‹ Reves d'amour comedie en trois actes et en proseChapitre 47 sur 92 · ME! FOUT · texte numérisé non relu

ME! FOUT

Je vous ai dit que la diligence était rude, les chevaux mauvais, et, de plus, le cocher était ivre... De là, les alarmes de ces dames, que le docteur et moi rassurions de notre mieux. Au lieu de tenir le milieu de la roule, la diligence longeait un large fossé, et la vieille dame, ma voisine, s'écriait à chaque instant : « Je parie que nous allons verser. »

DALI BON, avec inquiétude.

Eh bien?.,

MELFORT

Eh bien! la vieille dame avait gagné son pari ! nous étions dans le fossé... accident dont j’avais tâché de la garantir en la soutenant de mon bras, mais si maladroitement, que ce bras s’était cassé ! cassé net I

DAL1BON

Ah! mon Dieu!

MELFORT

Au milieu de la grande route.

DALIBON.

Que faire ? que devenir?

Rassurez- vous... Nous avions là un chirurgien... un habile homme... qui, en un instant, eût coupé la manche de mon habit, taillé des éclisses dans une branche d’arbre, et fabri jué des bandelettes avec les mouchoirs de ces dames... Mais il lui fallait un aide... ne fût-ce que pour tenir mon bras pendant le temps qu’il le remettrait. Le cocher, on ne pouvait pas compter sur lui ; et à cette idée seule, les dames, frémissant d’effroi, étaient près de se trouver mal, cxrepté une qui, leur reprochant leur faiblesse en un pareil moment, s’écria froidement : « Me voici, docteur, que faut-il faire? » Et modeste et pure comme une sœur de charité, courageuse comme elle, elle tint mon bras nu sans trembler, sans changer de couleur... je me

RÊVES D’AMOUR

trompe... Ce fut seulement quand tout fut terminé, qu’elle baissa les yeux et se prit à rougir.

DA I I bon .

Ab ! c’était là une brave fille !

M E L FORT

C'était votre sœur.

DALIBON.

Je m’en doutais... il n’y a pas d’action courageuse... de trait de bonté et de modestie dont Jeanne ne soit capable !

A qui le dites-vous ! car madame d’Annecourt, ne voulant point abandonner son chevalier sur la grande route, m’avait forcé d’accepter l’hospitalité dans son château; et pendant huit jours passés auprès de mademoiselle Jeanne, j’ai pu apprécier tout ce qu’elle possédait de qualités aimables et charmantes... Quelle gaieté, quelle grâce dans l’esprit, quelle bonté dans le cœur... quelle fermeté dans le caractère!.. Je me suis dit : Voilà la vraie femme d’un marin... elle sera la mienne, ou je mourrai garçon. Je n'en aurai pas d’autre !

DALIBON, avec joie.

En vérité !

* MELKORT.

Mais j’appris de sa tante qu’elle était riche... et moi je n'avais rien alors... pas un sou vaillant... Je ne vivais que des bienfaits de mon oncle... je n’avais rien à offrir à ma femme .. Aujourd'hui, il m'est permis d’aspirer à la main de mademoiselle Jeanne. Je ne vous connaissais pas, Monsieur; mais madame Dalihon, votre femme, avait été bien jeune au couvent avec ma sœur. J’avais eu le plaisir de la rencontrer quelquefois au parloir; l’amie de ma sœur était presque la mienne, et je comptais sur elle pour parler en ma faveur... aussi, en arrivant à Paris, je me sulp-eprésenté chez vous, deux fois sans succès, et une domestique m’a appris en confidence que votre porte était fermée à tout le monde, et surtout aux jeunes gens, par l’ordre exprès de mademoiselle Jeanne...

DALIBON.

Jeanne?

MELTORT.

Est-ce vrai?

D.tl.lHON, secouant la tèle.

Ça ne m’étonnerait pas!,. Écoutez-moi, . mon ami. Je vous

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