TRES PUISSANS ET TRES EXCELLENS PRINCES
Pourquoi ce changement si complet et si subit? Est-ce pour acquérir de Timpopularité ?
Dans ce cas , Louis-Philippe est-il satisfait ? Guizot et Charles X sont-ils contens?
§ 24. -^ Système de reconnaissance, puis d'in^roHtude^
TTest-ce pas LafQtte qui procure la couronne au due d'Orléans? N'est-ce pas Lafayette qui la lui confirme? M'est-ce pasBérard qui la lui fait décerner parles députés? N'est-ce pas Dupont de l'Eure qui la lui conserve , Dupont i qui, quand il voudra se retirer en septembre, l'oa dira du ton le plus amical : « Vov>s voulez donc que je retourne à Neuilly ? »
N'est-ce pas le peuple qui procure à Louis-Philippe son trône , ses palais et ses millions? N'est-ce pas loi qui ( s'il faut en eroure Thiers dans son National ) dit, en ram^ nant de Rambouillet les superbes voitures de Charles X : Voici des voitures et des chevaux pour le duc d'Orléans: encore un cadeau que nous lui faisons ?
Plus tard, en décembre , lors du procès des ministres, Lafayette , LafQtte et Dupont ne se dévouent-ils pas , m sacrifient-ils pas leur popularité pour protéger la cour, les députés et les pairs ?
Aussi, nous l'avons vu , § 5 , que de reconnaissance pour les hommes de juillet, pour la jeunesse et pour to peuple!
Thiers , par exemple, no dit-3 pas, dans son NoUanel
do 50 juillet, que c'est le peuple qui a tout fait, et que c'est p&ur lui que devront être tous les résultats de la 2kI^( page 444).
Charles Dupin ne dit-il pas à la tribune : Lorsqu'il amye , comme aujourd'hui , qu'une dynastie est fondée par suite de l'hèrofsme des ouvriers, la dynastie doit fonr der quelque chose pour la prospérité de ces ouvriers hé^ roïques? (page 448).
La chambre ne Tote-t-elle pas un monument ayec cette inscription :
A la ville de Paris la France reconnaissante? (p. 448).
Louis-Philippe ne dit-il pas aux élèves de Fécole de droit : Je suis à vous à la vie et à la mort? ( page 446)^
£t Lafayette , et Laffîtte , comme on les embrasse ! ayec quelle effusion on les appelle des sauveurs!
Mais dès qu'on n'a plus besoin d'eux , on ne supporte Lafayette , Dupont et Laffitte que comme trois médecines dont on est impatient de se débarrasser.
Dès le lendemain du procès des ministres, les deux premiers sont attaqués et repoussés.... les valets les poursuivent de calomnies et d'outrages.
Le cher général , le cher sauveur n'est plus qu'un itkcorrigible révolutionnaire, — On ne veut pas que dans le tableau qui doit retracer la visite du 54 à rHôtel-da* Ville , il figure présentant un drapeau tricolore au lieutenant général du royaume. On ne veut pas non plus que, dans oelui des bas-reliefs de la nouvelle salle des députéi nui doit représenter la revuedu29aoûtauGhamp-de-Marf, ilfignrereeei?ant les drayeaux des mains de Louis-Philippê et les remettcmt à la garde nationale. '— Otet ce persw^ nage, dira quelqu'un, remplaee:&4epar leduc de Nemourgm Mais Finjure est pour la révolution de juillet l dira l'un • non , c'est pour Lafayette seul , dira l'autre ; et le juste» milieu ? dira-t-il que c'est moitié pour Lafayette et ]iioi« tié pour la révolution ?
Quant à Laffîtte, le cher LafQtte, le Jacques ûMquêl Philippe est uni sur la terre autant que saint PhiUppe peut Vétre à saint Jacques 4ans le paradis f ce n'est bie»* t6t plus que Jacques faillite, ce n'est plus (qui le croira?) ^ le «lodéle dM ingrtttsl
Bérard a son tour : on Texpulse, mais clandestine* ment ; le Moniteur n^en dira rien , comme si Ton craignait que le public ne crût qu^il emporte sa charte ayec lui.
Et les hommes de juillet , le peuple , les ouvriers j les
jeunes gens des écoles Ahl la postérité ne croira
peut-être pas qu^on ait pu leur témoigner tant de reconnaissance.... !
J 25. — Système d'aristocratie. — Lutte entre l'aristocratie et la démocratie.
Louis-Philippe veut , ayant tout , de Faristocratie , et par conséquent Vhérèdité de la pairie.
Mais Fopinion publique est trop énergiquement prononcée contre cette hérédité pour qu'il ose la conserver le 7 août, et la question est ajournée.
Mais que d'efforts son G. Périer ne fait-il pas plus tard pour sauver cette chère hérédité ! Que de sinistres prédictions le père de la doctrine , Royer-CoUard , et son premier disciple , Guizot , ne iancent-ils pas sur la France assez aveugle pour vouloir détruire son ancre de salut !
Cependant les électeurs Tout voulu, et l'hérédité est abolie.
Mais elle n'est abolie que par une loi, et une loi peut toujours être remplacée par une loi contraire.
D'ailleurs, dit Casimir Périer , ce grand pincipe de l'hérédité de la pairie n'a pas été discuté plus de quinze jours ^ et c'est une précipitation scandaleuse. Il est vrai que la presse a plaidé cette [question pendant plus d'un an en présence des électeurs , tandis que la quasi-chambre du 7 août n'a pas mis plus de sept heures pour réviser la charte et faire un roi : mais le grand principe de l'hérédité de la pairie est bien autrement important; •'est une nécessité de l'examiner encore , ou plutôt de le rétablir.
' En attendant, l'on proteste contre son abolition en sommant à la pairie un mineur f un enfant.
Du reste; on coûserve autant, quç possible le principe
aristocratique .partout' aiUefirs., dans, toutes les lois, notamment dans celle sur les élections , dans ioelle sur la garde nationale, dans les finances et les états-majors.
• Louis-Philippe, dont P.-ti." Courrier vantait Fé^onomie 91 précieuse, si belle et si ditine : qui ne parlait luimême j dans les premiers jours , que de trône populaire » de royauté hourgeoisè , sans faste et sans cour ; qui disait que quatre où six millions lui suffiraient pour liste civile, commence dès le 6, la veillé du jour où il sait devoir être nommé roi y par se dépouiller de cinquante ou soixante millions de ses propres biens , pour les soustraire à la nation et les donner à ses ennins , qu'enrichira bientôt davantage la succession du duc de Bourbon ; puis , quelques mois après , pour soutenir là Sf^lendeur du trône , il demande dix-huit millions , indépendamment de six ou sept raillions de revenus en terres et châteaux ; puis, reculant devant la clameur publique , il veut bien se contenter d'environ vingt millions , en conservant toutefois neuf millions que S. M. a daigné se faire payer. Il est vrai qu'en demandant tant de millions à la générosité publique , la providence royale promet de soulager toutes les infortunes et tous les malheurs; aussi quand le choléra vient moissonner un peuple exténué de privations , que de sacrifices ne fait pas la liste civile! Que d'éloges les journaux de Louis-Philippe ne font-ils pas de sa munificence et de celle de sa famille I
Les ministres d'un monarque si richement doté ne peuvent se contenter d'un modeste salaire : il leur faut d'énormes traitemens et de magnifiques hôtels , dont les alentours sont arrosés plusieurs fois par jourpouryentre^ tenir la fraîcheur et les garantir de la poussière : ils ont aussi leurs salons dorés, leurs petites cours et leurs flatteurs.
Les grands fonctionnaires ont également de gros traitemens. — La grande propriété est ménagée. — Le luxe et la rente sont privilégiés. — On sacrifie tout à Faristo* cratie de la banque, de la bourse et de l'agiotage.
Aussi, quelle que soit la détresse publique, le roi, les ministres , les grands fonctionnaires , les capitalistes et les banquiers ne la ressentent jamais^ pour eux, jamais 4e misèr^t^ et toujours Fabopdance.
journaux^ tous les écrits , tous les discours o£6ciels de cette époque : que d'admiration , que de reconnaissance n^exprimait-on pas alors pour le peuple! Que de promesses , que de caresses ne lui prodiguait-on pas aussi I
Bans le National du 50 , Thiers ne s^écriait-il pas : u Injustes que nous étions ! nous croyions que le peuple » ne s^intéressait pas aux questions constitutionnelles N qui , depuis quinze ans , s^ agitent entre nous et la con- » tre révolution ! . . . »
La commission municipale ne disait-elle pas le 31 :
« Quel peuple mérita mieux la liberté? Les vertus
i> sont dans toutes les classes ; toutes les classes ont les » mêmes droits ; ces droits sont assurés. »
Le duc d'Orléans , répondant à Séguier , n^honorait-il pas cette glorieuse jeunesse qui avait su défendre ses droits et ses foyers?
Barthe ne reconnaissait-il pas que les ouvriers avaient manifesté des vertus ignorées jusqu'à ce jour j et n'étaient point restés étrangers au mouvement progressif de notre époque?
Eh bien ! qu'a-t-on fait pour le peuple? Quel avantage matériel lui a-t-on accordé? Quelle satisfaction morale lui a-t-on donnée? Une aristocratie financière et bourgeoise, liardeuse et avare, plus étroite, plus mesquine, plus dédaigneuse et plus inbumaine ^ue l'aristocratie de naissance elle-même, semble vouloir lui refuser absolument tout, et s'opposer à toute amélioration de son sort. Pour lui, aucun droit politique, aucune participation quelconque aux lois, et par conséquent en réalité l'esclavage; pas d'instruction pnmaire gratuite ou libre, malgré la loi promise ; toujours des impôts aussi inconstitutionnels qu'injustes, même de nouveaux impôts qui l'accablent; presque Îdus de travail, l'industrie paralysée par un système qui rend a guerre toujours imminente ; une effroyable misère , qui le livre sans défense au choléra qui le dévore ; l'humiliation du dehors à laquelle il est vingt fois plus sensible que ses détracteurs; des calomnies, des outrages, des violences : voilà son lot.
Mais qu'on y prenne garde ! le peuple vent ses droits ; il est le plus nombreux et le plus fort ; réduit a«i désespoir , il pourrait bien se faire justice lui même.
Oai , qn'on y prenne garde ! cette oppression de l'aristocratie contre le peuple est la yéritable plaie qui menace la société; ce n'est pas seulement une plaie politique » c'est encore une plaie sociale.
En parler sufnt pour effrayer certaines gens ; mais esfee le récit de la maladie qu'il faut craindre? N'est-ce pak plutôt de laisser subsister sa cause et de FaggraTor même au lieu d'y remédier? Que ceux qui craignent la violence du peuple lui fassent donc rendre justice! Ce sont les honmies qui redoutent le plus le choc des masses populaires qui doivent faire le plus d'efforts pour que l'aristocratie nouvelle ne les pousse pas au désespoir; rester immobile et silencieux devant l'oppression , n'est-ce pas s'en rendre complice, et s'exposer volontairement à toutes ses conséquences?
§ 2^. '^Système de division entre les citoyens.
"^^ Diviser pour régner, c'est le conseil de la nécessité pour tout gouvernement qui veut être le chef d'un parti. Mais c'est le conseil de l'enfer.
Après les glorieuses et généreuses journées de juiHet, tous les patriotes étaient d'accord et pleins d'enthousiasme. Rien n'était plus facile que de conserver l'union parmi eux : il suffisait d'adopter une marche vraiment nationale.
Mais aujourd'hui trois partis nous divisent ; et ces partis sont irrités, menaçans, prêts à en venir aux mams. . La haine est grande entre le parti carliste et le parti populaire , mais bien plus grande encore entre celui-ci et le juste-milieu; rien n'égale la violence et la fureur des prétendus modérés contre les hommes du mouvement , qu'on leur a peints comme des anarchistes et des brigands. La division est partout ; les anciens amis sont devenus ennemis ; le père est dans un camp at le fils dans im autre. Les sergens de ville et les ouvriers, la garde ^ nationale f^ les jeunes gens, la ligne et le peuple, les :Ç •;^Jfls et les patriotes sont prêts à s'^orger; les voisins ont dénoncé leurs voisins, ou bien ont déposé
contre eux et les ont fait condamner; le sang a coolë; la Tengeance appelle la vengeance ; la guerre cmle eti flagrante.
Ah! que de calamités menacent la patrie l . . .
Malheureux 1 . . . Arrêtez , réfléchissez I . . . Gardes natiojQiaux et jeunes gens , sergens de ville et ouvriers , soldali et patriotes de tontes les nuances , n'êtes-vous paa tons des Français, des frères f et non pas des ennemis ?.. Cert Charles X , c'est Tétranger , c'est une furie q«i nous divisent I . . . car que pourraient-ils faire de plus favorabk pour eux, de plus funeste pour nous?
Qu'ils doivent se réjouir de nos divisions!
Ah ! quelle faute de la part du gouvernement s'il n'est cDupahle que de ne pas savoir maintenir la concorde , lai qu'on paie si cher et à qui l'on donne tant de moysos pour assurer la paix publique I Quel crime , au contraire , quel horrible crime, si ce gouvernement, qui se dit paternel et qui devrait être paternel, souffle lui-même la discorde et la guerre entre ses enfans I
Mais, Tai-je bien entendu? La dynastie est en pMl; la guerre cifûile seule peut la sauver : la guerre civile la sauvera!
A combien de malheurs sommes-nous donc encore destinés I%*
§ ^.^^ Système de comipfion ef de démoralisatiQiff
** PottT fivoir des partisans, on fait un appel â la ci^ pidité , à l'amlntion, à la vanité : on donne des plaeet et 4ei faveurs à «eux qui veulent vendre lear conseieneo, :«l Ton repousse Tindépendance et la loyanté; en réeompense le vice ^ et Ton proscrit la vertu. %*
u Votre X....;«, disait qudan'on d'importaaeê, estan » misérable qui compromettrait un ango, s'il en avait on » pour patron « « ^«- Mais depuis qn'il s'est remàa en sja-
ie passer de loi.
Qœ hm éloigne ou que l'on réroque les poftrîoiet qui reuleni rester fidèles k leurs principes, oemme Lafcyetto', Dupont, Lafiitte, Comte , etc., pour les remplacer par des bommes dévoués et senriles, c^est déjà Tindice d'un sjf» tème anti-natioiMd.
Mais que Ton révoque les fonctionnaires députés qui votent contre le système ministériel , comme Joly , Dnlong, Bérard , Jousaelin., Gordier , de Bryas , Laurence , etc. , n'est^e pas une scandaleuse immoralité? Nest-ee pas dips aux députés qui sont foactionnaires ; sacrifiez moi Totr0 opinion» l'intérêt de vos électeurs, Fintérét public, votrs devoir et votre oonseience, ou bien je vous dépouille de votre traitonent, et je vous plonge peut-être dans la miaère ? Et si ceux qui se vendent ainsi sont des- malheureux^ fseux. qui les corrompent ne sont-ils pas des infâmes?
Il est des députés courageui qui savent braver la destitution; mais combien y en a-t^il qui n'ont pas la foret de les imiter! Quels législateurs! Et quant on voit tant de députés indépendans frappés par le ministère , ne doiton pas penser que tous ceux qui jouissent de sa faveur IVmt acnetée par leur serviUté? Quelle estime peut-on avoir pour eux 1
il en est de même des croix dlionneur distribuées aut députés ministériels: des croix d'honneur à des députés! Pourquoi donc ? Est-ce pour un vote consciencieux? Mais Quel mérite d'avoir une opinion plutôt qu'une autre , et de voter eoitformément à cette opinion? Pourquoi d'ailleurs ne pas donner la croix à tous ceux qui partagent cette opini<mt Est-ce pour un vote complaisant? Mail e^eet fmfamie! c'est la corruption! Et cette corruption eiereée sur la prétendue ' représentation nationale , sur l'^ite j^étendue de la nation , sur les législateurs , cette eorrafiien , dis-je» est un crime !
Et la croix d^homiear prodiguée pour récompenser la yaerre civile, qu'en dirons-nous?
•i Charles X^ dit Thiers, dans son journal du 4^ aottj » a vooiit £sir« distribuer hier des crùi» dl^mnenr amt n giurdes royaux qni sont retournés à Saint-doud , aprèe w avoir massaerè Imsn frères. Les soldats les ont refasées}
— aie —
Nous avons vu (page US) que douze croix d'&oimiur avaient été accordées à Téçole Polytechnique , quatre h l'école de Droit , quatre à Fccole de Médecine , et que lei trois écoles les ont refusées, par le motif qu'auéun des élèves ne pouvait recevoir une récompense . individueUa pour un devoir national rempli en commun.
Les él^es de l'école Polytechnique, dit une ordon> nance du ^14 novembre, ayant exprimé le désir de renoncer aux grades qui leur étaient accordés , afin de ne pas nuire à l'avancement de kurs prédécesseurs , et le sentiment de délicatesse qui a dicté leur démarche ne pouvant qu'ajouter à VesHme et à la cônMération que leur noble , patriotique et courageuse conduite pendant les mémorables événemens de juillet a inspirées à touto la population parisienne , nous nous réservons de nous faire présenter un rapport spécial sur chaque élève , et de lui accorder la récompense honorifique qu'il aura méritée.
« Je ne rougis pas , écrivait Lamarque aux Vendéens , » de vous demander la paix : car , dans les guerres ci- 1» viles , la seule gloire est de les terminer. »
Voilà des leçons de véritable honneur données par une des gloires de la tribune et de l'armée , par de jeunes
\er excite mais la
croix obtenue à Lyon , à Grenoble , à Paris , en tuant des Français, n*est-eUe pas un objqj^ d'horreur pour les vietimes, pour leurs parens , pour leurs amis et leurs concitoyens ! Payer ainsi le sang versé , exciter ainsi à le répandre, donner, pour ainsi dire, une prime à la férocité, n'est-ce pas tenter d'avilir et de démoraliser la nation?
Qae dirai-je de cet esprit de népotisme , qui pousse les ministres à exploiter le monopole des places an profit de leurs parens et de leurs amis, sans consulter ni le mérite, ni l'intérêt public? Jamais , peut-être , le scandale n'a été poussé plus loin : l'un place une armée de parens , nn autre son père, un autre son frère, etc. , un autre l'inepte mari de sa maîtresse , etc... Riien ne serait plus
curîéuic qae cette étran^pe statistique , mais rien ne serait à la fois plus révoltant ; car c'est une injustice , un abus de confiance , une immoralité destructive de tout patriotisme.
Que dirai-je aussi de cette protection pour Y agiotage , qui substitue Famour de Fargent à tous les sentimens généreux , qui met la France à la disposition, de capitalistes étrangers, indifférens à son indépendance comme à son honneur et k sa liberté ?
Que dirai-je enfin de ses doctrines égoïstes qui, si le caractère national pouvait les admettre , rendraient la France insensible aux malheurs des autres peuples , et tueraient Ténergie dont elle a besoin pour se défendre elle-même?
§28. — Système de dissimulation, de tromperie, de
mensonges et de calomnies-
« Une révolution, disait autrefois un duc devenu roi , est un cheval fougueux échappé : si vous voulez Tarrêter <( par la force ^ il vous entraînera et vous écrasera sous » ses pieds ; mais jetez-vous à sa bride et courez avec lui, » en ralentissant le pas insensiblement, vous le fatiguerez, » vous en deviendrez maître , et vous le ramènerez où » vous voudrez. »
C'est d'après cette idée sans doute qu'on mettra d'abord dans la main de l'ordre public ( statue de la nouvelle salle des députés), un mors doré, que je ne sais quels cris d'indisnation feront disparaître ensuite.
Mais le conseil du duc n'en est pas moins suivi pour ramener le coursier de la révolution.
*^* C'est par ruse qu'on prodigue les éloges et les caresses aux jeunes gens, aux nommes de juillet, au peuple; car bientôt on leur prodiguera les injures, les calomnies, les blessures et la mort.
C'est par ruse qu'on ouvre la session , le 5 août, au
bruit de la Marseillaise, et qu'on chante soi-même ce chant
révolutionnaire : car aucun des cent musiques de la garde
nationale et de la 11 gne n'aura la permission de faire en-
T. I. iO
— SMS --
Utadre cet air patriotique à la revue du 20 juillet 48SSk,y. et les jeunes gens qui le chanteront le 28, sur le pont d'Aréole, seront assassinés et noyés.
C'est par ruse qu'on embrasse Laffitte , Lafayette , Di»pont de FEure , etc. ; car on dira bientôt : J'ai encore trois médecines à rendre: et Lafayette , Dupont derEure, Laffitte seront expulsés.
C'est par ruse qu'on n'appelle pas Casimir Périer font de suite à la tête du ministère , car c'est lui qu'on pré* 1ère i mais on laisse bientôt échapper son secret : Il faut §ue Laffitte passe et s'use auparavant.
Vainement la proclamation du 34 juillet promet-elle li vérité , et le discours du 5 août la bonne foi.
Vainement les ministres parleront-ils sans cesse de leur franchise et de leur loyauté.
Comment un gouvernement qui tourne le dos à la ré- Tolution pourrait-il être sincère? *^*
Aussi que de mensonges et de tromperies !
M'eot-ils pas pas trompé et menti , dès le premier joar, en puUiant partout que le duc d'Orléans n'était pas un Bourbon , mais un Valois , tandis qu'il descend de JUHiis XHI ni plus ni moins que Charies X?
N'ont-ils pas trompé et menti , le 25 décembre , en n^andant le bruit que Polignac, etc., venaient d'être •ondamnés à mort ?
M'ont-ils pas trompé et menti en cachant d'abord, puis en niant les préparatifs des Russes contre la France en ■oventbrc 4850?
N'ont-ils pas trompé Laffitte, président du conseil, en hai cachant cinq jours la dépêche de leur ambassadeur à Tienne annonçant Tentrée des Autrichiens en Italie?
N'a-t-on pas trompé Sébastiani lui-mênie, en lui ca- «hant la lettre écrite à Guillemiaot ?
La dépêche écrite ensuite àceloi-ei par Sébaitiani n'affilé pas été anti-datée ?
Le principe de nonrinterventioa solennellMoent pioeUmé à la tribune n'a-t-il pas été scandaleusement noUr àJTaide de cette indigne pasquinade : Né pas. contenMr.. k l'intervention ne veut gas dire jju'o» s'y oppossfûn
— SHI9 —
N^onUîb pas trompé les réfugiés espagnols et italiens , tnnnpé la Belgique , la Pologne et lltalie ?
Qn*est devenue leur assurance qu'ils ne laisseraient pan férir la nationalité pol<maise , et que les forteresses de U Belgique seraient démolies?
N'ont-ils pas annoncé une fausse victoire du peupte héroïque pour exciter Tenthousiasme de la garde natio* aale et de la ligne à la rerue du 29 juillet \ 834 ?
Les dépêches télégraphiques , pour influencer les élee» lions , n'ont-clles pas été niées , puis prouvées?
Ceux qu ils appelaient d'honnêtes ouvriers exerçant la souveraineté populaire, le >! 4 juillet 4854 , n*ctaient-ik pas des assommeurs embrigadés par eux ?
N^ont-ils pas trompé les chambres et le pays sur let érénemens de Lyon et de Grenoble ?
Quand ils annoncent si hardiment que tous les gardes nationaux se rendent à Tappel , tout le monde ne sait-il pas que c'est un effronté mensonge ?
Les 5 et 6 juin, quand ils ont dit que les révdtés étaient des carlistes et des chouans , n'ont-ils pas trompé la population tout entière ?
N'ont-ils pas trompé la nation en lui annonçant tous les jours les ratifications et le désarmement général?
Je m'arrête ; car comment pourrai-je citer toutes lenft tromperies et tous leurs mensonges?
Voyons leurs calomnies.
•arlistes ; tous les opposans sont des républicains ; Ymf position voulait l'extermination de ses adversaires , la
propagande , la guerre et des conquêtes : elle est Tenoe» mie du peuple et la cause de tout le mal, Ib le disent ^ examinons :
le peuple, dites-vous , veut le piUage! — Infâinea ea* lomniateurs! Vous avez vu ce peuple soulevé, irrité, vainqueur ; où donc a-t il pillé? A Lyon , demandait-iî autre chose que vivre en travaillant ou mourir en com» battant? Maître absolu dans la ville , a-t-il pillé las fabri* aans qui l'avaient eombalta? A Paria, au 20 juillet 4 8S0|^
comme au 40 août 4792 (4) , a-t-il pillé? N'a-t-il pas an contraire puni sévèrement lui-même , à Finstant, quelques voleurs qui s^étaient glissés dans ses rangs ? Pour effrayer la garde nationale et les marchands , vous avez besoin de leur parler de pillage; vous feriez même piller pour justifier vos sinistres prédictions ; mais le peuple ne pille Sas : terrible , au contraire , contre ceux qui voudraient éshonorer sa victoire autant que contre les oppresseurs qui lassent sa puissance , il se fait un devoir et un honneur de vous préserver du pillage.
Il s'est trouvé maître de la Banque; Ta-t-il pillée? Il remplissait la maison et les appartemens de Laffitte, a-t-il pillé sa caisse ou commis le moindre larcin ? Demandait-il de Tor, ou bien des armes et des cartouches? Considère, ce Considère des tours Notre-Dame, qui ne connaissait pas le banquier, qui n'était pas connu de lui, et qui courait au combat quand les bureaux étaient fermés , ne venait-il pas spontanément faire sentinelle et les garder quand ils étaient ouverts , le peuple , disait-il , devant défendre la caisse de celui qui ne s'occupait qu'à défendre le peuple? le duc d'Orléans lui-même a-t-il craint d'être pillé parles ouvriers qui gardaient son palais? Oui , au milieu de l'oppression et de la misère , le peuple a plus de désintéressement, plus de probité et plus de générosité que les aristocrates et les rois. Relisez vos éloges ( § 5 , pag. 445 et suivantes ), relisez surtout le discours de Barthe : ie voyez-vous? Vous ne trouviez pas de termes sufïisans pour rendre dignement hommage à ses vertus: et vous ne parlez aujourd'hui que de son ardeur pour le désordre et pour le pillage ! Vous êtes d^infâmes et d'ingrats calomniateurs !
(i) « Le château des Tuileries était à la disposition des ci- » toycns. Déjà les bàtimens qui séparent les Tuileries de la » place du Carrousel sont en feu : Tindignation s'acharne avcus slémwit sur tous les meubles renversés dans le château; lev » glaces sont brisées , les boiseries mises en pièces. Parmi cette » multitude irritée , tous ceux que Ton surprend voulant s'appro- » prier quelques cifets sont conduits â la place Vendôme , où , » après avoir subi une espèce de jugement * ils reçoivent la » mort sur-le-chcunp.t { Moniteur du li août.)
Le peuple veut Virrèligion et Vimpièté..,. î — Non, le peuple s'irrite contre les insolens carlistes qui , quelques mois après sa victoire , en face des tombes de ses martyrs ; ont Paudace de venir célébrer dans «n temple la fête d'Henri Y ! Il est Tennemi des jésuites et des prêtres ambitieux et mondains qui font servir la religion à la politique , et qui prêchent la guerre civile et les proscriptions ; il abat la croix fleurdelisée, ou plutôt les fleurs de lis qui s'y trouvent et la dénaturent. Mais demandez au curé de Saint-Germain-FAuxerrois lui-même : ce peuple ne respecte-t-il pas la croix simple et religieuse? N'en place-t-il pas sur le tombeau de ses amis? Ne s'incline-t-il pas avec reconnaissance et vénération devant le pasteur qui , ne parlant que de religion , de concorde et de charité , appelle les bénédictions du ciel sur les victimes du despotisme et les héros de la liberté ? Oui , quand , aux yeux des nations pieuses ou superstitieuses , TOUS le dénoncez comme un peuple irréligieux , impie et sacrilège, vous êtes vous-mêmes de sacrilèges calomr niateurs !
Les républicains repoussent la légalité et veulent Tanarchie, 95 et les échafaudsî ce sont des buveurs de sang! -*- Atroces calomniateurs ! les républicains sont princi-
Îmlement la jeunesse : je vous accorderai que, naturelement confiante , sans expérience , et quelquefois présomptueuse , comme nous Favons été tous , cette jeunesàe a pu recevoir dans ses rangs quelques-uns de vos infâmes agens provocateurs qui cherchent à la compromettre, après avoir surpris sa confiance sous le masque du patriotisme et de l'énergie ; mais vous savez bien que , de sa nature aussi , elle est aimante , généreuse , désintéressée , courageuse jusqu'à l'héroïsme, et remplie de dévouement pour la patrie et d'enthousiasme pour tout ce qui est juste, grand et beau ; vous savez bien que les jeunes gens n'ont jamais été plus laborieux qu'à notre époque, plus studieux, plus instruits , plus moraux, plus occupés de choses graves et sérieuses. Auriez-vous oublié tous les éloges , tous les témoignages d'estime, d'admiration et de reconnaissance que vous leur avez donnés? Relisez-les ces éloges , pour votre honteet pour votre condamnation. (Y. §5, p. 4 JSetsuiv.)
Entendezovous Lafayette célébrer les services rendas à la patrie par les jeunes gens des écoles, et parler d'admtmtton, de confiance, même de respect pour la glorieuse jeu* Besse de V École Polytechnique ? £ntendez<Yous .Forgane du gouT^ernement vanter la philantropie et le couragg des jeunes gens du Jardin-^es-Plantes , et dire , en parlant de Y École de Médecine : « Ceiie jeunesse si active et » si Vrave, se serrait en foule autour du monarque hea- » reux de se sentir pressé par ces coeurs généreux qui D avaient contribué à sauver la patrie , dent ils «ont une 3» des plus belles espérances ( pag. 4^15 et 446)1» Entendez-vous le lieutenant-général dire à M. Séguier : ... « J'esi» père que mes enfans se montreront dignes condisciples M de cette glorieuse jeunesse qui vient de déployer une » énergie suMime pour la défense de ses droits et de y>eê » foi/ers ( page 'Hô). » Entendez-vous Louis-Philippe
dire aux élèves de TÉcole de Droit : « Je reçois aveo
I» attendrissement Fexpression des sentimens de l'Ecole » de Droit; j'admire le patriotisme avec lequel elle a » concouru à Théroïque défense de Paris. Messieurs, je » suis à vov^ à la vie et à la mort (page 446). »
Les républicains sont des anarchistes et des buveurs
Ûe sang! Mais Lafayette n' est-il pas républicain?
Louis-Philippe ne s'est -il pas continuellement vanté d'être républicain ? N'a-t-il pas reçu six chefs républicains le 54 juillet (page 462)? Ne s'est-il pas écrié le même jour : Mon cher È. . . , je porte la république dan$ mon coeur, je suis républicain , et c'est moi qui vais iuer la réjmblique? Même depuis les 5 et 6 juin, n'a-t*il pas répété à S.... je suis républicain ?
Mais les émeutes ? — Les émeutes 1 celle des journées de juillet était-elle légitime? Celle de la garde nationale contre le ministère Yillèle était-elle criminelle? Si la trahison ouvrait à l'ennemi les portes de la France, l'émeute i|U^exciterait cette infamie serait-elle un crime ?
Les patriotes peuvent se plaindre des émeutes passées, parce que vous les exploitez contre eux , et que vous pou» vez en faire pour avoir occasion de les accuser et de les maltraiter; mais celles que vous n'avei pas provo qué i f
<Mit été le résultat de votre intolérable système; les émeutes sont Totre accusation.
Oui , les républicains veulent la liberté , Pégaiité possible , la réalité de la représentation nationale , et le bonheur du peuple; mais ils veulent aussi Tordre public et le règne de la loi. Ce sont eux'qui veulent la légalité , et c'est vous qui voulez l'arbitraire ; c'est vous qui faites de l'anarchie, vous qui dites que vos assommeursembrigadéf exercent dans les rues la souveraineté populaire ( Dis* cours de Barthe du 40 août ) ; vous qui dites que la mise en état de siège est encore un acte de la souveraineté populatre, parce qu^elle est sollicitée par quelques furieux qui compromettent Thabit de la garde nationale ( Mom- . ieur,^ juin ) ; vous qui excitez vos agens à se faire iustîee eux-mêmes , et à assassiner ceux qu'ils ne devraient que livrer aux tribunaux ; et quand, pour la perdre, vous ealomniez ainsi la jeunesse , Fespérance des familles et de la patrie, cette jeunesse, dont le courage vous a sauvés , et dont le patriotisme vous embarrasse aujourd'hui, vous êtes dHnfdmes calomniateurs!
Les républicains se sont ailiés avec les carlistes! ^-^ Us peuvent avoir contre eux, qui ne sont que des «nnemis déclarés , moins de ressentiment que contre vous qni les ayez trompés ,* mais vous savez bien que toute alliaiiM entre eux est impossible ; vous savez bien que les carlistes trahiront pour faciliter rinvasion , tandis que \m
républicains se feront tuer pour l'empêcher Voim
savez bien que c'est vous qui avez fait alliance avec ki carlistes dans les diverses élections; vous savez bien que ^rous leur tendez continuellement la main, que vos DéhaiÊ font la cour à leur Gazette, qu'il y a sympathie entM leurs doetrines et] les vôtres , et que vous êtes prêts ï vous jeter dans leurs bras et dans ceux de l'étranger plotôt que d'adopter complètement la révolution ; et quand^ pour exciter vos soldats contre les républicains, vous dites que ceux-ci sont des chouaûs et des carlistes , ycsm êtes a infâmes calomniateurs!
Bu reste, le 28 juillet 4830, dans une proclamatiiR aux Parisiens , Mangin disait :
« Depuis avani-hier soir, des désordres graves ont 4Ê6
)) commis dans Paris par des attroupemens séditieux. L » pillage , Vincendie et les coups de poignards j)araissent » signaler la présence d'uii grand nombre de brigands » dans la capitale.
» Habitans de Paris , éloignez -vous de ces misera' M blés »
Voilà comment la police de Charles X calomniait les héros de juillet; et trois jours après, dès le 'l** août, ceux d'entre eux qui invoquaient la souveraineté nationale étaient déjà traités d'a^iarchistes ou d' ultra-royalistes déguisés; d'agens de V étranger , de partisans du due de Bordeaux. Comment pourrait-on s'étonner qu'on les appelle aujourd'hui les alliés des chouans et des carlistes ?
Les opposans sont tous des républicains ! — Mais vous savez bien le contraire ; vous savez bien que le plus grand nombre même des patriotes voulaient seulement une monarchie réellement représentative , ou , comme le duc d'Orléans le disait lui-même , un trône populaire entouré d'institutions républicaines; c'est pour les envelopper dans la proscription des républicains que vous les dénoncez comme républicains : vous êtes d'infâmes calomniateurs !
L'opposition veut l'extermination de ses adversaires t — Non , non ; elle voulait , avec raison , qu'on éloignât momenlanémcnt les carlistes des emplois ; mais c'est votre système qui leur a donné l'espérance d'une troisième restauration , et qui les a pour ainsi dire provoqués à conspirer contre la révolution. S'ils nous mettent en péril, et s'ils succombent un jour sous la colère populaire , c'est vous qui les aurez perdus; c'est nous qui voulions les sauver, et c'est nous qui vous accuserons d'avoir privé la patrie d'enfans qui pouvaient se réconcilier avec elle et là défendre. En accusant ainsi l'opposition , vous êtes d'infâmes calomniateurs !
L'opposition a voulu la propagande! C'est elle qui a poussé et compromis Jes réfugiés espagnols I — Les nommes de juillet s'intéressaient à tous les peuples et désiraient la liberté pour tous : voyez le crime ! Mais , misérables imposteurs , n'est-ce pas vous , vous-mêmes , qui avez fait de la propagande dans le principe ?
Sébastiani , dit-on , n'approuvait pas le projet de rëvo* lutionner FËspagne , et Mole se bouchait les oreilles et fermait les yeux pour ne rien entendre et ne rien, voir : mais n'a-t-on pas toléré et approuvé le comité formé pour procurer des fonds et des secours de tous genres aux réfugiés espagnols? Casimir Périer n'a-t-il pas , malgré son incroyable dénégation , formellement autorisé son fîls à faire partie de ce comité ? Celui-ci n a-t-il pas signé les circulaires? Les ministres , les principaux députés n'ontils pas souscrit ?
Guizot et Montalivet n'ont-ils pas journellement correspondu avec le comité ? N'ont-iis pas fait venir d'Angleterre Mina et beaucoup d'autres réfugiés qui se disposaient à se rendre directement par mer en Espagne? Ne leur ont-ils pas fait donner des passeports par le préfet de police Girod de l'Ain, et même des feuilles de route collectives pour trente , quarante et cinquante personnes avec étapes et solde , depuis Calais , Boulogne , le Havre et Paris ? Ne leur ont-ils pas fourni des armes , des drapeaux et des volontaires parisiens ? N'ont-ils pas mis le . télégraphe à leur disposition? N'ont-ils pas promis de,4< destituer quelques préfets et sous-préfets pour les remplacer par des préfets dévoués au succès de l'opération ? Guizot n'a-t-il pas remis cent quatre-vingts quadruples d'Espagne à Inglada pour le colonel Valdès? Louis-Philippe ne consentait-il pas à donner le duc de Nemours â dona Maria devenant reine d'Espagne et de Portugal ? N'a-t-il pas donné cent mille francs en deux traites , dont l'une sur un banquier de Marseille pour Torrijos? Et quand Ferdinand , qui d'abord faisait insulter Louis- Philippe , l'eut subitement reconnu , n'est-ce pas Louis- Philippe et ses ministres qui ont subitement arrêté , désarmé , trahi , sacrifié ces malheureux Espagnols et ces malheureux volontaires parisiens ?
Et les réfugiés italiens ! Le comité formé à Lyon ne s'est-il pas mis en communication avec le ministère? N'a-t-ilpas été approuvé? Ne l'a-t-on pas laissé préparer son organisation militaire et réunir des armes, des uniformes , des volontaires lyonnais , et des fonds ? Ne lui a-t-on pas avancé quelque argent ? Louis-Philippe n'a-t-il pas transmis au roi do Naples un projet de constitution T. I. - -10.
rédigé par le général Pépé? f^Vt-il pas soari à Fidée d'un mariage entre Tane de ses filles et le fils du duc de Hodène deyenu roi d'Italie? N'a-t-il pas eu plusieu» eonférences à ce sujet avec le braye Félix Lepelletier?
Oui , c'est yous qui avez fait de la propagande ,* et vcras osez accuser Topposition I Quel excès presque incroyable d'audace , d'hypocrisie , de déloyauté et de calomnie I
L'opposition voulait la guerre! — Non, non, l'opposition voulait la paix ; mais elle voulait qu'on se préparai à la guerre , et qu'on acceptât la bataille plutôt que de commettre des lâchetés. Avec son système, nous aurions la paix , Fhonneur, la liberté , l'indépendance , la aéciirité , la prospérité du commerce et de l'industrie , tandi» que vos lâches concessions et votre criminelle alliance avec les rois contre les peuples , après nous avoir fait Tégéter dans les angoisses, dans la misère et la honte , nous amèneront inévitablement une guerre plus dangereuse et plus sanglante : c'est vous qui répondrez devant l'humanité des calamités de la guerre ; et quand vous eu )^ accusez d'avance l'opposition, vous êtes d'infâmes calomniateurs/
L'opposition voulait des conquêtes J — Non , non ,• elle désire la liberté , l'indépendance et le bonheur des autres peuples; elle sympathise avec eux, et leur accorderait volontiers son alliance et son fraternel appui : mais elle respecte leurs droits ; c'est vous au contraire qui voulez les laisser éternellement gémir sous le joug de leurs oppresseurs ; c^est vous qui les opprimez ; et quand vous accusez ropposition , vous êtes d'infâmes calomniateurs!
L'opposition est l'ennemie du peuple et la cause de tout le mal! — Quoi ! PHpont,Xaffitte, Lafayettc, d'Argen-
fion , Sahertc, Cormrnin , etc sont les ennemis du
peuple 1 ! ! C'est par trop fort 1 La calomnie est trop
déhontcel Vous êtes d'effrontés calomniateurs! '4g
Mais pourquoi donc tant de calomnies contre le peuple,
la jeunesse et Topposition? Vous qui vous (dites un gou-
Ternemout paternel , vous qui devriez exalter les vertus
des citoyens pour les rendre plus vertueux encore , cher-
^ diez-vous , pères dénaturés , à les avilir à leurs propret
yeux en leur supposant des vices qu^ils n^ont pas? Qnandl on veut faire tuer un chien , on crie au chien enragé t Est-ce pour faire tuer vos adversaires que vous cherehis à exciter contre eux les fureurs de vos sergens de villbf dQ vos gardes nationaux et des soldats , en. les leur peignant comme des brigands sur lesquels il faut tirer saoM Jnésiter ? Cherchez-vous enfin à exciter contre eux le loépris et la haine des autres peuples , comme si vous étiac Autrichiens , Prussiens , Anglais on Russes , ou payés pac eux?
Oui, vos calomnies sont anti-françaises , sacrilégas^ atroces ; elles suent le sang !
§.29 — Système de police.
Rîen n^égale la réprobation universellement manifesléê dans tous les temps contre une institution immorale qwà ne vit que de perfidies , de trahisons , de délations et éâ provocations ; qui ne peut choisir ses agens que dans Wi prisons et les bagnes ; qui confie l'honneur, le repos et Ik vie des citoyens à tout ce que la société a de plus vil ié de plus redoutable , et qui ne paie que le prix du ra«l qu'elle fait répandre.
Uhis , inutile sous un gouvernement populaire et national y la police inquisitoriale et politique est une des eessités des gouvernemens qui ne s'appuient que sur parti. Plus un gouvernement est despotique, oppressa et traître , plus il est méprisé et haï , plus la police l«i est nécessaire. C'est sous Louis XYLque cette police piift une extension nouvelle ; c'est sous Louis XVIII et Chai^ les X qu elle reparut avec plus de force que jamais ; fi l'on se rappelle toutes les imprécations lancées contre am agens et ses actes.
Supposez que Charles X monte sur Ip trône et qa*l fasse organiser par Mangin une troupe nombreuse d'air ciens agens et d'anciens gendarmes irrités d'avoir éli vaincus, et poussés par la rage de la vengeance ; suppotaa qu'on leur adjoigne une troupe de forçats libérés, db Brigands , de sicaires et d^assassins , les uns cachés Bom^
tous les costumes et autorisés à porter toutes dëcoratîoos ot toutes armes secrètes y les autres eorégpimentés , et publiqiiomeot aniK's ; supposez qu on les excite encore contre les hommes (le juillet , contre les jeunes gens et contre les députés de Topposition , en leur promettant l'impnnitë ; supposez qu'ils pénètrent dans les domiciles , et puissent ainsi fouiller , voler et piller ; supposez qu'ils arrêtent le jour et la nuit , dans les maisons , sur les ponts et dans les rues ; supposez qu'un patriote seul et sans armes tombe entre les mains d'une pareille bande de furieux ; supposez que ce malheureux insulté , maliraîié , tue , assassiné par eux , appelle à son secours l'autorité qui doit le protéger contre ses assassins , et ne troaye
Ï)our protecteurs que ses assassins eux-mêmes ; et dites, a police serait-elle autre chose que l'anarchie , le brigandage et l'assassinat? Le sauvage ne serait-il pas plus en sûreté dans ses bois?
Une institution si décriée devait disparaître après une révolution si généreuse et si pure; elle devait d'autant plus disparaître que le gouvernement a partout une garde nationale plus que suffisante pour défendre l'ordre public.
Mais non , l'institution et ses agens ont été conservés, et ses actes sont les mêmes. Que dis-je , c'est bien pire I
Jamais les chambres n'ont donné tant de millions pour la police secrète ; jamais ses journaux n'ont été si menteurs , si injurieux , si violons et si provocateurs ; jamais ses agens n'ont été si nombreux , si favorisés , si hardis et si sanguinaires.
N*a-t-on pas vu quinze agens en costume et armés ^ s'introduire dans le domicile d'un lithographe et le menacer de leur vengeance s'il ne supprimait pas une fithographie qui leur déplaisait? N'a-t-on pas vu 4'autresr agens attaquer dans son domicile et assassiner dans la rue Vun des directeurs du journal le Mouvement? — Ne Tient-on pas de voir six employés principaux envahir le domicile du gérant du Temps, le menacer et le frapper chez lui pour avoir* critiqué les croix d'honneur qui Tenaient de leur être données?
Quoi I des croix d^honneur pour des services dans l'administration de la police î 1 ! — Oui , des croix d'honneur pour la police 1 Et même le chef de la police secrète , le chef de la brigade de sûreté , Vidocq , puisqu'il faut l'appeler par son nom, Vidocq reçu au Tuileries! le fameux Vidocq reçu par Louis-Philippe ! !
Que l'on s'étonne maintenant, si l'on peut^ de voir la police lancer ses agens au milieu des ouvriers et des jeunes gens pour captiver leur confiance sous le masque da plus ardent patriotisme, pour faire les propositions les plus violentes, pour pousser des cris de révolte, pouPr vanter Robespierre et Marat , pour arborer le bonnet el le drapeau rouges I Qu'on s'étonne de la voir provoquer les conspirations des tours Notre-Dame et de la rue des Prouvaires, embrigader des assommeurs sous le nom d'honnêtes ouvriers, habiller ses agens en gardes nationaux pour tirer sur le peuple , et en homme du peuple pour les entraîner à tirer sur les gardes nationaux et les soldats! Qu'on s'étonne de voir la force armée tuer tant de citoyens dans les moindres émeutes, et jusque dans le palais du roi ! Qu'on s'étonne de voir un agent donner un coup de sabre à un jeune homme , et lui dire : Va Tnaintenant te faire acquitter par la cour d' assises IQu! on. s^étonne des épouvantables violences commises sur les prisonniers des 5 et 6 juin, et de l'épouvantable massacre du pont d'Arcole! Qu'on s'étonne enfin de voir un journal de la police pousser son atroce hardiesse jusqu'à plaisanter sur ces noyades de jeunes gens assassinés !
Jamais la police n'a fait autant d'arrestations ; c'est elle qui fait fouiller les domiciles et qui visite les papiers^ même des membres de la représentation nationale ; c'est dans ses horribles cachots que les prisonniers sont d'abord entassés en passant à travers l'armée de ses sbires ; c^est elle qui dispose des prisonniers et qui les met au secret , malgré la défense des juges d'instruction ; c'est elle qui , non seulement méprise les arrêts des tribunaux, mais qui fait justice à coups d'épées; c'est elle, en uu mot, qui gouverne.
§50. — Système de vioUnees. «— Humanité de Lauiê' Philippe > avant et après le jugement dePoli^nae. — Atrocités des ^ et 6 juin. — Pont d'.Àrcole.
Où trouver des expressions pour peindre les violences exercées contre la jeunesse , le peuple , les hommes da juillet, après une révolution si modérée et si généreuse?
Dès le 4" août, Tiniprimeur de la Tribune est menacé pendant deux jours , parce qu'il s'oppose , non pas à réfection du duc d'Orléans , mais à son élection par quelques députés sans mandat.
Le journal de Talleyrand et de Thiers menace déjà les opposans , et parle d'hommes vigoureux et de mesures de datpofisme et de terreur. — On insulte dans les rues et sur les places publiques les partisans de la souveraineté nationale; on les fait menacer et maltraiter.
Dès le 5 août , on arrête des patriotes prote stant devant le palais des députés.
Que dis-je? dès le 7 août, un des hommes qui entour rent le lieutenant-général veut faire distribuer des cartov^ ehes à la garde nationale pour tirer sur des vainqueurs de juillet rassemblés devant la chambre des députés , et invoquant la souveraineté nationale.
Quelques jours après, Guizot et de Broglie, l'ancien fondateur de la première association pour la liberté de la presse , lancent la garde nationale contre la société des AmUt du Peuple.
Dupont , Lafayette , Laffitte , Odilon-Barrot , reponS' sent long-temps les mesures de rigueur.
Louis-Philippe lui-même manifeste d'abord la plus touchante humanité; il veut abolir la peine de mort ; il s'évanouit presque à Tidée d'une immolation sur Téchafaud. — Un jour, il est question de deux arrêts de cour d'assises condamnant dos parricides à la peine capitale, et Dupont lui propose de supprimer l'amputation du poignet; ^nais le trop sensible roi ne veut pas même soumîr qoQ
— asiles parricides soient mis à mort. Vainement ses onze ministres sont unanimement d'avîs qu'il hni exécuter la lois vainement ils lui font observer que ce n'est pas lui qui condamne : Louis-Philippe pâlit , paraît agité de convul^ sions , et demande dix jours pour réfléchir. Les dix jours écoulés, il se rend a\^ec douleur à l'avis de ses ministres ; mais quand Dupont lui présente les dossiers pour signée la suppression de la mutilation , il les repousse avec ua mouvement d'horreur ; et demande encore vingt-quatre heures. Cependant les condamnés sont inexcusables; caff il s'agit d'une fille qui a empoisonné son père , aidée par sa mère qui a empoisonné son mari ; il s'agit aussi d'un autre parricide commis avec les plus horribles circonstances.
Mais quand les anciens ministres de Charles X son! acquittés , Louis-Philippe ne parle plus d'abolir la peine de mort ; il ne s'oppose plus à l'exécution des condamnations capitales ; et plus tard j quand les hommes de juillef encombreront les prisons , ni sa fête , ni l'anniversaire des grandes journées , ni le mariage de sa fille , ne pourront obtenir une amnbtie.
£t quand le nouveau ministre de Charles X arrive, au «fS mars y la violence à découvert arrive avec lui, les assom meurs sont embrigadés; dans chaque émeute , dei citoyens sans armes , terrassés ou fuyans , tombent percés par le poignard , l'épée , le sabre ou la baïonnette ; on voit des cadavres jusque dans le Palais-Royal, à la porte du roi, tandis qu'à Grenoble des femmes et des enfans sont percés par le fusil du soldat.
Les ordres du jour et les proclamations excitent la colère (le l'armée contre le peuple; le roi lui-même prodigue les éloges , les croix et les récomjpenses ; il remercie personnellement les soldats dont le fer a percé les Grenoblois : leur régiment aura , dit-on , l'honneur d'être la ganicdu trône, tandis que les gardes nationales qui ne montrent pas assez de dévouement sont brutalement licenciées et désarmées; et comme si la quasi-légitimité devait avou* son quasi-repas du 4" octobre 4 789 (p. \7)p on profite de l'arrivée d'un brave régiment de dragons, pour donner on grand repas de corps , auquel assistent les
ducs d^ Orléans et de Nemours, le président du conseil, le ministre de la guerre , toutes les autorités militaires et tous les colonels de la garnison , et dans lequel on porte les toats les plus propres à animer Farmée contre les citoyens. (Moniteur du \ " avril. )
Et quand arrive la déplorable collision des 5 et 6 juin, provoquée par Taggression de la police , rien n^ égale la Tiolence et la rage des vainqueurs. . . Des prisonniers massacrés ; des enfans percés de coups après le combat ; des têtes broyées à coups de crosse de fusill...
Ce n^est pas tout. . . Ici la chaleur d'un combat , et Firritation d'avoir vu deux cents ouvriers et jeunes gens disputant la victoire à soixante mille hommes , aidés de je ne sais combien de pièces de canon , peuvent expliquer la fureur des combattans.
Mais les violences après la bataille , dans les arrestations, à la préfecture de police!... Les insultes d'une banded'agenspatens et secrets, rangés en haie dans la cour; leurs outrages contre des hommes désarmés 5 les moustaches arrachées , les coups de crosses de fusils , de baïonnettes , de poignards , d'épées et de sabres ; les coups de pieds et de poings; les coups de bâtons et de fouets!... Des malheureux frappés, blessés, tués, entassés plusieurs jours dans les cachots, sans lits, sans paille, sans •air , sans pain 1 . . . Puis un roi parcourant triomphalement les boulevards, et donnant lui-même l'ordre de mitrailler pour en finir. Puis un personnage , qui n'est cependant pas Charles X , déclamant des vers , et riant dans un palais , au bruit des feux de bataillons , au bruit du canon qui fait trembler les vitres et qui tue les Parisiens!...
Puis, Louis -Philippe se vantant d'avoir pulvérisé , anéanti , exterminé une poignée de rebelles qui sont des hommes de juillet attaqués et provoqués par sa police, des jeunes gens , des Français , dont l'étranger ( s'ils avaient combattu l'étranger) aurait admiré l'héroïque courage ! . . .
Puis le soir, des promenades menirçantes, aux cris de : A bas les républicains, les chouans et les carlistes/
Puis, le même soir , le roi , qui vient de déclarer à Odi-
loQ-Barrot« Arago et Laffitte qu'il ne mettra pas la capitale en état de siège , changeant de volonté sur les in« stances de Thiers et de Guizot !
Puis, après la victoire , et sans aucune nécessité, Bartlie et Montalivct signant Tordonnance de mise en état de siège , tandis que Polignac et Peyronnet hésitaient au milieu du combat et du périll... Bar.the , ordonnant Tarrestation de trois députés ses collègues , dont Tun était son ami , qui seront peut-être à Finstant massacrés ou fusillés, tandis que Marmont déchirait les mandats d'arrêt et n'exécutait qu'en versant des larmes les ordres qui lui étaient imposés!
Puis la violation de la charte et des lois ; la tyrannie , la terreur ; les citoyens livrés aux tribunaux militaires ; Farrestation de Lafayette et de Laffitte mise en délibération ; celles de trois membres de l'opposition décidée dans le conseil ; des mandats lancés contre eux sans motifs ; leurs domiciles violés, et leurs papiers saisis par la police; des cris de fureur de la part des journaux ministériels contre l'opposition tout entière ; des menaces de gardes nationaux a aller attaquer les députés chez eux! . .
Puis, quand un mémorable arrêt de la cour de cassation , réparant la honte d'un autre arrêt de la cour royale, arrache aux tribunaux exceptionnels leur proie , des cris de rage des meneurs du juste-milieu contre les patriotes t Notis ne ferons plv^ de prisonniers ! Puisqu'on ne veut pas faire juger ces brigands par des tribunaux militaires » nous ferons justice nous-mêmes! A la première lutte, nous massacrerons tout!
Puis le pont d' Arcole ! . . .
V C'est le 28 juillet 48521 C'est la nuit. Ils viennent de pleurer sur les tombes de leurs amis , de leurs frères , des martyrs de la liberté ! ... Ce sont des jeunes gens , des étudians aux cœurs brûlans de patriotisme I . . . . Ils s'arrêtent ; ils chantent. . . — Venez sur le pont d'Arcolc, leur disent des voix inconnues , vous y serez mieux. — Ils y sont. . . Ils sont trente environ. . . Une femme est avec eux; elle chante la Marseillaise,,, Ils répondent en chœur : Allons, enfans de la patrie,,. Ils sont à genoux et à dé* couvert... Elle chante encore: Amour sacré delapor
Jrie..* Libefiè, liberté chérie.... ToutÀcoup, plus de ^ants .... Un grand tumoite , des crû de yietimes. ... de grâce y au nom du ciel, achéye-moi ! . . . le bruit de corps jetés dans la nyiére... Puis un effrayant silence.. . Et le lendemain , le pont lavé pendant la nuit. . . . Des traces de eang sur le plancher, du sang sur le fer de la rampe , do «ang dans les rues adjacentes... Ciel! eue de sang! que de blessés! que de morts! que sont-ils devenus? La Semé roulant leurs cadavres sons les filets de Saint-Gloud , leur donnera-t-elle VOcéan pour tombeau?. . . Quels sont leun noms?... Quelle est cette femme?... Qui sont-ils? N^out> ils ni concitoyens , ni amis, ni frères, ni pères?... Us n'ont donc pas de sœurs? ils n'ont donc pas de mères?... Bier , à cette heure , on a vu des sergens de ville embusqués dans les ruelles voisines , aux deux extrémités du pont.... Qu'y faisaîent-ils? Guettaient-ils leur proie?.... Quels sont les assassins? Quoi ! la justice ne répond pas I Desmortiers, qui poursuit avec tant d'ardeur un mot, une phrase des jeunes gens , des députés , Desmortîers ne le sait pas encore! Et le roi, père de la jeunesse. . . qui s'est dit à elle àlaviie^àla mort... le roi ne sait rien!.. Épouvantable mystère!... Affreuses ténèbres! Horrible nuit! La police, aux yeux d'Argus, ne sait rien!.... Mais qn'entends-je?... Ils ne feront plus d^ émeutes! — Écoittons , Figaro va parler : La république a fait le floic- GCON... La république nage entre deux eatjx!...
Barbares ! Et vous osez parler de 95 ! . .
Et des passans sont au nombre des victimes I Mais où sont donc la civilisation , la sûreté personnelle, la sécurité publique? Quel ouvrier, quel garde national, quel citoyen riche ou pauvre, quelle mère accompagnant sa fille , peot avoir la certitude de ne pas se trouver an milieu d^une semblable boucherie , et de ne pas être olanâestinement assassiné sur un pont ou dans une rue , le soir , en regagnant son domicile ? *^
I £M . — Système de prétendue légalité. — Nombreutes vioUxtions de la charte et des lois. — Etai de siège.
Le 5 août, nous l'avens tu (page 478), le doc d'Or-
léffliB déckre mauvais citoyen celui qui n'obéit pas à la loi ; il pousse le respeet pour la charte, non pas jusqu'à refuser la place de Charles X et d'Henri Y, mais jusqu'à consentir à non:Tuer lui-même le président de la chanibre des députés , uaîquement parce quo la charte donne ce pouvoir à Charles A.
Le 9 août , il jure de ne gouverner que par les lois, et selon les lois.
Depuis , Louis-Philippe et ses ministres ne parlent que de légalité; ce sont eux qui invoquent à chaque instant la légalité, comme si les patriotes nVn voulaient pas , comme si ce n'était pas eux au contraire qui repoussent Tarbitraire et réclament Tempire de la loi.
Mais cette affectation d^ amour pour la légalité n'estelle pas une ruse du juste-milieu , une véritable déception?
Ne sont-ce pas souvent les despotes et les tyrans qui parlent le plus de légalité? N'est-ce pas au nom de la légalité que Louis XYIII et Charles X ont cent fois violé la charte , et sous prétexte d'en assurer à jamais les bien* faits j que les criminelles ordonnances du 25 juillet ont déchiré cette charte ?
£t vous? voyons.
Louis-Philippe n'a-t-il pas violé la légalité quand il a reçu pendant dix-^huit mois une liste civile d'environ 57 millions qui n^était pas votée ; quand il a nommé di« rectement les maires dans les départemens de FOuest ; quand il a nommé des pairs avant la révision de Tarticle 25 ; quand il a choisi des mineurs pour les revêtir de la pairie^ quand il a invoqué une dtfpotîtion traonn toire de la charte de 4844 pour refuser de réviser les pensions irrégulièrement accordées aux émigrés et aux chouans ; quand il a interdit des représentations théâ^ traies ; quand il a ressuscité un édit de 1666 pour punir les médecins de garder des secrets dont la révélation an contraire serait punie par le code pénal ; quand il a déclaré qu'il n'exécuterait pas les lois à Fégard de la du- Ahesse de Berry ?
N'a-t-il pas surtout violé la constitution et les hm quand y à Paris et dans la Veadée, il a lui-même déclartf
Fétat de siège , distrait des citoyens de leurs juges naturels pour les livrer aux tribunaux militaires , sans même respecter le principe sacré de la non-rétroactiyité?
Oui , après moins de deux ans de règne , Louis>Philippe a déchiré la charte aussi manifestement que Charles X y et bien plus manifestement même , car il Ta déchirée après la révolution , après les imprécations de la France entière lancées contre le parjure de son prédécesseur, après Fexpulsiondu roi coupable et la condamnation de ses ministres , après Fintroduction dans la charte de dispositions destinées à prévenir de pareilles violations , après une victoire, et sans aucun prétexte de nécessité , quand rien ne pouvait servir d'excuse, quand tout signalait la mise en état de siège comme un criminel renversement de la constitution et des lois y et les ordonnances de juin comme plus inexcusables encore et plus odieuses que celles du 25 juillet. \'
§ 52. — Sytéme de la liberté individv£lle. — Justice.
« Je jure, dit Louis-Philippe, le 9 août, de faire rendre bonne et exacte jtLStice à chacun selon son ^roit. »
t( Il est juste ( dit Barthe dans son discours du 42 » août , après avoir fait un pompeux éloge du peuple ) , » il est juste que désormais , depuis le premier jusqu'au » dernier échelon de la police judiciaire , chacun, tout en V remplissant les devoirs rigoureux résultant aune né- » cessité impérieuse , comprenne bien néanmoins les » égards que Fon doit à tout prévenu, le respect que l'oa » doit à cette dignité d'homme dont les condamnas eux- » mêmes sont rarement tout-à-fait déchus , et le prix de N cette liberté personnelle à laquelle les mesures provi' » soires ne doivent porter atteinte qu'avec la plus sage » circonspection. »
Voilà les promesses.
£h bien ! la restauration s'est-elle jamais jouée avec tant d'impudence et d'inhumanité de la liberté des citoyens et de la sainteté du domicile ?
La police faisant d^innombrables arrestations et arrêtant les citoyens sans preuve ; pénétrant dans les domiciles et fouillant tous les papiers les plus secrets , même des membres de la représentation nationale ; entassant les inculpés {réptiiés innocens) dans des lieux étroits et infects y sans feu , sans air , sans lits et souvent sans pain ; mêlant Fécrivain et Taccusé politique avec le voleur et Fassassin , la malheureuse mère de famille avec la prostituée y les gardant arbitrairement des semaines et des mois avant de les livrer aux magistrats ; un infâme panier à $alade pour transporter les prisonniers ; une infâme sourir dère pour les recevoir en attendant l'interrogatoire ; des quatre , six y huit , dix mois de détention provisoire en attendant un jugement qui déclare l'innocence ; d'infâmes espions jetés au milieu des cachots pour trahir la confiance de l'infortune ; de barbares agens accablant d'outrages et de violences leurs prisonniers désarmés; des innocens ruinés y désespérés , malades , mourant dans les prisons ; enfin des condamnations d'une impitoyable rigueur , voilà le spectacle que présentent aujourd'hui la justice et la police ! voilà les égards qu'on a pour l'homme et pour le citoyen , pour la liberté et pour l'humanité I
Du reste lo sanctuaire de la justice est-il respecté du pouvoir? Quand il s'est agi de juger certains accusés politiques , l'accusateur et le juge n'ont-ils pas été appelés, pendant la nuit , par une voix à laquelle il est difficile de résister, et devant laquelle l'indépendance a besoin de tout le courage de la vertu ? Et quand soixante magistrats réunis ont presque unanimement sanctionné la mise en état de siège y la distraction des juges naturdb et la violation du principe de non-rétroacîivité , le bruit adroitement répandu d'une prochaine réorganisation de la cour n'a-t-il pas eu d'influence sur ce trop mémorable arrêt ? **
§ 55. — Système envers la liberté de la presse*
Amis de la révolution , soutenez la presse ; ennemis , détruisez-la , car c'est elle qui a préparé et provoqué l'insurrection de juillet.