DÉCEMBRE
Extrait du Mémoire présenté à la Municipalité de Barcelone, sur la mission qu'elle nous confia en 1884 d'étudier le choléra à Marseille et Toulon.
Si l'on veut faire ressortir le phénomène prophylactique produit par une première injection, prendre un lot de cobayes et inoculer à chacun i centimètre cube de culture; quatre jours
(0 Ce laboratoire qui, par son organisation, est k la hauteur des mieux installés de toute l'Europe, fonctionne sous ma direction depuis trois ans et demi. Toutes les grandes découvertes et les problèmes qui intéressent au plus haut degré V hygiène moderne y sont un objet constant d'application et d'étude.-auant à ce qui est de la rage, grâce a la nouvelle méthode qui nous est propre, nous sommes arrivés à un degré de s.mpl.c.te extraor dinaire et nous avons obtenu de tels résultats que nos statistiques sont plus ^-""^'«J elles de n'importe quel Institut similaire. Nous avons eu Jusqu'à ce jour Octobre TsSS) 6, inocuL du groupe A; 80 du groupe B, et ,83 du groupe C. Total vacc.nés, tandis ?»' il n'y a eu qu'un seul décès.
après, prendre un autre lot pareil, mais vierge de toute injection, et injecter à chacun des individus des deux lots une dose mortelle de la même culture; les effets ne peuvent alors être plus évidents; car, tandis que ceux, qui on reçu l'injection préventive échappent à la mort, les autres meurent ou tombent gravement malades.
Lorsque la culture .est très-virulente, les effets locaux sont à peine sensibles; ceci est dû, peut-être, au peu de temps qu'ils ont mis à se développer, puisque la mort arrive au bout de quelques heures: les phénomènes hyperthermiques acquièrent, dans ce, cas, peu d'importance et ils sont passagers; par contre, la perfrigération survient très-rapidement.
Le maximum de virulence appartient aux premières cultures de la série, en partant des virgules des selles.
La particularité que, dans l'infection provoquée, les altérations de la calorification ne conservent pas toujours le même ordre d'apparition que dans l'infection spontanée, s'explique aisément si l'on admet notre théorie sur la thermogenèse dans le royaume organique. Voici ce que nous pensons sur ce cas particulier:=les phénomènes de la calorification sont réglés par le jeu de deux substances douées de propriétés chimiques opposées sur la généralité des protoplasmas; ces substances sont les diastases et les ptomaïnes. Les diastases, augmentant l'instabilité chimique des principes albuminoïdes, favorisent les oxidations, déterminant ainsi la chaleur qui accompagne tous les phénomènes vitaux. Par contre, les ptomaïnes, en vertu d'une sorte d'action tannante qu'elles exercent sur les dits principes, leur donnent de la stabilité chimique, et, de cette façon, ils sont soustraits, jusqu'à un certain point, du tourbillon des affinités, modérant ainsi la thermogenèse.
(i6 Juillet 1884)
Note adressée à l'Académie de Médecine de
Barcelone
Dans sa première séance d'Août 1884, TAcadémie de Médecine de Barcelone reçut d'un de ses membres, D. Eduardo Bertran, communication d'une note du Dr.D. Jaime Ferrân, intitulée i Teoria sobre la profilaxis del côlera inorbo asiâticoK , basée sur la doctrine des germes, et dont les conclusions étaient les suivantes:
1° Que l'infection cholérique est une intoxication due aux poisons élaborés par un microbe spécifique du choléra, poisons qui doivent être de la nature des diastases, des ptomaïnes ou des glucosides.
2° Que, dans le cas où l'on parviendrait à isoler les produits toxiques élaborés par le microbe, on pourrait, avec ses produits, provoquer la maladie, et même la mort, à la condition que les doses employées seraient assez fortes; tandis qu'avec de faibles doses on obtiendrait l'immunité.
3° Que, si l'on suppose que le microbe végète seulement dans le tube intestinal, ses produits toxiques doivent se dialyser et passer dans le sang.
4° Qu'à défaut de cultures artificielles desquelles on puisse extraire les dits produits, le sang des individus cholérisés pourra être utilisé pour donner l'immunité, en l'injectant hypodcrmiquement.
Le paragraphe suivant terminait ce travail purement théorique: S'il arrivait un jour que l'expérience vint confirmer la vénte de notre théorie, comme le sont déjà certains faits sur lesquels
elle s'appuie, le triomphe ne serait pas pour nous: tous les honneurs, toutes les distinctions reviendraient de droit à celui qui, par ses travaux, a été notre maître et notre guide dans toutes nos études, à V immortel Pasteur qui nous a inspiré.
Tortosa, le 1 6 Juillet 1884.
Nota. — Plusieurs journaux professionnels et autres donnèrent le compte rendu de ce travail purement théorique. (Voir le Progrès médical de Paris, 1884, n° 34, page 689.)