HABITUDE
Des poèmes ou ' dei romans dont les héros seraient toujours avides de jouissances nouvelles n'amuseraient que rim^gination. Fbur intéresser , , pour réveiUer d'heureux souifenirs^ il fiant peindre des plaisÎES simples , des occupations constantes ^ des mœurs pastorales ; mais sans y joindre cefte bonne et &de innocence qui était ^ trop ordinaii^ dans les anecdote^ champêtres ^ ou dans les idyUes# On trouve un calme , un repos aimé des âmes 'droites, une satisfaction durable *dans les cou-
tuiQe3 d'iiDci|NMrie anti^ne «t pffitvre, dans des tra-* vaBK. réglés , des.joits ûibscints , des liens qui , pour 1# grand ipuMiiJjre, devieonei^ une nécessité du
* Les hommte ont reçu des pe^hans indélébiles ^
a&i que par «eue ofgacysatioQ générale ^ l'espèce . fût une ; n|ais afin de distinguer aussi les familles ou les giersonnesy e^-de toufr différencier parmi elles ^ la natpre a v^^ulu qu'elles seisçiyrsattU libres , surtout dans des'choses d'un ordre inférieur. Malgré qatte inconstance toujours possible y 11 a fallu conc^r les divers âges du m^pie étre^ et former un ensenibla in^iduel; c'est l'habitude qui est ce lien. Sans co|MI|°^^^ f ^^^^ QOaduit plus ou moins lent^ent, et elle cs&tis^De en aplanissant les voies ; les effets du |»rincipe universel de nos affections pr^i^nt ainsi dans chaque homme uu oaractèi^ i^irticulier. Le pouvoir de Tbabitude provient et du i^espia de repos y el dui{)esoin de mouvenltnit. Kos orgaues exlbut«nt avec plus «defaciUté ce qu'ils ont opéré déjà. Cett» propension deviendra un m^f très-na;» Hjrel pot» des êtros qui , joignant a des ^noyens limités une ardeur impatiente , vpudront qu« des résul* {ats fréquens leur coûtent peu d*efforts. Mais ces sortes de convenances n'ap{)artiennent qu'à la fai* blesse, el rien n» nous autorise a les alléguer comn^^i
AD prioéipe' ^ébéral dans TlàteipretatîoD dêi lot*' de la nature. ,
'L'babitiïde subjugêe les esprits uanquilles.âi'dle a,^iiioins d'empire sur les hornmesitwDnsidiéjréï, elle suffit à ceux qui, dans leurs pencbans mêmes, n«
déEcatessfi ^lès choses importantes, quelqu^sfoiv lA dégraderaH. Néanmoins il sefa toujoni^ ijtile«le □e pas la négliger essenlîfUebeDt. BUe tiept au,besoin cfîtttjmiel de rappi^cher ou d*adQut!ir en quelque sorte des sensations extrèoMEi entretenue p^> Topposïtion des intérâiS, desdésirs, des cr8int«b,''eU« fait partie du mérite réel dans des pa^^viliaés depois long-temps. ^
La vrai délicatesse peut être regardée comme un . uctunivenel etMpide. Â&a que toutdevieivw con-
v^nable^ facile, spécieux , elle rejette ce qui serait odieux ou repoussant , y'il ou trivial, ou même ce qui resterait ifidiflcrent. Attentive a écarter ce qui dénaturerait le plaisir , elle le multiplie par cela même, et le prolonge. En se manifestant surtout par des choix sévères, elle persuade , soit aux autres, soit à nous-mêmes, que nous l^mporterons siir la plupart' des hommes dans l'art d'éprouver ou de
^communiquer les séductions de la vie.
Lorsque cette délicatesse, exempte d'excès et de ridicule , se borne a rendre les impressions moins fugitives, elle ennoblit nos procédés en modérant, notre humeur , et elle prévient beaucoup de maux qui, dans' le principe, ne sont aperçus que d'elle seule. Quelque Frivole qu'on puisse la supposer, elle contribue a l'agrément de la vie : elle convient sur- «toilt a ceux qui n'auraient plus* d'activité s'ils n^étalent p^ conduits par leurs habitudes, ou <^i sowrent ont biesoin dé piécaution pour n'être pas émus péniblement. ,
- * Chabitude ne peut remplacer ou changer les lois de la hatijre , mais elle est elle-même une de ces lois chez les êtf es animés: par elle l'objet qui nous fût
. devenu étranger nous reste favorable. Un plaisir isolé , quelque vif qu'il pût être , ne laisserait qu'un stérile êoùvenir; mais une jouissance habituelle se
perpétuera jua^e datisia vieillesse ^ au moins par des r^rets qui ne seront pas sans douceur. Le sort toujours précaire^ ou le, temps irrévocable déconcertent nos désirs, et nous voyons nos goûts s'éteindre conone nos passipns successii^es : Thabitude est la seule pente sans aspérités où les heures anciennes semblent ^e reproduire jusqu'à: Vheure dernière.
Le pouvoir de l'exemple est, en partie du moins ^ le pouvoir de Thabitude. Au défaut de notre propre expérience , celle des autres détermine, notre conduite; c'est obtenir avec moins de peine un résultat presque semblable. Sans rien hasarder, sans nous e^Lposer à des suites funestes , nous no^^ livrons à." la <y)nfiauc^ que donnent des épreui^es répétées. Nous CQimmf^nçons a jouir avec une sécurité acquise laborieusem^t par d'autres hommes j nous leur avons laissé les soins de la ciUture, et, d'uue maip. plus heureuse , nous cueillons les , fruits a l'instant même de la matucité.
L'empceinte reçue dans les premiers ans paraît inefia^able, et souveut même une situation meill^tj^ nous satisferait peu : uQusvne retrouva*ion$ pas nos premières Jouissances^^ L'homme entreprenant, ou l'homme violent et fai*ouche; se ^nsfrai-, ront peut-étr^ au pouvoir de l'habitude , et un ca<
meière p^ifsiQiidé ta ttégMgeia dniànrh jeunesse. D^autres esprits-, - etitntaés pf r des événemens imprévus ^ se foat uue^rtedliiabityde de n'en point connaître. Muis rhatmne modéré n^aimepas a pesdbe le souvenir de . ce qu*il a > choisi , et raremeni;, il se lasseia de ce qui auta mérité son attention. Bluséfal ^ice qiiUl est moins avide , il jouit mieui des qhçses qu'il a déjà possédées ; il montne plus de constance^ précisément parce qu il a des facultés plus étendues* Saebant aimer chaque jour par des raisons nouvelles ce qu'il a chéri long-temps ^ il n'est pas prompt à se fi^rer que les objets inconnus jusqu'alors ^ aii difB* ciles h fiJbCepir , seront doués d'une perfection plus grande.
On a dil que des • habjtudes invétérées capvenaient surtout à luie organisation feible. Gela peut être. Lors m&ne^que Pbomme médiocre recherche de nombreuses émotions, lorsqu'il aime a léa^vQ^er encore pour les firoportionner a ses moyens , il demaiMle surtput qu'elle» n'aient rien. de périlleux ^ et chacune de ses affections dçcèle ùde crainte. Quiconque SQsa formé pour la ..dépendance recevjra comme un joug^ce«qm n'offrirait a d'autres qu'tm libre appui. Mais il: suffit de supposer âês intfitu- Htons meillellDres pour comprerodre que les hommes faibles pouciaîent, sans beaucoup d'ipconvéniènS ,
s'abandonner k cette inmlence. Que doit-on <Iémander d'eux ^ sinon cfuelèur inaptitude ne soit i>as vicieuse y et que leufs- usages, utiles pour euimêmes., appartiennent a Vensemble des mceurs les plus conviaiables dans Fintatt public. Bientôt la majorité adoptera ces coutumes jpar ^oin, et elle lés cons^vera, ne fôt-ce que par incapacité. Des âmes fières/€|iiî pourtant n*étaieitt pas assez fermes pour s'interdire toujours des écarts » royant alors que la tite peut faire le bonheur4e ses enfans , emploieront a veiller pour la soutenir cettf- activité naturelle , mais trop souvent irréfléchie , qui eût pu ibranler des lois moins prudentes , ou des ^maximes ittoins généreuses.
Dans la vie domestiqtie Thabitude est un hea que la raison ne saurait désapprouver. J^^eH-ce pas au miUen'de ce qur^ons'ienviranne journellement qoé le iMiheur s'offre avec le plus de vtaîsembîianoe? Sachant que ks choses doivent toujours êtr«*con«dérées sous diwrs aspects, et qu'elles prodhirom successivement 4e»clfets contraires, nous préférc^is cell^ que nous connaissons beaucmip. G'esi alors que, pouvant détefkniner. à notre -ofafoix une gMiAe partie des ineidens» et des rapports dont Tharmonie .est méconnue si fi:équémftieftt, nous débprraasAiis l4Miens du iMgtnge qui ta6altë])^ait,Du mètie
iiQUS retirons quelque albotagë d'un ma) apparent qui eût accablé rinexperience.
L'habitude est un moyçn général de diriger Fimaginalion quelqu^eficMs si difficile à oivitenir. Si les premiers l^islateurs «"avaient pas compris Tascenr dant deTbabltude^ le projet d*étendre et d*aGfemiir avec qu^que rapidité la civilisation dans un pays nouveau leur eût paru chimérique. Ceit par les mœurs qu un peuple est entiècement ce qu'il doit être, et que chaque membre de Tétat se sent heu* reux d'en d6|kendre : même après de grandes vicisfitudes^ nos vieux usages ramènent Mtre pensée vers les Uei^ QÙ*hous avons reçu. la vie, nous y promettent desaffections tutéiaireSy et nous y préparen)^ un moins difficile contentement.
VIÏL