‹ Revendication de la priorité de la découverte des vaccins du choléra asiatique [electronic resource]Chapitre 3 sur 9 · QUI NE FURENT PAS PRÉSENTÉS · texte numérisé non relu

QUI NE FURENT PAS PRÉSENTÉS

À l'Académie des Sciences de Paris

Quoique les documents transcrits ci-devant, qui se trouvent dans les archives de cette Académie, suffisent pour m'assurer la priorité de la découverte des vaccins du choléra-morbus asiatique, je juge d'un grand intérêt la continuation d'autres références extraites de quelques travaux publiés en 1886, 1885 et 1884, sur le même sujet.

Après notre campagne anticholérique, et en même temps que nous reprenions nos travaux de laboratoire, nous entreprîmes la besogne d'écrire notre doctrine chimique sur l'infection et l'immunité, exposée d'abord dans une brochure signée le 10 novembre 1885 et éditée à Séville sous le titre de <iBreves consideraciones sobre la etiologiay profilaxis del côlera morbo asidtico-». La doctrine exposée dans cette brochure fut plus tard longuement développée dans notre ouvrage intitulé ^La inoculaciôn preventiva contra el côlera morbo asiàtico^ , édité à Valence quelques mois plus tard. J'ai eu l'honneur de remettre ces deux publications à l'Académie.

Dans la crainte de donner trop d'extension à ce document, nous nous bornerons à donner seulement un extrait de la brochure éditée à Valeaee. -c/^c.^^^^^ez^

Contrôle expérimental de la théorie

Dans un bouillon quelconque très- nutritif, préparé avec de la viande ou avec les extraits du commerce, et contenant en outre un ou deux pour cent de gélatine ou une petite quantité de bile de porc, ensemencer quelques gouttes de semence pure, prise d'une colonie sur plaque ou d'un mycoderme jeune, développé dans un matras de culture; avoir soin de remplir seulement la moitié du matras et le placer dans l'étuve d'incubation 337 degrés, pendant 7 heures ou plus, si cela est nécessaire, jusqu'à ce que le liquide soit devenu très-trouble; renouveler l'air du matras une ou deux fois par jour; au bout de 24 heures, on aura une culture qui, injectée à la dose de 2 ou 3 centim. cubes, donne la mort aux cobayes du poids de 130 grammes: porter la densité en microbes de la culture au maximum, et la soumettre au bain-marie, à la température de 95° pendant 10 minutes, afin de les tuer; cela fait, prendre un lot de dix cobayes ayant chacun un pc:ds approximatif de 130 grammes et injecter

à 2 cobayes, i centim. cube de culture morte;

et l'on pourra observer que le malaise éprouvé par les cobayes sera proportionnel à la quantité de culture injectée.

Répéter la même opération au bout de cinq à huit jours; et enfin, après un nouvel intervalle de huit jours, faire une troisième injection, toujours dans le même ordre et les mêmes proportions. Si, trente-deux jours après que les cobayes ont reçu la première inoculation, on leur injecte à tous une dose de culture vivante, qui soit nécessairement mortelle^sans toutefois dépasser, en trop

grande quantité, la limite maxima de résistance d'un cobaye non inoculé et du même poids que ces derniers, l'on observera un phénomène inverse: les cobayes qui ont reçu les plus fortes doses de culture morte et qui ont été plus grièvement malades, sont ceux qui ressentiront le moins les effets de la culture vivante; tandis que le contraire arrive chez ceux qui ont reçu les plus petites quantités de culture morte: ceux-ci deviennent sérieusement malades et meurent. On contrôlera la mort de la culture par l'ensemencement de quelques gouttes du liquide dans de la gélatine ou du bouillon: la stérilité doit en être le résultat; on pourra aussi s'en rendre compte en ensemençant une goutte de sang de l'animal inoculé.

Le résultat de cette expérience est des plus décisifs: le microbe étant mort, nous sommes forcés d'admettre que son poison donne l'immunité contre les effets qu'il est capable de produire. Le champignon du choléra s'adapte avec une docilité extrême à la théorie. La science possède donc le premier vaccin chimique, annoncé a priori par la théorie, et confirmé ensuite par les faits.

La même expérience, practiquée avec des cultures vivantes, nous conduit à des résultats identiques aux précédents, mais on peut réduire au Yg les doses injectées.

Ayant recours au principe actif du bacillus-virgule, on peut encore contrôler d'une manière plus directe et plus éloquente la vérité de notre théorie; en effet, si, après avoir obtenu le dit principe actif, suivant quelqu'un des procédés généralement employés pour l'obtention des alcaloïdes, l'on soumet à son influence un lot de cobayes, de poids égal, en leur injectant par voie hypodermique un centimètre cube d'une solution du dit principe, soit un sixième de la quantité du liquide dans lequel la ptomaïne contenue dans un litre de culture se trouve dissoute; si l'on répète, après huit ou dix jours, cette injection, à la dose cette fois de 2 centimètres cubes, et que l'on en pratique enfin une troisième de 3 centimètres cubes, après un même laps de temps, l'on peut facilement observer que si, après avoir laissé passer le temps nécessaire à la disparition des effets locaux occa-

sionnés par les injections, on soumet ce lot, traité par la ptomaïne, et un autre pareil, non traité par la dite ptomaïne, à l'action d'une dose de culture vivante ne dépassant pas trop la limite mortelle, les individus du second lot périssent tous, tandis que ceux du premier lot résistent à cause de l'habitude acquise.

On peut prendre l'expérience antérieure en sens inverse, et l'on obtient un résultat identique: si l'on injecte à un lot de cobayes de même poids, par la voie hypodermique, d'abord i centimètre cube de culture vivante (i), ensuite 2 centimètres cubes, et finalement 3 centimètres cubes; si, au bout de quelques jours, l'on injecte à ce lot, et à un autre lot pareil servant de témoin, une dose de ptomaïne ne dépassant pas trop la dose mortelle, on peut observer que seuls les cochons d'Inde, habitués à la culture vivante, offrent de la résistance à l'action de la ptomaïne, tandis que tous les autres meurent.

Pour obtenir dans ces expériences des résultats très-clairs et uniformes, il est indispensable que les animaux employés soient autant que possible du même poids, et que la nature du milieu de culture, sa richesse en germes, et la virulence de ceux-cj n'offrent point de variations sensibles.

Ce que nous venons d'observer permet du supposer que l'habitude est due à la saturation chimique de quelque composé organique qui réagit avec le poison de ce champignon; le phénomène doit partant obéir à la loi des proportions définies. L'habitude a, en conséquence, sa limite maxima qui peut être déterminée expérimentalement, et à laquelle on peut parvenir, progressivement tout au moins, en répétant les injections jusqu'à ce qu'on l'obtienne.

La durée de l'habitude se trouve probablement en raison du plus ou moins de stabilité de la modification chimique établie; la limite minima, observée sur les cobayes, fut de huit mois lorsque l'immunité eut atteint le degré maxima. La nature de cette

(1) n s'agit de culture vivante, pas trop virulente.

modification étant telle qu'elle empêche l'adaptation du microbe, l'on devient en même temps réfractaire au poison et à l'invasion de l'agent vivant qui le produit. Ce qu'il y a de plus remarquable dans tout ceci, c'est qu'on trouve ces deux faits presque toujours unis. La loi, d'après laquelle tous les êtres inutilisent le milieu dans lequel ils vivent, vient donc s'accomplir rigoureusement dans la plupart des procès infectieux, et d'une manière très-frappante dans le choléra. D'après ceci, si l'on répète les injections toutes les fois que cela sera nécessaire, on peut arriver à l'immunité absolue contre l'infection, sans prétendre obtenir une résistance complète à toutes les doses du poison chimique isolé. Dans tous les procès infectieux, dans lesquels le milieu inutilisé par le microphyte ne se réhabilite pas rapidement afin de permettre à celui-ci de continuer sa prolifération, il est facile d'obtenir une immunité absolue contre l'infection. Des statistiques nombreuses et soigneusement dressées permettent d'affirmer que l'homme peut absolument être exempt du choléra en s'inoculant trois fois, vu que deux seules inoculations ont suffi pour réduire, d'une manière extraordinaire, les dangers d'invasion et de mort; la première doit être faite à une dose de 2 centimètres cubes de culture; la deuxième, à 3 centimètres cubes, et la troisième à 4 centimètres cubes. Parmi les milliers d'individus inoculés trois fois, pas un seul n'a été attaqué par le choléra. Le microbe ne peut s'adapter dans le tissu cellulaire; mais il ne faut point supposer, pour cela, qu'un individu ne mourrait point sous l'action d'une forte dose de culture virulente: ceci pourrait arriver et arrive en effet dans quelques maladies phytoparasitaires.

Il est donc très-probable qu'un individu réfractaire à l'infection puisse, malgré ceci, succomber à l'action d'une dose de poison produit par le bacillus- virgule, n'excédant pas trop celle jugée capable d'occasionner la mort à un autre individu de même poids, ne possédant pas le degré de tolérance ou de résistance indiqué contre l'invasion. Pour bien se rendre compte de la différence qui existe entre la tolérance du poison et la résistance contre l'invasion, il suffit de ne point perdre de vue que

la maladie infectieuse que nous étudions ne commence jamais par le poison du microbe virgule, indépendamment de celui-ci; mais que l'apparition du premier symptôme est toujours précédée par l'adaptation du microbe dans l'intestin; et, comme pour s'opposer à l'adaptation, il suffit d'un degré de modification préalable, relativement insignifiant, nous en concluons qu'il n'est pas difficile, au moyen d'inoculations préventives, de se rendre réfractaire à l'infection cholérique, et, partant, d'éviter la mort, pourvu que, pour des causes naturelles encore inconnues, ou par des moyens artificiels, ce degré de résistance, produit par l'inoculation, n'ait pas été effacé avant l'invasion du choléra; car, dans ce cas, cette résistance étant effacée, et le microphyte pouvant s'adapter dans l'intestin et y élaborer une quantité de poison dépassant la limite tolérable, la mort doit en résulter infailliblement.

Effets produits sur l'homme. — Dans notre première note, présentée a l'Académie des sciences de Paris, nous exposions que l'homme supportait parfaitement V2 centimètre cube de culture virulente dans chaque bras; nous en étions alors au commencement de nos expériences, et nous ne pouvions pas, par conséquent, fixer le maximun de résistance compatible avec la vie. Les nombreuses expériences que nous avons eu l'occasion de faire pendant la dernière épidémie cholérique, nous permettent d'affirmer que certains individus peuvent supporter 4 et même 6 centimètres cubes de culture. Les effets d'une même culture, sur divers individus, offrént des variétés remarquables, quant à leur intensité. Ainsi, la dose de i centimètre cube dans le tissu cellulaire de la région du triceps brachial, détermine en cet endroit une sensation de poids, difficulté dans les mouvements du bras, douleur sensible à la pression, rougeur; la chaleur y augmente de 2 degrés et il s'y produit une légère tuméfaction; jamais de suppuration ni escarre; symptômes généraux, caractérisés par un froid plus ou moins accentué; tête lourde, légère réaction fébrile avec nausées. Ces symptômes sont tellement faibles chez tous les individus, qu'ils leur permettent de

vaquer à leurs ocupations habituelles. Dans quelques cas, trèsrares d'ailleurs, on observe une vraie algidité, des nausées ou vomissements, ventre laxe, crampes légères, tête lourde et réaction fébrile: tous ces symptômes, si alarmants qu'ils puissent paraître, disparaissent sans l'intervention médicale; et cela, dans tous les cas sans exception (plus de ,000 observations). On peut affirmer que* parmi les individus, très-rares d'ailleurs, sur lesquels les effets de l'inoculation se font ainsi sentir, pas un seul n'a dépassé le troisième jour sans être parfaitement rétabli. Il est quelques individus, tellement réfractaires, chez lesquels les effets de la vaccination se font à peine sentir.

Si, cinq à huit jours après la première inoculation, on en pratique une seconde avec la même culture, les effets généraux sont considérablement affaiblis; les effets locaux seuls, mais moins accentués, se reproduisent. Afin de pouvoir nettement observer ce résultat, il faut que la première inoculation ait été pratiquée avec une culture au maximun de densité, et que le même liquide, conservé dans un endroit frais, puisse servir pour la seconde inoculation; ou bien, il faut employer une culture dont la virulence, préalablement essayée, soit égale à celle de la première.

Le germe du choléra n'étant ni sceptique ni pyogénique, on peut assurer positivement qu'il est impossible qu'il se produise des suppurations ou des infections sceptiques, si l'on a soin de l'employer à l'état de pureté, et si l'on n'oublie pas d'observer les instructions générales pour la pratique des inoculations.

Le poison du champignon, injecté à la femme pendant l'allaitement, est éliminé par les mamelles, et produit sur les enfants allaités un choléra expérimental assez bien caractérisé -

Plusieurs malades de gastralgie, de dyspepsie et plusieurs de paludisme chronique ont été guéris également par les effets de l'inoculation; on compte, parmi ces malades, deux cas de parlalysie rhumatismale invétérée qui ont été radicalement guéris; quelques individus aussi ont éprouvé, dans leur constitution, de

profonds changements favorables, semblables à ceux que l'on observe quelquefois après certains procès infectieux aigus.

Tenant compte de ce fait que les inoculations donnent le plus souvent une fièvre modérée, l'idée nous est venue d'inoculer un malade dans la période algide; le résultat fut favorable; postérieurement, il se fit encore deux essais, mais nous ne pûmes rien conclure ni en faveur de cette application thermo-génératrice du microbe virgule atténué, ni contre elle. Il serait convenable de renouveler les expériences.

Nous espérons que le bacillus-virgule rentrera définitivement dans le domaine de la thérapeutique, comme un agent pyrétogène de premier ordre, et aussi comme puissant moyen pour combattre, sans le moindre danger, plusieurs mycosis, compris sous les noms génériques de dyspepsies, gastralgies, etc., etc. Les champignons pathogènes nous fourniront un nouvel arsenal de ressources thérapeutiques qui seront, sans aucun doute, les plus belles conquêtes de la thérapeutique contemporaine.

L'examen des statistiques déjà publiées suffira pour que les résultats pratiques de l'inoculation puissent être justement appréciés (Voir la V série des statistiques). Ces statistiques, avec celles qui paraîtront sous peu, représentent un total de plus de trente localités. Les données sont parfaitement compilées, afin de faciliter la vérification de leur rigoureuse exactitude; elles ont été contrôlées avec les registres officiels. Dans la presque totalité des villages, notre intervention s'est bornée à pratiquer les inoculations; mais ce sont les autorités locales, les médecins, la population entière qui se sont imposé, pleins d'enthousiasme, la tâche de contrôler, avec le plus grand soin, les effets prophylactiques du vaccin contre le choléra.

Plusieurs villes, parmi lesquelles Barcelone, Tortosa, La Roda, Salem, Benicolet, Montichelvo et Alfarrasi, furent soumises, â divers degrés, à l'inoculation, avant l'apparition du choléra, sans que la santé des habitants souffrît la moindre altération: l'inoculation ne peut donc déterminer le choléra chez les individus d'une localité ou d'une famille qui ne s'y .sont point soumis.

Des données recueillies, il résulte que l'inoculation réduit la gravité du choléraà des proportions moindres quecelles qu'offrent les maladies communes; et que, par la répétition des inoculations, on pourrait arriver à réduire à zéro les dangers de l'infection. Nous avons précédemment exposé notre opinion sur le nombre des inoculations et sur les doses de culture nécessaires pour atteindre un tel degré d'immunité.

CONCLUSIONS

5° Le choléra est une intoxication aiguë, déterminée par un mycosis intestinal, dont le champignon est le bacillus-virgule.

6° Le poison ou principe actif du champignon microscopique, qui détermine le choléra, est de la nature de ceux auxquels l'homme et certains animaux peuvent s'habituer.

7° La température, nécessaire pour occasionner la mort à ce champignon, ne détruit pas l'activité de son poison.

8° Le champignon, injecté mort en quantité suffisante, peut déterminer les mêmes effets que le champignon vivant.

9° Le principe actif du bacillus-virgule, isolé par des procédés chimiques connus, donne, par l'injection hypodermique, une tolérance qui permet de résister aux effets du microbe injecté vivant et vice -versa.

io° Les effets déterminés par le microbe ou par son principe actif sont, jusqu'à un certain point, proportionnels à la quantité de culture que l'on injecte.

11° L'habitude est, jusqu'à un certain point, proportionnelle au nombre d'inoculations reçues et à la quantité de culture employée pour ces inoculations.

12° Chez l'homme, ce champignon ne s'adapte et ne se reproduit bien que dans le tube intestinal.

13° Le champignon, injecté dans le tissu cellulaire, vit quelque temps, mais ne se généralise pas.

14° Le moyen le plus simple de s'habituer au poison de cette cause pathogène, c'est de procéder par injections hypodermiques, à doses progressivement croissantes: la vaccination anticholérique ne consiste pas en autre chose.

15° Les cultures, douées du maximun de virulence, peuvent, sans le moindre danger, être injectées dans le tissu cellulaire sous-cutané, sans que, si elles son pures, elles produisent jamais de flegmons.

16° Les résultats d'une habitude, à laquelle on est arrivé par ce moyen, se traduisent par une perte progressive de la réceptivité individuelle à contracter le choléra et par une extraordinaire diminution des probabilités de mort, au cas d'infection.

17° La constance et la régularité que nous offrent ces faits, et qui constituent la caractéristique obligée de tous les faits qui sont assujettis à une loi) nous permettent de juger inutiles les mesures sanitaires qui vexent le commerce, et rendent difficiles les relations internationales, ainsi que les rapports entre les villes et leurs habitants.

18° La création d'un Institut international de cholérisation préventive, dans tel endroit qui serait jugé le plus convenable afin d'interdire la sortie à toute personne qui ne serait pas pourvue du certificat de réinoculation récemment délivré, éviterait l'importation du choléra, avec plus de sûreté que les mesures sanitaires actuelles; de même que la cholérisation obligatoire, en cas d'importation, arrêterait les progrès de l'épidémie dès son origine, et cela d'une façon plus sûre et plus efficace, et partant plus économique que les mesures actuelles, repoussées par la pratique comme infructueuses et coûteuses, et aussi parce qu'elles paralysent l'activité de la vie moderne.

Tortosa, le 10 Novembre 1885.

(27 Mars 1885)

D'un article publié dans la Revue «La Indepencia Médica de Barcelona», nous transcrivons les paragraphes ci-après:

Si l'on prend de la semence du bacillus-virgule dans les déjections d'un cholérique (i), et si, après cholérisation sur plaque, d'après le procédé du Dr. Koch, l'on ensemence les germes d'une colonie dans un milieu liquide composé comme il suit:

Bouillon légèrement alcalin, suivant

la formule de Pierre Miquel. . . 50 cent, cubes. Gélatine i gramme.

Si, après ensemencement, on soumet ce liquide à une température de 37° pendant le temps nécessaire pour le rendre trouble, on obtieut une culture douée d'une telle virulence que, malgré la résistance énorme des cobayes à cette cause pathogénique, elle peut, injectée hypodermiquement à la dose de 2 centimètres cubes, occasionner une mort rapide chez des individus de petite taille.

Une double dose leur est nécessairement et rapidement mortelle, produisant chez eux une perfrigération qui fait descendre le thermomètre à 6 ou 7 degrés au dessous de la température normale (37°), si on l'applique dans le rectum, à une profondeur de 4 centimètres; la perfrigération est accompagnée de cyanose, de

(1) Si plusieurs experimentaleurs ont complètement échoué dans leurs tentatitives de cholérisation par la voie hypodermique, cela provient de ce qu'ils n'ont pas employé des cultures fraîches en quantité suffisante, et procédant directement de la semence extraite des déjections d'un cholérique,

gémissements spontanés et de mouvements convulsifs, horripilations, anurie plus ou moins accentuée, rétrécissements de corps, poil hérissé, regard triste et éteint; quelquefois, l'agonie est accompagnée de l'expulsion, par la bouche, d'un liquide verdâtre et de quelques gouttes, par l'anus, d'une mucosité transparente. A l'endroit des injections, il survient un infarctus dur et chaud et très-douloureux, accompagné d'hyperthermie locale très-accentuée. Cette phlegmasie peut se propager aux organes de l'abdomen, et les altérations locales produites sont d'autant moins intenses que les symptbines généraux furent plus fulgurants.

Les résultats que l'ont vient d'exposer sont constants, et cette constance prouve, d'une manière évidente, la pureté des cultures employées.

L'activité du bacillus-virgule paraît dépendre de deux substances, douées d'action différente, puisqu'il est possible d'obtenir des cultufes pouvant à peine produire des altérations générales, et, par contre, donnant lieu à des phénomènes locaux très-accentués; de même qu'il est possible d'obtenir des cultures agissant en sens contraire, c'est à dire produisant une perfrigération générale extraordinaire et une inflammation locale à peine perceptible .

Je doute qu'un seul des microbes, dont la virulence a été atténuée pour servir aux inoculations préventives, donne des preuves aussi frappantes de la profonde immunité qu'il confère que celles fournies par le bacillus-virgule . Lorsqu'il a été convenablement atténué, son maniement est très-facile et sûr dans ses effets, n'exposant pas à la pyohémie ni à la septicémie. Injecté par la voie hypodermique, il n'envahit jamais la muqueuse gastrointestinale. Si l'on prend un lot de cobayes, soumis d'avance à l'action prophylactique de ce michrophyte, et un lot pareil, vierge de toute inoculation préventive, et que l'on injecte aux deux lots une dose mortelle de culture virulente, il en résulte que les

cobayes vaccinés souffrent à peine un léger malaise, tandis que les autres meurent en quelques heures, présentant le syndrome décrit précédemment.

Tels ont été les résultats observés par la commission de l'Académie de Médecine de Barcelone, chargée de juger nos travaux.

(il Mars 1885)

Rapport de la Commission de l'Académie de Médecine de Barcelone, sur le Mémoire présenté à la Municipalité de cette ville, lorsqu'elle nous confia, en 1884, la mission d'étudier le choléra à Marseille et Toulon.

En diminuant les doses, ou bien en atténuant l'énergie des cultures par la seule action de l'oxigène et du temps, on arrive à posséder un liquide d'action moins intense; si on injecte ce liquide à des cochons d'Inde, ils n'éprouvent que des altérations peu accentuées et n'en sont pas moins vaccinés contre les effets de fortes doses de la même culture ou de cultures plus virulentes.

Avant de terminer son rapport, cette commission propose à l'Académie:

1" D'adresser au Dr. Ferràn une communication lui exprimant combien l'Académie apprécie ses spéciales et dififîciles connaissances microbiologiques, connaissances qu'il ne doit qu'à ses propres efforts et à son amour de la Science; de le nommer membre correspondant de l'Académie, puisqu'il ne peut être

membre effectif, ayant sa résidence liors de Barcelone; de lui décerner une médaille commémorative d'or avec dédicatoire personnelle et la date du jour où aura été voté ce rapport.

2° De stimuler le zèle de la Municipalité de Barcelone, afin qu'elle facilite au Dr. Ferrân les ressources nécessaires à la poursuite de ses travaux ainsi qu'à ses voyages, s'il avait besoin d'y recourir pour la recherche de nouvelles données; enfin, si la loi ne s'y opposait pas, d'amener ladite Municipalité à créer un laboratoire (i) dans lequel le Dr. Ferrân puisse continuer ses études sur le choléra ou sur toutes autres maladies.

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