LE TEMPS
Nous voyons des formes successives, et nous évaluons les distances : cette mesure est le temps. Considéré d'une manière plusabsolue, il sera le passage même de ces fdrmes, de ces incidens. A jamais insaisissable^ et subsistant a jamais , le temps roule sut les êtres pour les féconder ou les éteindre.
Le présent exact ne* peut être que la ligne sans épaisseur qui séptre ce qui arrive de ce (^i s'éloi* gne. Comme une course que nous avons entreprise vt-SL que deux pafties, celle qui est firitè, et celle qui
reste a foire, le temps est toujours derrière nous, ou devant nous. Les heures nous sont montrées sans que nous les possédions : elles sont pour nous dans le passé ou dans raveuir. Si les grammairiens reconnaissent trois temps, c'est qu'il faut que k langue se prête aux apparences pour les besoins de la vie; mais le potsent , tel que nous le sentons en quelque sorte, n'est jamais qu'un passé récent , ou un avenir procMn.
La chaîne de nos perceptions dans le monde agité se composé ^'d'anneaux très-tiombreux ; elle glisse devant notre ceil sur un cercle d'un diamètre impossiUe a connaître. Notre prévoyance et notre mémoire, ces conditions de notre nature, donnent une certaine étendue au point qui nous touche. En se prolongeant sur cette trace, nos regards, agités dans les deux sens , nous font distinguer ou entrevoir quelques parties de ce qui fuit déjà, et qudques autres de ce qui n'est pas encore.
Si nous voulons déterminer des proportions dans la rapidité des événemens , nous prenons pour règle commune ceux qui semblent se succéder d'nne manière peu variable. !^fotre premier moyen a qet égard se trouva indiqué naturelleinent ; c'est la constance de i3ertaines parties de notre organisation^ Quand npus observons que> ^ettoîs. époques-,; la
première a été plus distante de la seconde que la seconde de la troisième , nous voulons dire que ds^s le premier intervalle nous eussions respiré plus de fois que daas le second. Les mduvemens de la poitrine et du cceur donnent ainsi quelque justesse af nos s^ns^tions relatives k la durée, quand une affection extcême ne les trouble pas. Cette sorte d'instinct suffit pour découvrir d'autres mouvemen» à peu près uniformes, et, en étudiant lé cours des astres, n^ous parvenons a nous pourvoir d'instrtimeos , dont Texactitude imparfait^ sec^dera du moins nos faibles travaux.
Les formes sont mobiles ; mais rindestructibîlité nié serait-elle pas lane.prQpri^des.essences? N'accorderons-nous pas une fixité invincible aux êtres qui. existeraient réellement (Et, quant aux abstrait^ qu'y a-t-il qui puisse changer dans ces types, de toute ncHion juste? Nous trouverons de la permanence dans le temps considéré en lui-même? Ce n'est plus la durée du passage ; c'est ce passage , ce mouvement., cet écoulement des phénomènes. Compris ainsi , le temps cet indivisible ; il appartient à la pensée perpétuelle et illimitée;. a la pensée immuable. .
Sita matière, si les êtres visibles avaient commencé, le tei9ip9 n'aurait pas. toujours été; mais
admettrons*nous cette supposition? Affirmer que là matière a commencé, n'est*ce pas d'ailleurs rejeter Irréalité des êtres dans le sens vulgaire? Si nous leur assignons un commencem^t, nous ne leur supposerons pas une existence absolue ; ils ne seiont plus des substances, mais seulement des signes de la pensée* Gomment des substances seraient-elles nées? Au contraire, on conçoit, pour ainsi dire, qu'une simple vision de toutes choses puisse avoir eu , ou n'avoir pas eu , de commenc^nent relatif , et qu'elle puisse se reproduire sans cesse, différemment aperçue en particnlier, mais toujours la même sous Taspeét général.
Une questicai*, traitée mal a propos , d'impertinente psffl'évêqued'Hippone, avait été hasardée par ceux qui ne croyaient pas que la matière eût commencé : pourquoi , demandèrent-ils, le monde qui devait exiirter ensuite , n'existait-il pas dans les premiers temps? A la vérité, on pourrait-dire qu'il n*y avait pas An temps alors» puisqu'il n'y avait pas de successioi^ déformes , mais le temps était posêible. Puisque, selon ce docteur. Dieu était avant que le monde f«t, l'œuvre de Dieu eût pu être effectuée. A partir de nos jours , prenons en sens inverse le développement successif de cette œuvre, nous arrivons à un terne : pourquoi ne setrouve-t*il rien
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auv'delli? Les choses peuvent être maipteuant, et elles sont s elles pouvaient être alors , et elles n'étalent; pas : pourquoi cette différence? L'homme le demaqde en vaya , dira-t-on. Sans doute , et cette question , feite seulement dans l'espoir de rencontrer quelquçs probabilités, doit être inçoluble; mais enfin elle ji'estpas absurde. Ce qui serait téméraire, ce serait d'admettre luie assertion relative k la formation éventuelle du monde.
Il semble plus naturel de penser que la puissance qui ordonne et qui produit , ayant été consta^nment semblable a elle-inén»e , a constamment agi d'une manière analogue. Toujours féconde, elle opère toi> jours; ce qu'elle veut, elle l'a youlu et.le voudra. Précisément parce qu'il n esi point de Qhaugemens en elk , la dyrée de ce qu'elle fait ne doit pas avok délimites. Ainsi, bien que le temps, qui est toujours présent en un sens, ne le soit jamais dans une .acception différente ^ et bien que les temps paraissent n'appartenir qu'à l'ordre des choses eifeotuées , nous ne saurions compf endr» que ces temps eussenteu un commencement. On ne demandera gas ce que faisait Dieu pendant le temps qui précéda la forraiaition. des èhoses ; mais cette difficulté n^étànt que dans les mots, où demandera quelle cause suspendait l'action du pouvoir absolu.
Si le flaonde avait été créé dans l'acception ¥«(gaire^ les temps paititraient existei: pour la divinité même. Avant que le inonde fût ^ Dieu pouvait le voir y il es\ vrai, néanmoins Dieu*ne le^ voyait pas réalisé. Si donc les temps étai^it nouveaux , nous ne dirions plus qiie Dieu est inunuable. On supposé aussi que le mondé change. La divinité le verrait successivement effectué sous des fenues diverses : elle changerait elle-même. L'aspect de ce qui est et la direction variée de ce qui se succède formeraient des modification3 de cette exigence supérieure à toutes les autres, mais toujourten rapport avec elks. Dieu semblerait soumis ah*teitips, et Dieu tel qu'il est y r^siplacerait ^n quelque chose. DiéU tei qu'il fat.
Si au contraire le monde organisé par Tunique puissance, l'a toujours été, si la cause étant invariable, les effets le sont également , si le monde ne chitnge pas, malgré la continueUe mutation* des figures, si tout est compensé de manière que la même somme de ces image!» diverses existe durant les siècleis sans fin des étces mortels, aloifs nous ormrons possible d'admettre dans le dispensateur de <outes choses une entière perpétuité active, jane vivante immutabilité. • • ?
Lfi temps et l'espace son^ des vues intellectuelles
nécîessaîres, des concepts absolus, kidépeindainment de Texistence des êtres partiels et mobiles, indépendamaient de l'univers apparent , et de ce qu*on non^ae la création , le temps sera la possibilité de la succession des fadts , comme Tespace sera la possibilité de Tarrangement des formes.