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mède. C’est le cas pour les remèdes de laboratoires, tels que les hydro-carbures, qu’on prétend substituer aux remèdes , naturels :
les alcaloïdes.
Les faits cliniques, surtout quand on peut les suivre à plusieurs anne'es de distance dans les mêmes familles, sont bien en accord avec les nombreuses observations consignées par l’auteur.
Malheureusement, c’est souvent le « Post hoc ergo propter hoc ».
Ce n’est pas quelquefois, en effet, sans inconvénient que l’on cherche à supprimer une manifestation même peu intense de ces états diathésiques. « Les théories humorales qui dominaient les praticiens du siècle passé, les ontconduitspeut-étreàexagérerlenombre des affections qu’il faut respecter et même entretenir; il n’en est pas moins vrai qu’on rencontre souvent dans la pratique des exemples qui démontrent que, si la théorie était vicieuse, les faits sur lesquels elle repose avaient été souvent bien observés » (Charcot).
Une théorie qui repose sur des faits bien ob-
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
serves ne saurait être vicieuse. C est la manie de parler mal des anciens qui est vicieuse.
Sans cela, Hippocrate serait-il encore le père de la médecine ?
Cette proposition est surtout vraie relativement aux affections darlreuses.
Que diront les Kochiens qui pensent que pour guérir une dartrose tuberculeuse une simple injection suffit ? C’est le terrain organique qu’il faut assainir, comme en fait en dosimétrie.
En générai, il ne faut pas chercher à faire complètement disparaître ce qui n’est qu’extérieur, uniquement parce que ceia est disgracieux ou désagréable. Ce sont, comme les dénomme Pidoux, « des hôtes avec lesquels il faut s’arranger pour vivre ».
Pidoux était un médecin d’eaux. S’il a parlé ainsi, ce n’est pas par esprit de lucre, mais parce que l’expérience lui avait démontré que les eaux seules ne guérissent pas toujours. On doit leur
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associer les modificateurs dosimétriques. Il faut distinguer les -simples- mouvements fluxionnaires des altérations de nutrition ; ainsi il peut être dangereux de supprimer du couples sueurs nocturnes.
Il y a quelquefois avantage à ne pas faire disparaître des affections cutanées, car si les moyens thérapeutiques en ont triomphé trop rapidement ou trop complètement, on peut voir des maladies, entre autres de l’intestin, ou des bronches et des poumons, remplacer les manifestations extérieures disparues.
Ce qui veut dire que le mal a été déplacé et non guéri. Avis au Kôchiens ouCnidiensde nos jours.
De là aussi l’utilité, dans certaines conditions pathologiques, de maintenir des exutoires, peut-être même imprudemment posés ; et l’abus qui en fut fait à plusieurs époques ne devrait pas cependant nous faire négliger absolument un moyen qui peut rendre des services.
Les exutoires sont utiles à titre de dérivatifs,
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
mais ne sont nullement curatifs. S’il y a du danger dans leur suppression, c’est leur durée même.
2° L'administration des agents thérapeutiques ne doit pas être inopportune.
C’est un abus de donner des médicaments sans indication formelle, et l’indication ne doit pas être tirée de vues théoriques. Nous savons ce que sont les seules vues théoriques qui ont pendant longtemps gouverné la thérapeutique. A une époque, celle-ci est fondée uniquement sur l’état de la langue ; à une autre, sur le pouls. Cela suffisait. Avait-on constaté que la langue était saburrale, que le pouls' était plein et dur., grâce à l'esprit de système le clinicien trouvait l’enquête suffisante. Qui oserait, sur un seul renseignement de cette sorte, entreprendre maintenant une médication ? La valeur attribuée à ces symptômes isolés a diminué.Oui, sans doute, et l’on se plaindra peut-être delà mobilité de notre art, mais dans toute bonne observation il ën est tenu compte, comme aussi des autres signes que l’on peut enregistrer ; et c’est sur l’ensemble, que l’on juge. S’il y a un changement, ne doit-on pas dire que c’est en mieux. Et qui s’en plaindra?
La valeur séméiotique des signes fournis par la langue et le pouls a béaucoup diminué de- 2* <
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puis l’usage presque journalier du Sedlilz. Un canal digestif ténu propre est moins sujet à s’encrasser ; et le pouls est moins apte à se troubler la circulation étant libre. Voilà pourquoi, dans le traitement de toute affection aiguë, il est important d’insister sur ce lavage.
C’est sur le malade lui-même qu’il faudra faire le’ diagnostic de l’opportunité thérapeutique, et faire ce diagnostic comme celui d’une lésion d’organe ou d’une maladie générale.
C’est-à-dire la confirmation du principe dosimétrique : la maladie est dans la fonction avant d’être dans l’organe.
On ne fera pas une saignée à priori, mais seulement quand les indications sont précises ; quand, par exemple, à la modification du pouls bien contractée s’ajouteront une différence dans la température et un groupe de symptômes traduisant l’état inflammatoire.
C’est tout le contraire qu’il faut faire, puisqu’alors il est souvent trop tard. A moins d'une
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pléthore franche, la saignée au bras est inutile etle plus souvent dangereuse. Il y a ce que les anciens nommaient plethora ad spatium, et plethora ad vires, c’est-à-dire tout ce qui sépare la sthénie de Y asthénie : une question de vie ou de mort.
Nous rappelons qu’étant interne à l’hôpital civil de Gand, en 1826, une épidémie de fièvre intermittente pernicieuse, qui avait éclaté dans la Nord-Hollande, nous amena un grand nombre de malades dans un état comateux ; tous ceux qui furent saignés moururent. Ceux qui furent traités par la quinine guérirent.
Le doctrine des éléments morbides de l’École de Montpellier repose sur ces idées ; aussi doit-on signaler les services qu’elle a rendus à la thérapeutique.
Il est à regretter que l’École des Barthez, des Lordat, se soit écartée de la doctrine du vitalisme pour embrasser celle de l’organicisme.
Ces indications sont soumises à une certaine subordination, dont il faut tenir compte. Ainsi, par exemple,
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dans le cas de fièvre intermittente compliquée d’embarras gastrique, si l’émétique est indiqué, on 1 administre avant le sulfate de quinine. Donné le premier dans ces conditions, le sulfate de quinine risquerait d’échouer ; et si le médecin continuait, la fièvre pourrait devenir plus grave ou persister.
L’administration d’un émétique dans la fièvre intermittente pernicieuse peut être un danger à cause delà prostration vitale. L’anorexie est le plus souvent levée par de petites doses de quinine et de strychine.
Or, quelquefois le vomitif suffira seul.
Oui, s’il y a seulement embarras gastrique ; mais non dans la fièvre miasmatique.
Procéder autrement c’est faire un abus thérapeutique, car un seul médicament suffit ici. Et c’est ainsi qu’en répondant à l’indication principale,on se dispense souvent de remplir les autres qui sont devenues inutiles.
En allopathie, les autres indications proviennent le plus souvent de la médication même.
Des erises
Dans les maladies il se produit souvent certains changements connus sous le nom de crises, et qu’il y a g
du danger de contrarier par des médications abusives.
Au moment où l’effort de la nature tend vers la guérison, ce serait un abus d’intervenir. Une diaphorèse, par exemple, se manifeste : le médecin ne ferait certes pas mieux avec le purgatif ou le vomitif qu’il comptait donner ; peut-être même eût-il arrêté la crise salutaire ; s’ils produisent ce résultat, la conséquence de l’abus pourrait être immédiatement grave.
' Une crise est toujours un effort de'la nature que mieux vaut lui épargner. G’est ce qu'on fait en dosimétrie par l’emploi opportun des alca-
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loïdes défervescents et non par des produits de laboratoire ou hydro carbures, qui sont des extincteurs des globules rouges du sang.
Dans sa thèse sur l'expectalion (Paris 1837), M. Charcot explique que les manifestations dites critiques, dépouillées du caractère intentionnel que leur attribuaient les anciens,n’en existent pas moins et n’en constituent pas moins des mouvements salutaires de 1 organisme.
Oui, si on les dirige etsionneles livre pas aux hasards de la lutte, c'est-à-dire si on renforce la vitalité au lieu de l’affaiblir comme on fait en allopathie.
M. Charcot indique plus loin que, dans le cours d’une maladie où la thérapeutique n’est point encore intervenue activement, et qui a suivi des phases régulières, le médecin peut être appelé à voir se dérouler devant lui un accroissement singulier des symptômes annonçant quelquefois la prochaine apparition des phénomènes dits'critiques. Quelle conduite doit-il tenir en pareille occurrence ? Faut-il qu’il conserve son rôle de médecin expectant ou faut-il qu’il agisse? L’expecta-
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tion, ici encore, qui n’est pas syste'matique, n’est point un abus ; c’est l’action qui le deviendrait.
Il laut s’entendre : mieux vaut agir trop tôt que trop tard. En dosimétrie il n’y a jamais de danger, puisqu’on ne fait qu’aider la marche de la nature quand celle-ci est entravée.
Le docteur Gouraud père a fort bien dit : « de ce •que tous les observateurs des crises ont remarqué qu’à un certain état de la maladie il n’y a souvent exagération des symptômes que parce qu’une crise se prépare, il en résulte qu’on ne devra point s’effrayer excessivement de cette exaspération ; qu’on ne devra pas se jeter trop vite et sans de suffisantes raisons d’expérience antérieure dans un système de médecine active, perturbatrice et désespérée (Thèse d’agrégation, 1835).
Toujours la critique de l’allopathie : une médecine' perturbatrice et désespérée, quand ce n’est pas le pavé de l’ours.
Sydenham avait déjà développé cette idée : « je n’ai
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pas honte d’avouer que plusieurs fois, tandis que je soignais des fiévreux, lorsque ma conduite ne m’était pas indiquée d’une façon certaine, j’ai pensé qu’il valait mieux pour moi—comme pour le malade— me tenir, provisoirement dans l’expectation ; en effet, pen r dant que je surveillais la maladie, afin de l’écraser de,la façon la plus opportune, tantôt la fièvre s’est dissipée peu à peu d’elle-même, tantôt elle a revêtu une de
ces formes auxquelles je pouvais opposer en connaissance de cause les armes nécessaires pour les vaincre».
Mais que de fois le contraire n’arrive-t-il point au grand désespoir du médecin, obligé d’assister à l’agonie de son malade ! Il faut donc intervenir de prime-abord, selon l’adage ancien :
[Principiis obsta sero medicina paratur Cum mala per longas invaluere moras].
En général, quand une maladie éclate, c’est qu’elle a couvé pendant un certain temps, comme, un incendie sous la cendre, et il ne faut qu’un courant d’air pour la réveiller. Prévoir vaut mieux que guérir.
Sydenham indique ici bien nettement ce qui eût été un abus de l’intervention ; et cet exemple est d’autant plus précieux à noter, que le médecin anglais, dans d’autres
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passages de ses écrits, nous montre qu’il savait écraser la maladie par les saignées, les purgatifs, les vomitifs réitérés, et cela à toutes les périodes de l’affection.
Oui; mais la terrible alternative n’en existe pas moins :
« Devines si tu'peux et choisis si tu l’oses. »
C’est qu’en effet, comme le dit Hirlz (Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique : Des crises) : « l’espérance de la crise ne doit pas toujours endormir l’énergie de l’art ». Par exemple, dans la variole, nous resterons spectateurs attentifs si tout se passe régulièrement ; mais vienne la prédominance d’un symptôme : intensité de la fièvre, dépression nerveuse menaçante, etc., nous interviendrons. Ne pas agir ainsi de parti pris et par système, ce serait commettre, comme dans le sens contraire, un abus.
C’est fort bien ! Mais comment intervenir allopathiquement ? Est-ce par les saignées, les purgatifs, les vésicatoires ? (voir les discussions académiques). En dosimétrie, au contraire, tout est clair, précis, et le doute n'est pas possible. Elle n’exclut par les moyens allopa-
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thiques, mais ne les emploie que comme auxiliaires.
L’administration des agents thérapeutiques ne doit pas être exagérée ; elle doit toujours être faite avec mesure : l’abus commence dès qu’on sort de cette mesure.
Mais,en allopathie où est cette mesure?Il s’agit d’aller, ni en deçà ni au delà : c’est ce qui est impossible avec les doses maxima et minima.
Avant la dosimétrie quel est le médecin qui eût osé pousser les alcaloïdes jusqu’à effet utile ? Aujourd’hui encore, après une expérience de plus de vingt années par des milliers de médecins dans tous les pays, l’Ecole en est encore à prêcher l’abstention de ces précieux agents, ou si elle les autorise, c’est pour la forme. La fo-o-ormè ! comme dit Bridoison (Mariage de Figaro).
Quand le médicament produit l’effet désiré à des doses minimes, c’est faire abus que de le donner à des doses plus fortes, car du seul fait de cette dose élevée l’agent de la médication peut provoquer d’autres actions qui n’étaient pas nécessaires. Quand, par exemple,
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on donnait à doses élevées l’émétique, on constatait souvent des pustules et de vraies ulcérations dans les premières voies de l’absorption ; elles créaient inutilement des souffrances pour les malades.
Que d’autres remèdes allopathiques on pourrait citer, notamment les préparations métalliques, ou les métalloïdes, les iodures, les bromures, qui détruisent la santé à tout jamais !
Cette remarque doit être surtout présente à l’esprit dès qu’il s’agit d’organismes affaiblis, comme elle trouve son utilité constante (la remarque et non le remède) dans la médecine spéciale et délicate des vieillards et des enfants.
C’est à tel point que beaucoup de médecins s’abstiennent,autant que possible.de donner des remèdes aux deux extrêmes de l’existence, prétendant que les uns s’en vont et les autres arrivent. C’est cependant dans ces crises d âge qu’il faut aider la nature. Mais avec les remèdes allopathiques le mieux est de ne pas en don¬
ner.
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
C'est un abus de prolonger la médication dès que l’indication n’existe plus. Il vaut mieux rester en deçà qu’aller au delà, surtout si, l’impulsion thérapeutique une fois donnée, la maladie tend à marcher vers la guérison, car à côté de l’action thérapeutique, il est une action du médicament qui peut être palhogénique à son tour.
C’est lecas de dire que « médicament et poison » sont synonymes. Les allopathes qui adressent ce reproche aux dosimètres oublient « la poutre et la paille » .
Il ne faut pas que le désir de faire disparaître ou d’abréger une maladie entraîne jusqu'à l’abus de certaines médications.
C’est ce qu’on nommait une « médication extinctive»'; la mercurialisation des syphilitiques, par exemple. On saturait les malades de mercure au point de produire la salivation, la chute des dents et des cheveux, ou bien des nécroses, toutes affections devenues rares, depuis
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
que le traitement est devenu moins destructif.
C’est cette pensée qui, jointe à l’attention exclusive qu’on portait, — il y a quarante ans, — sous le règne de Broussais —au caractère inflammatoire de la maladie et à la réaction fébrile concommittante — qui poussait les maîtres les plus illustres à la pratique répétée des émissions sanguines sous toutes les formes.
C’est le cas de répéter qu’on n’est jamais plus trahi que par les siens. Bouillaud appartenait à I’Hôtel-Dieu de Paris, c’est à dire à l’École dont était également l’auteur. Il pouvait donc dire:
Nourri dans le sérail j’en connais les détours.
On atteignait bien un point du but : le pouls tombait, la douleur se calmait ; à l’anxiété morbide succédait assez rapidement un état de soulagement manifeste ; dans quelques cas même, la terminaison de la maladie semblait être accélérée par cette médication.
Nullement. C’est parce que le soulagement ne se produit pas que les allopathes persévèrent
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
dans un traitement spoliateur; et si la marche de la maladie est accélérée, c’est vers la tombe.
Il y avait donc un premier effet obtenu, et l’on concevait l’espoir quelemal avaitété formellement enrayé ; mais sous ce traitement dépressif la maladie prenait souvent une marche sub-aiguë, et l’anémie aggravait la convalescence.
Du tout 1 à un mal aigu on avait substitué un mal chronique. De là cette inutile histoire naturelle dont a parlé le docteur Amédée Latour. « La médecine actuelle a dévié de ses voies naturelles ; elle a perdu de vue son noble but : celui de soulager ou de guérir. La thérapeutique est rejetée sur le dernier plan : sans thérapeutique cependant, le médecin n’est plus qu’un inutile naturaliste, passant sa vie à reconnaître, à classer, à dessiner les maladies de l’homme.
C’est la thérapeutique qui élève et ennoblit notre art ; par elle seule il a un but. Et j’ajoute que par elle seule cet art peut devenir une science ».
Union médicale.
La convalescence.
Puisque nous parlons de la convalescence , il est utile d'insister sur ce sujet.
Si des abus thérapeutiques ont été commis dans le cours de la maladie, la convalescence s’en ressentira. Elle se ressentira également de la diète prolongée, telle qu’on la pratiquait autrefois ; ses abus amenaient en effet, des complications fort sérieuses.
Plus attentifs à cette période délicate de la maladie, les médecins de notre époque cherchent à éviter les
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
différentes conséquences que les idées exagérées—dominantes jusqu’à eux — avaient introduites dans le régime : ils ne nourrissent pas' trop leurs malades -et évitent ainsi ces excès contre lesquels Tissot s’élevait avec tant de vigueur ; mais ils soutiennent les forces. Ils ne redoutent plus de voir un utile aliment offert de bonne heure à l’économie qui a tant dépensé.
Mais c’est précisément parce que l’économie, a tant dépensé qu’il est si difficile de rétablir les forces.
Celseadit: « Optimum medicamentum cibus opj ortunus ». '
Mais Hippocrate a dit avant lui: « Corpora impura plus nutrias , plus lædas ». De là la nécessité de soutenir les forces digestives par les névrosthéniques, — notamment la quassine et l’arséniate de soude, — et d’entretenir la netteté du canal intestinal par le Sedlitz.
Chossat (de Genève), par ses expériences sur l’inanition chez les animaux, a montré par quel mécanisme la diète amenait les plus graves conséquences et la mort.
T.A RÉVISION DE LA MÉDECINE
Marotte, par les observations attentives chez 1 homme, a dégagé de l’effet pathologique des symptômes qui autrefois étaient rapportés à la maladie ; et il a montré que ces symptômes n’étaient produits que par 1 inanition. Avec une alimentation bien dirigée, ces symptômes diminuent et disparaissent. Marotte fixa ainsi les règles du régime dans les maladies aiguës. La voie était ouverte par ces beaux travaux qui marquent un grand progrès ; les médecins s’y engagèrent : Bouchardat, Piorry et d’autres. Becquet publia, dans les Archives de 1866, un mémoire très remarqué sur le délire d’inanition.
En allopathie ce résultat peut être prévenu, précisément parce qu’elle est spoliatrice de sa nature. Elle prétend réduire la maladie, en affamant le malade — comme une place forte par la famine. — Voilà pourquoi les convalescences sont si longues.
Que d’abus, en effet, avant ces belles recherches, n’at-on pas commis ! Que d’abus ne voit-on pas encore commettre dans la diététique 1 II nous suffira de citer, parmi les affections aiguës, les fièvres typhoïdes, dans le courant desquelles l’alimentation reste presque forcément nulle, et pendant la convalescence desquelles on maintient systématiquement la diète. Le médecin 3*
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
est timoré' : les plaques de Peyer ne sont peut-être pas cicatrisées, et le malade s’affaiblit entretemps. On lui a donne' du bouillon, aliment insuffisant ; ce bouillon n’a fait que tromper son estomac affamé. C’est une nourriture illusoire qui lui a été ainsi offerte. De nouveaux symptômes surgissent: la langue est sèche, la bouche acide ; il vomit. Plus tard, du subdélirium et de la diarrhée surviendront ; et cependant il est guéri de sa fièvre typhoïde. Que lui manque-t-il? Une alimentation véritable, progressive, mais qu’on sache mener de suite assez loin. Le malade meurt — il faut le dire — d’inanition. C’est donc un des plus graves abus à signaler ; un de ceux qui existent encore malheureusement trop souvent dans la thérapeutique actuelle, à ce moment de la convalescence ; aussi nous a-t-il paru nécessaire d’y insister.
On voit que l’âuteur n’y va pas dé « main morte ». Le mal n’est pas au médecin, mais au mode de traitement allopathique sanctionné par l’École. La fièvre typhoïde, franchement attaquée au début, ne laisse pas, comme on dit,- des « queues ». Les plaques de Peyer, de Brunner, sont le résultat de l’acescence des sucs intestinaux, allant jusqu’à l’ulcération. Si on a soin de tenir le canal net par des lavages incessants au Sedlitz, cela n’arrive pas. r— La fièvre typhoïde peut se prolonger pendant des semaines, si on a soin d’entretenir les forcés par la
quassine, l’arséniate de soude, la brucine, la strychnine, l’aconitine, la digitaline — si l’état de la circulation l’exige — ; et l’on peut nourrir impunément le malade en allant, progressivement, des aliments liquides aux aliments solides. Broussais, qui voyait dans la fièvre typhoïde une gastro-entérite compliquée de symptômes cérébraux, a fait beaucoup de mal en prolongeant le traitement antiphlogistique outre mesure. Antiphlogistique n’est pas rigoureusement vrai, puisque la faiblesse entretient l’irritation (voir notre livre : La société de Médecine de Gand et la médecine dosimétrique).
Un autre abus en diététique n’est pas moins facile à commettre dans les maladies chroniques ; et ses conséquences, quoique plus lentes à se manifester que celles du cas précédent, n’en sont pas moins des plus redoutables. Dans les maladies de langueur, par exemple, les troubles gastriques sont traités par des aliments de plus en plus légers : on essaye une alimentation qui n’est pas tolérée. On diminue alors la quantité et la qualité. C’est là qu'est l’abus.
Nullement, puisque l’estomac ne le tolère point. 11 faut donc tonifier l’organe si on veut ré-
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
tablir la fonction. Les aliments, quand ils ne sont pas immédiatement dissous et peptonisés, agissent comme corps étrangers et comme ferments. C’est ce que faisait Broussais avec ses sa.ngsues et son eau de gomme arabique. Les pauvres malades finissaient par ne plus savoir digérer !
Cela explique bien — comme le faisait remarquer Gubler — le succès de certains praticieus qui — venus quelque temps après le physiologisme de Broussais — comprirent qu’on faisait fausse route et relevèrent ceux qu’on avait affaiblis.
Non! ces prétendus stomachiques étaient grossiers.
Gubler n’a jamais fait emploi de quassine, qu’il prétendait ne pas exister en France, alors que nous la donnions à nos dyspeptiques depuis plus de trois ans ( voir notre manuel : « Les dyspepsies' ». )
La réaction fut immédiatement portée à l’excès : on alla jusqu’à contraindre les malades à prendre, malgré leur répugnance, des aliments qui n’étaient pas en
i Chez Georges Carré, Paris.
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
rapport avec leur état : c’était l’alimentation forcée (le gavage) ; cette réaction ne fut pas longue à se populariser complètement, et il se trouva des habiles qui surent même l’exploiter à leur profit.
On a été jusqu’à gaver les phtisiques, comme les oies à l’engraissement. 11 est vrai qu on entretenait ainsi la maladie par suite de l’appauvrissement du sang.
Ce fut le temps de ceux qu’un spirituel critique (Forget) dénommait « les médecins succulents ». On avait donc, une fois encore, dépassé le but. Pour les enfants l’excès avait été poussé si loin, que Trousseau put se demander : si l’on n’avait pas créé de toutes pièces des rachitiques.
La rachitisme est généralement dû à l’acidisme que l’alimentation peut modifier, quand elle est bien réglée, au moyen des phosphites, des hypophosphites. Les volailles, pendant la ponte, cherchent la chaux pour l’écaille de leurs œufs. De même, il faut donner aux rachitiques des substances calcaires solubles.
50 LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
Sans distinguer les cas où l’on est contraint de modifier la nourriture de l’enfant, on en arriva presque à supprimer au nouveau-né l’aliment naturel, le lait, sous prétexte de le tonifier.
La grande mortalité des enfants en bas âge provient d’une, mauvaise alimentation. Leur nourriture naturelle est donc t le lait, de préférence celui de la mère à tout autre. Chaque espèce animale a son lait propre, qu’on ne saurait donner indifféremment à l’enfant. Malheureusement le lait maternel est rarement ce qu’il doit être pour suffire à une alimentation complète. Ce que la nature fait, l’état social le défait.
L’abus, bien qu’atténué, persiste encore parfois. Maintenant la tendance est encore à l’alimentation forte ; elle peut n’être pas en rapport avec l’activité fonctionnelle. Il y a là un écueil. On abuse des viandes crues, des beefsteàck saignants donnés, par exemple, à des chloro-anémiques atteintes de dyspepsie.
11 faut, avant tout, relever les forces digesti-
LA RÉVISION IIB LA MÉDECINE
ves par la brucine, la quassine, les arseniates voir notre manuel des dyspepsies)/ ;'
On fait violence à l’estomac dont il faudrait plutôt réveiller les glandes digestives. Le goût est vicié par cette contrainte sévère et par la défense trop absolue de ce qui serait un stimulant utile. Il faut laisser prendre des aliments et plus variés et plus alléchants : plus tard on reviendra à la régularité quand il y aura plus de globules dans le sang et plus de pepsine dans les sucs de l’estomac.
Les globules rouges du sang sont, à proprement parler, nos constellations ; mais pour cela • il faut les entretenir et les renouveler. L’embryologie nous apprend que ce renouvellement a lieu par les éléments salins et albumineux : il faut donc donner aux enfants du sel (en juste proportion) et peu de sucre, qui est un élément d’acidification. De là, la fréquence des calculs durs d’oxalate de chaux, chez les enfants, et même du diabète, par suite d’une oxydation incomplète des substances saccharines.
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
L’abus est souvent encore commis à l’occasion des aliments spéciaux. II y a des praticiens qui ne transigent pas avec la théorie : par exemple, chez les diabétiques, dès qu’il y a du sucre dans les urines, ils prescrivent impitoyablement le pain de gluten ; cet exclusivisme amène, par le dégoût du malade, un alanguissement de toutes ses fonctions. L’abus est dans ce régime absolument sévère, qui diminue les forces, peu à peu, mais fatalement, par sa continuité.
Le diabète (sucré ou non) est un état de consomption dû à des excès, des chagrins, des privations, etc., qui exige un régime réparateur, par conséquent mixte : végétal et animal. Il
exige beaucoup d’exercice au grand air, il faut -donc une forte alimentation,conjointement avec les agents thérapeutiques névro et myosthéniques. La strychnine doit être ici le principal agent, associé aux uropoïétiques, tels que l’aconitine, la digitaline, les phosphures et même le phosphore, administré avec prudence, c’està-dire par le médecin dosimètre.
Qu’on se relâche de celte exagération, l’économie sera vite remontée. Par l’abus des aliments spéciaux, il y avait un déchet énorme dans les forces ; par un
usage plus modéré, les forces reviendront suffisantes pour soutenir la lutte.
Oui, mais avec les médicaments de la dosimétrie. Il en est, en effet, des médicaments comme des aliments : trop grossiers, ils fatiguent l’estomac et épuisent les forces générales. C’est la dosimétrie,qui en ramenant la médecine à l’époque d’Hippocrate, a permis de la généraliser, c’est-à-dire de la rendre préventive.
Durée de la médication.
L’opportunité de la durée est un des éléments importants de l’action thérapeutique. Dans les maladies aiguë3, elle commande de ne pas prolonger le traitement thérapeutique une fois l’effet produit, et cela surtout pendant le temps de la convalescence.
Ici encore l’auteur verse dans un cercle vicieux: en allopathie, le traitement se prolonge parce qu’il est perturbateur — un traitement de Pénélope pourrait-on dire, puisqu’on défait un jour ce qu’on a fait un autre. Cela fait l’affaire du pharmacien, mais non du malade.
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
Dans les maladies chroniques et, par conséquent, pour les médications chroniques, en quelque sorte, il
faut éviter l’abus de la durée du traitement si l’on ne
veut provoquer l’altération de l’économie. Il s y produit, en effet,à bas bruit, des troubles dont on la relève difficilement, et ces modifications sont nuisibles, à leur tour, à la curation de la maladie.
Nous citerons spécialement le bromure de potassium qui a fait et fait encore tant de victimes. Il faut bien distinguer le mal naturel du mal du remède, celui-ci souvent plus persistant que celui-là. Molière a fait son « Malade imaginaire » en Nue des gens toujours prêts à se gorger de soit-disant spécifique : aujourd’hui l’un ; demain un autre, « tant qu’ils guérissent encore » comme disait plaisamment le D r Double. Mais de là à nier l’efficacité de la médecine, il y a loin. C’est un travers qui étonne chez un homme aussi perspicace que Molière.
Quelle différence, en effet, entre les médications aiguës — qui agissent, en quelque sorte, paruneimpression de surprise passagère —èt les médications chroniques, qui ne sont supportées et ne produisent d’effet que par la prolongation et l’emploi répété de petites doses.
LA RÉVISION DE LA MÉDECINE 57
L’auteur entre ici en plein dans la dosimétrie, d'après le précepte : « aux maladies aiguës un traitement aigu, aux maladies chroniques un traitement chronique » (voir plus loin).
‘La prolongation est en effet indispensable pour les médications qui ont besoin, pour manifester leurs effets, d’une sorte d’incubation,comme on l’a dit.
Catalyse est le mot propre ; c’est-à-dire produisant des effets physiologiques, et non chimiques ou physiques, mais aidant à ces derniers.
Si l’on ignore ce grand fait — si éyident surtout dans les cures d’eaux minérales — si d’autres traitements sont tentés, on sç mettra dans l’impossibilité d’apprécier ce qu’on peut obtenir d’un organisme où tant de remèdes à la fois ont été entassés pour ainsi dire.
C’est surtout dans les cures d’eaux minérales que les médicaments dosimétriques sont nécessaires, non comme variante., mais comme dominante. C’est-à-dire que dans toute médication
58 LA RÉVISION DE LA MÉDECINE
il faut avant tout relever la vitalité. Sans les forces vitales, la médecine ne peut rien.
L’impatience du malade est bien souvent ici la cause d’un grand nombre d’abus, qui n’abrègent pas finalement la longueur de la maladie, mais risquent fort quelquefois d’abréger ses jours.
Cela dépend de la période dans laquelle la maladie est entrée. 11 faut donc aller au plus court.
Nous avons vu que dans ces deux conditions des abus pouvaient se commettre, et dans ce dernier cas, pour en éviter de presque certains, il faut reconnaître l’opportunité de l'interruption et de la reprise.
En dosimétrie il n’y a pas semblables précautions à prendre, da moins avec les alcaloïdes dont l’action est purement vitale. Quant aux sels métalliques, les doses sont également fractionnées et le médicament soluble en tous points ; de manière à ce qu’il ne saurait y avoir accumulation.
Mais la continuité dans l’administration des doses peut être la source de phénomènes que l’on peut grouper sous trois chefs et qui tous trois engendrent des abus.
i° Accumulation. — Elle est produite par le défaut d’élimination ou de destruction d’un médicament, même à la dose quotidienne restant la même.
Je ne parle pas des substances énergiques; mais une substance réputée innocente peut, par le défaut de fonctionnement de l’organe qui doit l’éliminer, amener des accidents qui rentrent dans celte classe. Par ■exemple, le sulfate de potasse dont on faisait jadis, comme purgatif, un usage si commun, s’est vu reprocher d’avoir déterminé la mort dans quelques cas.
Il n’en est pas des médicaments comme des aliments : ces derniers forment une masse indivise où les vaisseaux chylifères pompent les matériaux de la nutrition, comme les plantes dans le sol. Les médicaments, au contraire, doivent contenir des principes actifs immédiatement absorbables, ne laissant pas de çorpus. mortuum pouvant donner lieu à des surcharges
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ou des combinaisons chimiques nuisibles, comme c’est le cas pour le sulfate de potasse.
De même faut-il toujours s’enquérir avec soin, avant de prolonger une dose, du fonctionnement des glandes, afin d’en réduire la quantité si l’élimination est insuffisante.
Cela ne peut avoir lieu qu’avec les médicaments grossiers de l’allopathie, mais non avec les médicaments simples de la dosimétrie dont l’action est purement vitale.
Des faits communiqués par M. Bouchard à la Société de Biologie (juin 1873) ont confirmé, par l’exemple de la digitaline, cette observation : que chez les albuminuriques certains médicaments, à doses égales, agissent avec une plus grande activité que dans 1 état normal, conséquence probable d’une élimination insuffisante.
C’est précisément pourquoi il ne faut pas les donner en trop grande quantité. Pourquoi faire du corps un évier ?
la. révision de la médecine Ci
En dehors même de ces conditions spéciales, on connaît les effets possibles de l’abus de certaines substances, telles, par exemple, que la digitale, etc., dont le maniement demande, jour par jour, une prudence éclairée et une surveillance attentive.
Les anciens nommaient « simples » les plantes médicinales sauvages ayant leurs principes nocifs, ce qui les rendait souvent dangereuses. Ainsi la ciguë servait alors aux empoisonnements juridiques «boire la ciguë». De nos jours ces plantes ont en grande partie perdu leur virulence, voilà pourquoi il faut se servir de leurs principes extractifs ou alcaloïdes.
Le mercure, le plomb, l’antimoine, 1 arsenic, le zinc, doivent être cités entre autres, parmi les médicaments qui peuvent s’emmagasiner, et — sans avoir produit d’accidents pendant tout un temps — donner lieu, tout d’un coup, à des troubles profonds, quelquefois même foudroyants.
C’est ce qu’on nomme les « diathèses métalliques » ou des empoisonnements, rapides ou
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lents, selon les idiosyncrasies. Les ouvriers qui travaillent dans les mines métalliques sont tous anémiés.
On peut rapprocher ces accidents de ceux qui sont dus à l’abus de me'dications tentées dans les cas où l’absorption est suspendue ou diminuée pour un temps : ainsi le choléra, certains collapsus, l’algidité herniaire; et ces conditions nouvelles qui créent
pour l’organisme de graves délabrements ou des perturbations traumatiques : tout d.’un coup, le réveil de l’absorption se reproduit et la substance, oubliée pour ainsi dira ou que l’on augmentait devant le peu d’effet produit, se trouve accumulée ën trop grande quantité.
Voici ce qui nous est arrivé avant la méthode dosimétrique, et qui l’a, en quelque sorte, déterminée. Nous faisions donner à un de nos malades à la clinique de l’Université, pour une paraplégie traumatique, des pilules d’extrait alcoolique de noix vomique au 16 e de grain, quatre par jour, en progressant de six jours en six jours. N’ayant pas obtenu d’effet, nous augmentâmes la dose, quand un beau matin le malade fut lancé hors de son lit, comme par la décharge d’une bouteille de Leyde. H eût pu être foudroyé.
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Le premier acte de la vie renaissante est le réveil de l’absorption. Ce sont des accidents dus a ce genre d’abus, qui compliquent parfois grandement la période dite de réaction.
Le médecin ne se rend pas toujours compte des effets qu’il produit avec ses médicaments, parce qu’il les donne en trop grande quantité. « Peu, a dit Nufeland, est bien. Fort peu est mieux... Mais il ne faut pas tomber dans le travers de Hahnmaniens qui : « avec l’ombre d’une brosse nettoyaient l’ombre d’un carrosse».
Ch, Pérault ( L'Eneide travestie.)
2° La saturation crée une véritable cachexie médicamenteuse : elle a toutes les conséquences des cachexies; elle naît de l’abusdes doses et de durée.Sa gravité dépend des substances employées et des voies d’élimination. Dans tous les cas, elle se traduit par l’intolérance médicamenteuse.
Il est d’un usage courant, dans la pratique, de cor riger momentanément les inconvénients de l’intolé-
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rance médicamenteuse par l’emploi des remèdes dits correctifs. La science, sur ce point, n’a pas dit son dernier mot. Est-il bien certain que le correctif, dans toutes circonstances, supprime les dangers du remède et qu’il ne se borne pas quelquefois à les dissimuler ou les suspendre, auquel cas l’emploi du correctif constituerait un abus?
Ce sont ces correctifs qui condamnent l’allopathie : les formulaires sont de véritables grimoires, au point qu’on pourrait dire que le pharmacien est le correctif du médecin.
3° L'assuétude. — La répétition diminue l’impression ; le cas de Mithridate est connu de tous. L’abts conduit ici à un état où, la réceptivité étant émoussée peu à peu, l’assuétude s’établit.
Mais on n’en meurt pas moins, comme ce pauvre baudet qui mourut d’inanition au moment où il commençait à s’y faire. Les mangeurs d’opium de l’Orient périssent dans l’émaciation. Il en est de même des morphinomanes, des arsenicophages. Que de malades tués par les abus des narcotiques, des éthers, des bromures ! Cela devient une véritablefureur.
Abus des médicaments.
Demandons maintenant à l’histoire des médicaments des exemples de l’abus dans la thérapeutique. Il nous est impossible — on le comprendra — de parler de toutes les époques où il s’est moptré. Nous ayons indiqué qu’il prenait naissance chaque fois qu’un système dominant était poussé à l’extrême ; chaque fois qu’un systématique avait, à son époque, assez d’influence pour entraîner toute une génération. Nous avons indiqué aussi qu’on le signalait souvent lors de l’apparition d’un agent thérapeutique puissant, ou quand un moyen nouveau de recherches venait d être découvert.
La médecine a ses modes comme toutes choses ici-bas. Qui ne se rappelle le bruit qu’a 4*
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fait l’antimoine si malicieusement nommé comme la mort-aux-rats? A la même époque le quinquina fut introduit en France, — et chacun en prenait, au point qu’en se rencontrant on se demandait : « comment portez-vous votre quinquina ?» Lourdement se'pouvait-ondire.— C’est l’histoire des drogues indigestes vantées à la 4 e page des journaux.
Ce serait donc le développement de la médecine toute entière qu’on devrait présenter, s’il fallait parler de toutes les pratiques exagérées que nous a transmises l’histoire de cet art.
C’est au point qu’on pourrait se demander si cet art n’a pasété plus nuisible qu’utile,-si on voulait rendre la médecine responsable des abus qu’on en fait. •
A côté des conquêtes de la thérapeutique nous verrions l’inévitable cortège de ses abus. Les limites de notre tâche ne nous permettent point de tenter un pareil travail, si instructif qu’il puisse être.
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Que serait-ce aujourd’hui, avec ces résidus de laboratoires dont l’interminable formule s’étale dans les journaux de médecine'officiels ét officieux !
Toutefois, l’histoire nous montre à certaines époques la caractéristique de l’abus sous ses aspects les plus accusés. Rien de plus intéressant, assurément, que d’examiner à ce point de vue quelques-unes des périodes des xvu° et du xyiii 6 siècles.
L’auteur n'a pas osé y comprendre le xix e siècle : il était de l’Ecole, et on ne médit point hors la sacristie.
Des documents historiques nombreux, commentés par des hommes très compétents, nous permettent maintenant une connaissance plus approfondie de quelques-uns des abus de la pratique médicale, abus qui,
par leur exagération même, souvent mêlée de ridicule, out excité la verve des satiriques et le rire moqueur de la comédie. Sous leur forme comique et par leurs côtés excessifs, ils restent fixés en traits impérissables.
Nous n’avons plus des Molière, des Le Sage,
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mais les docteurs Diafoirus, Sangrado et autres, existent encore de nos jours.
Mais l’histoire médicale, qui seule doit nous occuper ici, nous permet d’envisager une autre face de la question. En nous faisant connaître les abus et le milieu où ils se passaient, elle nous permet d’en saisir les causes diverses et de comprendre les conditions dans lesquelles ils naquirent. L’histoire de la période où Molière écrivit, celle de l’époque où les médecins de Louis XIVrecueillirent le journal de sa santé, nous indiquent quelles étaient alors les idées dominantes en médecine et montrent sous quelles inspirations scientifiques la pratique de l’art se faisait.
Journal de la santé du roi Louis XIV (164/- 1711), par Vallot, d’Aquin et Fagon.etqui nous fait voir le roi Soleil autre part que sur son trône.
C’était la doctrine des tempéraments qui régnait. On parlait sans cesse d’Hippocrate ; on n’en parlait qu’avec le plus grand respect, mais on l’avait tellement commenté, qu’il était devenu tout à fait méconnaissable: ce n’était plus le sage médecin de Cos.
Ou plutôt, c’était le médecin à leur image. Il
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en a été ainsi de tous les temps où le miroir de la vanité personnelle sert de réflecteur.
Dans Les Médecins au temps de Molière, Raynaud a dépeint cette époque sous tout son jour, en indiquant la cause des abus qui firent intervenir l’immortel comédien.
C’est Aristarque qu’il faut dire. Molière, en descendant jusqu’à son parterre— comme Shakespeare — ne cesse pas d’être le philosophe de notre triste humanité.
Pour juger ces abus il faut, en effet, se reporter au temps même, et bien connaître les mœurs et les doctrines de l’époque. Quel tableau plus vrai et plus instructif que celui de Raynaud ? « L’anatomie et la physiologie ont fait de grands progrès. Les services rendus par Riolan sont immenses ; mais tous ces efforts si louables viennent aboutir à la doctrine des quatre humeurs, dont ils ne sont guère que le préambule.Ici, c’est encore Galien qui règne en maître, et nul n’oserait le contredire sur ce point essentiel. Ce nombre quatre, qui rappelle à l’esprit les quatre éléments, a je ne sais quoi de sacramentel et est accepté comme article de foi.
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C’est de ces notions que découlera l’interprétation des maladies. Chaque humeur donne naissance à un produit morbide spécial. L’humeur viciée, une fois formée et introduite dans le corps, doit à tout prix en être expulsée. Or, telle est la tendance spontanée de la nature, qui cherche instinctivement à se débarrasser de ce qui est nuisible. La fièvre qui s’allume alors n’est que l’indice de ce travail de réaction contre les agents morbifiques. Lorsque cette terminaison heureuse doit avoir lieu, la matière morbide subit d’abord une élaboration préliminaire, une coetion, pour parler le langage hippocratique, et enfin arrive la crise qui juge la maladie et qui se fait communément par quelque excrétion ».
La conséquence pratique de ce système, c’est que, dans la grande majorité des cas, lorsqu’on juge opportun de ne pas s’en fier aux seules forces de la nature, il faut chercher à délivrer le corps des matériaux étrangers qui l’encombrent. De là l’utilité de la saignée, non seulement pour extraire une partie du sang lorsqu’il est - en trop grande quantité, mais surtout pour enlever avec lui l'humeur peccante, en laissant à l’hématose le soin -de réparer les pertes subies. De là encore le fréquent emploi des purgatifs pour nettoyer le corps.
C’est le fameux « .Saignare, purgare, clysïerium donare » du Malade imaginaire de Molière.
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Que font autre chose les médicastres qui remplissent les Journaux de leurs réclames? Le ridicule n’est que dans les mots ; le fonds est le même. Si on saigne moins aujourd’hui qu’autrefois, c’est qu’il y a moins de sang. Si on purge moins, c’est qu’on est plus sobre, et que la cuisine est moins grossière qu’au temps de Molière, où les traditions du Gargantua de Rabelais existaient encore. La preuve, c’est le retour à la doctrine du vitalisme inauguré par l’École de Montpellier, qui depuis.!
La confiance exagérée dans la puissance des agents thérapeutiques, qui peut résulter des idées systématiques, engendre facilement des abus sérieux. Mais une autre conséquence fort importante du spectacle des abus qui se commettent ou se sont commis dans la pratique médicale, c’est d’entraîner le médecin jusqu’au doute, à l’indifférence ou même au scepticisme.
C’est ici que l’allopathie doit faire son mea culpa, son mea maxims, culpa. En admettant les maladies comme des entités, elle est tombée en plein dans les spécifiques, dont le docteur Double disait spirituellement ; » Hâtez-vous de vous en servir pendant qu’ils guérissent encore t »
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Ayant constaté, si souvent, son peu de puissance contre la maladie, le médecin ne veut plus rien faire, il est découragé. Quelques-uns en sont arrivés là qui avaient, au début, la plus grande confiance dans leur art. Suivant le mot de Grégory, ils partaient de l’espoir qu’il y avait vingt remèdes contre la maladie, pour en venir à cette conclusion « qu’il y a vingt malades pour an remède ».
Les médecins qui n’ont pas confiance dans teur art sont indignes de l’exercer. Ce sont des augures qui ne peuvent se rencontrer sans rire, ou bien des fanatiques qui croient qu’il n’y a rien à faire quand la mort s’en mêle. Én vain la dosimétrie est venue leur montrer la route de Damas, ils la repoussent, les uns de bonne foi, les autres de parti pris !
Toutefois, il est juste de dire que nous sommes à une époque où les abus et les désillusions en thérapeutique, et surtout les progrès de la science, nous ont appris la modération dans les cas où l’on intervenait violemment autrefois. Il ne nous ont néanmoins pas fait perdre l’énergie d’action si souvent nécessaire. Que de
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circonstances, en effet, où la nature ne doit pas êlre simplement contemplée.
C’estcependantde notre époque que ledocteur Amédée Latour a dit: « La médecine a dévié de sa voie naturelle, ellea négligé la thérapeutique : sans, thérapeutique cependant le médercin n’est qu’un inutile naturaliste ». Le champ de l’anatomie pathologique s’est étendu à mesure que celui de la thérapeutique s’est rétréci.
Les progrès de la science nous ont montré l’inutilité des remèdes disproportionnés au but à atteindre. Ils nous ont aussi prouvé comment, dans quelque cas, iis peuvent déterminer, et la part que le médecin doit faire à la nature, et celle qui revient à la médication.
C’est pour cela, peut-être, qu’il met souvent la charrue avant les bœufs. Ainsi, dans la pneumonie il donne la noix vomique (teinture, extrait,) ou la strychnine, comme un emplâtre sur une jambe de bois.
On a été conduit ainsi à une méthode qui a recule nom de méthode expectante », mais qui n’est pas l’abs-
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tention absolue. C’est surtout à l’occasion du traitement de la pneumonie que plusieurs médecins ont cherché à se rendre compte de la possibilité qu’il y y aurait d’arriver à la guérison sans employer des remèdes énergiques. Les statistiques de Dietl et de Louis, les travaux de Grisolle, constatèrent des faits intéressants, mais trop contradictoires pour permettre une conclusion.
Depuis les recherches de Marotte, celles de Legendre, qui furent résumées pour la première fois dans la thèse de Charcot, les cliniques de fichier, apportèrent de nouveaux documents. Mais aucun de ces travaux ne put encore, dans l’état actuel de la science, permettre d’affirmer la supériorité d’une méthode unique et exclusive ; ils ne prouvent, jusqu’ici, que celle seule proposition : la pneunomie guérit souvent sans médication active. Toutefois, ils soulèvent une importante question ; celle de la distinction à établir entre les pneumonies selon certaines conditions morbides qui expliquent du reste la différence des effets obtenus.
Dans toute pneumonie il y a à empêcher la paralysie des poumons— nous parlons au pluriel à cause de la sympathie des organes similaires.
Il faut donc, de prime abord, récourir aux téta nisants. La saignée vient en deuxième ligne, quand l’action respiratoire est rétablie — comme on fait pour les noyés — et encore faut il le faire avec mesure : dosimétriquement. La
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fièvre sera combattue par les alcaloïdes déferyescents, notamment l’aconitine, la vératrine, la digitaline, qui aura également pour effet de rétablir la sécrétion urinaire et de décongestionner les reins. Quant aux pneumonies diathésiques, on les combattra par les moyens appropriés: les antiarthritiques, les parasiticides, etc.
On pourrait donc croire que la question de l’expectation n’a pas fait de grands progrès si l’on compare le but atteint avec le temps qu’elle s’agite dans l’histoire. Pour ne parler que du xvii e siècle, nous voyons les médecins se diviser avec passion : Harvey, Slhall, plus tard Pinel, Littré', etc. De nos jours Charcot, dans sa thèse d’agrégation (1857), étudia la question sous toutes ses phases ; il présenta des faits nouveaux. Pour lui, l’expectation n’est pas l’inactivité : elle doit être « mitigée » pour s’appliquer, en définitive, au plus grand nombre des cas.
Comment se fait-il que les médecins dissidents se jettent encore les statistiques à la tête, prétendant qu’on perd autantde pneumoniques en faisant un traitement actif, qu’en ne faisant rien ; sinon, les moyens diététiques?
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Hirtz arrive à des conclusions analogues (Dicl. de méd. et chir. ). Pour lui, l’expectation n’est ni une méthode absolue, ni une méthode générale, car, même réduite à l’emploi des moyens hygiéniques, elle est toujours une intervention et se sert toujours de modificateurs, qu’ils soient pris dans la demeure du malade ou dans la pharmacie voisine.
Un des grands services'rendus par l’expectation — qui doR toujours être limitée et comprise — c’est que, nous permettant d’avoir des notions exactes sur la marche naturelle des maladies, elle nous a montré, dans beaucoup de cas, l’utilité d’un certain nombre de moyens de traitement, et par là nous a signalé les abus que l’abstention complète peut faire commettre. Elle nous a montré aussi comment, sans se faire l’esclave absolu delà nature, on ne devait pas non plus rejeter son alliance. A ce compte, sérieusement comprise, dignement pratiquée surtout, elle peut rentrer dans l’ordre des méthodes qui ont fait et feront disparaître bien des abus en thérapeutique.
Ce sont là des mots. En médecine, on agit ou on n’agit pas ; et dans la pneumonie — comme dans toutes les maladies pressantes — l’inac-
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tion, ou si l’on veut l’expectation, c’est la mort du malade, à moins que sa forte constitution n’ait le dessus. L’expectation est venue de l’excès d’action, c’est-à-dire des allopathes, qui par les saignées coup sur coup, qui par les controstimulants, qui par les évacuants ; et tutti quanti.
C’est à Hirtz que nous emprunterons le tableau des conditions de science et d’expérience que doit remplir un praticien pour faire de l’expectation : « Il faut qu’il connaisse à fond la marche et le type des maladies ; que,parunevigilance incessante,armé des moyens d’investigation (thermomètre, sthétoscope, réactifs, etc.), il en surveille exactement l’évolution, et puisse découvrir, dè3 leur naissance, les perturbations et les complications qui doivent appeler son intervention. Il faut qu’il connaisse, mieux qu'un autre, les périodes d’ascension et de décours, les signes et les époques des crises, les caractères pernicieux ou bénins de la fièvre; en un mot, qu’il ait l’œil ouvert sur toutes les éventualités qui peuvent, d’un moment à l’autre, le faire sortir de son rôle de spectateur. Il faut que, plus qu’un autre, il se soit familiarisé avec le maniement et la virtualité des agents hygiéniques et diététiques, afin d’en obtenir les effets qu’il n’ose demander à la thérapeutique usuelle. Il faut, enfin, qu’en s’abstenant de toute intervention active, il soit pénétré de sa responsabilité et
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de sa faillibilité, afin de ne pas s’abstenir dans une abstention systématique, alors que les orages de la maladie imposent à sa conscience un rôle plus déterminé.
De la part d’un savant aussi profond que' Hirtz, un langage aussi vague étonne. Le médecin devant la maladie doit être comme le général sur le champ de bataille ; c'est-à-dire que c’est de sa décision que dépend la victoire. Sa responsabilité et sa faillibilité n’ont rien à voir ici. Sûrde ses médicaments, il les fait entrer en ligne de bataille, persuadé que frapper vite c’est frapper juste. Mais là est la question : avec les agents grossiers de la pharmacopée officielle, on se sent battu d’avance et on s’abstient. Le général Fabius — qui se vit donner le nom de Cwictator — qui n’avait rien de glorieux — reculait également. Il estvrai qu’il comptait sur le Sénat de Rome. Le Sénat du médecin allopathe, c’est l’École.