‹ RêveriesChapitre 15 sur 37 · REPOS · texte numérisé non relu

REPOS

Une eau errante descendait dans le§ prés déjà dé^ pouillés de fleurs. Oh Fentendait a peine, et le sUenae de la nuit agrandissait Fespace. Du côté des montagnes, on ne discernait que les hautes cimes chargées de frimas. Dans la profondeur du ciel, des feux innombrables annonçaient pour d'autres mondes les combinaisons diverses de la vie sans boriies.

La vie paisible, le iepos de Tame ne sont pas donnés a Thomme. Cependant, au milieu même de la destruction, il espèi^ Quel esf ce pouvoir de la

nature vivante? Elle semble offrir ce qu'elle retire toujours. Elle condiiit aux regrets pai:renthousiasme, €t en manifestant des vérités qui nous troubleront , elle ennoblira fexistence que nous allons perdre.

Cestdonc ainsi que s'arrêtera un cœur insatiable ! Boit-il rester quelque trace desesbesoins?Qui pourra dire si l'objet de la vie est moral ^ si le moi de l'homme subsistera? Toute cause est invisible , et toute durée s'épuise. Nos désirs les plus élevés peuvent n'être que la fermentation 4,'un météore dans le vide oix se -dissipera ce qui change chaque jour.

Le ménde qui étonne notre attention , et que notre

génie admire, est-il le produit d'une haute sagesse?

Toutes choses furent-elles prévues? Nos vœux nous

donnent-ils des droits : le doute du moins ren&rme-

t-il une promesse? Devons-nous voir dans ces con^

yenances une nécessité favorable^ ou bien l'idée

:g^éme des fins de l'univers ne serait-elle en nous

qu'un accident? Ainsi- notre pensée précaire, plus

forte pourtant que ce qui existe a jamais , aura seule.

imaginé l'heureux enchaînement des dons intdlec-

Kiels ! Non , ne plus espépior dés(»iiiais , ne plus dé^

sirér, ce serait travailler a se détruire soi-même , en

• renonçant a ceque notre persévérance était peut-être

«destinée à conquérir.

. Mais le repos ilôigné, auquel aspirèrent tant de

sages f nest point Tapathie, rinaction (pii ne laisserait aucune crainte, et n'imposerait aueune loi. Ce n'est pas Fentière sécante , l'impassibilité que des sectaires orientaux se promettent comme la plus céleste des béatitudes y mais qui , pour toutes nos intéll^nces bornées , tiendrait du néant. Ne demandons pas de n'avoir plus rien a entreprendre ou rien a éviter. Faibles agens d'une raison seule puissante, les hommes justes oi^mprennent que leur nature est de combattre a jamais ; ils béniront leiur partage s'ils reçoivent asse» da lumières pour discerner ce que doit être leur œuvre, et assez de fcMrce pour l'accqmplir. Une marche laborieuse , mais soutenue par une pleine conviction , dans les voies du perfectionnement, dans les voies de l'espérance, voila le repos d'une ame généreuse, ou la. vie meilleure ^Bt elle implore le bien&it.

INUTILITE DES PUISIKS.

Un seul mot peut-être renferme toute la science âe rhomme qui ne veut que la vérité. Il sent, ou il pense : il existe.

Que savons-nous de plus? Les séductions d'un monde incompréhensible nous exposent k des erreurs que nous aimons k reproduire , et que nous invoquè- TGos aussitôt que nous les croirons antiques. Toujourséloignéspar nous-mèmesd'un terme bng-temps attendu ^ toujours livrés k de fiitigans désirs , nous prenons soin démultiplier eacore les nombreux obstacles

dont nous gémirons. Quelle contrainte exigent de nous chaque jour des pas rétrogrades qui suspendent notre marche, sans nous U^ve changer de voie, comme dans ces pèlaîna^es où, afin d'avancer plus péni-' blement , on s^assujétit a recaler dès qu on a fait quelques pas?

Que &it l'homme avec des affecticms mortelles dans son cœur, et Fiflâni dans sa pensée? Quel vide il se prépare! Que de trouble entre deox lois si différentes! Si vous prétendas obéir au sentiment passionné, a Tinstinct, n'admettez que l'instinct ; si vous écoutez la raison, ne suivez qu'elle. En demandant toujours une évidence chimérique sut la tfire, nous mécotnaissoittlesprobabilités qui seules nous étaient d(mnnées pour appui.

Ne cesserons-nous pas de chercher dans les j(Hes de nos siècles la vraie destination de l'homme? Ce qui s'épuise, ce qui passe ne peut être qu'un objet proposé d'abord comme l'image présente d'un bien actuellement inconnu* L'idée de l'équité est en nous; quand elle condamne le plaisir, le plaisir n'a i)his aucun charme. Sans doute on devrait être invité k la justice par le bonheur ; il en serait le moyen ou plutôt l'occasion. Dans des temps plus suivis, dMs une région plus vaste, sans4cMAte la justice fMX>duii^ une jouissance paisible, u^voluptueuxaccotd, nne

satisAiction générale , dont maintenant nous n'avons que des idées confuses ou dénuées de^rtitade.

Si nos institutions étainit régulières et pures y si nous n'étions pas^issems Lrenwr, oomment Fâge de respmnce serait-il déconcerté , conunent seraiton triste jusqu'à l'ennui delà vie, lorsque les forces sont encore nouvelles? Qudquefois c'est dans la jeu^ nesse que iious sentons le plus péniblement coinbien> ce qui est diffère de ce qui devrait être. Mais quand les années deviendront mauvaises, nous apprendrons à les supporter. L'impatience peut dimiituer quand les migres sont mieux senties ; . on résiste moins paroa qu'a cet égard l'c^poit même doit s'affaiblir.

Insensiblement nous nous plions k lliabitade io^ ciale de notDe siècle , et toujouxs occi]^ des périls ou des séductions d*une licencieuse servitude, noue n'entendons plus la voix intérieure qui réclamait du moins l'indépendance de l'ame. Quelques hommes ne sauraient ouUier cette liberté; mais, à la longue, tous peuvent s'attacher aux incidens de la vie positive« Dans ce drume renouvdé chaque jour , on prend intéPifauxdénouemeDspartiouliersque chaque jour amène. Sans doute , c'est une faible considération pour attendre le dernier terme avec facilité , mfàs enfin c est peutrétre le moyen qui aura le {dus souvent son etku

la biatiiBrie de l'œiiyni hwyiMne ajpute a c«tte curioahé. La vie que Foa peut regretter de subir est amusante a observer. On s'habitue a œs mouve- Hiens , a cette résisliuiceemutueUe des hommes et des ehoses. DensrimpâiétiBbleuhiYers, c'est surtout rhomme qu on étudie avec surprise. Veiûr, s'âever un peu, se prétendre inunortel y mesurer Torbite des comètes, et aussitôt disparaître ! Seule loi visible de l'homme sous la loi inexon^e !

L'âge qui serait facilement heureux n'est pas le moins exposé au découragement, et les avantages delafortuneou l'étendae des facultés n'en exenqitent pas. Presque jamais des homme» misérables , difjbimes, ou d'un esprit commun, ne se plaindront èb l'erreur des esffiirano^ humaines^ Avec de la raison , avec de la bonté , on parvioit à tranquHlîser les malheureux ; mais ceux quW ne saurait plaindre, comment les ranimer s'ils s'afBigent? C'est aux heureux de la société qu'il appartient de rester inconsolables.

Souvent l'inconstance des biens nous parait plus sinistre que ce qui nous attristait dTabord. Un malheur nous trouble, il peut même nous accabler pendant quelques instans ; mais ce n'est pas ce revers qui nous persuadera de ne rien entrfkpieodre. Ce qui met un terme aux désirs , c'est l'affliction générale^

de nos jours agités sansfrait, de notre œuvre savante sans lumière y de nos métiers aussi frivoles que pénibles , de notre pensée féconde en aperçus douteux, ou en produits importuns, etqui, toujours analysée, sera toujours un sujet d'étonnement.

SEGEETE ESPEBANGi:.

Lorsqu'on a ^is Thabitadede Tactivité de 1' jprit^ on ne croît plus n'avoir en partage qu'une existence accidentdle* Renonœra-t-onk Tespoir de can^ tribuer de degrés en degrés a Tharmonie du mondi^, •et de avérer vers le principe de Tordre impéris* «able? Reconnaissais en nous ces dispositions tuté- Jaires ou co9»olantes : n'affirmoi)^. rien de plus.

Il se pourrait que nous ne fiions placéi sur la terre qu'afin d'y produire du mouvement. Ainsi les ibus des ahei^nes oouijs avaient pour unique fo9e-

tioa d'interrompre le silence des demeures royales , et d'en calmer, par des sottises souvent imprévues, le ^stuevix eflaai. L'homme qui se &it remarqua resspn^le k ces ombres du soir qui s'étendent davantage au moment où elles vont s'évanouir. Et toutefois le travail du juste sera-t-îl certainement sans but? Heuie&x en un sens, peut-être nos momen»d'o^li, notre attente pleine d'erreurs, nos besoins contradictoires ! Heureux peut-être le génie dont les vœux swiHaient démesurés! Plusieurs momiinens des générations éteintes sont debout ; conduits avec des marbres fragiles, dont a disposé une main plus fiiible encore , ils continueront mille ans après elle de parier à la pen^.

Nous répétons avec une émotion particulière tes noms qi4 furent iUusû:^ dans les vieux âges, et oa n'est pas sans une secrke Jouissance, mêlée à nos legsmSy qisie nous aiaismplons la poussiez des cités antiques, ou lés traces de la destraetion 4es empires. D obus arrive mène de consemir volontiers k ce que les hommes que nous avoiis wnés ne soient plus sur k terre , k ce que leur mnpsfioit fini, kce qiw leurs travaux et les nôtres se pcrdoif d^ dans le passé. C'est une tâche dont nou& sommes sottlagés comto^ eux ; c'est le sin* 9dier pUsir de vpir^uelea heures nous éch£t]ppent>

que les éTé&emaK s'aceomp^sent; c'esiun i&défioissable mouvement du cœur vers le teniie,des clioses coBÔues.

La soène où figurent les trisies mbitéls a po^Maut ses beautés, il £iut s'y intéresser sans tiop d'illusk)»;» aiais $am trop de dédain et sami&tigue y eomme on s mtéresse souvent aikst vicissitudes de qi»elqùé sé^ cit imaginaire. Le «nu» des choses est assè2 varié pôtor océuper Fesprit^ asses suivi po^ plaire quel* iya&m^ la raison, asseainoertain pour ùriitef les Sesîn* Deux journées suffisent a Épaxiiinondaâ; mais^ après vingt combats faeuiirax^ Albu^pierque demanfe letotfibeau pORè q[u'flii'a rien terminé. Un homme <discur coBij^se avec queliple bonhomie un lirre^ ou d'énormes inoonvettances et beaucoup de pauvretés font supporter un certain Nombre de passager dignes d'approbation. Qu arrive-t-il ? ce livre est réimpmié de mois en mois , pendant trois siècles. Pour aimer toujours a obseirrer ce jeu des caprices humains 9 oii ces chances du sort, il nous manque d'être presque impassibles. La douleur survient , et on se retire, comme on quilte une salle de spectacle, quand l'air est échauffé par la fiMile, ^and la duriosité fait place a l'impatience.

Cependant, n'est-il rien après le funèbre crépus* cde^? Ces nombreux sdleils , dont les rayons épars

danaEri'éloigiieineiii adonnent a la mût tant dt giandeuTy nom les rayorn : ce n'est pas un ^fei deTimaginarion. A des distances qui semblent . tenir de l'iilfiDiy ils inêlquent des mondes où naissent , où lilésirenty où périssent des êtres ineonnus. Abandonnons le soin de ce ipn paâse , de ce que nous per» drons néseBsaiiement. If est41 rien d'inaltérable ? Dans ies tranquilles mouvemens de ce qui végète , dans les bruits de la forêt, dans la voix des habitaiis deFair y ch^^chons quelques acœns de la langue primitive. Arbi^ du monde ! nous admirohs J'ordi» ^bli, si rhomnie doit vivre. Si y au coKitraire., il meurt pour jama^Sy puissiensHious mourir dès a j»ésen^y puisque la fettejdu monde étant impossible, Qjest nous qui méconnaissons toute sagesse , c'est )^ous qui sommis en dâfip.

Page 1