LA POESIE
Les soleils radieux qu'un froid hiver allume Éclaireraient trop bien sa triste nudité, Ses contours amaigris où manque un velouté Et ses grands bois que souille un lavis de bitume.
Mais un tissu flottant, un vêtement de brume, Aux pentes des coteaux sur les branches jeté, Remplace la parure et les fleurs de l'été Par sa gaze légère, éthérée et qui fume,
Et qui, mettant dans l'air, sans elle pauvre et laid, Un long voile irisé d'ombre et de violet, Couvre en son demi-jour les fanges de la terre.
Ainsi le cœur lassé, dont la claire raison A dépouillé la sève et durci l'horizon, O vague Poésie, aspire à ton mystère !
Les Rêves 31