentans qui étaient hors la loi, et notamment le représentant Kervelégàn dont il lui avait indiqué la retraite , les relations , les habitudes et l'existence dans une forêt près de Brest. D'Ossonville avait refusé. Cela n'est point dans ma mission , dit-il, je ne ferai jamais rien pour causer la perte de personne; je veillerai sur ceux que la loi n'ordonne pas de juger ni d'entendre , et encore mieux sur ceux mis hors la loi pour des opinions dont l'intérêt public exige la libre manifestation. Dulac menaça , sur ce refus , de dénoncer d'Ossonville , et en effet il le d^onça au comité de sûreté générale; mais il échoua parce ' que d'Ossonville répondit : (c Je courais la poste , » j'allais à une mission secrète; j'avais pris Dulac - M avec moi pour m'en servir comme d'un recors; » je ne pouvais sans danger différer mon arrivée ; ^
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» déjà je m étais repenti d avoir employé Dulac^ et » je regardai sa proposition comme une perfidie et » un moyen de retard. » D'Ossonvîlle conserve en-* core la lettre d'invitation deDulac ^ portant indice de la retraite de Rervelégan , contenant l'offre d'aller trouver Rervelégan qu'il connaissait^ dont il se disait l'ami j et de l'amener dans les mains de d'Os-
^ sonville sous le titre d'ami. Cette exécrable prôpo^ sition est dans un écrit que conserve d'Ossonville , pour faire connaître Dulac : cette pièce que j'ai vue y lue et tenue, est une preuve de la perfidie de ce monstre qui offrait d'aller prendre un homme , sous le titre d'ami, et de l'égorger en l'appelant de ce nom. Et cependant aujoui:d'bui Dulac va voir Rervelégan y se dit son ami , et le prie de s'opposer à la mise en liberté de d'Ossonville. Voilà ce Dulac, digne ami de Tallien avec qui il est en relation , et dont il est l'homme aposté. Après le 9 thermidor, il ne parlait que par lui , ne jurait que par lui : crai* gnant que d'Ossonville ne l'eût présenté tel qu'il était, il travaillait, dans ses intérêts et ceux de seà complices, à la perte de d'Ossonville. Un jour Dulac courut dire au comité : « D'Ossonville â profité }) d'une erreur ; il est sorti , quel malhepr ! cet » bomme-là est à craindre : » et déjà il était chargé d'un nouveau mandat, lorsqu'il fut attesté et re^
• connu que d'Ossonville était encore sous les^verroux. Ce Dulac, qui avait été détenu pour cause
!25'6 MÉMOIillSS DE SBNART.
d'immoralité et pour punition de certains délits avant la révolution, dans des prisons d'État^ dut sa liberté à la révolution; mais il ne parait pas qu'il en ait fait hon usage. Je dois placer ici un antre trait iofàme de ce Dulac.
Un nommé Sélany, qui devait à plusieurs personnes, craignit qu'on ne vendit et saisit ses meu* blés. Dulac lui proposa de rédiger une vente simulée ^ de ses meubles , au mpyeorde laquelle il éloignerait êe$ créanciers : Cela fut accepté, et Dulac devait donner une coatre*lettre. L'écrit portant : Fente des meubles.,, fut rédigé et signé. Dulac dit qu'il craignait de ne pas bien faire la contre4ettre , et proposa pour le lendemain , à Sélany qui y couaeUtit, un rendez*vous sur le boulevard. Dans cet intervalle, Dulac surprit au comité de sûreté gé* nérale t^n mandat 4'^rêt contre Sélany , le remit à quelques coupe-**)arrets, qui furent au rendezvous indiqué , y prirent Sélany , que Dulac ne vint pas rejoindre comme il l'avait promis , et Sélany fut incarcéré* Dulac , qui voulait jouir au plutôt en sécurité de la propriété des meubles, s'accorda avec les faiseurs de listes de conspirations de prison , pour y faire comprendre Sélany qui fi^t inscrit sur la liste fatale, et qui devait périr ^ bientôt après ; ' mais Dulac fut trompé dans son calcul. Le 9 thermidor ayant rendu les listes inu^ ttles^ Sélany obtint sa liberté^ et ne recouvra ses