‹ RêveriesChapitre 23 sur 37 · LE NOMBRE · texte numérisé non relu

LE NOMBRE

Si, d'un liai élevé , on distingue auprès des domalies des hommes, et sur leurs chemins poudreux, ^elque;^uns de ces êtres qui se soutiennent debout , si on vient a se rappeler que parfiux seuls les fleuves furent contenus, les pyramides furent orientées, les miiies furent creusées, on éprouve quelque surprise. Le temps est le moyen de cette race ingénieuse, et celui de tout ce qui respire , ou même de tout ce qui passe : le temps est le milieu dans lequel s'exercent les forces de la vie générale.

Le temps ne peut être compris que comne une série possible d'inciclMs successifs > et dès lors comme un ei&t des prc^rietés calculables des êtres. Ainsi les vicissitudes de l'univers^ les dimettsious des œuvres partielles dépendent' des nombres. Sans ces combiBaisons^ la nature ne serait rien que nous pussions exprimer. La nécessité de ces lois a été nommée le destin. L'ensemble de cette grande conception est Tordre .Naturel. Sans les nombres que serait Tordre, et sans Tordre, y aurait-il un monde, un signe de Tharmonie absolue» un indice de la pensée invincible ?

Des anciens, et particulièrement un des pins grands génies des siècles intermédiaires, ont dit que tout existait selon les pn^ortions des nombres. C'est ce qu'on doit entendre p^ir leur puissance ou kut vertu ^ Sans avoir été fait par le nombre, Tunivers sera coi^sidéré comme le nombre réalisé, le déyjftof" pement de Tefficacité des nombres.

Les espèces qui peuvent comhitter des idées de proportion , et qui en obtiennent des résultait au moyen de la parole, ces espèces aussi multipliées peutrêtre que les différentes planètes, y exeiceut le principal ascendant. Ce ne sont pas les maias qui annoncent visiblement la destination de Thom* me. Sans la parole , nous serions au niveau des

grands singes^ au niveau des aigles , au-dessous desélépbans. Bornés a des oris, lesanimaux se dbputeraient k terre, et ne Fembdliraient pas. Un d'entre eux parle, la terre est ornée ^ ou du moins die est soumise^ Le langage articulé occasione chaque jour des aperçus nouveaux , des combinaisons étendues ou adroites, et d'étranges fimtaisies. La parole produit Aniribal et Phryne, Pacôme et Lutber. La parole a fait construire des basiliques et des harems ; elle mutile deux mille hommes , et elle en guérit deux cents. La parole tourmmite le globe ; mais elle le divernfie, et Ton assure qu'elle Tennoblira.

Il se peut que la série des mutations dont se compose la vie affecte de certains nombres, selon les espèces, et m&ne selon lés individus. Cette loi est d'autant plus vraisemblable que plusieurs malaises ont constamment leursfours critiques. On » observé que le nombre neuf, et plus encore peut-é^e. te nombre «ip t, entre lesquds est partagé presque tout le crédule Orient, se retrouvaient d'une manière spéciale dans des modes suGcessi6.de notre organisation (O). Sept ans paraissent former une semaine de la vie, et quarante-neuf la grande semaine ascendante ou desctndante. On peut dire aussi que pendant vingt-knit années, dans qos climats, un homme

d'une complexion ordinaire voit ses forces ou ses différentes facultés s'accroUre^ et qu'après avoir passé un temps égal en les employant^ 3 doit passer a les perdre un temps égal. Durée a la fois et précipitée, où se diffère toujours ce qu'on se promet , ou s'anéantit ce qu'on regrettera sans cesse , où la joie s'épuise pendant que le désir se forme , où ^éfa on aura tout abandonné quand on conhahra ce qu'il aurait fallu vouloir!. Trajet difficile, trop rapide pour les entreiHriseSy trop incertain pour les adections, et plus curieux pour l'esprit que satisfaisant pour le cœur. Simple développement de la forceiiu nom- Inre, froid sujet d'étude pour les intelligences qui peut-être nous regardent/et s^amusent moins de notre instinct défectueux que nous né prenons de plaisir a: observer auprès de 'nous d'babiles insectes.

Quelquefois on exige que quiconque n'admet pas d'ancia^nes suppositions tbéologiques, rejette absolument tout principe mal connu, toute force in visiisle. Afin de réfuter ceux que vous traitez d'esprit rebelles, vous observez que plusieurs d'entre eux ont paru plus dociles a d'autres égards^ et que, tout en aban*donnant des croyances transmises par leurs ancêtres, ils semblaient afcueillir d'autres données non moins problématiques. Les insensés! vou6 écriez -vous, examinaient ce que nous croyons , et ils pesaient

aussi lies probabilités de ce que nom nécrosons pts; ou, eQ d'autres termes , ils ne pensaient pas comme nous^ et de plus ils étaient si peu d'apcord avec eux-mêmes y qu'ils auraient voloBtiers pensé autrement que nous. Cependant vous deviez apercevoir une grande dififérence entre la disposition d'iésprit qui pprte a douter qu'une circpn$tance inexplicable soit impossible 9 et la confiance qui fait déclarer qu'une assertion surprenante . est nécessairement émanée.de la vérité même. Sa^ns doute celui qui ad« . mettra formellement des influences occultes , s^ condamnable; mais Varron ou Luculius auraient pu voir avec quelque. émotion l'^iiroche d'une comète , et pourtant conserver des scrupules a regard des aventures amoureuses de Léda ou dePhœbé. n paraîtrait également téméraire de im€<? ou d'af-. firmer sans réserve qu'il existe dans la nature uu prestige indépendant de celui des diverses passions; ou bien qu'il se trouve soit dans les nombres ^ soit dans des concordances plus vagues, quelque moyen de deviner ce qni généraloipient se présente comme accidentel. Peut-être est-il entre les êtres intelligens une communication faible, mais subite. La Vue djistincte nous en serait refusée , comme surpassant -nos facultés actuelles. Peut-être d'autres sensations fugitives nous révèlent-^les aussi des choses qui

senablent éloignéils y mais qui déjà préparées ou commencées y devieunent presque inévitables.

n se peut que Famé n'ait par elle-même que le sentiment des abstfaits. Cette facidté semblerait analogue aux propriétés de Piittelligence g&iérale, aux propriétés divines. Le jeu de quelques organes nous serait nécessaire pour appliquer a des objets particuliers ces notions absolues. Durant nos songes , nous combinons les mêmes rapports qu'avant le .sommeil ; mais les êtves sur lesquels nous croyons agir- alors y ayant une apparence moins déterminée, nos émotions et nos idées se rapprochent davantage de Tabstractioii. La nature visible, c^est Tabstrait particularisé; c'est uue figure présente de ce qui était, de ce qui sera. Nous voyons, nous entendons a traders les corps apparens, et peut-être, dégagés des bornes de notre propre matière, connaîtrons-nous et comprendrons-nous, a travers l'espace où les mondes circulent.

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