DIFFICULTES
tl est des momens où y loin de nos riches campagnes y on aime surtout à parcourir des collines sablonneuses, des pentes incultes , des landes ombragées seulement par de rares bouleaux y et p^r des ' genièvres au milieu de la bruyère. Plus libre dans le silence, peut-être se croît-on plus près de recevoir quelque révélation sur l'objet de la vie , ou sur les causes premières. de la succession des choses.
Mais est-il une voix générale que chacun puisse entendre, une voix distincte qui réponde à Thomme/
Et si même nous étions introduits dans un autre espace 9 si nous marchions sur le sol des autres mon*» des y que saurions-nous? La sensation est vraie, parce cpi'il existe toujours quelque analogie entre les êtres accidentels mis eh contact ; mais la connaissance absolue y celle de la nature de chaque être, . nous est refusée. Par quel moyen l'homme qui passe observerait-il ce qui subsistera? Comment trouver une langue ^commune? Quelle communication établir entre nos organes périssal)les et les bases de l'univers?
Notre intelligence calcule des rapports, et elle examine des qualités; mais la substance ne peut être le sujet d'aucune étude. Si même l'universalité des choses visibles et regardées comme matérielles, si le monde a le sentiment de son existence , de ses forces^ combinées, il nous parait impossible qu'il en reçoive d'autres notions que celles de la situation respective des parties ou du jeu des accidens. Ce qui est sans relations ne saurait être expliqué ou conçu a notre manière : nous n'imaginons pas même comment l'être unique se rendrait raison de son existence, ou comment pourrait se savoir vivant celui qui resterait toujours le même.
L'essence est du moins impénétrable pour tout ce qui n'est pas elle. Le principe absdu ne se ma-
nifoste pas directefiicint. Cette considération semble décisive dans l'hypothèse qui ôte aux corps appa-^ « rens toute réalité (F). Les différentes choses n'exi-^ stant pour nous qu'autant qu'elles sont connues de nous, et nulle substance ne pouYfint Fêtre, tout se bornerait au sentiment dios possibles. Oh ne saurait non plus admettre expressément hors de soi-même la pensée particulière^' parce qu'on ne saurait dire s'il est d'autres êtres partiels organisés pour sentir^ pour comparer, pour s'instruire, pour former des desseins. Chacun pourrait donc se figurer qu'il est % ici le seul être i:éel, qu'il est doué s^ des p»ceptions. de la vie animale et terrestre, ou cpi'elle se réduit a une série d'idées, dans un off^re intdiee^ tujsl très-différent, ten un sens, du monae où noui^ cssyons agir.
On entrevoit ainsi dansles tbstrsdts qudque dbose de reculé que vraisemblablement nul ne discernera bien , et dont souvent le double aspect noifô ég^re. Plus un métaqphgrsick^ aura de pénétration , plus il sera exposé a trouver pour conclusion le néioit, même en voyant que sa propre existiti^ce détruit ms raisonnemeris. Il est doac possible que nous lombipQsdans une de ces erreurs proldbg^s dont ensuite ouest surpris lorsque le hasard les faîtconiûUre.
En quittant le rqpos de l'instinct^ nous nous liy.rons
sans défiaQoe aux recherches les plus hardies ; mais il sera une ligne que nous aurons franchie sans le vouloir^ Les notions abstraites y qui sentes doivent être incontestables a tous égards , parvieûn^telles jusqu'à nous avec netteté àu milieu de nos setisations inconstantes^ et de la mobilité du monde? Peut-être faudrait -il d'autres organes pour t^contrer dans ces profondems quelque lumière post« ttve (G).
Toute doctrine sur les lois' générales se compose de simi^es hypothèses auxquelles il serait impossible de s'arvêter avec assurance. Si fdusieùrs hommies ont cm à leurs songes, s'ils ont ambitionné de le^ faire recevoir comme des déeouvert(as> ce fut ou une imposture gn une prétenûon étrange*. On est porté a se dire que probablement tout est nécessaire y et que si le monde est inexplicable dans cette supposition » dans d aua^s il paraîtrait impossible. Ëtiiéaatnoias nous considérons que les choses sont conduites avec art > et nous pensons <pie l'inteUigence seule les détermine.
xL'intdligencey ajouterons^nous^ fût un ch»ix eutte les modification^ quicésukant delà nature dos lixb^ances. L'uniieers ne peut exister qiM suivant de ciQrtaii^modeSy.et cest a VintelligegiDe à en ré^ gter jes vicissitudes. Sans être rari>itre absolu des
corps élémentaires, elle en dispose souverainement. Sans jamais les reproduire ou les supprimer; fHU les pénètre et les agite; elle les divise et en combine les nouvelles agglomérations. C'est moins une toute^ puissance qu'une ÎAdustrie limitée par la seuU isap« titude des êtres , ou' une akkimie sublime , que Thomme appelle surnaturelle , parce qu'il n'en comprend pas les lois.
Mais quelque idée ou; si on veut, quelque doctrine que BOUS préferions, ime chose sera difficile h concevoir, c'est que des hommes qui reconnaissent en eux une force active et intelligente se persuadent qu'ils n'existe pas une volonté irrésistible, source générale de la vie, un principe intdlectuel. C'est une extrême înconséflpieftbe de supposer le monde plus aveugle iqu<3 nous, frêles produits de quelque parcelle du monde.
Si toutefois on ose décider que la pensée est un être « part, ne s'expQse-t-^OR pas a prendre une faculté- })Our une substance? fl se peut que l'àme existe de cette.manière ; mais noiis ne saputrimis en foumii: > aucune preuve. La pensée, dit'K)^, n'est pas un
corps, un être pby«iquem«m divisible; ainsi lé temps &e la détruira pas. Elle'^i commencé pourtant, coatinue-ton^ mais elle ne saurait finir, et, puis»
que ce B^est pas ttii coips, c'est nécessairement un esprit. Ces eonclusions auront paru consdlanleSy mais le raisonnement qui les amèae €St <ISfecttteux Jusqu'à i'abSptdité.
Ainsi de cmaines erreurs seront palpables ^ et pottrtaot des vérités emportantes resteront inconnues. Il faut douter; il faut se garder de dire aux autres , d'mie manière affirmative, ce qu'on ne peut savoir soi-même. Il en sera autrement lorsque noiis nous attacherons à la seule science humaine , a la morale. ^Nous n'aurons plu? besoin, par exemple, d'admettre deux principes apposés, ou d^expliquer l'univers fermé nagtière, créé pour nn t^ps, et coupant ainsi en trois fBfts l'indivisible éterniiié.
dn ne peut rien distinguer dans l'essence des êtres, mais on pourra se faire quelque idée juste des rdations qui doivent exister entre les homn^es. C'est la que ûo^ rencontrons ui^e lumière disposée pour lioa organes j c'est la qu'A nou$ «st doîiné, du moins en partie, de découvrir, de raisonner, de pfcononcer. Lor^u içn aj^réciaiirt'des dïKrences nous nous bocnôns à l'impression que les choses peuvent faire, /nous obtenons des réairitats âivorables ; mais presque tout nous mal^que dès que tiotts voulons sup- ^ter d'afutres rapports. Pottr comparer exactemetit
deux oraiposés individuels , il faudrait ex)iutaitre le mécanisme général, il faudrait an .moins avoii:' c^servé toutes les parties de TAini vers.
Dans nos étroites limites, nous ne {lauvons janmb considérer sous un point de vue ceitaiu Toigsattsation du m(mi». L'ini^diiaJioor nous trompe sur le centre des rapports emteles objets que nous obser^ vons; elle le place où nous sommes. Cette manière dev^r pomoratt être- dans le principe .la seule qui nous c^milnt; mais, par cette raisoB inêine> 1% açienœ ne nous conviendrait pas. On se tEompe afussi sur les proporti0ns. Ce qui est plus près fsûcét, plus» gnjïà. Aux yeux d« tout homule ordinaire^, ce qui appartient a son siècle, a sa ville, k>^ famille, est plus beau ou plus odieux que les mêmes ^diosesaperçues dans d'autres temps ou d'autres contrées. La mesure universelle n^us manqueva toujours; quand nous cherchons la loi |reiqière, nous ne trouvons sue dés concordances d'un ordre très«în«^ férieur^
Si nous assuriom que tout corps étant cbrruptible^ tout dessein est infrucllieux, et qu'un jour Hbès actions se confondront toutes> dans un même oubli ^. cela détruiraîj-il la pAdence, l'effort, Part, le phoix?. Non peut-être. La valeur de ces moyens ne serait, plus la même, cependant neus les emploierions en-r.
GOre. Sans doute il pourrait être irain de les reocMmander; cependant il seeait également possible que la nécessité ne déterminât pas une^ chose seule, mais plusieurs choses entre lesquelles opterait la liberté. Bkn qu'on ne puisse la prouver, on ne peut se dé^ fimdre de l'admettre.. Si ua homme élâit pleinement convaincu de la nécessité de s^s actions , comment agirait-il? Dans les différentes suppositions, ce qui n'est pas mtme effectué '»e pouvant être connu, Tapparenoe du moins de la liberté nous restera toujoim : quelque principe queoous admettions comme observateurs, il est inévitable que ooos déliberioas comme agens.
Notre vofemé ne saurait ^tre exempte de tout as» sfijétissement ^ ce^n'est pas une impulsion libre dont Tunique principe soit en nous, et soit aetuel. Notice situation est l'effet des causes précédentes, et elle deviendra ht cause^ de plusieurs incidens. Lorsque le jBouveuKent que nous imprimons au-delH9rs semble tout-a-fait dépendre de nous, peut-être cela provient^il de ce quedifférens^objeta étaflt sous notre màîn, nous ne sentons pas ce qui nous entraine a vouloir toucher l'un préférablement a l'autre. On peut creîre que la volonté de faire ce mouvement n'est que le sentiment de la réaction qui part de nous comme la réflection d'un corps est déterminée
par te QCHrpa plaoé ausomiBet à% Tangle d'incidœce. Ne pouvant être impassibles, nous ne pouvons causer d'être actîft. U &ut que le mouvement reçu soit rendu : forcés de swtir» nous le sommes de von* loir. Non» penserons toujours que notre choix est ' li)m» et que nos mouvenmns .nous appartiennent ; o)ais c^^X peut-être parce que nous ignorons desiois don| la perception, possible en elle-même, n'aurait ps^ d'iinalogi^avep nos oirgsnes* Moyens oecasionds dç réaction , nous gammes oati&es parce que nous SQmidfis ^ft^9 et nous devenons actiÊ surtout d'à-- {tt^s ^Qs fe^Ués p^^v^s : nous transmeillons les forces auxquelles nous fûmes soumis, et ne les connaissant qu'alors, nous supposons qu'elles émanent de nous-mêmes.
Nous qui sommes loin de sentir tous les phénomènes corporels continuellement reproduits en nous, devons-nous être surpris de n'apercevok.qu'imparfaitement les opérations de notre intelligence? Sans doute on pourrait se croire doué de quelque liberté, sans en posséder en effet. Cependant nul tte pout prouver que nous ne soyops pas libres, et au contraire, nous voyons comment nous pouvons l'être malgré la constance, malgré la nécessité de. l'ordre général : il suffit que chaque série partioulière d'effets et de causes se renferme dans uflfe sphère déter-
minée^ ce qui ir'a rien de contraire à la vraisem-^ blanoe.
Si seulement c'est une conjecture tiès-plausible <{ue la liberté nous ait été accordée, continuons a 'faire de cette supposition la base de toute recherche morale. Observons quelquefois le degré de civilisation oà les peuples se vantent d'être parvenus. Exar minons ce quiest, ce qui pourrait être, et comment os retrouverait les bienç primitif. Ne renonçons jar mais a étudier les principes des véritables institutions; c'est' le premier objet actuel de l'homme, si l'homme a quelcj^ue indépendance, si l'option lui ês\ lilissée en quelque chose.