SCÈNE IX MADAME DE VOVES, MADAME HERBEAU
Cn silence.
MADAME HERBEAU.
Vous aimez beaucoup madame Rousseau?
MADAME DE VOVES.
Oui, je l'aime ! Et vous ne pouvez imaginer ce que je souffre à voir se perdre cette pauvre enfant.
MADAME HE RBEAU.
Mais est-elle si fort en danger? Je ne vous comprends plus. Vous disiez vous-même tout à l'heure que sa fierté et même ses affectations de désenchantement la préserveraient.
MADAME DE VOVES.
Je le disais, mais je n'en croyais pas un mot! Ne voyez-vous pas oii elle en est? N'avez-vous pas deviné que, tout à l'heure, elle mentait en expliquant qu'elle était hier à cette exposition avec la mère de Bretigny? Elle ne la connaît seulement pas 1 N'avez-vous pas remarqué qu'après avoir refusé de venir à votre soirée, elle s'est ravisée quand elle a su qu'il y venait ; qu'en se retirant, il lui a fait un signe que j'ai surpris et
liu'elle est sortie cinq minutes après lui, pour le retrouver sans doute au coin de la rue? Certes, je ferai tout pour la sauver, mais je me demande sil est encore temps.
MADAME IIERBEAU.
Oli ! cela, j'en répondrais. Je n'en veux pour preuves que ses maladresses. S'en tiendra-t-elle là? G est une autre question. Si elle doit aller jusqu'au bout, rien ne l'arrêtera, croyez-le bien. Mais, après tout, elle n'est pas la première jeune femme qui ait eu... des curiosités. Ces aventures-là ne tourneiU pas nécessairement au tragique.
MADAME DE VOVES.
Il faut tout prévoir. Son mari, comme vous l'a dit André, est une nature énergique et naïve, qui prend les choses terriblement au sérieux. S'il la savait coupable, il la tuerait, — ou la chnsserait ; et alors où tomberaitelle? — Ce n'est pas seulement son âme, c'est sa vie qui est peut-être en péril. Vous voyez bien qu'il faut la sauver !
MADAME IIEUDEAU.
Vous poussez tout au noir. Le mari peut tout ignorer, c'est même le plus probable. Et alors, en supposant qu'il soit impossible de retenir cette pauvre petite femme, espérons qu'une première expérience lui ôterait l'envie d'en tenter une seconde. Cela se voit, quoi que prétendent les moralistes. Soyez persuadée que, quand madame Hélène aura passé par là, elle s'arrangera beaucoup mieux de son mari ; et peut-être l'aimerat-elle. Sans cela, ils feront toujours mauvais ménage, vous verrez. Eh ! mon Dieu, nous avons presque toutes de ces petites expériences dans notre passé. Ou n'en est que meilleure apïès, et plus tranauille.