‹ RêveriesChapitre 3 sur 37 · IMPRESSIONS NATURELLES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS NATURELLES

Au milieu des montagnes, sous la neige des hautes ctûies, quand le jour est près de finir , observez les mouvemens sauvages d'une eau agitée dans la vallée silencieuse, ces vagues qui se dissipent, ces bruits qui se perdait , ces changemens qui s'oublient, ces signes austères, mais heureux peut-^tre, de l'instabilité des choses et du perpétuel renouvellement du •monde.

n est des inspirations généralement méconnues comme s'éloignant du travail que la, société impose.

Cependant ne les évitez pas : gardez quelque mé-^ moire de ce que vous eussiez aimé. Ne renoncez jamais à ridée , au songe d'une perfection difficile. En ne faisant que pressentir quelquefois cette vie simple et forte ^ plusieurs hommes de génie o&t montré qu'elle pourrait un jour n'avoir plus rien de chiiaéfique (C).

Des impressions trop contraires s'affaiblissent mutuellement. Vous ne choisissez pas un tertre qui do* mine sur des plaines populeuses ; mais vous vous appuyez contre un frêne abattu dans l'épaisseur de la forêt 9 sous le feuillage des jeunes hêtres que déjà le vent fatigue , et dont y après quelques étés , on verra la chute.

Dès que les nuages s'écartent /dès que la pluie a oessé> l'oiseau chante dans les bois. Il semble dire qu'une feuille peut donner assez d'abri ; que dans la vie indépendante les peines ont peu die durée ; que la joie y sera entière , et que, pour Fipdustrie de l'être vivant, les richesses île la végétation suffisent.

Vous suivez lentement un sentier abandonné.

Vous n'apercevez que la ronce sur le sable , la caverne où se réfugièrent les proscrits dotit cette trape est le dernier monument , et ks gouttes d'eau qui s'échappent des débris d'une fontaine, dont il

senible qne le temps n^aît laissé sobsiâter que ce qui passe sans cesse.

Dans la solitude^ on est moins Thomme de son siècle; on redevient Thomme de tous les temps. Lorsqu'au lieu de prétendre détenmner nos sensations ^ ou diriger notre pensée , nous nous laissons entraîner par les mouvemens extérieurs^ nous nous animons sans nous épuiser ^ et nos jouissances ne sont pas suivies d'abattement. Notre force consiste a obéir volontiers : c'était i^tre destination d'être portés par le torrent des êtres.

Livrésselon l'ordre naturel k ce qui change autour de nous, dans cet ordre toujours mobile , nous sommes ce que nous font le calme, l'ombie, le bruit d'un insecte, Tbdeur d'une herbe : nous partageons cette vie générale, et nous nous écoulons avec ces* formes instantanées. Nous nous retrouvons nousmêmes dans ce qui agit , dans ce qui végète, dans l'attitude assurée d'un chamois, dans le port d'un cèdre, dont les branches s'inclinent, afin de s'étendre avec plus de liberté, dans tout l'aspect du monde, qui est plein d'oppositions, parce qu'il est soumis à l'ordre, et qui s'altère constamment pour se maintenir toujours.

llh

Page 1