INSTINCT DE MÈRE
La glace dure et froide entoure un pré penchant Où le soleil d'hiver la fond en la touchant; L'herbe verdit un peu sous la blanche buée D'aspect laiteux qu'épand la neige remuée, Et les petits agneaux, au bord de ces linceuls, Vagissent vaguement privés de mère et seuls. Une femme, pour qui ces plaintes sont un signe Qui la touche à travers sa fourrure de cygne, Jeune mère elle aussi, vient errer dans le pré. Par les cris des agneaux son cœur est attiré.
Elle est là, regardant leurs yeux clos de faiblesse, Leurs pas inachevés où manque la souplesse, Leur bouche humide et rose, et le soyeux duvet Qui d'un tremblant éclat de neige les revêt, Mais surtout cet aspect d'enfantine innocence Dont les mères toujours éprouvent la puissance. Alors la vision du blanc fleuve de lait, Où tous doivent trouver la boisson qui leur plaît, Ce songe maternel, à sa gorge pudique Et chaste devant qui tout mauvais rêve abdique, Fait ressentir l'émoi d'un pur tressaillement, Comme s'il y montait un flot tiède et charmant Et comme si l'appel d'un enfant, douce chose, Y faisait tout à coup germer une fleur rose !
Les Rêves 33