GENRE CRANGON, SENSU LATO
Kinahan a publié en 1862 (the Transactions of the Royal British Academy, vol. xx1v, part. 11) une longue étude sur les Crangons qu’il répartit dans les trois genres Crangon, Cheraphilus et Ægeon. D'après ce naturaliste, voici les caractères propres à chacun de ces genres (p. 57):
Genre Crangon. — Rostre triangulaire, plus court que les yeux. Carapace: région médiane gastrique, armée d’une simple dent épineuse tout au plus ; région branchiale pourvue d’une simple dent ; antennes internes formées d’un pédoncule quadriarticulé, sur lequel s’insèrent deux fouets pluriarticulés ; antennes externes quadriarticulées avec une écaille basilaire et un long appendice multiarticulé. Abdomen uni par dessus; telson triangulaire uni par dessus ; orbites circulaires pourvues d'une pubescence éparse. Première patte thoracique bien développée ; seconde thoracique aussi robuste que la cinquième. Écaille antennaire large. Tel est C. vulgaris.
Genre Cheraphilus. — Rostre triangulaire modéré; carapace carénée ; région gastrique pourvue d’une ou plusieurs carènes; région branchiale pluricarénée ; somites abdominaux carénés et sculptés ; telson sillonné par dessus; première patte thoracique robuste, de longueur moyenne ; seconde thoracique plus courte que la première. Antennes semblables à celles du genre Crangon, invariables dans la famille des Crangonide ; écaille antennaire courte. Telssont C. hispinosus, tris- Pinosus, spinosus, etc.
Genre Ægeon. — Rostre tronqué ou bifide. Carapace : régions branchiale et gastrique fortement carénées; somites abdominaux pourvus de dents, carénés et sculptés; telson généralement sillonné ; première patte thoracique à peine un peu plus longue que la seconde; celle-ci grêle; orbites arrondies, pourvues de poils nombreux ; antennes pareilles à celles des deux autres genres ; écaille antennaire courte. Tel est C. cataphractus.
Ces caractères sont loin de se retrouver dans les espèces indiquées par Kinahan lui-même, C’est ainsi que C. vulgaris var. maculosus a un rostre conique et non pas triangulaire, ainsi qu’une seconde thoracique qui, par exception, est bien plus grêle que la troisième et à plus forte raison que la cinquième. De même, C. #rispinosus, qui ferait partie du G. cheraphilus, ne présente pas une région gastrique carénée ; le rostre, plus court que les yeux, est conique ; le telson ne montre aucune trace de sillon, etc. Les caractères indiqués par cet auteur me paraissent plutôt avoir une valeur spécifique qu’une valeur générique.
On arrive au même résultat en se reportant aux nouveaux caractères génériques exposés plus loin (p. 58, 59 et 60) par le même naturaliste. Il me semble donc inutile de retenir la subdivision du genre Crangon en trois genres distincts.
Le genre Crangon, considéré dans toute son étendue, offre les caractères suivants :
Carapace déprimée, prolongée en un rostre peu développé, si mple ou bifide triangulaire ou conique, généralement plus court et quelquefois aussi long que les yeux, pourvu assez souvent d’une paire de courtes épines latérales. — Régions ordinairement indiquées et comprenant : 1° les régions rostrale, gastrique et cardiaque, qui se succèdent sur la ligne médiane, d'avant en arrière ; 2° les segments oculaire et antennaire placés côte à côte, le long du bord antérieur de la carapace; 3° les régions hépatique et branchiale, celle-là située normalement en arrière du segment oculaire, celle-ci en arrière du segment olfactif ou antennaire. — Séparation de ces régions consistant en sillons, épines, en carènes épineuses ou en carènes lisses. Carènes épineuses les plus fréquentes et souvent au nombre d’une impaire médiane, de deux paires latérales et d’une paire ventrale, celle-ci traversant la région branchiale dans sa longueur et pouvant disparaître entièrement, ainsi que quelquefois les paires latérales qui ne sont plus alors représentées que par une simple dent. La même atrophie portant parfois sur la carène médiane.
Fosse orbitaire variable, généralement anguleuse et limitée en dehors par une épine plus ou moins développée, dépendant ou non de la première carène latérale, Fosse antennaire encore plus variable et de forme et de dimensions.
Abdomen tantôt lisse, tantôt sculpté, quelquefois orné d’épines, caréné parlois soit sur tous les segments, soit seulement à la terminaison. Telson triangulaire, rarement et en partie sillonné, terminé en pointe qu'accompagnent une ou deux paires de soies robustes, ou encore trois soies dont une médiane ; bords du telson lisses, rarement dentelés et dans ce cas portant des soies ou des poils avec crochets.
Antennules triarticulées : article basilaire prolongé en une apophyse supéro-interne et pourvue d’une écaille auditive bien développée, plus ou moins régulièrement quadrangulaire ; le second article plus restreint et en général muni d’une saillie épineuse supéro-externe. Deux fouets insérés sur le troisième article : l’externe ou pa/pe multiarticulé, le plus souvent plus court et rarement aussi long que le fouet interne qui se compose d’un nombre variable d'articles.
Antennes externes bien plus longues que les antennules, triarticulées ; article terminal portant une écaille bien développée, lisse et rarement dentelée sur le bord externe qui se termine en pointe plus ou moins longue ; palpe ou flag llum présentant trois articles basilaires dont le supérieur, atteignant ou non le sommet de l'écuille, donne insertion à un très long flagellum pluriarticulé.
Mandibule dépourvue de palpe, grêle, armée de dents à l'extrémité libre.
Première mâchoire-composée d’une petite lame interne plus ou moins poilue, d’une volumineuse lame externe garnie de poils et de piquants, et d’un palpe bien développé, uniarticulé, généralement bifide à l'extrémité libre.
Seconde mâchoire formée d’une mâchoire réduite à un mamelon conique plus ou moins saillant et poilu, d’un palpe uniarticulé, élargi à la base et en dedans, aminci, conique et recurvé en dedans dans le reste de son étendue, ainsi que d’un fouet bien developpé.
Première patte-mâchoire comprenant : 1° un endognathe réduit à une légère saillie poilue ; 2° un mésognathe cylindrique ou conique, bordé de poils et dont le sommet n'atteint pas l’extrémité supérieure de l’article basilaire du palpe; 3° un palpe pluriarticulé, présentant un article basilaire remarquable par son développement, un second article en général cylindrique, relativement étroit, glabre, tandis que les autres articles sont petits, courts et bordés de longues soies externes ; 4° un fouet volumineux, glabre, le plus souvent triangulaire.
Seconde patte-mâchoire comprenant une tige formée de six articles, quelquefois de cinq, par suite de la soudure des deux articles terminaux, l’avant-dernier aussi long ou plus long que le troisième, le terminal armé de piquants. Palpe constitué par de nombreux articles dont les derniers très petits et pourvus de soies externes.
Lèvre externe présentant une tige très polymorphe, composée tantôt de quatre, tantôt de cinq articles. Dans le premier cas, c'est le second article; dans le second cas, c’est le troisième article qui est le plus développé. L’avant-dernier est toujours plus court que l’article terminal; ce dernier est en général pourvu de piquants.
Première patte thoracique monodactyle, plus robuste et plus longue que la seconde. Dactyle en forme de griffe robuste, se rabattant de manière à se croiser avec l’apophyse triangulaire qui est située vers le tiers supérieur du bord interne du propode. Le basos porte une lame conique rudimentaire représentant sans doute la seconde branche qui existe dans les membres thoraciques de la larve.
Seconde patte thoracique bidactyle la plus courte des pattes locomotrices, rarement la plus grêle. Dactyle terminé tantôt par deux crochets opposés au crochet unique formant l'extrémité du propode, tantôt en pointe effilée et pourvu soit de piquants, soit de quelques fines dents ou de simples poils internes.
Troisième patte thoracique plus longue que la quatrième, et rarement que la première, ordinairement la plus grêle des pattes, monodactyle. Carpe en général plus long que chacun des autres articles.
Quatrième patte semblable à la précédente et à la cinquième, mais un peu plus robuste et un peu plus longue.
Six pattes abdominales dans les deux sexes. Seconde patte du mâle pourvue d’une lame interne et d’une lame externe ; à cette dernière sont annexés un appendice cylindrique hérissé de piquants et plus en dehors un mamelon conique plus petit. Lame externe de la sixième patte abdominale terminée à l'extrémité libre du bord externe sous forme d’une assez courte épine anguleuse.