‹ RêveriesChapitre 25 sur 37 · B,ELIGI01^S · texte numérisé non relu

B,ELIGI01^S

, Enfant de l'Orient, de là terre du sacerdoce , Vous avez parcouru une partie de ce vieux sol de la civilisation y dans le dessein d'observer les mœurs et les croyances. Egalement incapable ^e haïr les "hommes a cause de- leurs' erreurs, ou de voir cet égarement avec une indifféreiite qui vous abaisserait sous le même joug , lorsque vous déplorez ce qu'il i este de pouvoir aux diverses Superstitions, vOus considérez en même temps qu'ainsi. aiTaiblies elles peuvent

n'être pas plus funestes que les suites moms fréquentes d'un froid athéisme.

Vous admirez y sous qjielques rapports^ plusieurs religions nées dans un temps reculé ; vous jugez que ces essais ne furent pas infructueux à une époque où des peuplades^ jusqu'alors indodles y devaient sentir faiblement, le besoin d'une règle. Que de C»is on a vu des écrivains, s'ilevant contre les doctrines sacrées, méconmihre Futile cliangemcnt que puig^nt produire ces coneeptions téméraiieSy mais iuiposantés , dues a ceux qu'on appelait sages ou prophètes dans les anciens jours! Soyons plus justes, vous ai-je entendu dire, examinons les moyens de faire mieux maintenant, c'est-a-dire deconsertner l'ordre avec moins d'abm ; mais n'oublions pas quel avantage c'était alors d'^^rer la prompte soumission

du CQ|ur.

Ce quç vous attaquer, c'est la manie trop commune chez les diffcrens peuples, de confondre avec la vertu l'amour exclusif de la religion du pays, et d'afltrmer que, 0an$ ces pratiques, nul ne pom*rait être hQnnête hounoe. Vous ne pouvez souffrir qu'on voie dans quelques tardifs résultats d'une controverse haineuse entre deâ théologiens, c'est-^a-dire, dans ce qu'il y a de plus.nouveau, de pins versatile, de plus éyidemmeut limjté un fondement inébran-

lable pour cette loyauté de eondtiite qu'éxigenf, sans exception, tous les temps et tous les lieux. Il faudrait y ajoutez-* vou», aUvmer partout des bûchers si on était conséqumty et si paitont on prétendait que sans les cultes prescrits la. morale n aurait pas de soutien.

Arrêtons-nous ensemble a quelques considérations sur ce sujet inépuisable.

La religion universelle , selon vou«, diffère si peu

de la sagesse, que souvent les sectateurs des cultes accidemels ont cr^ indispensable d'amkthématiser les écoles philosCyphiques ^ afin d'en rester séparés. Mais, des deux doctrines, dont Tune a pour base les recherches delà raison, et l'autre allègue plus p^r-^ iiculîèrement une sanction divine, laquelle convient réelleiaaiU au peuple? ni Time, ni Vautre. Rien n'est salutaire pour une multitude igj^xanie; tout la corrompt, ou est^corrompu par die y et elle ne saurait cesser d'être Êmatique sans abandonner presque toitte croyance. Une seule chose serait dé^ ' sirable : qu'il n'y eût point de populace. On s'expose a la rendce insensée quand on lui parletout à coup au nom de la raison ; mais quand on lui prescriitait impérieusement un cnlte, on risquait beaucoup plus de la rendre atroce. Le peuple avilit ce qu'il adopte; parce qu'^n a tout fait pour l'avilir lui-même. Plon«

ger les hommes daos b bassesse , leur recommander^ en les tenant sous les pieds , des sentimens généreux , et toute la dignité de là vejrtu , c'est une hardiesse qui n'a paru excusable ijue chez ides hordes errantes , où le gouvemeaient ne pouvant prouver qu'il était nécessaire , se trouvait réduit à décon^ certer la liaison même poiu* surmonter la résistance. Prédire à propos mie éclipse , apprivoiser dès tigres, feire éclater la foudre ^ parler de ïoin.derrière de 1^ fumée, ou survenir tout à coup en perçant on plafond, c'était Fart d'un maître, lorsque le peuple ne savait i^pecter les lois que par un sentiment deter-

rei4r, ou n^admettait des innovations ennemies d*une

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sauvage indépendance qu'en les- crojant conformes H des décrets irrésistibles.

Les temps de la théocratie s'éloignent comme ceux de resokivage. Déjà plusieurs geuverneraens ont assez de force pour ne pas invoquer des soutiens misérable, et plusieurs nations assez de sens pour s'attacher à des institutions présentées seulement au nom du bien public. Comment, d'ailleurs; une croyance jadis concertée par une caste dominante, et par des thaumaturges , sur les plateaux de l'Iran , ou dans les vallées du Gange ou du Nih, serait-ejle pi^ férûble aujourd'hui a de siniples règles politiques et morales? Un corps de doctrine sacrée n'est-il pas.

comme là loi temporelle , Touvrage des hommes/ ou bien rancienneté de ces fables leur donnerait-elle des drotts a uotre vénération ? -

Sans doute la religion première , la loi sainte et seule illimitée, e^ le fondement; le texte ^ pour aifxai dire, de toutes ces paraphrases impures; mais cela même ne les justifie point. Cette loi demandaitelle un profane alliage? ordonnait-elle de tromper les esprits faibles^ Supprimez vos commentaires ; laissez a nu cette haute simplicité y qui seule est adorabk. Ltablirez-vous> au moyen d'un vil amas de grotesques iii)ag:es/une communication plus facile entre la faiblesse des mortels'etla grande pensée ^ui leur révèle une providence ? Rendez à la foi toute sa liberté y comme aux lois terrestres la franchise qui les sanctionnerait si bien. Favorisez ce qui peut entretenir ht constante élévation des sentimens religieux, et souffrez ensuite que des consciences plus aveugles chofsissent à leiM* gré entre les tristes dévotions de Bénarès, de I^ssa, de Calcutta^ de Médine.

L'inconséquence -est extrême lorsqu'un .Parsis, exilé chez les Hindous, rejette leurs traditions en se fendant sur ce seul motif, que chacun .doit croire ce que croyaient ses ancêtres. PSîsque des religions contraires ne peuvcsU être descendues des cieux , et

qu'aitisi y daas la supposition mémed'uoe reTélalÎQii ^ une seule religion serait véritable « l'édifiante maxime du Paifsis entraînerait les neuf dixièmes de la racé timoi^éé a renoncer pour toujours aux bienfaits de Foeuvie divine. On ne prçtendra pas (}uen cel^ nos inventions puissent suffire à eause de la religion naturelle j^i en devient la base ; ce. serait déclarer tout culte égal, et tout^ révélation sms objet. On sera donc forcé de dire (jhe* dans lés ^euls pays, où règne la vraie rdigîoa y il convient, de sui\(re le cbemin battu , et que les .autrete peuples doivent examiner. Cela même, en ramenant pour chs^ue hommala nécessité, d'un examen sans leopiel on ne saurait pas oii se trauyq cette vraie religion , réduit au néant toute déclama tiip r^plative a' la loi des^ancêtresi , ; . .

Qui voudrait, dif^n^dans chaque^ecte, se, pûver des biens immortels, et, en ne^royant^as, ^joiuer auxinisètes de Iji vi^ cette, extrême misère de vUe

' pputoir jamais en être consolé?. Qo^l caU capable de jouir de la lumière abandonnerait une éclatante

'félicité pour se plpng^r danslestéiièbres^du néant?

Cette objection est erronnée^ paisj^e nçus ptV

vous pas ainsi le choix de notre croyance. Quelqu u{|^

peut-il djre? le vtal^sera' où je ^voudrai le wir , et

ma destinée dépend de moi , jte vais en décider: je

me livrerai" à t^us ures goûls, ^t au moment de la mon y je serai aaéatnti ; on bien y i^près quelque tepps d'une règle austère^ je posséderai une vie infinie d^s ses jpies comme dans-sa durée.

Si tel était Tétat de la qu^ion, certainemetu de$ insensés pourraient seuls préfi^rer les avantages actuels , ou même ils pourraient seuls balancer entre unt récompense sans terme, et cette journée affligée dont une partie se ^truitts^disqu^on délibère. Cette différence de mo^fs. sei^aT^ déjà très-grande, mais

d'autres coq^idérations la rendant incalculable. Selon Tos bonzes ostbodoxès, il ne/aut pas seulement opposer le néant a Texisteajoe ; il faut opter entre une étemké de désespoir ^ une étennité de -délices, . entre une sorte d'agonie 3an^ ternie, et la vje infatigable. Comme mi perpétuel sonuneil ne renfermerait pas de maux effectifs., il serait possible que la faiblçsseradeptâtpourujiiqiie attente ; m^iscog^ment concevoir le délirefl'unhomifieijui se plongerait volontaîi^^eiM;ilai)^ de^ supplices renaissant à jamais? Cette (Ajection rebattue: que |isquerai|-on en se nangeaot du coté de$ fidèles?.cette observation aurait beaucoup de fer^e s'il s'a^iasait de la conduite ; mdis c est ici la croyaqce qu'il fi|ùt déterminer. Tout arguipy^ni: paraît b^;, ou marne devrai êtrç sijperflu pour afïèrmir les croyans dansl^ pratique du bien ^

ils ne sauraient, ^n admettant la certitude delà vie futiirey^en oublier «ans cesse-les menaces ou les promesses. Au contraire , nul raisonnement fondé sur nos désirs n'établira, pour des esprits. rq^tés dans le doute jusqualorâ, la venté d'une re1igii>fe sgécîate; en vain ils souhaiteront qu'un jour elle soit vraie fi leurs yeux, ils n'en seront pas plue «on vaincus, t

Nous serions trop heureux &ur le glpbe s'il était une religion divine démontrée à pteà|ue tpus les entendemens, et chérie de tous les cœurs (P). Celan'a pas été accordé à notie misère. Qv^ vos &]jirs établissent la vérité., l'incontestable vérité de toutes les .choses qu'ils préconisent. Elles sont anci^nes . .sans doute et mystérieuses^ et poétiques, et pittwesques ; jnais qu'ils prouveirt d'abord qu'elles sont vraies (Q).T<Hiteautrejustificatiôn eno«ci est im contre sens, ou une puérilité. Pour obtenir d^l'ascendant 'surjesjiommes, e'estbeaueoup de les amuser ou de les émouvoir; mais il faudrait auiye chose p<5fur|es éclairer, pour en faire a tous égards de vrais fidèbs. . Les défeiisçprs du lamisme forment une corporation- qui^ depuis vingt siècles, subsiste Bombredâe let* instruite :'il serait surprenant q[u'au mjlieu d& l'iiQpénétrabilité d'une j^rtie de cqs dbjets, au mi^ lieu de l'obscurité ^es vieux liv^e^., cette castç ne fût point parvenue k dir^ quelque chose de plausible

sur Fauthenticite de sa doctrine. Mais il- ne suffit pas à la foi qu'oii ne puisse guère démontrer expressément la fausseté de ce quelle propose; d'autres croyances auraient cet avantage. C'est a celui qui enseigne^ a celui qui a reçu la mission de convaincre^ c esta lui seul qu'on adroit de demander des preui^es* formelles. •

Vous avez entendu particulièrement les lamas et les ho-changS redire chaque jour qu'il serait abominable de préféi:er les vaines lumières de la raison k la lumière qui fut révélée selon eux, a la science sacrée dont ils sont; dépositaires. S'ils parlent a des disciples persuadés de cette révélation, une telle remarque parait oiseuse. S'adresse-t-elle au contraire à des geds qui ne croient pas encore, elle ne renferme plus aucun sens? Autant vaudrait que ces lamas s'avisassçnt de dire, lorsque, durant les nuits sombres des montagnes de Putala , ils éteignent les cierges du monastère : Bon peuple ! ne pensez-vous pas que s'ils étaient tous allumés vous verriez plus clair, et n'iesMl pas commode de voir clair? Croyez donc quMls sont allumés. Bon peuple ! vous avez aperçu dans tes airs un sachet lumineux, au-dessus de la bourgade de Mihnéa. Ou si vous ne l'avez pas aperçu, trois cents lépreux des vallées voisines ont crié qu'ils l'avaient vu pour vpus. Que pouvait-il contenir, si

ce n'est tin peu des suaves oidures dont vous savez que notre pontife gratifie les khans et les nabads? Que fflut-il dé plus y bon peuple? Déj^ses votre offrande ^ et allez assommer les incrédules.

Entretenons ou propageons attentivement dhe^ lés * liMimesla bienveillance, la retenue , la justesse. Ceux qui ne pourront participer à ces dons de la raison, se voyant 'en petit nombre, écouteront du moins leur intérêt, et entreront par crainte dans les voies honnêtes. Mais on aime mieux étonner des esprits faux, et subjuguer des âmes débiles. Depuis de longs siècles les effets sont dignes de la sagesse die ces moyens (R).

Il se peut que les lois civiles <levienuènt quelquefois insuffisantes pour une multitude qu'on instruit mal, quon protège peu, et dont on favorise les habitudes déréglées. Gela montrerait seulement qu'au milieu du calme apparent des vastes états, l'injus»* ticeet l'affliction se perpétuent, que tout système de contrainte doit avoir des résultats funestes , et que la politique, dans la véritable acception de ce mot, s'est absentée de notre terre.

La sagesse aura d'inappréciables avantages sur les doctrines du sacerdoce. Elle ne s'attribue rien de surnaturel , et néanmoins elle est vénérable en ce sens que tout mérite vient d'en-haut. Si elle produit

peu d'êKaltation ^ comm^ elle n'a jamais eu besoin d*un masque, elle nt sera jamais méprisée. Elle ne devrait trouver de résistance que chez des êtres dépravésy puisquellçne défend pas Texamen, et qu'elle ne redoute aucune objection. Si la sagesse avait toujours été regardé^ comme la vraie base de nos insti^ tutions, l'autorité de la vertu serait beaucoup plus grande, et on ne pourrait se soustraire 9u devcHr sans être ccmvaincu de-turpitudev La sagesse n'ayant pa^ mis sa £brce dans le mensonge , ne saurait devenir une occasion de scandale. Si des esprits remuans^a qui tout rôle pouvait être «bon, afTéctèrent d*itniter quelque sage , il en était d'eux comme d'un iâdbe introduit dans les rangs d'une légion va^ leureuse : le temps doit rendre a chacun sa place. La vraie sagesse «st une dans le monde ; on ne saurait dire l'instant où eHe commença , et elle subsis- , tera jusqu'au dernier jour de la raison humaine.

Nous estimerons des lamas persuadés aveccandeur, et même nous déplorerons en un sens l'affaiblissèment de leur, système. Toujours fragiles , toujours ii\quiets , nous regretterons le secours opportun qui ranimait les magnifiques espérances de leurs prosélytes. Cependant nous préférerons une loi que nul n'oserak rejeter hautelnent , la seule loi universelle, la loi morale et purement religieuse. Si jamais elle

règne, quiconque ne recon»aîtf%i pas les principes consacrés pourra être regardé sans injustice comme étranger dans la cité, puisqu'il brisera, autam qu'il sera en lui , les li^ns'^ie toute association. Au eon- . traire, il est inique d^ proscrire, dans 1^ régions vouées a T islamisme par exemple , un homme qui n est pas bon musulman :. peut-être le regarderaiton coimme le plus respectable des humains chez les banians ou chez les parsis.

Au siècle de Bouddha , les peppies de l'Asie éqiiatoriale méconnaissaient la simplicité des conceptions primitives^ L'inepte opiniâtreté des superstitions, et l'acharnement de la guerre avaient substitué un autre esprit k l'interprétation natiftelle des traditions, et c'est surtout ainsi ^ia'elles devenaient chères k la lïiultitude. Les races s'élant mêlées, toutes ces erreurs se fortifiaient n^utudlement, et un zèle hy- ' pocrite plongeait dans cet amas d'impiétés la tourbe des fronts dévots* En dénaturant les alIégori<esil en oubliant le sens moral qu'elles avaient renfermé, on^ attestait des faits ridicules , et on personnifiait les êtres abstraits, afin de multiplier de bicarrés préceptes, ou des terreurs lucratives. Une gén^aticHi opprimée ou menacée, encore ignorante , mais commençant a voir qu'on l'abusait «sans doute , prêtait quelque attention au bruit confus des vérités invo-

({nées dans la solitude par les imitateurs dés g^no*sophistes; En ce tetnps^a deis invasions humilièrent trente peuples , et , dans leur péniUe oisiveté , ils s'avisèrent de disputer Sur leurs anciens rêves. Ce moma:it paraissait favorable potir de gratide&ré^ formes : û eût fellu mettre a k place de ces xmm un monument majestueui. La morale^ si ibni»i|tent altérée^ semblait avoir besoin d'un soutii0popu)atf^$ mais si on devait adopter une croyance encore dog-^ matique , du moins i) convenait qu'elle fât assez simple y assez noble pour ne jamais servir de risée aux navigateurs qui vanteraient ces rivages. S^il fallait des cérémonies ou des rites y il impmlait qu'ils fussent rares et imposans^ que l'imagination les aimât d'abord ^ et que la réflexion permit de continuer a les approuver. H en fut autrement. Lorsque le génie n'est pas joint a la force visible ^ lorsque le pouvoir ne Saiit rien de grand , la force cachée^ le hasard met librement en œuvre l'imperfection des hommes : toutes les fois que la raison cesse de veiller y c'est vers la démence qu'ils courent a l'envi. Ainsi se renouvela le blasphème des incarnations; il suffisait de l'interprétation littérale et théologique d'un sens figuré déjà trop hardi peut-«tre. On avait supposé , dans le principe , que quelque chose de l'esprit divin descendait des hautes régions en faveur de certains

profdièteSy et que cette émanation jparticulière rendait un sage digne d'être écouté des hommes , ou d'élever leur intelligence vers les cieux. Ensuite , par un stupidc abus de langage y la divinité elle- ^me se trouva être un homme j un animalcule , du saty y 46S membres : l'Unique y l'Étemel , marcha , plei^; s'habilla y se lava les pieds. Alors on vit les propagateurs ou les victimes de l'impudence et de l'extravagance htimaine partagés en deux bandes ; l'une conspuée dans les maisons des fous, l'autre plus éhontée cent fois^ mais vénérée dans les temples. Ënfantde l'Orient! vous pensez bien que jamais un pareil délire ne pourrait atteindre notre Europe : elle est si instruite.

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