‹ RêveriesChapitre 16 sur 37 · BE LA JOIE · texte numérisé non relu

BE LA JOIE

^otls aimez k pénétrer dans les bois avant <}ue le

sokil paraisse. Vous Vatteiidfez sur les collines où

s'élèv€ le-cyprèsy où fleurit la scabieuse. Sans autre

ifut y vous marchez virement au milieu des ronces ;

vous vdtis ouvrez un passage a travers d'épais buis-

scms. V<ms vous hâtez, et il semble qu'en,tout genre

vous soyez avidfe de connaître afin d'espérer; mais

" Vespoii: s'éloigne quand l!ignoi1ince diminue.

Vous comptez pour peu de chose ce qui doit fi*

nir. Ëty ei^ effet, l'heure qui arrivera dans soixante

is

années est auprès de nof s/Vous nég^ezige qui s'écoule , ce qui .survient et n'est plus*. Vous oheix^liez au-delà \m rêye pTus durable. Yotft dëman^Slez une. es^rance plus grande ^e toutce ((ai paaie : Vous ne la recevrez |A>int de la bouche deshommei^ Tous voudriez être tout întelligénce^t (Jliel*ordre fût visible. Cependant Vordre étak le roâne dans d'aillres siècles. Le* connaissiez-vous alors?

Si vous considérez que la forc^^us manqtle p^r ce que nous devrions &ir#, et que nôtre vfl sera peut-être nulle À nos propres yeuse , vous Hvez peine à conserver de Fassurani!^ au milieu dé ces tétiCbres. 11 est pourtant des momans où 6a se croit pleèid'énergie et de Ijbêrté. Les avantages, les àons quo'le^ temps^iultiplierà se succèdent^dans 4eiy;^ proportions majestueuses , et en penserait que le bodMur ' a touché la terre; • •

• Lorsqu'un espoh* élevé cesse de nous ^otftentrf il peut nous flatter encore par l'idée nètùè d*untf grande distance entré ee qu'il ùou^ falliit et ée- qvf nous restera. Étonnés de ce «èangeaifent, Aoufs ebù^ templons volontiers Tabime que notrie esprit <^\àt ffatichir ; nous rentrons, du moins de celte màtiiilf^^ dans l'infini, que nous prétendons attribuer k notre ombre avant qu'elle se dissipe.

' La Joie a dit pouvoir en apparence; inais obtien-

d|ifGis-'^ii^ ce* qu'elle ^«aiioiâse? Elk n'a laisâéqiif defiiiblds iDOii«ii«is^t ils n'atufaient pas siil»isté si l€{ rogret f e leè avait pas eouverts. Que nous apjtreud-fllir? Ce que la tête la idbins exercée pourrait coût^ir; La ^o^lço^ ^^le Vest insinuée dans ce qtie roh qiKnait ^ie^luç |)rofon() : c'è^ la cbûte de cettt goutte amére qm creuse le sol pour j féconder !es sqpoiceB dû irrai.

En Tiôn on sHi^euglarait soi-même y et on se mettHit à se réjiouir; çri rajn on s'imposerait une tâche si iatigatite. On ne remporterait pas même le prix de %elte Slét^ gaité; ilf ^st pour Fenfant que divertissent 1^ 'jouets les plus simples^ la coquille là plus eonnnune^ A*lui seul a^]ftiiti«Bt le mérité d'uin enjoueitfent^naïf y d'un amtfsement exempt de prétentiffùy exsmpt de«ridiieule. Plus tard> le tire satis rë^ tenue* para^ une marque de folle : quel autre nom dûnner a la joyeuse oonienance de ces hommes qui vont mdliriT?

Promf^temeût&tigué^ on affecterait moitis de jdie si onen BCcevM^ucoie. Maïs tant de plaisirs vous énervent^ mais tant de chagrins vous trouMent, iqajs lious raontrac tant d'art pour vous nuire mti- UieQéme&t et pour vous aflyblir vdus-mêmes ! Sajis doute quelqu'un parmi vous a des prospérités. EHes ne sont pas inutiles ; elles jetteront de la variété dans

]es pages des biographes. Et -n'accusez pas Xê\^ration un mol;, d'ironie. CetJ^ vfe 9m^ve et foliée qui. nous fut accordée n'eat-elle pal^ un« ironie perpétuelle? Au reste , celui qui, ea reparaissant^^ apr^ de grandes journées, entend le peuple d'une capitale le saluer du titre d'inVtfiçiblé, ne s'en plaint pas. Voilky dit-il , un point obtenu; il le fallait. Puis il se hâte de sourire. Mais pouAjuoi sa tristesse au milieu dece bruit? Le fàrdeàu^e ses peines passées et de sa prévoyance le surcbàrge-t-il ? Naturellemeptf. Environné de sa gloire, sans en être touché, voulez-vous qu'il oublie la joie nSïve de quelques che^ vreaux que jadis il a vus bondissans sur l'heijbe?

Pour que la tristesse nous, convienne a plusieurs égards> pour qu'elle nous perfectionne , ilYaut»que, sans nous dévenir étrangère, elle s'étende beaucoup plus loin que nos intérêts personnels ou nos besoins positifs, aussi loin que le vague de«nos désirs. Elle peut susciter en nous une sorte dç^ mouvènfent toujours modéré, qui-, en nous laissant toujburs indépendans , nous tranquillise et ^^nous console. Si quelquefois elle nous semble accablante, ce n'est pas qu'elle répugne essentiellement a notre nature* Lqr^que la douleur provient d'une cause capable d'atta-r quer notre existence qsême, ou seulement d'interrompre nos plus fortes habitudes, c'est une douleur

ennemie cony^e laquelle nous avons a combattre. Mais notre cœur avide d'émotions s'attache au contraire a la peine quî ne le trouble qu'avec mesure : aou^ trouvons* quelque charme dans les maux dont fe menacé est affaiblie , et dans de pénibles souvenirs adoucis par leur durée.

* Qifef écrivain gretci'eux et enjoué- compta plus 3e lecteurs que n'en eurent les Job, les Young, les Jérémie? Sur la scène, les drames les plus sombres nelSont pas^les moins approuvés. Beaucoup d'hommes, il^est vrai , ne recherchent que ce qui provoque la joie; ttgSs ne^ serait-ce pas par* une sorte dMmpuissance d'entrer daifs les secrets du cceur? On pourrait dire des gens de ce caractère qu'ils ont peur dans" le silence , dans la solitude, auprès de la vérite.

Jusque dans ses chants d'allégresse , la voix humaine a des soupirs que nul instrument n'exprimera, et c*estlà son triomphe. Quand les lyres ou les harpes commencent k s'adresser à ï'ame , on admire l'effort de Fart ; mais que k voix se fasse entendre, tout est effiioé : l'âme est réellement émue.

*La tristesse peut nous être favorable , non-seulement parce qu'elle se trouve souvent conforme a nos 'destinées, mais parce qu'elle est un de nos penchans les plus naturek. Une tristesse en quelque sorte vo^

lontaire , celle qui nous laisse toutes /los facutléft ^ devient une des parties lés plus douoes'de notre idr définissable bonheur. On Ta dit dans Iç ^ieil Oridi^ : Nous avons été formés d'une poussif ar^3Aiâlià 8^ trempée avec des larmes. * . . .

Prométkée est la figure la plus .gmad^^ la plùa vraie ^pii ait étéadnûse par les* anciens $ag^\ Celîela du moim fut tracée pour tQutes les nations, ppti$ tous les âges» pour Ici jterre instrniti^ etiniAh^nwMsii; PrQniét}iee est ^énie. de la sci^uice et (Ks arui p9ér tiques^ le génie* dq la civilisation d^i( tonrqaetftée dit ses songes y de ses merveilles^ de se^ df^irfeqr^^ I^ destinée arrête le téAiéraire qu^alle inspira; ^e:]|fe jette étonné auprès de la c]mç aride (|u'il vonl^itigi^* vir, la croyant éclairée d'une plus snâve kii|dfHff{. Sur ces pentes sombres et dévastées /claque fois il verra finir la clarté du jouti et ne vesra p^ls ooqakiiient elle doit renaître. Contraint, souffipaht, maii.le firâni élevé y il interroge du regard Vétendue deg oienx!. Entre la nécessité impénétrabla et une espérmçe le* culée, il peut sourire encore^ parce que les tribus grossia-es , parce que les plaiqes et les nuiageis fiO»t aurdessous de lui. De ces pes^s brouillaid^ ^fi\»i des vautours. Dn d^eiix s'apprfiebe, 1^ avives acharnées et l'œil ine3(orable . Cependant Promélhée vivra- ' Durant ses souffirances, les heures^ lés années^ les gêné*

ralîèDS surviennent et s'oublient. Mais ensuite, affranclii de Iskloi présente , ]e génie aura vaincu : c'est sa -pensée. ÇUe lesoitfient plus haut que les abîmes où il laisse se perdre piar int^rvallts^e soupir d'une ame fort^j^celte parole inquiète et courageuse : Peut-être ! Et sans «ess% le vautour revient • et le bruit de son aile livide est la seule réponse qui retentisse dans Fespice !

XXL ".

DE Vmti DU BONHEUll. ^

Eatreiehons t^ujpurs^ çelon nos preiiCers mouVeluéns/ ridée îSu^JKMiheuifj elle soiitient Fme, elle lui est t)onne. Mafs pjaçons un Jfnu -fni loin cette Uk imagé; «i trofJ>laiit lé cœur, ^e égarerait « yespwt. ^ * . * '

j 4yini]patiéiite^6clierçl]ys du l>o|^hear ,élt% cause Jprijfcipale de nos ajBBictions.; Toute terre chargée* d'homme a gémi de cette erreur. Par ayour-propfe, « ]^ar* eiLvie' peut-^tre , on ^nm](£* iyutueUçj%i# ^ or

,s'i9(dlte pour saj^ir ce qi4 ^oi^ restir aujotrré'hui ^mis des pix>foadeur$^nacoea0Mes.«

ISo^ relations avec les hommes eicihiit des seâir

m«i%iAc[«i^^ dgrdésirs ardeos, et ensuite , quand

r-^itatioii,cçsse y ^«ous croyoïis en|rer dtas des lieux

scMles : oqkta.^^ voyons r^en afaiiip, riliità^ espérer.

4ies s<MBS;4fe4a vi^agMste ttq^s rappr^^eraient

paisiblement dn bTN; toujours jreeiilé» 4^ iDutraire,

, Panxiéte sociakfnous obsède de toute^ai^y ^t notre

Aisyiplie f ou urécipitée^ pu rétrogradé'^ ^Qius lasser

nous consume^ loi:s même qu'elle^.ne^aous avilÀ

.pas. . ' «

- lies 4;;^oses sipigl^s nous ynt indiCféremtes ^uand

les objets facticeiFnous deviennent familiérsi Ce a*^

pas que des iiiapressions n\gia$ ualuréUes nous sa-

tisfassent#d(|vant2|g^ iffàis^ elles ilous remuen^viv^

ment. De toutes les 1ld>itudeSy la plus diil^iU ^

quitter est ^t^M celle à'wat |ic|ivité sans inter-

vftUiQS^ e&.>aB5* rQgle^ sans retenue, comme" sans

énergie.- . ..y - . ' * \,

, * A If seul^iaée du^nbeur /chaorni dét<^rne fèsc

yeux du pays où lira vécu. UOcci^tBtitj^ chanté rO-*

rieaty ^tnll^ vers, TOrient on vamait la Bétiqifev

JLes détails se -perdent a une grande 4}stance/et^ ^.

pQ||r \% plupyt âeshonÉnesqui paraissent ^e^reux^

ce so4^4ps.détail%iqtjji^ reaè^nt le bonheur diliipile.

N'avez- voHS oonnaissance^'aocune ré^îoniointaînoy vous iMoquerez les traditions d'un temps gui s'enfonse dans ronbli. Au milieu des Al^es on regrette 16» vieux j0urs ou les troupeaux jotfesti^t d^une vie plus loQgiîey et paissaient une herbe plus aromatique. On veut^epi'eyes aient eu aussi leur âge d'or ces hautes vdlées que ies fleurs du pristemp» ont quittées pdlHr jamaisi Sans cesse, îiu" jugement des homioea vulgaires, tout à dé^nè^ : en eAbt, ils i^egénèrent eux-même& Sn vieillftsatit'^, pf^s^ie toua lès hommes s'altristent ou lil découiaggnt, tan- dist^u'ttae génération nouvdlo^ reclierche ces espérances toujours|ni6oidies , to^ipurs ranimées ,-^^«1p^ses^^tout temp§, iffôij a}isA*i|^ui^ntes o^ •aussi nétessaffres , aprèi^ quarante siècles *4»'amertûmes. ' ' *

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