IX
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•Affres uil long voyage, vous êtes libre et jeuqe encore. Vous découvrez un vallon bien«xpo$é, dan^ une va^té forêt; vous y élever une demeure qu'avec le temps vous rendrez de plus en plus commode, ^i vous y conduisez une femme capable d'y vivre satisfsdte. Ensuite vous verrez vos enfans s'essayer à manier 3es bacbes légères^ ou de faibles bêches , et vous leur direz plus ^d : Regardez , le mouvement du monJë n'est ps(s loin , mais l'union est ici. Voila, daii^rdes contrées indépendantes, la meilleure desti-
nation de Thomme y et il semble qu^elle ne laisse plus d'incertitiide^-lorsque sous le soleil, à la vue de l'espace, le parfum des premières fleurs de l^nnée nous porte a nous interroger nous-mêmes.
L'aspect de la natvfre e«t une révélation continuelle, mais souveitt obscure , de nos besoins, de nos devoirs, de notre avenir : la pensée impuissante de rhomme appartient à la grande pensée de Tuni* vers. Quelquefois TexprÉssion , dans son étendue , * est trop imposante fi^ur notre faiblesse ; mais du moins nous serons sensibles a 'Kl^rmonie de quelques accidens de lumièit, et de plusieurs convenances végétalesACelui qui n'en sait pas jouir ignore . beaucoup d'autres clioses*eftnéconnaît en grande partie le charme des relations humaines les plus intimts.
Parmi les fleurs qui , dafts les jo|irs d'entraînement, après l'enfance, poui'raient en partie déterminer le caractère , quelques-unes inspirent le goût des loisi» de la campagne, et %ulle d'entre «lies ne fait plus d'impression que la violette, au pied d'un groupe d'arbustes, devant les premiers rayons du printemps. F^u visible, mais curieuse a découvrir^ elle a pour paVtage de s'annoncer en s^iel/ com'mie étant elle-même un premier' ditfi du printemps de la vie, Un premier sourire du bonheur possiMe. C'est une émanation sans effort , et que déranger^ le
trouble de Tair; c'est quelque bien qui s'offre et s'é«» chsqppe sans s'éloigner; c'est quelque idée d'une jeune amie incertaine encore^ niai^ pensive et natu» rellement généreuse. Lorsqu'un léger souffle déf^ace ces grâces odorantes, bientôt il les ramène^ et on né les sentira pas au loin ; niais à cette faiblesse se joignent de la simpliste, de la constance même, et sans doute le plrécieux amour du sol natal. Les fteurs qui ont le plus d'éclat n'ef¢ pas la violette si tranquille , et souvent perdue dans l'herbe : il lui arrive de faire oublier la rose qui appelle les {^aisirsy mais dont le pouvoir n'est guère qu'une erreur d'un moment. Celui 4e la violette, plus^mystérieux, pénètre le coeur que la rose agite; La rose convient k la vive gaieté, elle ornera les jardins^ et elle fat toujours recherchée dans les fêtes. La violette appartient au contentement ; elle fleurit sur^ tmit dans les prés incMnés au midi, non loin du murmure des eaux. Chérie des hommes bons, elle semUe'redid^ leurs plus douces affections, ou leurs plaintes san^ amertifme. Elle se trouve où se plait un esprit sage f elle choisit dans sa liberté, des aspects Êivorables, mais des pentes modestes, et elle embellit le silence des retraites les plus heureuses. Comme les c(jpurs droits des solitaires , elle s'épa- ^nouit aux beaux jours ; comme eux elle promet peu,
et donne beaucoup. Elle aime a s'établir dans mt asile commode, a y subsister paisiblement , a ne s'y montrer qu*à ceux qui la devineront à cause de ce calme, et de la joie pure qu'elle exhalera.
Mais toute fleur ne dure que deux jours et, quelque rapide que- soit notre vie, elle admettra, pour ses froides saisons d'autres convenances plus douteuses: Si vous vous êtes senti quelque énergie dans la pensée, vous aurez en peine a ne pas subir des prospérités fatales. Vous av«z cherché avec plus de ^passion, que de raison le beau et le vrai; les apparences ne vous trompent plus, et la tristesse est dam votre cœur'. Vous entisevoyez un monde heureux , et vous vivez dans uu monde abusé. Vous ne pouvez continuer à espérer; cependant un besoin invincible vous arrache au repos qu'obtiendrait celui qui né désirerait pas. Un ordre assez exact parait entraîner ce qui n'a point reÇu la vie ; mais chez les espèces dont l'organisation est compliquée, vous apercevrez sans cesse des mouvemens funestes,* et même vous retrouverez dans toute la nature soumise a de perpétuels cbangemens, ces pertes, ce trouble,, ces désastres qui vous découragent.
Il est des hommes qui , avant d'entendre les pro-^ messes des passions positives, en éprpuvent l'agita^ tion, et même l'importunité. Ainsi l'ame s'exerce^
^ans Fattente de ce qui doit la consumer un jour. Le désir d'être ému immodérément est déjà une passion, et la plus constante peut-être. Quand une ame forte aime a se nourrir des espérances de l'ambition vulgaire, les. occasions seules lui manquent pour re^ muer tout uir peuple. Ne pouvant accomplir ses ptemiers desseins, peut-être ensuite s'élèvera-t-elle davantage pat sa manière de les apprécier. Elle sortira de la sphère où le basara la pbçait, et en changeant de lieu;^ de temps, de perspective, elle choisira ce qui ^t été son vrai partage.
Une réftexion peut suspendre l'enthousiasme, le délire d!un génie mortel. 11 s'arrête, étonné de n'occuper ici qu'un point et qu'une heure , lui qui se croyait le témoin essentiel des temps, et l'arbitre des générations. Tout va lui paraître inutile dans cette existence humiliée ; il ne s'occupera désormais des soins inséparables d'un rôle si faible, que comme ces vieillards qui réviennent aux jeux du premier âge, sentant que cen'estplus la peine d'entreprendre une œuvre savante.
Les lois premières et, pour ainsi dire, les vues, les intentions de la nature diffèrent nécessairement des motifs que l'homme trouve en lui lorsqu'il se détermine. Dans l'ordre général, dàtisce composé, dont la variété, dont la grandeur nous accablent, com-
ment tout serait-il juste ou raisonnable à nos yeux ? Beaucoup de rapporta accidentels se concilient difficilement arec renaemble si incomplet que nous imaginons ou que nous connaissons^ parce que cetensemble^ faible création de notre esprit; ne donne qu^yne idée très-imparfaite de Tutiiversalité des choses.
Que la 'froide vérité parait sévère! Ce que vous auriez voulu exécuter s'établira peut-être , mais vous ne serez plus. Quelques hommes avant vous ont eu sans doute votre manière de sentir ; mais tandis que^ dans la retraite , ils s'aSSigeaient en pensant aux malheurs publics y les peuples qui n'ont rien appris de oette sollicitude y admiraient ou invDquaient les oppresseurs des sages^et des peuples.
Depuis quarante siècles cc^mus, les misères succèdent aux misères , et , si les produits peuvent être brillans à quelques égards^ les moyens sont tellement hideux que partout on s'attache a les cacher. Le secret des familles , le secret des faubourgs ou des cabanes se compose de simples consolations y inteiTompant ça et la des' maux innombrables. Le fantôme de prospérité devant lequel on s'extasie n'est qu'un nuage que la passion soulève : il sert a couvrir la honte y les larmes ^ le désespoir.
Vos droits au bonheur! Avez -vous compté les heureux parmi vos semblables? avez-vous examiné
les jretôorts dé là proispériDé des empires? Des droits ! la oature n'exige pas que vous soyez heureux, et, qu^t à vos GOQteiuporaiiis , il$ ne. sont convenus q^e d'une chose , que tous en imposeraient le plus possible, en s'efforçanf de is'abuser eux-mêmes. Des droitâ et une règle j Fiiicertitude est plus grande ici que dans les premiers hasards : souvent la raison des hommea^ou leurs lois «joutent des disproportions aux contrastes , et le désordre k l'imprévoyance.
Vos légis^i^eurs n'ont pas retranché de l'ordre moral les passions particuliers. Sans unir les fa> milles^ ils les ont multipliées ^ ils les ont amasi|ëes : en croyant fonder des cités ^ ik ont seulement bâti des villes, ou sillonné des champs. Pour connaître rfaomme, pour déocmvrir ce qui lui conviendrait le mojns imparfaitement, ils ont consulté nos annales, histoire inexacte de deux cents générations. Dans ces mémoires d'un jouP , ont-ils prétendu lire tout ce que pourrait entreprendrq le genre hnmain?
Observez lés lieux sauvages. Suivez des yeux une feuille emportée au loin, lorsque doit succomber le peuple imperceptible dont elle était l'aliment et la patrie. Regardez ce roc, dont vingt siècles ont commencé la destruction. Tandis que l'activité de l'air le dessèche , des courans d'eau en fatiguent la base, des racines tortueuses travaillent a eh ébranler les
parties entr'ouvertes , et le lichoi s'introduit avec lenteur dans lesfimtes qu'il agrandira : tel est^ devant' notre pensée fugitive et souffrante^ l'impassible mouvement des choses.
Si tout se consume et se* dissout, que produira l'industrie d'un être borné 7 S'il n'est point de fécondité réelle, s'il n est point de stabilité , se garantir devient le seul art, comme le premier besoin, et tout vœu sur la terre sera trompeur , excepté de passer sans souffrir.
Riai n'est plus contraire a la félicité que la folie des plaisirs. Le premier degré dans l'art d'être beu-^ reùx est la modération au milieu des jouissances. Ce n'est pas assez qu'un plaisir soit exempt de rejuords, ou même qu'il soit sansmâange, il faut aussi n'en recevoir que ce qui est nécessaire pourvue point perdre l'inclination destinée a le reprodtdre. C'est une douce volupté de prolonger l'espoir, d'éluder le désir, de ne rien précipiter. On éloignerait tout bonheur si on voulait être absolument heureux. Ne consumons pas en une semaine les fruits de l'année ; conservons autant qu'il se peut l'attente d'un avenir du moins égal au présent.
n faut pour nos jouissances et un peu de retenue dans la progression, ou dans le renouvellement> et,' à regard du terme, un peu d'incertitude. Il nous
faudrait un contentement habitue), et non des émo> lions vives où rares. La tranquille possession qui se . reproduirait elle-même dans la paix domestique serait préférable a des désirs impétueux, dont Fivtese doit affaiblir le coeur et le vieillir avant l'âge. Mais dans une société inquiète, la raison même n'obtiendra guère ce calme si souvent mécotinn, ce bienêtre meilleur que les plaisirs.
Les hommes ont voulu quelque chose de plus digne de leur gitii^eur insensée. Les proportions naturelles leur paraissent trop régulières ; ils s'attachent aux formes colossales, et ils ne poursuivent que des ombres. Que d'entreprises commencées avec chaleur parmi eux! MaSs, excepté sur le point ou ils s'agitent, on ignore dans Fespaee s'ils existent eux-mêmes. Evitons les maux, en intpoçant à notre imagination de certaines limites. C'est au çêntt« que se trouve le vrai pouvoir; tous les êtres pèsent les uns sur le* autres , et la force de résistance s'afîaiblit en s'éloignant du principe. Ménageons-nous des jouissances , c'est quelquefois notrç, destination ; efforçons-nous d'en préparer pour d'amtres hommes , c'est plus souvent notre vertu.
N'admettons. que le plaisir réel , le plaisir pur, et cherchons-le avec réserve : sans cette prudence il n'est point de félicité. Partageons le plaisir : le seul
contentement durable^ c'est de répandre autour de soi le contentement. L'insensé voudrait jouir seul ; mais le plaisir étant surtout une apparence, pour la conserver entière préférons un plaisir dont l'épreuve ne se fasse paâ^sur nous-mêmes. On sent moins la vanité de ce qu'un autre possède, et, chacun se laissant persufider ainsi , chacun devient a peu près heureuf , malgré l'insufSsance de tous les biens directs.
Si y au contraire, nous prétendons nous réserver des avantages exclusifs, nous ne trouvons que des maux. Le dernier objet de nos vœux, mal connu
le
de nous-mêmes, n'a pas été placé en nous. La conformité des sensations 4evair réunir les hommes ; la tristesse sera le partage de celui qui ne s'occupera que de lui-même. JJn jour, les superstitions et les haines ne seront plus ; ils ne seront plus les dédommagemens licencieux de la servitude , ou les stériles préceptes des doctrines austères. Alors là vraie loi pardNra sur le point de régner : la morale ne saurait périr. Ces mom^ns actuds que nous nommons les siècles civilisés se trouveront enveloppés dans les ténèbres j|ui déjà couvrent a nos yeux les temps sauvages. Des peuplade» moins agitées, plus unies, plus voluptueuses même, des nations plus justes perdront jusqu'au souvenir de nos essais malheureux. Cepen-
danty la raison de rhomme sera toujours chancelante , et son œuvre toujours défectueuse : l'accomplissement des temps ne peut être pour nous qu'une série d'erreurs variées, d'erreurs affaiblies , mais non détruites par la vigilance du génie.