‹ Rêves et penséesChapitre 73 sur 78 · LE FACTEUR · texte numérisé non relu

LE FACTEUR

Un hasard nous a dispersés Sur des points lointains, dans les terres, Et, sans choix de voisins placés, Les hommes vivent solitaires.

Nous sommes presque tous au sol Enracinés comme des plantes, Pareils au fixe tournesol Dont tournent seules les fleurs lentes.

Les Pensées

Nous sommes, par un sort moqueur, Séparés et remplis de craintes, Et les plus prés de notre cœur Sont les plus loin de nos étreintes.

Ne faut-il pas, dans ce tourment, Bénir les services utiles De l'homme dont le mouvement Unit nos destins immobiles,

De celui qui fait de son pas Un lien rapide à nos âmes Et de l'une à l'autre tout bas Tisse de bienfaisantes trames,

De celui qu'on attend venir, Dont on regarde ouvrir la boite, Pleine du secret avenir Qu'on redoute et que l'on convoite?

N'oublions pas combien de maux Coûte ce nécessaire office, Combien, pour avoir quelques mots, Nous demandons de sacrifice.

Quand nous restons sous le couvert De nos toits, ô la douce chose !

Il s'en va dans le rude hiver En laissant chaque maison close.

Lui qui nous joint, à tournoyer Son existence passe toute, Lui qui rend l'absent au foyer Il est toujours sur la grand'route.

Pour qu'il sente ses fonctions, Pour qu'il sache ce qu'on en pense, Par l'honneur dont nous l'accueillons Accordons-lui sa récompense.

Dans les lettres de son étui L'amitié franchit notre porte, Soyons justes et rendons-lui Un peu du trésor qu'il apporte!

Les Pensées 191

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