‹ RêveriesChapitre 11 sur 37 · REFORMES · texte numérisé non relu

REFORMES

. Le changement des temps exige celui des institutions. Elles ne seront chéries ^ elles ne seront forte^ à cause de leur ancienneté, que si' là convenance qui les dicta subsbte en grande pftrtie. Dans cette supposition même, pour les transmettre intactes a des générations qui n'adoptent que par habitude lernies ' du législateur, il &udrait une manière d'être générale tdlement caractérisée, qu'on ne pût supportes^ un premier mélange avec des usages étrangers. Les succès de Lycurgue auraient été jdus durables

s'il n'avait pas laissé auxSpartiates le cukedes peuples voisins.,Quel que soit l'auteur du Pentateiujue, il a réussi en préférant des lois qui peuvent paraître moins sages à plusieurs égards, mais auxquelles la force d'ensemble ne manquait ni)llemeDt. Ce dernier avantage, Mohammed l'a eu sur Lycurgue, eu éta^issant une théocratie ; cependant h peuple des Khalifes s'est divisé, parce que ses conquêtes luront fiiit perdre en très-graode partit sa physionomie parlîcuhère, et parce que le système moral' de Mohamttfd n'avait pas de profondeur.

Les Héhreux ne sont pas les seuls tutions n'aient pu périr ; mais cette c partientà l'Orient. Le plus hardi des 1 trepreodrait-il de coQsolider dans la n ou d'y proposer même <|uelque chose de neuf, et de iortemeoieonibiné? Les pr^ugés d^ fkncietmes races fortifiaient heaucoqp l'opposUipu eittre les moeurs générales d'une tribu, et celles des nations voisines. Cett£ diversité de pl^ysit^nomie politique et religieuse produisait d?s b^ip^ mi^tuçlles , et une répugnftnçe . prea^ invincilfle, Qn, ^n^eijiait long-tetitps la lanoe étal*)ie,.^t ^i<^ qV^PV' aurait eu horreurd'ee ebqnger, et pa((;e qu'm n'aurait ptf. çn adopter une autr^ sans une ,tr!tQ|^|ti<4it subite , ou uu consentement fonnd, 0» fi()itservaitr on aimait ses mœurs

parce qu'elles étaient odieuses au reste du twncle. Quaiid on ne cherchera qu'uh-iiiode tKÎsonnable et heureux, une expression inoins défectueuse de-la pensée ^upbeme qui produisit les homm^, on n'aura plus besoîîi de ces grands contrasteai pëliHques. Ce qui serait simple et naturellement convenaMe dans un pays, pourrait, sans beaucoup d*inc6nvéniens, se mêler a ce qu'on auiâit ailleurs disposé avec des intentions aussi droites. Dans cef état de choses les peuples seraient moins distincts, mais ils n'auraient guère besoin de l'être. Si on cessait dé connaifre, dans son énergie quelquefois héroïque,' la passion du patriotisme, serait-ce réellement une perte? En se délivrant d^un mal moral , on peut abandonner , sansîregrets, h vertu qui en est le remède : il sèraî^ \ désirer même^ dfens Tordre terrestre ,* qu'on oubliât toutes les vertus, en obtenant toutes ley perfections. • ^ , . *

Si pattni nous on voit s'éteindre Famour delà patrie, ce n'est pas qu'il soit devenu îhtitile d^ cette iflanière; mais la terre liatale ressemble trop a la terre étrangère. Nos divers corps pbliti(Jues ont tous une physionolnie analogue, dans un même degré de ftiblessè^^et de trivialité^ S'il arrive alors qu'on s'attache fortement k son pays, <fest phr devoir, c*est ' par )xa sentiraient écjairé dont l'étendue convenanj

peu au gsand npiabrey ïi'offre jpas assez de garsintie.

PoUr perfectionner une cité, il faut réformer avec Hi^sure^ mais avec eiaseDoible , tout ce dont elle se eoiaposei Les effets de l'ordre social^sonf liâicQpune les phéDomènesdie Tordre physique. Sansunité^ les meilleures lois ne sauraient s'affejÀair : les diangei: sans pouvoir renouveler les mœurs , c*est tout corrompre^ dû moins pour un temps. Ceuxqui, en déclaiùant contre ler-essais de quelques peuples , dans des jours de révolution ^ jugent de chaque loi psriN révénement qui la suit aussitôt^ paraissent être les plus aveugle^dcss hommes. Pour être illusoire dans des pays florissans, Tégalitédes droits en sera-t-elle moins june, règle incoute^rtable? Si au contraire vous favorisez toutes les tentations }-'que^itf>us serviia de *recommandfer la tempérance et l'équité ? Par cet,* doctrine équivoque, dont iljest fiicile de c&nprendré la double intentipn y vous demande:^ dé'la^part des ' profanes y beaucoup de léserv^ et de i^sigqAtiony afin que le illste ou la liceçce, Jla ruseoti la mo^esse, 4fin que tout Ce que \m§ semUez proscrire , devienne, sans trop de secret, le partage des i^hiés : ainsi s'expliquent 1^ disQours ^ur le danger de^riehesses , débités avec onctiof par quelques proht» opulens.de Graj^n ou ^4^ Tolède, .,

C'est un art trop admiré de îaire' servir les fiai-

bles$çs humaines y 4es erreurs , les payions a la fiu qu'on se propose souvent par caprice , bu- dans des vues étroites y et de tismét la fausse route dans lar quelle on veut {NrecipitesJa multitude. Avec plus de grandeur on obtiendrait du coiicours des affections natuiylles, la félicité publique et jprivée de Thomme sooîaL On n'aurait pas recours a la crédulité, expédient troppérillêux . On avouerait quQ toute croyance, établie ou soutenue par le mensonge, serait essen-* tiellement nuiaibley quel que fàt le motif qui eût en* gagé a TiAtrôduire. Quand le peuple en admet une semblable» elle est mauvake par cela seul qu'elle le trompe; quand il la rejette, elle se trouve plus mau7 vaisetDcore, parce que eette chute, trop tardive , pigrait ébranler d'autres principes qu'on avait eu le malheur d'en croire inséparablas.

La plss funeste des erreurs serait celle qui sans cesse reproduirait les maux, en persuadant que nous, ne pourrons jamais le» éviter. Il est néanmoins des hommes pour qui l'usage ^t la loi suprême. Habiles à réprimer les4)esoins de ramé, ils voient dans ua donde de déceptim ie meillaur dei mondes. Chérissant avant tout les dons faciles d'une paresseuse légèreté, ces en£Bi]»s€e noire heureux âçe se sentfiSHnés pour les choses délitâtes,- et leur sensualité quitte, reprend, cherche, ou dédaigne des nou«

veautés d'un f[oût exquis. AvandEs dans le geiu:e de perfectionnement qui nous affaiblit chaque jour^ ilsdiront avec grâce qu'il faitt s^ contenter de réformer quelques abus particuliers^ qu'avec moins de complaisance Tdn se donnerait trop d'embarras, que Taneien temps de siixtplàâté est fort ancien, qu'un es«^ prit raisonnable se soucie peu de la foule qui réeou-teràit rarement^ que ta partie ^irituelle de chaque nation s'honore en iaisantdes progrès dans tous les arts pbssijldesy et qu'enfin nous devons tous contri-buer k varier l'amusement de cette société choisie.

Tous ces mojens de j«îe, qui flatteraient peu si Qia les dépouillait de ce qu'ils ont d'exclusif , ou du moins de trop personnel>«leviemient contraires èiu principe social et entretiennent l'égOMme. C'est les plaisirs simples que l'ordre morale et politique doit consacrer avec prédileotion. Les plaisiiB simples au- ' ront beaucoup de, durée ; tb ranimeront la vieillesse après avoif inspii« Ip jeune âge , et comme on aura aentî qu'avec eux^ ou pçr eux> on fîvait*" convenablement, (Ml leui sourira encore à»rinstftntfune*bre. Pourquoi ne snffiadent-ilë pas toujours ? On ife les a pas vus changer. Maisles jouià^nces indirectes qui dépendent des jeiHc àé l'imagiiiAtu»! , et qui n'ont de valeur qu'en excitant la jalousie, corrompent.le&. hommeis par une continuelle opposition d'intéiêts : '

Ae cotte désùnioa proviennent g^nér^ment no3 fshagrins et nos vices, '

La nature a fait les douleurs ^ puisqu'elles, arri^ y€!pt,par une si|ite de ses lois ; mais elle ne les a pas rendues néoessaires y si la nâson peut tbut rectifier de: degrés en degrés. U est au^i très-vrai, en un sens y qae là plupart des maux qui surdiargent Thu- .oanité viennent de noas-mémçs^ de nos ex^ ou de notre imprévoyance , de ce q;ue la raison nég^içe, ou de ce que les passions ocpasiwent. Quelle que soit la cause du j[Mig y il pèse sijir des m^lbns d'hom^ ipiès^ et ils reprocheront toujours k la nature ou d'a-^ voir établi le mal; ou de l'admettre conmie possible. A l'égard dç la nanure/œs plaintes sontpeu sensées petitrétre, et d'ailleurs elles restent necessairem^t infructueuses; ce qui- importe^ c'est de sentir que souvent le» peuples ou les familles pourraiciit éviter ime^gfaude partie de cette extrême aiHiction. • ^ Quand on soufire pliy de licence que de vraie lî* bert^^ quand les yticlinations dec]Éiguec|t(^n sont unr effet de ses prêterions ^ et non dès dispositions du légi^teur ou des coojseilaxle la raison^ nul n'est satisfait dan« là situation même^a plus favorable. Ce qu^09 jpossède atocs-e^t psécisémeni ee qu'pn cesia de ^Mrer : des perspectiireç trop diverses alimententune "^ kiquiétude essentiellement contraire au bonh^K

Dans ces Ij^ux gi^itës ^ la plupart des hommes étane avides ^et manquant d*énei^e , on voit , au milieu d'une confusioii laborieuse ou frivole y de la vanhé sans élévation « d<s la douceur sans ge&érosité, i(ne conduite honnête sanstdrpiture^ des pratiques dé▼o^ tes a d^Ëtiit d'idées xeligieijses y de l'ostentation sans magnanimité , des gens eélibras^ sans x^etèrê , et des dapionatratioiiB d'autant plus orgueilleuses quela pensée secrète est plus méprisable.

Un désir vif pour des avantages nouveaux ou inconoiùs, la préférence qu'on leur ddnney cette 'té-mérité ouvre les yoies d'^rr^ur où nous serons enf.. traînes par la passion. Xe calme,. Vunion, la rectitude Aese concilient qu'avee le goût dcss choses ordinaires , mais choisies 9 avec l'usage varié, prudent et généig^ux de ce qui est le plus fréquemment a&eessible^ Des mœurs exactes sans austérité formeraieftt^n peuple satisfriit >^ sincère,; des espérant oes iadéfiniçs rendront le^ esprits QirbulenSy et ne produiront que du désonfa^ soumis au calcul , ou de^ pompeuses infortunes, 4

Quelque genre d'oceupation qu'adoptent deshom^ mes avides de mouvepent, chacun d'eux ne^peut êtr^ content de lui-même, a mq^ns qu'il ne swpasse tout lie 'qu'on a fait avant lui. £ela même a son uti-> lité, si la nature voit surtout en nous d'ingénieusea

«lachitiès propre a exciter tthe ^nde;^ fefhaentf tiôa k la sur&ce du globç ç mais enfin nous a*espéreitns du rc^s c[u*en acbevant ce, qui aura con* sumé la vie de plusieurs autres homtfes ^ c*est-adire en nous détruisant comme eux. Que de fois enCIreprendre plus que aos prédécesseurs , c'est plus que BOUS ne pouvons. Outre Tactivité du génie , il foidrait uàe oc^mnftnce généraleiBent fevoraUe:tandis qu'un seul réussira , deUK mille s'efforceroi|t en vain de Timilar*

Que de guerriecs compteiobt pour peu de ohose tous leurs succès ^ tant que des noms anciens reste-* ront aurdessus du leur ! TJn seul capitaine , secondé par la fortune et oublié par la mort , deviendra afiDssi célèbre |Jiez les Orientaux 'que les Rustem ou^ les Kaleb; mais ira-il au-delà? Si enfin il les édijpse, ce sera eft terminant sa earrière. Croyez-vous écrire poilr la^ostérité^ désirez-vous qu'elle vous éfK)ute ? cela n'arrivera que si vous en êtes admiré. Il faut que Vous tous éleviez au point oii arnvèren&7ving| érrîi^aim en vipgt siècles ^ et que vous surpassiez tous les hommes du vôtre , malgré des circonstances qui peut-être vous* offrent peu de facilités. Quand ' parviendrez-vous au but? quand aurez- vous du con-** tentement ? L'agitation hihnaine est la source comme la preuve de la détresse humaine.. *•> •

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• La plupart de pos compatriotes , ou même d'autres contempprciinSy devenant nos rivaux , sans cesse nous avonsaxtfôister areffort de tous. Embarrassé de tantd'inconvénienSymâUgrésaprévoyance^rhabitant le moins infortune des riches capitales passe ses années a préparer la situation dans laquelle il voudrait vivre, et des causes inaq[>ercues font échouer le talent le plus souple. A l'heure suprême où les appaifences s'évanouissent , noulj' déplorons ces soUicitudes; mais une autre génération perursuit les mêmes chimères avec la même imprudence. Les hommes se combattent et se détruisent, comme des flots poussés les' uns sur les autres. Pour élever une fcarrière que ne puisse franchir cette émulation désordonnée, pour que cette fatigue'ne conduise pas 19$ hommes à leur ruine, la nature parait ne nous accorder que le pouvoir de faire des institutions : peut-être un jour y mettrons-nous quelque sagesse.

* Mais en quel lieu la raison ne forcera-t-elle p^ le zèle a renoncer, du moins pour long-temps, a des institutions vraiment sages et puissantes? Ce tCeÊt pas que , même dans de grands pays , on ne rencontre d'impatiens réformateurs, et mbîns ils se sentiront circonspects , plus peut-être ils se croîrontjde sens , de génie et de caractère. Cependant , quel que ^it leur esprit , -avec plus d'esprit encore' uu d'eux

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ferait cette reiiiarc{ue assez simple, que nul homme^ malgré rautorité de son nom ou rascendant de iSa gloire y n'entreprit jamais d'établir un ordre exact , c'est-a-dire de changer à la fois les choses par les hommes et les hommes par les choses , excepté chez quelque tribu crédele i^ pauvre^ où il n'y avait rien de très-difficile a changer. Avec plus de génie y un d'eux s'attacherait a une conception pjresque parfaite 9 a une fomje politique d'un dessin pur et sévère ; il la proposerait à ses collègues , et les voyant s'en ef&ayer eux-mêmes , il attendrait d'autres époques. Avec plus de force d'ame, on ne descendrait pasa la vanité d'un rôle aveuglément populaire. On n'oublierait pas qu'une situation supportable pour le plus grand nombre est l'objet présent d'un véritable ami des hommes , et , moins préoccupé de la prétention de faire adopter ses idées malgré la plus sérieuse résistance y on aurait assez de patriotisme pour craindre d'interrompre^insi y dans des vues personnelles, le repos toujours précaire, qui seul préserve d'extrémités déplorables nos populeuses demeures , si florissantes, mais si inquiètes. Ardens réformateurs! devenus plus attentifs, plus ijistruits, et surtout peut-être plus désintéressés, plus fermes, plus magnanimes, vous jugerez qu'au milieu d'une civilisation agitée un homme d'un caractère iudépen-

dant a pour f ertu la résignation ^ pour énergie la retenue. Si vous ayez des intentions droites , ce qui n est pas douteux quant k plusieuis d'entre youi$ y si vous restez incorruptibles , si votre ame est généreuse , invoquez des temps meilleurs et prépares^es en ce que lar raison autorise clairement. Si, au con* traire^ vous avez la tête un peu faible, croyez qtt'k votre voix ces temps d'inviolable rectitude commenceront demain.

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