ACTE PREMIER
BARILLON
Vous exagérez beaiicouf), -i adame. Je l'ai louée... comment dirai-je?... avec un peu d'étonnement ; et je n'ai fait en cela que m'int-pirer des sentiments de mon élégant auditoire.
HÉLÈNE
Justement; et cela ne fait pas notre éloge. Au fond, ces vieilles bonnes qui nourrissent leurs maîtres, ces marins qui repèchent des noyés, ces vieilles demoiselles qui soignent les malades, cela no nous intéresse guère, n'est-ce pas ? Cela manque un peu de montant, la vertu. Alors, vous, avec un sourire supérieur, vous vous penchez sur ces petites gens, sur ces misérables, et vous nous montrez leurs côtés pittoresques. Vous en faites de bons types. Vous nous racontez leurs belles actions en style de vaudeville ; et, tout en les louant, vous avez pitié de ces simples qui ne se doutent pas que la vertu est, comme dit l'un des vôtres, une sublime duperie, et vous semblez les excuser d'être vertueux. Et c'est à cet exercic d'i spril que nous venons applaudir. Quelle triste comédie ! On sent !^i bien que les gens du monde qui sont là se croient fort supérieurs à ces braves gens, qui sont de petites gens, qui appartiennent au même monde que leur cocher ou leur cuisinière et à qui l'on croit faire grand honneur en les récompensant pêle-mêle avec des hommes de lettres de troisième ordre, et des poétesses départementales I C'est écœurant, quand on y songe. De grâce, laissons la vertu tranquille, épargnons-lui nos couronnes et ne la jugeons point. Vraiment, la compétence nous manque un peu trop pour cet office.
MADAME DE VOVES.
Ma pauvre enfant, quelle agitée vousêtcbUauL-il tant
s'indigner parce qu'on donne un peu d'argent aux bonnes âmes qui fonL du bien pour qu'elles en fassent un peu plus ? Et si l'on met autour de cela du style et quelques jolies phrases, ce n'e>t pas un si grand mal. Vous vous plaignez qu'on récompense la vertu ? Que voulez-vous donc? Quoa récompense le vice? M. Barillon ne sait plus où il eu est.
BARILLON
Oh ! moi je comprends très bien. Mais M. de Monlhyon n'en reviendrait pas.
HÉLÈNE
Ah ! c'est cela qui m'est égal, d'étonner M. de Montbyon ! Mais, du reste, je suis bien bonne de protester au nom de la dignité de vos lauréats ! Ce sont la plupait des humbles, n'est-ce pas? des bêles à bon Dieu, des rébigné.-. Or, moi, je n'aime pas les résignés. Et puis, le plus bel effort de toutes ces âmes charitables, c'est en somme de prolonger l'existence et par conséquent la misère d'un tas de malheureux, et ainsi d'augmenter sur terre la souffrance quïls prétendent combattre. Ah ! qu'ils laissent donc faire la nature et la mort ! Parmi les naïfs que vous avez couronnés tantôt, il y a une bonne femme dont la spécialité est de recueillir les enfants trouvés, les enfants sans père ni mère. C'est-à-dire qu'elle les conserve pour la douleur et labandon. Elle les étoufferait si elle savait ce qu'ils doivent souffrir un jour.
MADAME HE R BEAU, à madame de Tores, qui a pâli.
Vous ne semblez pas bien, chère amie?
MADAME DE VOVES.
Non, ce n'est rien...