PRINTEMPS
Les mois changent ^ la végétation se renouvelle; mais nous promettrons-nous des saisons plus heureuses? Que voyons-nous a notre usage dans ces belles heures, dans cet éclat des campagnes? Il nous faut lin ciel sombre , des eaux muettes y des rivage^ arides.
La lumière du matin aurait trop .de charmé , et celle de midi trop de puissance. Nous redoutons / comme un bienfait inutile^ cette splendeur qui susciterait en nous Timportun souvenir d'une force
méconnue depuis long-temps. Nous demandions qu'un jour nous fôt donné dans des solitudes que jamais le labour n'eût soumises, au bord des savanes, au pied des forets. Nous demandions a errer sans guide et sans armes , durant les nuits du tropique , quand les brises promènent dans l'espace le bruit des cataractes , et les derniers chants des oiseaux du soir.
Impressions fugitives ! soupirs de la joie ! mouvemens de l'ame avant qu'elle connaisse sa destinée ! Invoquerons-nous l'oubli ? Mais les images qu'il conviendrait d'éloigner se montrent sans relâche. EHes séduisent, et aussitôt elles ne sont plus. Elles nous laissent étonnés ou incertains, et quand nous voyons a quel point nos regrets sont naturels , cela même doit nous con|pndre. Paix des ombrages , douce clarté de la lune, accablante beauté du monde !
Dans les premiers momens de la jeunesse , qui a pu se défendre des illusions de la tçrre ; non peutr être de ceUes qui semblent ouvrir des perspectives riantes ou glorieuses , mais de cette erreur qui fait croire aux apparences actuelles, comme si c'était sérieusement qu'on eût reçu le pouvoir d'agir et le^ besoin d'espérer? Qui d'entre nous n'aura pensé jamais qu'il lui serait donné d'user des choses selon ses inclinations, d*accomplir du moins de modestes
desseins, ou d'ennoblir son infortune? Vous aussi y vous avez eu de ces instans d'une liberté imaginaire. C'était dans des lieux sauvages dont la beauté rappelait avec force les moyens , sî faciles et si justes, d'un bonheur qu'on ne trouve plus. Un jour, entrant dans une maison de bois abandonnée par une famille dont personne ne sait plus le nom, vous vous êtes assis sur la pierre de ce vieux foyer. La vous disposiez de Tavenir; mais auprès de lat porte, la fontaine subsistait encore, et cette eau coulait sans interruption , comme au temps où ceux qui creusèrent ce bassin avaient eu aussi des espérances.
, Nous nous croyons des momens de grandeur.
C'est une nouvelle affliction. Que produisent-ils quand nous prétendons régner? Que pouvons-nous pour nous-mêmes ? Comment se fait-il que l'aspect du monde indique une félicité dont les moyens ne se rencontrent pas? Quelle direction suivre dans un espace que pourtant il faut occuper? Le cœur se li- . vre a l'impatience ; il ne connaît plus que des vœux sans espoir, des besoins sans bornes.
Une sorte de réalité pesante et inexplicable a remplacé nos songes. Qu'annonce-t-elle? L'autorité fatigue, et le plaisir s'évanouira. La gloire est pour nos cendres ': on n'immortalise que des infortunes.
Uainitié même n a de voix que pour redire les vœux trompeurs du génie, et sa plaiote solennelle. Destnictjon sans asile, renouvellement S9ps but et sans tenuei (larmonie impénétrable!