I. r i;i;i i.r. \i().\s sr
« cieux pour en y.ivov les (li-l'iinls; de (cmiis eu temps, « 011 déctiini'i' It'iii's (•('l'ciirils pour les clianuer il'lia- « bits, et l'on s'arratlio les morceaux do la i)ouclie pour « les porter sur leur sépulture et dans les lieux où l'on M s'iuiagiue (|ue les âmes se promèuenl. On a vu des « mères gai'der des années entières les cadavres de (( leurs enfants et ne pouvoir s'en éloigner, et d'autres (( se tirer du lail de la inaiiiclle el le répandre sur la (( tombe de ces petites créatures. »
Dans rAméri([ue méridionale, les gens de la tribu des Ciuaroas écoutaient, avec un plaisir mélancolique, les (■liants (lu maccaban : ils ciovaient que cet oiseau était le messagei- des âmes et leur apportait des nouvelles de leurs pères.
Si. au moyen des ('éeri((ues talismans des contes de l'Uiient ou des sagas du Xord, nous pouvions comprendre le langage des oiseaux, des quadrupèdes ou des animaux aquatiques, j'imagine que nous entend lions |»ar là bourdonner une quantité de jolies petites véiités dont notre amour-propre pourrait bien être un peu cboqué. Croyezvous que l'alouette qui, aux premiers rayons de l'aube, s'élève dans les airs, et salue par ses clianls le Dieu qui bii a domié ses ailes, n'est pas surprise de noire long
8i RÊVERIES
sommeil et de noire ingnUitude envers la Providence? Le paon, dont nous regardons en riant les mouvements vaniteux, ne découvre-t-il pas en nous des vanités tout aussi fréquentes et non moins ridicules? La cigogne, qui par un merveilleux instinct traverse en droite ligne les continents et les océans, n'est-elle pas étonnée de toutes les précautions que nous devons prendre pour faire un trajet de quelques lieues? Le castor, la fourmi, l'abeille, qui sans cesse travaillent avec tant de patience et d'habileté, ne se raillent-ils pas de notre maladresse et de notre prévoyance? Le pauvre petit rouge-gorge, qui l'hiver se réjouit de trouver quelques grains perdus dans les champs de neige, n'est-il pas scandalisé de voir tout ce que nous amassons de superfluités dans un de nos festins? Et le vigoureux chêne, qui grandit pendant un siècle, ne regardc-t-il pas avec un su])erbe dédain ces générations d'hommes qu'il voit mourir à ses pieds tandis qu'il élève d'année en année sa couronne de rameaux vers le ciel? Les hommes ([ui vivent plus près de la nature sont par là plus près d'un utile enseignement,
J'ai souvent songé à ce que le vulgaire appelle les avantages de la fortune, et voici le résultat de mes réflexions :
ET lîEFI.KXFONS So
Avec hi foiiiiiio (tn ne jx'iit ;H'(jii(''nr, si on ne les a reçus (le Dirii cl dr la naliu'c, les dons les plus ilésirahles, ni l'espiil, ni la mémoire, ni l'ima^niialion. ni la •raieté de cœur, ni la fermeté de caiaclèic.
Avec la fortune on ne peut se donner l'œil du peintre, l'oreille du nuisicien, le courage du soldat, la voix puissante de l'orateur, ni trois cents ans de noblesse.
Avec la fortune, on ne peut se faire beau, si l'on est laiil, élégant et gracieux, si l'on a le corps lourd et trapu, rehausser de quelques centimètres une taille trop petite, élargir des yeux trop étroits, développer un front comprimé, rajuster les lignes d'un nez ou d'une bouche difforme.
Avec la fortune, abstraction faite des qualités de l'àme et de l'esprit, on ne peut conquérir, à coup sûr, ni une pensée d'amour, ni une sincère gratitude, ni un seul dévouement.
Avec la fortune, on ne peut ni consoler une vraie douleur, ni raviver une affection éteinte.
Mais, avec la fortune, on peut avoir une maison bril^ lante, une table exquise, des complaisants et des valets, c'est-à-dire les mensonges de la vanité et les funestes satisfactions des goûts sensuels.
Avec la fortune, un caduc vieillard peut obtenir une pauvre jeune fille qui lui laissera croire qu'elle se donne cordialement à lui, quand la malheureuse ne fait que se vendre.
Avec la fortune, quelque piètre avocat, venu on ne
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s;iil d'oii, (le Saiiit-l'aiiciasso ou de Saint-Maixent, et enrichi au moyeu d'uuo trauio artificieuse, par un mariage inespéré, peut dire d'un ton superbe : a Mon cheval, ma voiture, mes gens ! w et s'enfler, comme la grenouille, dans sa stupide présomption.
Avec la fortune, ce même sot parvenu peut inviter à diner des gens qui, pour le plaisir de savourer ses vins de Bordeaux ou de Champagne, vantent impudemment son éloquence et font semblant de croire à ses vertus.
Pendant la révolution de IT'JÔ. un grand noml)re d'émigrés, n'ayant plus nulle fortune, se sont fait admirer par leur courage et leur intelligence, lu prince d'Orléans, qui devait un jour monter sur le trône de France, a donné des leçons de iiialliéuialiipies ilans un village de la Suisse.
Des gentilïhonunes. de haute naissance, se firent maîtres d'escrinie. de danse, do musique, instituteurs; plusieui's entrèrent dans des professions industrielli's. Lu descendant d'une très ancienne famille était imprinieiu' à Brunswick: un autce. libraire à Leipzig. Les femmes aussi gagnèrent leur vie par leur travail. Elles organisèrent des magasins de lingerie, façonnèrent des clia|ieau\. taillèrent des robes. Pendant jibisieurs années.
i; r iiKKi. i;\i(t\ s:
(l;iii> |ilii^iciir.> villes (rAII('m;i;:iic. Iiv> lioiiiio Imiiii j;L'oises curent riioimi'ur d'être habillées par des inarijuisei et des iliirliesses. Cej charmantes femmes de France du dixiiuitième siècle, si vives, si gaies, si parées, habituées à.un si jrrand luxe et à de si jolis entretiens, quel noble cœui' elles recelaient sous leur apparente frivolité ! Quand le joiu' (le l'épreuve est venu, elles mit étonné k' monde par leur vertu. Les unes sont mortes, coiiime des héroïnes on (les saintes, dans les prisons, ou sous le fer des bourreaux. Les autres ont, dans leur exil, donné aux peujiles étrangers de touchants exenijiles de patience et de résignation. A Uerlin, on a gardé le souvenir d'une jeune fille de la liante aristocratie <jui. en travaillant sans relâche, en façonnant des lleurs. assurait le bien-être de ses parenis inliriiies. A Londres, dans un établissement de cbaril;'. on conserve les seaux et la sanjjle d'une autre jeune fille qui. pour subvenir aux besoins de son père aveugle, portail de l'eau dans les rues.
J'aime l'été et je m'iniagine qu'aux i.'raiids jours du mois dejnillel. le plus beau, le plus pompeux des douze mois; le bon Dieu passe la revue de tout ce qu'il a créé et disséminé sur notre globe. De là cette floraison éclatante et celle animation universelle. l)e|>uie la liaufc cime iU;>
S8 HEVERIES
sapins jusqu'aux frêles graminées, depuis le cèdre jusqu'à l'hysope, depuis l'aigle qui plane dans les airs jusqu'à la libellule qui voltige sur les ruisseaux, depuis le chamois qui s'élance sur la crête des montagnes jusqu'au vermisseau qui rampe sous un filament de mousse, depuis le soleil qui éclaire le vaste espace jusqu'à la luciole qui, le soir, allume son petit fanal sous un buisson, il voit tout, il mesure tout dans la profondeur de son regard. Il voit des plantes, si minimes qu'elles semblent destinées à n'être jamais vues, dont nulle œuvre d'art cependant ne peut égaler le tissu merveilleux. 11 voit des insectes pour lesquels une feuille de noisetier est un monde, mie goutte d'eau un océan, et qui sont armés de toutes pièces pour le combat de la vie et vêtus plus ricbement que les rois. 11 entend aussi, à travers les notes mélodieuses qui charment notre oreille, une multitude de vibrations que nous ne pouvons discerner : timides roucoulements, soupirs langoureux, cris rapides, bruissement d'ailes. Dans les solennités des beaux jours et des belles nuits d'été, toutes ces vibrations forment le concert religieux de notre sphère terrestre, toutes les fleurs s'ouvrent comme des encensoirs, et il y a dans la nature entière comme un frémissement de joie cl d'amour.
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Il osl |it'ii (rii(imiiit's (|iii, eu scnilnnl ItMU'S actions, ne soient, bon jiir. mal i^ri', obligés d'y reconnaître l'influence de la feiiinie. Les pauvres hommes orgueilleux! ils ont la présoniiilion d'agir par eux-mêmes, selon leur libre élau et leuralisolue volonlé. La femme leur laisse cette illusion, et, par la mansuétude, par la palience, par d'habiles ménagements, peut-être aussi par (juelquc ai'tilîce, elle subjugue et gouverne ces fiers autocrates. Au premier âge de la vie, c'est pour réjouir sa mère qu'on désire apporter une bonne note du collège ; plus tard, c'est pour mieux plaire à la iêiiime aimée qu'on ambitionne la fortune et les honneurs; plus fard, viennent les enfants, les petites filles qui, de leur petite voix, commandent aux plus vaillants guerriers. On peut dire, sans exagération, qu'au fond de toutes les actions de l'homme, courageuses, persévérantes, glorieuses, C'ii fond de toutes ses luttes et de tous ses triomphes, il y a une femme, et, par malheur, aussi au fond des plus grandes folies et des plus grands événements : u Bien ! voilà le coupable, dit en Italie le juge chai'gé d'instruire un procès criminel ; a présent, dove c la femminn, où est la femme? »
liKVtllIES
Bénies soient Icsfbnimes qui ci-oienl! Les reniincs qui ne croient point ou qui ont peur de trop croire, que Dieu m'en «anle !
Pourquoi n'uvons-nous pas dans notre langue, eoinnie les auti'cs peuples dans la leur, l'adjectif de ce doux et spécial sentiment? Sistcrlij iendcrnes! disent les Anglais. Pour traduire cette qualification, selon notre étymologie latine, nous serions obligés de dire: tendresse sororelle, et la rigide commission du Dictionnaire de l'Académie condamnerait cette expression comme un néologisme.
Les conteurs de l'Orient nous dépeignent les merveilleux effets des montagnes d'aimant. La charité chrétienne a son aimant ([ui n'est point une fable, son
I I iii:i i.i.xHiNs m
iiiiiuiMl (|ni iillnr. iioii |iiiiiil les cldiis (le in- (riiii n;i\iic. (•(iriiino dans les ii'cils de Siiiliad Ir Marin, mais les [liciiK
dL'VOIR'ini'Mls.
Hioii u'auit. |)liis vi\('iiifiil, l-I (iiicNjnclois plus iataloiiiL'iit, sur do joimes imaiiinations, que la connaissance de certaines œuvres. C'est nu tait notoire que le Wertlier de (iœthe a fait germer dans pins d'une tète exaltée l'idée du suicide. Après la représentation et la puitiicalion des Brigands de Schiller, des jeunes gens (blleinent enthousiasmés par la draniatiqur image du héros de cette traifédie, prirent la résolution de s'armer comme lui, pour comhatlre comme lui les vices et les hypocrisies de la société. Va\ Danemark, le mélancolique Ewald, aviiil lu l'œuvre si célèbre de Daniel de Foë, prit à onze ans la résolution de se rendre en Hollande avec l'espoir de trouver là un navire qui se dirigerait vers Batavia, ferait naufrage en route, et le jetterait sur une lie déserte. Son maître le rejoignit au moment où il s'acheminait du côté de la plage, arrangeant dans sa petite tète ses fantaisies do voyage. Il était déjà à dix lieues de son village.
IlEVElilES
Ceux qui n'ont pas souffert ensemble ne connaissent pas les liens du cœur les plus puissants.
J'ai toujours eu un penchant singulier pour la société des vieillards. Dans mon enfance, j'étais le favori d'ua vieil officier balafré, qui avait fait les campagnes d'Egypte, d'Allemagne et de Russie, et qui me racontait, en fumant sa pipe, des choses merveilleuses de la terre d'Orient et des régions du >'ord. C'est peut-être cette impression première qui a éveillé en moi l'amour des voyages. Goethe, le grand poète, a écrit une page charmante sur les influences imperceptibles dont l'homme éprouve peu à peu et souvent a son insu l'action continue : d Celui, ditil, qui a vécu à l'ombre des grands chênes, n'aura pas le même caractère que celui qui a grandi au milieu des myrtes et des orangers. » N'est-il pas probable aussi que celui dont la jeune imagination aura été saisie, dès son premier élan, par des récits étranges, ou par la lecture de quelques livres fabuleux, n'aura point la même disposi-
i:t i;i: Fi.EXio.Ns >jô
lion d'esprit que celui dont ratleulion ;uira été fixée de bonne heure sur le pupitre d'un Lomploir el les colonnes de chiffres de Barème?
Plus tard, à mon entrée dans le monde, j'ai eu le iionheur d'être admis dans l'intimité de quelques dignes vieillards, et j'ai souvent recherché leur entretien, de préférence à celui des jeunes gens de mon âge. Ce que les vieillards savent, ils l'ont ap|)ris, non point par une étude précipitée, mais par l'expérience, cette grande, cette austère institutrice. Ils ont eu aussi leurs jours d'effervescence, leurs heures d'orage; ils se souviennent des diverses épreuves qu'ils ont faites dans la traversée de leur vie, comme le pilote, des écueils qu'il a rencontrés dans sa navigation, sur les océans. Les rides de leur front sont connue les plis d'un livi'e qui renferme de secrets enseignements; leur tète blanche est comme celle du sphinx, pleine de leçons et de révélations mystérieuses. 11 en est qui, à la fin de leur voyage, se retirent dans le port d'une égoïste indifférence et, en entendant gronder la tempête, murmurent avec une froide quiétude le Suave mari maçjno de Lucrèce ; mais il en est qui gardent dans leur cœur attiédi une source inépuisable de sympathies pour tous ceux qui les entourent, qui restent fidèles à la sentence proverbiale de Térence :
Homo sum : IiiDuani nihil a me aliemim puto.
Ceux-là suivent, avec une pensée charitable, avec un
l'eganl bienveillant, les jeunes gens qui s'aventurent dans quelque périlleux sentier, et leur bienveillance a la douceur mélancolique, la clarté pure, la sérénité d'un crépuscide du soir.
Linné a l'ait une horloge des fleurs en nolant les heures où les unes s'éveillent et oii les autres s'assoupissent.
L'Angleterre peut faire ainsi une horloge géographique' pour ses colonies. Ouand il est midi à Londres, il est cin(| heures et demie du soir à Calcutta, sept heures du matin à Québec, minuit à la NouvcUe-Zélindo.
L'Angleierie a dans l'éteiulue et la variété de st;i colonies tout un monde, toutes les températures, depuis le froid glacial des régions polaires jusqu'à l'ardeur des tropiques; toute l'échelle du monde végétal et animal, depuis le lichen jusqu'au baobab, depuis le lemming jusqu'il l'éléphant ; toutes les races humaines, depuis le Ilottentot et le l'apouan jusqu'au type caucasien.
L'Angleterre a dans ses colonies les plus vastes donuiines et les plus petits : l'Inde et l'Australie, l'île d'Ilekoland et l'île de l'ilcairn.
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Los contiéos qui doiiiiPiil à l'homme de faciles moissous ne fixent point son vœnv comme celles oi'i il doit lutter et souffrir. Le montagnard reste attaché à ses rocs escarpés, à ses cimes de neiges ; le Lapon à ses somhres pâturages. l'Islandais à ses champs de laves. La mère la pins tendre envers ses enfants éprouve une affection pariiculière pour celui qui l'a |)ar son état débile obligée à plus de sollicitude. Le laboureur enchaîne sa pensée à la terre qu'il défriche avec peine, l'artisan à l'œuvre qui exige de lui un courageux travail! Mystérieuse, inévitable loi de Dieu. Dans la difficidté d'une entreprise est le plus ferme stimulant de l'homme; dans la douleur sont les liens les plus fermes. La gaieté ne fait ({n'effleurer les âmes ; la douleur y enfonce ses racines. Ceux-là ne sont pas sûrs de leurs affections qui ne se sont trou\és réunis qu'en des jours de fêtes. Ceux-là s'aiment qui ont éprouvé ensemble les anxiétés de la vie. l'amertume des larmes.
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Dans le canton catholique de Scinvitz. j'ai entendu raconter cette jolie histoire :
Deux IVères étaient en ?5ntostation pour une prairie inscrite îi leur nom, dans le testament d'un de leurs oncles, mais avec des clauses si confuses que chacun d'eux croyait pouvoir légalement s'attribuer la possession de cette bande de terre. Un matin, l'aîné dit :
(( Cher Frantz, il faudrait mettre fin à notre indécision pour accomplir la volonté de notre oncle. Veux-tu venir avec moi chez le juge? Nous lui montrerons le testament qui nous embarrasse. Il le comprendra mieux que nous.
— Non, répliqua Frantz. J'ai de la besogne qui me relient ici. Mais toi-même, tâche de voir le juge, explique-lui tes raisons et les miennes, et je m'en rapporte h ce qu'il te dira.
— Soit, )) réplique l'ainé.
Et il part.
Le soir, il revient, et du plus loin qu'il aperçoit son frère, il lui crie : « Frantz, c'est fini. Je me trompais. La prairie est à toi. »
Quand ma pensée s'élève vers Dieu, je me le représente comme la source universelle du bien, et je me dis que le plus sur moyen de se rapprocher de lui, de mériter sa grâce, d'obtenir sa bénédiction, est de faire, dans
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le cercle, plus ou moins hirgc où l'on se trouve placé, autant de bien que l'on peut, selon ses forces et son intelligence. Je me dis que le pauvre ouvrier qui aide quelques instants au labeur de son voisin malade acquiert plus de mérite que le riche qui, d'une main glacée, jette sa pièce d'or dans le grenier de l'indigent. J'ai l'audace de penser qu'un rqi qui, dans les splendeurs de sa cour, oublie les souffrances de son peuple, qu'un grand seigneur qui s'abandonne à toutes les jouissances de la fortune sans entendre la misère gémissant à la porte de son château, sont de grands coupables dont la Providence punira les méfaits, soit sur eux, soit sur leurs enfants, et peut-être, comme le dit la Bible, « jusqu'à la troisièmo et la quatrième génération ».
Charité! charité! c'est-a-dire amour et compassion, les deux expressions en lesquelles se résument les joies et les misères de la vie humaine, les deux sentiments qui doivent la remplir, les deux vertus qui l'ennoblissent et la consolent. Que le riche soit charitable envers le serviteur qu'il assujettit à ses volontés, envers l'ouvrier qu'il emploie, envers le pauvre qui lui tend la main. Qu'il se dise, chaque jour en s'éveillant, chaque soir en s'endormant, (juo plus la Providence l'a fait puissant, plus elle
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lui imposL' par là même robliiiaiiun d'aider, de protégeiceux qui l'entourent ! Que le pauvre à son toiu- soit cliaritable envers le riche ! Qu'il sache que nulle muraille de marbre, nul plafond doré ne peuvent mettre un prince à l'abri des anxiétés mortelles, que la douleur humaine pénètre sous le manteau de pourpre comme sous le naillon, et que, bien des fois, le grand seigneur, assis au sein de ses richesses, en face d'une table splendide. s'est surpris à envier l'humble toit et l'obscur repos de son charbonnier.
Charité! charité! Par charité, je n'entends point la banale habitude d'une main qui, par une sorte de mouvement instinctif, laisse, en passant, tomber une aumône dans la sébile de l'aveugle, ni même la louable action d'une élégante dame qui, à certaines heures, se dit qu'elle sortira de son salon parfumé pour gravir les rudes escaliers d'une maiisnide. Les vraies charités ne consistent pas tant dans les secours matériels que dans les don: du cœur, et tout individu, si faible qu'il soit, peut faire un précieux acte de charité. Apporter un légitime témoignage d'estime à un pauvre être calonmié, charité. Raviver un doux espoir dans une imagination surprise par le malheur, torturée par le doute, charité. Soulager, par une affectueuse parole, une âme trompée qui gémit de ses déceptions, charité. Être doux, être bon envers quiconque s'approche de vous, indulgent envers celui que le prestige de la fortune aveugle, affectueux et prévenant envers celui dont elle trahit l'effort, ouvrir avec
i; r i!i;ri.i;\i(t.\s w
svmpalliic son ctt'ur à toiiles k's |)laiiile's, à loiilcs les m;il;i(lies, i» (ouïes les erreurs lunnaines, et il n'y a pas (le jour où l'on ne |)uisso accomplir ainsi les meilleurs actes de cliarilt'-. Faire la charité, c'est faire le bien, l'einardiii de Saiut-l'ieire a dil : c Si chacim s'uccu|)ait (le melire l'uiHlre dans sa maison, l'ordre seiail dans l'Klal. I) ilisons, nous aussi, (|ue, si chacun Taisait autant (le hieii (jn'il |ieul en l'aire auiom- de lui, le liien i^ént-ial M'iinl assure.
J'ai ('lé il la poursuite d'un idéal (|ue je ne pouvais trouver complètenient nulle part. Le soleil a ses taches. cl cha(|ue région de notn» glolte terrestre a ses misères.
Je m'en vais, hien persuadé après mes pérégrinations, (|ue ce ((u'il y a pour l'homme de plus sage et de meilleur, c'est de s'attacher à la coiulilion dans laquelle le ciel l'a l'ail naitre, de chercher la joie du cœur dans de vraies alTeclions, la paix de l'àme dans raccomplissemenl de son devoir, et d'aimer sa [latrie, non |ioint parce (ju'elle est grande, mais parce (jue c'est la patrie. Ainsi, dit Sénèiiue : JS'ono e.n'nn iicilricnn, quia magna, amei. scd (juia sua.
En regardant un enfant au maillot, que de fois ne s'est-on pas dit : Eh quoi ! est-ce là le commencement de l'homme? Est-ce là ce qu'on appelle le roi de la création?
Le lion naît avec ses griffes, l'oiseau avec ses ailes, l'ours avec l'épaisse fourrure qui le garantira du froid. Grands et petits, tous les animaux ont en quelques instants leur vêtement, leur liberté d'action, leurs movens de défense. Et cet enfant qui deviendra homme, si Dieu lui prête vie, comme il est frêle ! 11 ne peut ni marcher ni se tenir debout. Une alouette le renverserait d'un coup d'aile. Une mouche le harcèlerait sans qu'il pût se défendre. Sur ses traits informes il n'y a qu'une expression de malaise, d'inquiétude ou de douleur. Ses yeux débiles ne supportent point la lumière, et ses lèvres ne s'entr'ouvrent que pour exhaler un gémissement. N'est-ce pas une âme invisible qui gémit dans sa misérable prison, peutêtre par le souvenir des régions lumineuses d'où elle descend, peut-être })ar l'intuition des souffrances qu'elle doit éprouver en ce monde?
Cependant l'homme est le roi de la création, roi subtil et courageux, roi puissant et rapace, puissant par les inventions de son esprit, par son labeur et son habileté. Les monts et les vallées sont ses domaines. Les airs et
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les eaux sont si-s liiljiilaires. Il ivcoltc les |)laiifes cl les fruits qui croissent à la surface de la terre; il lui enlève, eu la ileA'hiraut, les trésors qu'elle renferme ilans ses entrailles. 11 jette ses filets dans les [)rofondeurs a(|iiatiques. 11 lance ses dards nieurîricrs dans les espaces aériens. 11 parcourt comme un conquérant les llcuves et les mers. 11 égorge ou sulyugue les animaux pour son plaisir ou pour ses besoins.
De tous les êtres animés et inanimés répandus par la main de Dieu a travers le globe, il est le seul qui puisse subsister partout, dans les plaine: marécageuses et sur les cimes des rocs, dans la ceinture de glace des contrées polaires et sous les feux de la zone torride. Le seul! Non, la Providence a accordé la même faculté au meilleur des animaux, au chien. 11 vit partout où vit l'homme, et l'on sait les services qu'il lui rend au sommet du Saint-Bernard, dans les neiges du Groenland, dans les plaines arides de la Sibérie. A l'ouest lointain de l'Amérique, des troupes de chiens sans maîtres campent sur la route du Nouveau-Mexique, comme si elles attendaient l'homme dans ces prairies désertes.
Les traditions populaires associent constamment le chien aux aventures de l'homme. Il a un chien avec lui, le pauvre bûcheron condamné k porter jusqu'à la fin des siècles son fagot dans la lune, pour avoir coupé du bois le dimanche. Ils avaient aussi un chien avec eux, les sept chrétiens d'Ephèse qui dormirent dans leur grotte trois cent soixante-douze ans
i(U i; i:vi;i!iE s
L'iiomiiie \w vil pas sfiileinont de pain, a dit l'Évangile. Les intérèls malériols ne peuvent nourrir son àine. Nul profit pécuniaire ne peut lui donner une douce et pieuse émotion comme celle qu'on éprouveen une Fête- Dieu, dans la procession solennelle d'une grande ville, en une fête des Rogations au milieu des champs fleuris. en une fête paUdiiale de village an niilieii d'une naïve et franche gaieté.
Les catholiques ont encore d'autres pratiques religieuses dont malheureusement le rigoureux protestantisme s'est privé. Leurs églises sont ouvertes toute la semaine et tout le jour.
Toute la semaine et tout le jour, n'y a-t-il pas des fidèles qui désirent visiter le sanctuaire de Dieu, s'ageuuuiller dans le reiientir d'une faute, remercier la l'rovidence d'un de ses hieufaits. ou invoi[uer sa grâce par une fervente prière"?
Heureux celui à qui Dieu doime l'alTection d'une brave femme ! Elle le ijardera dans le chemin de la vie. Elle
i; T i; i; 11, i; NIONS ur,
r»''il;iiit'i;i ihiiis ses dit'iifiilli''>, cllf le cunsDlciii dans ses aUliftioiis. lillo portera avec lui la iiioilié de son l'ardeaii. et lui rendra ses snceès plus doux par la joie qu'elle en aina.
Kn songeant aux âpres eomoilises produites par l'appât de l'argent, je me rai)pelle ces paroles d'une tendre mère : » 0! mes enfants, nous ne vous laisserons pas ce ipi'on appelle une lurtuiie. mais l'estime de tous ceux qui nous ont connus. Partout, où votre père et moi nous avons passé, partout vous pourrez retourner sans crainte. le Iront levé, n
llérilaue de cœur et d'honneur des liiaves gens! Y en a-t-il un plus désiralile'i
Je considère la nature comme un innnense sanctuairioïl partout éclatent la puissance, la gloire et la douceur de Dieu. Il y a là des arcades dans les bois, îles vallées fleuries, des clairières lumineuses, de petits coins de terre mystérieux qui m'apparaissent comme des chapelles, des ermitages, des oratoires, et, (hms d'autres
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zones, des structures qui sont comme les basiliques du suprême architecte, prodigieuses, éternelles basiliques près desquelles les monuments humains les plus gigantesques, les tours de Babel, les piliers d'Eléphanta, les colonnes de Palmyre, les pyramides du Caire, les acropoles, les colisées et les palais des nations ne s'élèvent que comme des fourmilières.
Il me semble que partout, dans ce temple de l'univers, on doit éprouver ou une tendre émotion, ou un religieux sentiment, ou un ardent enthousiasme, et cela m'attriste, quand je suis surpris par un oubli ou par une profanation.
J'ai un besoin de sympathie qui s'attache à tout ce qui végète, s'épanouit et palpite autour de moi. Je remercie la fleur qui me donne son parfum, l'oiseau qui me chante sa chanson, le sapin qui m'ombrage, le ruisseau qui me désaltère. Je voudrais tendre la main à tous les hommes que je rencontre, et cela m'attriste quand je me sens arrêté dans mon élan par une expression d'idées que je repousse ou par une vulgarité qui m'offusque.
Chaque nation a eu, en son juvénile essor, le sentiment de l'idéal religieux et poétique. En chaque pays il se manifeste par quelque œuvre caractéristique : en Grèce
i;t r, kflexioiss los
par Y Iliade, en Italie [)ar Y Enéide, dans la Scaiulinavic par les chants synii)oliqnes do VEdda et les helliiiuouscs Sagas, dans l'ancienne Teutonie par le colossal et lugnbre drame des Niebehnigeu, en France par riiéroïqne histoire de Charlemagne et des donze pairs, en Angleterre par le roman de la Cour du roi Arthur, en Es])agne par le Romancero, dans l'Europe du moyen âge par les poèmes du Saint-Graal et les récils des croisades, en Irlande, dès le cinquième siècle de l'ère chrétienne, par des légendes monastiques où le merveilleux se joint d'une façon naïve et souvent charmante au fait positif.
Les aflreux chemins de fer! Ils ont anéanti la poésie et l'agrément des voyages; ils altèrent les plus heureuses dispositions de l'homme; ils pervertissent son caractère physique et moral. Dernièrement un spirituel médecin, qui n'a peut-être voulu que s'exercer à un paradoxe, a publié un livre dans lequel il essaye de démontrer que la plupart des maladies qui affligent aujourd'hui l'humanité doivent être attribuées à la propagation de la vaccine. Un jour ils ne pourront pas être accusés de faire des paradoxes, les médecins qui signaleront les maladies nerveuses, les gastrites et les gastralgies enfantées par l'état d'agitation, d'impatience où nous jette sans cesse le plus
UMi i;i:\ i;iiii;s
coininoile des choniins de l'er, et jjar le léoiine aliniciitaire auquel il nous condamne.
En niènie temps les philosophes constateront une triste déviation dans la tendance des esprits, i'ouhli ou le dédain des plus pures jouissances de la pensée, le développement toujours croissant des passions matérielles, le calcul positif écrasant sous sa froide réalité le rêve idéal , l'anlai;onismc des individus dans la prooccupaliou de leurs désirs ou de leurs intérêts et l'abandon radical des habitudes de courtoisie dont s'honoraient nos pères. Les gazettes des tribunaux, auxquelles les catastrophes des railways et les méfaits commis dans les wagons fournissent déjà tant d'aimables articles, seront obligées d'allonger leurs colonnes si elles veulent enregistrer tous les drames de cette nouvelle ère sociale. Les Pitaval futurs recueilleront par là une ample collection de procès fameux, el les romanciers n'auront qu'à suivre quelque peu les mouvements journaliers des chemins de fer pour y glaner les tableaux les plus grotesques ou les épisodes les plus émouvants.
Non, je n'exagère pas, je ne fais au contraire qu'une faible esquisse d'un état de choses dont nous n'avons encore observé que le commencement. Tel qu'il est ce connnencement, je demande ce (ju'il doit faire jtrésager [lour l'avenir. Ceux-là pourraient le dire <|ui se sont laissé prendie dans les griffes du démon de l'agiotage, qui depuis le jour où ils ont cherché leur fortune dans la hausse ou la baisse des actions tle chemins de fer. n'ont
r.T iii;ii.i:\ ions iot
plus cdULlii ni la iiiàlc salisr;ic!iiiii du travail, ni les joies (le la famillo. ni le i'c])(ts du loyer. Ceux-là le diseni paileur mort .saufilaiile. (|ui apiès avoir passé par lous les liasni'ds d'un jeu (jui lroni|ie les |dus liahilos combinaisons, par tous les miniires d'une espérance déccvanlo. par toutes les liallueiuatious d'une soif tantalique. on! lini [lar user leur dernier ressort dans celle lullte sans Irèvo, et par succiuniier.
Si l'on veut voir des scènes moins désolaules, mais non moins caractéristiques, que l'on entre dans une des salles d'attente d'un cliemin de Ici' au moment où le convoi est prêt à partir. Il y a lii (|uelques centaines d'individus qui se regardent d'un œil farouche comme des ennemis ; car tous n'ont en ce moment qu'une idée, {•elle de pénétrer au plus vite dans les wagons pour v prendre possession des meilleures places, et ceux qui les entourent sont aulant de rivaux dont ils ont ii redouter la prestesse. Là, ceux qui se connaissent ne s'ahordent qu'à regi-et et n'osent s'engager dans une Irop longue conversation. Ils ciaignent d'être surpris par le coup de cloche qui annonce le départ, ou d'être retardés dans leur élan par une politesse inopportune. Les plus liahiles se tiennent debout, collés contre la porte dont un inflexible surveillant garde encore la clef dans sa poche, et, dès que cette porte s'ouvre, ce n'est pas une société d'êtres civilisés qui en franchit le seuil, c'est un torrent qui se précipite impétueusement vers les wagons, c'est une course désordonnée sur le pav(' de l'embarcadère. Aux
plus alertes la couronne, c'est-à-dire le coin confortable de la voiture du meilleur côté. Aux autres la gêne pendant un long trajet. Qui s'aviserait alors do réclamer quelques concessions polies serait bien naïf. Les affections de famille ne résistent même pas à cet entraînement universel. Plus d'une mère tire avec impatience le bras de l'enfant dont elle s'irrite de ne })ouvoir accélérer la marche. Plus d'une irréparable discussion de ménage est née d'une de ces heures fatales de départ, où le mari accuse la lenteur de sa femme, où la femme est révoltée des reproches injustes de son mari. La génération actuelle conserve encore un reste d'urbanité de son éducation première; la génération qui va s'élever à la vapeur des chemins de fer rejettera comme un vain luxe, ou comme une fâcheuse entrave, ces attentions délicates envers les autres, cette attitude respectueuse envers les femmes, ces pratiques de courtoisie qu'on enseignait jadis avec soin aux enfants et dont les vieillards nous donnent encore l'exemple. Le chemin de fer est l'école mutuelle de l'individualisme, le gymnase de l'impolitesse.
Les philosophes, qui savent tant de choses et qui expliquent tout, jusqu'à la création de l'univers sans la participation de Dieu, n'ont i)as encore pu clairement expli-
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i|iu>r ces iihénomèiu's (raiiliiinlliic et de syiii|)!illii(' (jui se irproduisiMit à tmit iusfant dans le iiioudtî et se iiianifestonl même |iai'nii les ('-très inanimés.
Oui, il y a des planics i|iii se liaïsscnt, et ne peuvent se développer l'une à côté de l'aulre, races de (Jrecs et de Troyens, familles de Menlccchi et de Capuletti, dont nul Roméo et nulle Juliette n'apaisent |)arieur amour et leur mort l'éternelle aversion. Il y a des piaules qui se réjouissent d'être ensemble, qui se soutiennent réciproquement, et se sourient l'une à l'autre. La pervenche qui s'épanouit au bord des haies, le clièvreCeuille qui enlace ses odorantes guirlandes aux branches de l'aubépine ou du noisetier, la mousse qui étend ses petites ramilles vertes au pied des grands sapins, ne semble-t-il pas que ces jolies plantes aient elles-mêmes choisi, par un penchant particulier, leur demeure, leurs voisins et leurs patronages? Ne semble-t-il pas que les haies, les buissons, les arbres qui les entourent inclinent sur elles complaisamment leurs rameaux et leur disent : « Si délicates que vous soyez, n'ayez peur. Nous aimons 'a vous voir. Nous vous protégerons. Nous vous défendrons contre les ardeurs de l'été et les ouragans de l'hiver; le soleil ne dardera sur vous ses rayons qu'à travers notre feuillage, et la pluie vous arrosera goutte à goutte en descendant de nos rameaux. »
Attraction et répulsion ! atomes crochus, disent les uns; fluide électrique, disent les autres. Mieux vaut dire : mystérieuse loi de la Povidence qui tout crée et tout régit. C'est plus simple et plus sur.
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Musique de la cordiale parole ! musique de deux âmes unies par un même sentiment d'amour et de foi, et vibrant ensemble et se répondant l'une à l'autre dans leur pur accord comme deux harpes mélodieuses. Il n'y a pas une musique plus suave ni plus enviable. Les anges eux-mêmes, dans leur vol à travers les sphères harmonieuses, s'arrêtent pour l'écouter.
L'argent est un bien ou un mal, selon la source d'oi!i il provient, la façon dont ou le gagne et l'usage qu'on en fait. 11 y a l'argent béni et l'argent maudit, l'argent qui est un don de la Providence et l'argent qui est un leurre diabolique. Je ne veux point m'occuper de celui qui est amassé par de rapaces spéculations, par de frauduleux calculs, par des mariages qui devraient être des alliances de cœur et dont on fait d'ignobles marchés.
Je ne veux penser qu'à celui qui nous appartient par un pur héritage, ou que nous acquérons par un honnête travail, et celui-ci pourtant, il faut encore y prendio
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gartle. nous no <l(>v()ns j)as lo dissippr en v;iinos prodiwiilités, car il pont servir à iraliser ])liis (riiii liriu-rcux désir et à seconder plus d'une louable entreprise. Nous ne devons pas non plus nous y altaclier trop fortement, car alors il s'empare de notre esprit, il devient notre maître, il refroidit et matérialise notre cœur.
« Nul pays, dit M. Elisée Reclus, n'est si bien situé que la France pour l'élaboration générale des idées. «
Il faut ajouter que nul pays n'a été doué de plus de qualités de cœur et d'intelligence pour accomplir son œuvre d'élaboration et de propagation.
C'est la France qui s'est distinguée entre toutes les nations par ses œuvres chrétiennes, par sa générosité, par ses facultés d'attraction, par la promptitude et la clarté de sa pensée, par son esprit d'initiative.
C'est la France dont on a de toute part admiré la courtoisie autant que le courage, dont l'élégance a charmé l'Europe entière, dont la langue est devenue, au siècle de Louis XIV, la langue des savants étrangers et des princes, des écoles et des salons, du commerce et de la diplomatie, la langue universelle.
De la terre de France, de ses plaines et de ses montagnes, de son auia soavc, ou ne peut sans un déchire-
mont de cœur s'éloigner. >''envions pas le sort de ceux qui vont chercher leur fortune aux mines de Victoria, aux 1 laines du Sacramento. La fortune est ici, près de nous, dans ce pavs assez riche pour récompenser généreusement tout honnête travail, et le bonheur est dans la satisfaction de la tâche accomplie au foyer natal. !Si la France ne s'associe pas aux migrations des autres peuples, elle ne reste pas étrangère pourtant à leur mouvement ni à leur progrès. De la place qu'elle occupe elle rayonne, elle agit sur le monde entier ; Dieu la garde seulement de l'action qui devient trop vive, de l'effervescence qui conduit aux révolutions, des révolutions qui produisent les bannissements!
Paris est un assemblage de caravansérails où l'on campe d'ici, de là, selon le hasard des circonstances, et où l'on plie plusieurs fois bagage dans le voyage de la vie.
Les mille et mille habitations de Paris appartiennent à tout le monde et ne sont en réalité à personne. En revenant des lointaines régions, la cigogne retrouve son nid; l'homme, à Paris, n'est pas sur de garder longtemps le sien, pas même celui qui a le bonheur de posséder une maison. Son quartier peut, d'un jour à l'autre, être
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transpercé par une compagnie de spéculateurs, ou transformé par un arrêt du conseil municipal, et sa maison abattue pour cause d'utilité pui)lique. Un temps viendra où celte raison d'utilité puijjique sera encore élargie, où l'on démolira par une lantaisie d'embellissement et de réeinbellissement. Quant à celui qui n'a pas pignon sur rue, qui ne peut s'installer sous son propre toit, il est à la merci d'un caprice île son propriétaire, des exigences d'un voisin, voire même du mauvais vouloir d'un concierge, et il doit se résigner à clianger souvent de résidence. 11 a fallu la guerre bomérique de dix ans pour oltliger le pieux Enée à quitter sa demeure avec ses dieux. Ici, une multitude de familles déménagent périodiquement avec leurs pénates. 3Iais le Parisien a-t-il des pénates? Ce qu'il appelle son foyer domestique, c'est son appartement, occupé la veille par un inconnu, et qu'il abandonne, son bail fini, à un inconnu. 11 a été baptisé dans une paroisse, il se mariera dans une seconde et mourra dans une troisième.
Ce qu'il y a de mieux, c'est que le Parisien, naïf avec tout son esprit, regarde comme des êtres très maltraités parle sort ou très arriérés dans les lois de la civibsation, les peuples nomades. Mais le Tartare, l'Indien, l'Arabe, le Lapon, en se rendant d'un lieu à un autre, emportent avec eux leur tente, tandis que la plupart des Parisiens s'abritent perpétuellement sous celle d'autrui. En outre, comme ils sont généralement d'une nature mobile, ils doivent être rangés parmi les peuples les plus nomades.
m IIÊVERIES
Le Parisien qui a des affaires ou des loisirs fait, sans exagération, six à sept cents lieues par an, c'est-k-dire à peu près le quart du diamètre du globe, et ce trajet, ohligé ou capricieux, il l'accomplit par la pluie, par la neige, par le froid et par la chaleur, dans des rues boueuses ou poudreuses, entre de hautes maisons qui lui dérobent la vue du ciel et ne lui laissent voir à l'horizon qu'une autre ligne de maisons.
Le Parisien ne connaît pas la douce joie qui s'attache à la possession héréditaire du foyer de famille, où l'image de l'aïeul subsiste à côté du lierccau de l'enfant, où chaque génération a laissé successivement la trace de son passage, le souvenir de ses œuvres, l'enseignement de son existence. Le Parisien ne connaîtra pas non plus quelques-unes des meilleures, des plus précieuses émotions que l'on puisse avoir en ce monde, les émotions d'une enfance qui s'écoule librement, au grand air, en pleine campagne, en face de quelques beaux sites et d'un vaste horizon. Le Parisien, élevé entre le pavé de sa rue et les cheminées de son toit, restera peut-être toute sa vie étranger aux scènes de la nature, au miracle de la création.
Dieu a fait les champs; l'homme a fait les villes. Le
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Parisien cniinaît sa gramli' cité I)ruyanto, liimulliicuse, onfiunée, et s'imagine que c'est la merveille de l'L'nivers ; il en est plus d'un (|ui a assisté au spect;jcle de diverses révolutions et qui n'a jamais contemplé un lever du soleil; il en est plus d'un qui a -cuvent admiré la colonnade du Louvre et le dôme des Invalides, mais qui serait hien surplis d'apprcudrc (jue le lleuve dos Amazones est plus grand que la Seine, et que le mont lilanc est plus élevé que la butte Montmaitre.
Aussi vovez : Molière, Uoileau. Voltaire, sont nés a Paris, les hommes d'esprit, les éciivains satiriques, dramatiques, mais non point les poètes au cœur tendre et les peintres de la nature, non point Racine et la Fontaine, ni Bernardin de Saint-Pierre, ni Chateaulniand, ni Lamartine.
Ai°"' de Staél, dans son exil, s'écriait qu'elle regrettait le ruisseau de la rue du Bac. C'était la femme du monde (jui exprimait ce regret. La femme poétique qui a composé le livre sur l'Allemagne et le roman de Corinne devait à ses impressions helvétiques, au ravissant tableau de Coppet, la meilleure part de son génie
L'homme est vraiment un être d'une étrange vanité. S'il ne peut s'enorgueillir de sa propérité, il s'enorgueillit
de SOS souffrances. S'il ne peut se pavaner dans sa fortune, il se pavane dans ses larmes et se fait un mérite de sa douleur. Oui, il y a de l'orgueil dans ces élégies, où il adresse un appel à Dieu et au monde, comme si Dieu et le monde ne devaient être occupés que de lui, et nous tous, tant que nous sommes, nous croyons, quand nous avons été déçus dans notre espoir, hlessés dans notre affection, que personne n'a éprouvé ce que nous avons éprouvé. Nous étalons à tous les regards les plaies de notre cœur: mais, à travers ces plaies saignantes, on peut voir, comme à travers les trous du manteau de Diogène, briller notre amour-propre. Tandis que nous réclamons ainsi, comme un tribut obligé, la pitié et la sympathie, nous oublions qu'il y a autour de uous, sur le sol même où nous sommes nés, dans le hameau que nous habitons, des souffrances non moins profondes que les nôtres, qui restent dans l'ombre, à l'écart, méconnues ou ignorées.
Le travail est vraunciit une loi divine, une loi d'expiation imposée à notre premier père, mais qui porte avec elle sa récompense. Quiconque essaye de s'y soustraire est puni de cette infraction par la satiété des plaisirs qu'il poursuit, le vide de l'esprit et l'ennui du cœur. Ceux qui, au contraire, reconnaissent cette loi et la mettent en pra-
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tiquo y liomciil un Ikiuiiic siilnliiiic ([iii les loiiilio. Nous nous olonnoiis |);ul'ois de voir l;i i':ici' joyousc, d'cnUMidic le gros l'ire des ouvriers, des paysans condanniés à un rude labeur. Le matin, ils s'en vont fj,aienient reprendre leur tâche ; le soir, après un mauvais repas, ils s'endorment sur letu' couelie j^rossière d'un sommeil paisible qui fuit souvent l'oreiller des riches. Le secret de leur contentement n'est-il pas dans l'aclion eflicaee du travail? N'est-ce pas de notre oisiveté que s'échappent, comme d'une autre boite de l'audore, les désirs turbulents qui égarent notre imagination, les soucis qui nous rongent, les plaisirs factices dont l'apparence trompeuse nous séduit, dont le néant nous irrite, et toutes ces susceptibilités inquiètes, tous ces sentiments de jalousie, de haine, qui éclatent dans les riants salons du monde, comme le souffle empesté qui, sous un ciel doré, porte la fièvre dans les vertes oasis de l'Orient? L'espérance pourtant est au fond de ces misères; l'espérance, c'est le travail qui, occupant notre pensée, la délivre de tous ces vains fantômes; qui, à la place de ces vagues et éphémères fantaisies, nous montre un but qu'il est doux de vouloir atteindre, et répaml dans notre àme, goutte à goutte, un suc salutaire, la satisfaction qui résulte de l'accomplissement d'un devoir.
118 RfiVERlES
Rien de meilleur, rien de plus efficace que les voyages, dans certaines situations morales. L'homme qui, après avrir goûté les émotions de la vie active, se trouve tout à coup condamné à la stérilité des jours oisifs, éprouve une impatience fébrile. Au dedans de lui, il a comme un ressort impétueux, un ressort d'acier qu'il tente péniblement de comprimer.
Ses facultés intellectuelles et physiques, son imagination, ses sens, aspirent à reprendre leur libre emploi. Si les forces dont il est doué, si la sève al)ondante qui l'anime, sont paralysées dans leur mouvement, ces forces lui pèsent comme un inutile fardeau. Bieutôt, ]iar l'effet des luttes antérieures qu'il a subies, des désirs incessants auxquels il ne peut donner l'essor, par le fait même de cette exubérance de vie, qui, ne trouvant point à s'exercer au dehors, retombe de tout son poids sur elle-même, bientôt il tombe dans un état de maladive langueur, bientôt il se sent pris au seinpar le noir démon de l'ennui. Pour échapper à sa rude étreinte, il lui faut l'air, l'espace. 11 faut qu'il s'arrache au cercle étroit dans lequel il se trouve comme rivé à une chaîne qui lui serre les flancs, qu'il s'en aille au loin pour se soustraire aux chimères qui l'obsèdent, pour s'oublier lui-même. L'aspect d'une