‹ Révolution de 1830 et situation présente (novembre 1833); expliquées et éclairées par les Révolutions de 1789, 1792, 1799 et 1804 et par la restaurationChapitre 11 sur 30 · RÉVOLUTION ESCAMOTÉE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION ESCAMOTÉE

Protestation des députés, du 28 juillet. — Députation à Marmont. — Ordre de fusiller huit députés. — 29, prise dit Louvre et des Tuileries. — Lafayette et Gérard prennent le commandement. — Commission municipale. — Sa majorité est orléaniste. — Charles X consent à tout. — D'Argout, etc. , à l'Hôtel-de- Ville et chez Laffitte. — On refuse de traiter avec Charles X. — 50, proclamation en faveur du due d'Orléans.

Malheureuses nations! comme vous êtes le jouet des intrigans, des hypocrites, des ambitieux et des traîtres! Malheureux peuples , comme vous êtes victimes de votre confiance , de votre désintéressement et de votre générosité !

Nous avons vu les Casimir Périer, Sébastiani, Dupin, Bertin de Vaux, Guizot, etc., invoquer la légalité, faire tous leurs efforts pour paralyser les députés patriotes, s'opposer à la prise de la cocarde tricolore et à l'insurrection.

Nous avons vu Sébastiani proposer une lettre respectueuse à Sa 3Iajesté Charles X, et repousser comme illégale une protestation proposée , dès le 26 , par Bérard et par Audry de Puyraveau.

Cependant, cette protestation, signée le 28 au soir par huit députés , et imprimée avec les noms de soixante-un qu'on suppose énergiques, dans une chambre de quatre cent trente, déclare que cette chambre n'a pu être légalement dissoute avant d'être constituée , et que les signataires se considèrent comme légalement élus à la députation; et ceux qui, la veille et le matin, soutenaient le

conlraire , y font mettre leurs signatures , ou souffrent qu'on les y mette après la victoire.

Mais cette protestation , rédigée et apportée par Villemain et Guizot, parle de devoirs envers le roi, des intentions du monarque trompées , d'attachement aux véritoibles et légitimes intérêts du trône et de la patrie ; de l'inviolabilité du serment au roi et à la charte constitutionnelle ; toutes ces phrases sont supprimées à l'imprimerie Î>ar la vergogne d'un journaliste qui laisse déclarer seuement que les soussignés sont inviolablement fidèles à leurs sermens » ce qui ne les empêchera pas de les violer deux jours après.

Dès les deux heures du même jour, 28, Laffîtte, Mauguin, Casimir Périer, Gérard et Lobau, envoyés par les députés réunis chez Audry de Puyraveau , vont en députation auprès de Marmont , aux Tuileries , pour demander la cessation du feu et le retrait des ordonnances.

Nous n'obtiendrons rien , leur dit Laffîtte avant de partir ; il faut donc prendre une résolution d'avance : que ferons-nous? Le duc d'Orléans! — Oui, dit Gérard. — Les hommes me sont indifférens , dit Mauguin , les institutions sont tout à mes yeux. » — Lobau paraît hésiter.

— Casimir Périer garde un profond silence.

« Vous avez eu des relations avec le duc de Raguse , avait-il d'abord dit à Laffîtte : quelques millions ne pourraient-ils pas l'amener à nous? — Non, Marmont n'est pas aussi mauvais que sa réputation. »

Ils l'ont abordé , ce malheureux Marmont que semble poursuivre une si cruelle fatalité.

« Maréchal, lui dit Laffîtte, arrêtez l'effusion du sang.

— Je suis désolé; je pense comme vous sur les ordonnances : elles sont funestes; mais j'ai des ordres. — Personne n'a le droit de vous ordonner de massacrer le peuple : vous ne devez pas obéir. — Mais Vhonneur militaire, M. Laffîtte! — Égorger les citoyens est toujours un

crime — Je ne vois qu'un moyen Que le peuple

se soumette. — Faites retirer les ordonnances. — Mais, si les ordonnances sont retirées , garantissez-vous la soumission ? — Nous ferons tous nos efforts. — Je n'espère

rîen Cependant je vais envoyer, et dans une heure

vous aurez la réponse. — Dans une heure, disent Laffitte et Mauguin , si les ordonnances ne sont pas retirées , nous nous jetons corps et biens au milieu du mouvement ! Demain, dit Laffitte, mon hâton pourra se heurter contre votre é/;ee; mais le peuple est puissant I »

Un courrier part pour Saint-Cloud.

Sémonville et d'Argout, entraînés par leur dévouement , y arrivent aussi.

Charles X, qui, la veille, avait tué des lapins, jouait au wist, au bruit du canon qui tuait des hommes. — L'étiquette les arrête d'abord ; ils sont enfin introduits :

« Sire , les députés ont déclaré que si dans une heU'

ve — Une heure! reprend Charles X en riant; ils

m'en donneront bien deux! — Les députés, sire —

Soyez tranquilles , ils sont arrêtés et fusillés maintenant.))

Il se trompe : le gendarme Foucault avait bien reçu Tordre de fusiller huit députés» Lafayette , Laffitte , Mauguin, Audry de Puyraveau, Salverte, et trois autres,

Earmi lesquels ne se trouvent ni Casimir Périer , ni Séastiani , ni Dupin , ni Guizot, ni Bertin de Vaux; mais Marmont a fait déchirer les huit mandats d'arrêt , et bientôt c'est la victoire qui protège les députés du peuple.

L'hôtel-de- Ville est pris , perdu , repris , et Laffitte se jette à corps perdu dans la révolution.

Dès le matin de ce jour, il a envoyé Oudart au duc d'Orléans, à Neuilly, et lui fait dire d'éviter les filets de Saint-Cloud. Le duc passe, dit-on, la nuit dans un kioS' que au milieu de son parc.

^. Dès ce jour aussi , des placards affichés par les insurgés annoncent que Lafayette , Gérard et le duc de Choiseul sont investis du gouvernement provisoire ; mais ce n'est qu'une ruse de guerre.

Le 29 , vers une heure , le Louvre et les Tuileries sont enlevés ; le peuple place un cadavre sur le trône de Charles X , l'insurrection est triomphante.

Trente ou quarante députés sont réunis chez Laffitte , et Dupin est parti pédestrement pour Neuilly.

Peûdant ce temps , Laffitte , plus hardi , plus décidé H plus intrépide qu'on ne pouvait le soupçonner , a fait faire, par l'un de ses frères, un appel au patriotisme des 3™^ et 55"^ régimens campés sur la place Vendôme. Soldats populaires , ils arrivent pour embrasser la cause nationale, et leurs chefs se présentent aux députés.

« Que le peuple ne nous désarme pas, s'écrient-ils; et » qu'on ne nous fasse pas marcher contre nos camarades I » r— Non, non, répond Laffitte; mais à votre tour ne » tirez pas sur le peuple! — Non, jamais, nous le ju- » rons. — Pas de serment : la parole des braves suffît, o — Et l'on s'embrasse avec transport.

Les trois partis (patriote, orléaniste et légitimiste) sont d'accord pour s'emparer du mouvement; mais les deux (Jerniers ont l'arrière-pensée de s'en saisir pour Tétouffer.

Lafayette, réclamé de toutes parts par les combattans, déclare que , non comme député , mais comme vieux patriote de 89 , il accepte le commandement général de la garde nationale. — « Si nous n'avons pas , dit Berlin de M Vaux, le vertueux maire de 89, applaudissons-nous » d'avoir reconquis \ illustre chef delà garde nationale. »

Gérard accepte , sous les ordres de Lafayette , le cotf^ mandement des opérations actives.

Mauguin propose un gouvernement provisoire; maïs Laffitte, Guizot, Berlin de Vaux, etc. , font préférer une commission municipale de Paris. Quelle victoire , dès le début , pour les orléanistes !

Audry de Puyravcau et Mauguin font partie de cette commission ; mais Lobau , de Schouen et Casimir Pcrier en sont membres aussi , avec Odilon-Barrot , Barthe , Mé-

rilhou, etc., pour secrétaires Les patriotes n'y sent

pas en majorité, et c'est une seconde et grande victoire des orléanistes.

Les généraux et la commission vont s'installer à l'Hdlel-de-Villc , où se trouvent déjà les généraux Dubourg et Subervic.

Sébastiani se charge àHnspecter le Louvre et les Tuileriesi ,.

Laffîlte reste avec les autres députés.

Cependant Charles X se résigne à toutes les concessions ; il révoque ses ordonnances , convoque les chambres pour le 5 août, nomme Mortemart président de son conseil, chargé de son hianc-seing; Casimir Périer ministre des finances, et Gérard ministre de la guerre ; il confirme Lafayette dans son commandement de la garde nationale , et fera tout ce qu'on voudra.

D'Argout , de Sémonville et de Vitrolles apportent les nouvelles ordonnances de Charles X à la commission municipale, et promettent un retour franc et sincère à la charte. « Il est trop tard, répondent Lafayette , Audry de Puyraveau et Mauguin; du reste, dit celui-ci, allez chez Laffitte. » — Casimir Périer pâlit et reste muet.

Sémonville et Vitrolles sont découragés ; mais d'Argout va chez Laffitte, où se trouvent encore les députés, et leur fait la même communication. — » A la bonne » heure, dit Berlin de Vaux; à ces conditions on peut » s'entendre. — 11 n est plus temps , dit Laffitte , il n'y a » plus de Charles X! »

Sa déchéance n'est cependant proclamée par la commission municipale que le surlendemain , 34 , et par les chambres que le 7 août; mais c'est en vain que Morte^ mart écrira directement à Lafayette, que Sussy lui remets tra la lettre, que Casimir Périer lui parlera secrètement ^ dit-on , pendant la nuit , et que même , dit-on encore , on lui proposera d'être régent de Henri V ; cette déchéance est réellement décidée dès le 29 , et par eiQin««quent voilà la porte ouverte pour le duc d'Orléans. ;../

Cependant d'Argout , encoiiragé par les parofes de Bertin et probablement par les confidences de quelques autres , demande qu'on veuille bien entendre le duc de Mortemart , et lui envoyer un sauf-conduit à Auteuil , où il est retenu. Peu après , Forbin-Janson vient chercher ce sauf-conduit. — C'est alors que Sébastiani, sortant du salon , et s'adressant aux personnes qui se trouvent dans la pièce voisine , demande deux hommes de honne volonté pour accompagner Monsieur,

Mais tandis que les patriotes ne s'occupent qu'à s'or-

ganiser militairement pour repousser de nouvelles attaques et pour expulser Charles X , qui se retire à Ram- Éouillet , les orléanistes ne s'occupent qu'à faire proclamer leur roi.

Combien de messages lui sont envoyés alors , je l'ignore : je sais seulement que Dupin est parti le matin pour Neuilly , et que Laffitte envoie ces deux mots : une couronne ou un passeport!

Vainement les insurgés , entourant Lafayette et la commission à l'Hôtel-de-Ville , et mettant en eux toute leur confiance , crient-ils : Plus de Boiirhons l plus de Bourlons! Vainement demandent-ils l'exercice de la souveraineté du peuple et la convocation d'une nouvelle assemblée nationale. Ce sont quelques députés , quelques Î)airs , quelques orléanistes qui vont tout décider aileurs 5 c'est surtout Laffitte , véritable dictateur des 28 , 29 et 50 juillet.

Dès le 50 , entre quatre et cinq heures du matin , Laréguy , Thiers et Mignet sont chez lui.

Puisque Thiers et Mignet s'y trouvent , c^est comme si Talleyrand si trouvait.

Carrel y vient ensuite , amenant des commissaires rouennais , avec lesquels il part bientôt après pour aller soutenir la révolution à Rouen , puis dans la Vendée.

« Les députés veulent conserver Charles X! s'est écrié )) Laffitte , hâtons-nous de proclamer le duc d'Orléans ! »> — Et de suite Thiers a rédigé la proclamation sui- Tante .

« Charles X ne peut plus rentrer à Paris ; il a fait » couler le sang du peuple.., La république nous expose » rait à d'affreuses divisions ; elle nous brouillerait avec » l'Europe. Le duc d'Orléans est un prince dévoué à la « cause de la révolution. — Le duc d'Orléans ne s'est M jamais battu contre nous. ( La Trihuie a été condam- » née pour avoir dit le contraire. ) — Le duc d'Orléans M était à Jemmapes. — Le duc d'Orléans est un roi ci- » toyen ( comme s'il était déjà roi ! ). — Le duc d'Or- » léans a porté au feu les couleurs tricolores. — Le duc M d'Orléans peut seul ( quelle absurdité ! ) les porter en-

» core ; nous n'en voulons pas d'autres. — Le duc d'Or- » léans s'est prononcé (\) { quand ? comment ? où ? ). — « Il accepte la charte ( à qui l'a-t-il dit avant le 50 au » matin ? ) telle que nous ( nous ! qui ? ) l'avons toujours » entendue et voulue. — C'est du peuple français » ( quelle déception ! ) qu'il tiendra la couronne. »

Cette proclamation est imprimée , affichée , distribuée le 50 , avec ces mots : de l'imprimerie du gouverne' ment, pour faire croire que le gouvernement est définitivement constitué : cette ruse n'est-elle pas du Talleyrand tout pur ?

Il faut la faire insérer dans les journaux I C'est facile.... On a le National; Laréguy rédige le Commerce, Thiers se charge du Courrier et Mignet du Constitutionnel. Elle paraîtra dans tous ces journaux et dans d'autres.

La proclamation rédigée , Laréguy se rend (2) chez Lointier , où se trouvent réunis les patriotes , et leur parle du duc d'Orléans. — C'est la première fois que ce nom est prononcé.

Les uns consentent , mais en prenant la protestation des cent-jours pour point de départ et en exigeant toutes les garanties nécessaires. D'autres refusent , demandent la république , et déclarent , d'ailleurs , que la nation seule a le droit de choisir son gouvernement.

Cependant les députés se réunissent chez Laffitte sur les dix heures. — Presque tous s'y trouvent. De Broglie s'y rend aussi plus tard.

Le peuple veut proclamer la république ou Napoléon II , s'écrie-t-on avec effroi. — Le seul moyen de l'empêcher, répond Laffitte, est de proclamer le duc d'Orléans.

Le duc d'Orléans 1 s'écrie Y pensez-vous? En

(1) Le Commerce imprime : « Le duc d'Orléans ne se pr(A noncera pas; û attend notre vœu. Proclamons ce vœu, et il

acceptera la charte telle que, etc » Il paraît que c'était la

rédaction primitive , et qu'elle a été changée parce que l'acceptation du duc était devenue certaine.

(2) 11 affirme ne s'y être rendu que sur une convocation.

placardant son nom sur tous les murs et sur tous les arbres du boulevart , vous n'obtiendrez pas cinquante voix pour lui !

Dupin , au contraire , retrouve toute sa chaleur et toute son éloquence pour faire adopter la proposition Laffitte.

« Puisqu'il s'agit de constituer un gouvernement , dit celui-ci , allons à la cli ambre ! — Partons ! partons I »

Tout à l'heure , beaucoup d'entre eux ( Sébastian! , Dupin , Casimir Périer , etc. ) prétendaient n'avoir plus aucun mandat ni aucune qualité. — Et cepend:int les voilà sur leurs sièges de députés !

Que vont-ils faire ? — Voici le procès-verlal inconnu , mais rédigé sur l'heure , de cette curieuse séance.

§ 45. — Suite du précèdent. — Curieuse séance à la chambre des députés, le 50. — Laffitte préside. — Discussion sur la réception de Mortenmrt et sur un gouvernement provisoire. — Hyde de Neuville propose de nommer cinq commissaires pour s'entendre avec cinq pairs. — A. Périer , Guizot , Sébastiani , B. Delessert et Hyde de Neuville sont nommés à une immense majorité. — De Sussy apporte les cinq nouvelles ordonnances. — Lettre de Lafayette. — Visite et discours d'Odilon Barrot au nom de Lafayette. — Discours de Dupin. — Rapport de Sébastiani. — Le duc d'Orléans est prié de venir exercer les fonctions de lieutenant-général du royaume. — Prière rédigée par Sébastiani. — La commission municipale refuse de la publier. — Douze commissaires la portent a\i PalaiS'Royal. — Le duc n'accepte qu'après avoir fait prendre l'avis de Talleyrand. — Proclamation du duc.

Laffitte présidera ; car il est le génie du jour , et ceux même qui , le 27 , jetaient les hauts cris contre la présidence de Labbey-Pompières chez Casimir Périer , n'ont jpas le moindre scrupule pour se choisir un président.

Les uns parlent encore de Charles X , ou du duc d'Angouléme, ou du duc de Bordeawx, avec des concessions. —

Ils attendent avec impatience le duc de Mortemart , qui devait venir dès hier soir , et à qui Ton a donné un rendez-vous au palais Bourbon.

On s'occupe même du cérémonial à suivre pour le recevoir : sera-t-il introduit tout simplement par les huissiers , ou bien des députés iront-ils au-devant de lui ? S'il se présente , certainement Charles X conservera sa couronne ; et la disposition des esprits est tellement manifeste que X n'ose pas même communiquer le projet

de décret de déchéance qu'il a préparé. Mais le duc s© contente d'envoyer à sa place Collin do Sussy , et reste lui-même avec les pairs. Pourquoi compromet-il ainsi le sort de son maître ? Fait-il des vœux pour le duc d'Orléans ? Sait-il que les députés ne feront rien sans avoir envoyé une commission au Luxembourg ? Croit-il mieux servir Charles X en restant avec les pairs , pour traiter en vertu <le son hlanc-seing avec eux et les députés commissaires?

Quoi qu'il en soit, voici le procès-verhal sommaire dé cette fameuse séance :

Salverte. — Recevrons-nous M. de Mortemart?

Sébastiani. — Il s'aijit de graves, d'immenses intérêts : nous devons choisir le parti le plus sage et le plus utile. Or, pour choisir, ilfaut bien connaître la situation. Nous devons d'ailleurs à M. de Mortemarfc de l'entendre lorsqu'il demande à être entendu. ( Quelle politesse!)

Un député de la gauche. — Nous n'avons plus le choix: nous ne pouvons plus reconnaître les pouvoirs de M. de Mortemart.

Mauguin.— En attendant qu'il arrive, occupons-nons de mesures de défense.

Sébastiani. — Il viendrai. Pourquoi le faire attendre? Pourquoi ne pas discuter à Tinstant si vous l'admettrer?

Mauguin. — Nous sommes menacés de nouvelles attaques; occupons-nous de la défense.

Bérard. — Oui, occupons-nous de faire marcher les administrations publiques.

Mauguin. — Les Onances, ks postes, l'intérieur, la police, sont cjpcupés pal* la garde nationale : des mesuras provisoires ont été pris'e^ ; décidez.

Le président. —La commission municipale est un Téritable gouvernement : c'est à elle à en exercer les fonctions.

Louis. — D'après ce dont nous sommes convenus j préyenons MM. les pairs que nous sommes assemblés.

— On les prévient.

De Schonen. — Il faut nous emparer des affaires.

Salverte. — Nommons un gouvernement provisoire; proclamons que les citoyens sont rentrés dans leurs droits; les troupes viendront alors à nous.

Bérard. — La commission municipale est surchargée ; nommons un gouvernement provisoire composé de cinq membres.

Persil. — Il faut un gouvernement.

Mauguin. — Donnez-vous à la commission tous lespofh Toirs qui peuvent lui êtres nécessaires?

Lobau. — Conservez le titre de Commission municipale, et nommez de nouveaux membres , ou autorisez-nous à nous en adjoindre.

La Commission municipale est conservée avec l'autorisation d'exercer les fonctions de gouvernement provisoire et de s'adjoindre qui elle voudra.

Hyde de Neuville. — Nommez une commission de cinq ou six membres qui se réuniront officieusement à un nombre égal de commissaires choisis par les pairs de France, afin d'examiner en commun ce qu'il convient de faire pour concilier tous les intérêts et toutes les consciences.

Salverte combat cette proposition ; mais elle est adoptée , et l'on procède au scrutin pour nommer cinq commissaires.— En voici le résultat :

Aug. Périer, 54 voix. — Sébastiani, 55. — Guizot 52. — B. Delessert, 5\. — Hyde de Neuville, 28. — Dupin, 48. — Salverte, B. Conslant, Marschal et Bérard chacun 9. Voila Tesprit de la réunion qui nomme les cinq commissaires ! voilà les cinq députés qui , avec cinq pairs , vont décider du sort de la révolution ! . . .

Les cinq premiers se rendent au Luxembourg. Quelques autres députés se disposent à sortir, et la réunion sera peut-être indéfiniment ajournée.

Mais Bérard demande que la séance continue , et , snr la proposition d'un autre , la réunion se déclare en per^ manence.

C'est alors qu'arrive Collin de Sussy . — En l'absence du chancelier , dit-il , quelques pairs , en petit nombre, étaient réunis chez moi. Le duc de Mortemart nous a remis une lettre adressée au général Gérard ou à M. Casimir Périer : permettez-moi de vous la lire ( elle est à peu prés ainsi conçue ) :

« Monsieur ; parti de Saint-Cloud dans la nuit , je cher- » che vainement à vous rencontrer. Veuillez me dire où 1* je pourrai vous voir. Je vous prie de donner connais- » sance des ordonnances dont je suis porteur depuis hier. »i

Bérard. — Je ne puis m'empécher de signaler ici un manque de franchise, M. de Mortemart, que j'ai rencontré ce matin , quand il allait chez M. Lafitte , m'a dit qu'il viendrait ici. Pourquoi n'y vient-il pas?

B. Contant. — Lisez les ordonnances.

M. de Sussy les lit : la première révoque celles du 25 juillet, la deuxième convoque les chambres pour le 5 août, les trois autres nomment Mortemart, Gérard et C. Périer, ministres.

Ces ordonnances excitent une vive agitation : combien voudraient certainement pouvoir les accepter!

Collin de Sussy prie le président de les remettre aux nouveaux ministres Gérard et Casimir Périer; mais Laffitte refuse : Je ne suis pas , dit-il, la petite poste de Charles X.

Lafayette annonce par une lettre que le peuple s'attend à voir la chamlre des députés s'occuper, dès le 3 août, des grands intérêts de l'état. — Il annonce aussi que le duc de Chartres a été arrêté à Montrouge , mais qu'il a donné l'ordre de le relâcher, attendu qu'on n'avait le droit d'arrêter personne. — Quelques hommes irrités contre tous les Bourbons auraient peut-être maltraité ce jeune du«

si Y... ne les avait retenus et Y... est aujourd'hui

presque proscrit avec les autres hommes de juillet !

6d. Barrot est introduit, demande è être eptendu, et s^exprime à peu près ainsi ;

« Messieurs, je ne suis chargé d'aucune explication par- » ticulière 5 mais ayant reçu les épanchemens de l'homme » à qui était réservée la gloire de présider deux fois à » notre régénération politique , j'ai cru devoir vous sou- » mettre quelques observations. Le général Lafayette est » préoccupé d'une crainte ; c'est que la population de Pa- » ris ne soit pas unanime sur ce qui sera décidé sans l'in- » tervention des chambres. Il craint que si l'on procla- » mait A PRIORI un chef qui ferait des concessions plus ou » moins larges , on ne rentrât daus les théories du droit » divin. Pour faire cesser tant de dissentimens, et donner » à la révolution ce caractère d'unanimité qui seul peut » en assurer la force et la durée , le général pense qu'a- M vant de prendre un parti décisif, il faudrait commencer j» ^ar stipuler , en assemblée générale , les conditions » du peuple, et déférer la couronne en même temps qu'on » proclamerait les garanties stipulées. C4'est à vous, Mes- » sieurs, à décider dans votre sagesse. »

Labbey-Pompières. — Vous connaissez les ordonnances de Saint-Cloud ? Vous l'avez entendu : On se croit encore roi! On vous ajourne aiiSaoût! On veut gagner du temps parce qu'on attend des troupes. Je pense, Messieurs, que nous devons nous déclarer aujourd'hui les députés de la France.

Un membre . — Attendons le retour des cinq commissaires envoyés à la chambre des pairs.

B. Constant. — Nous savons d'avance ce que la chambre des pairs nous dira : elle acceptera purement et simplement la révocation des ordonnances. Quant à moi, je ne me prononce pas positivement sur la question de dynastie. Mais il serait trop commode pour un roi de faire miirailler son peuple, et d'en être quitte pour dire ensuite : il n'y a rien de fait. Rendez-nous les dix mille citoyens que vos satellitos ont égorgés !

Dupin aîné. — Paris est dans un état violent , héroïque, mais qui ne peut pas durer. Qui oserait assurer que dans sept jours vous pourrez maintenir la population? Les rues sont encomtfrées de barricades; la circulation est devenue impossible; la stagnation des eaux peut devenir un'fe eaétoe active d' insalubrité; et d'ailleurs les séditions peuveût

éclater , les pâHis se former : il n'y a pas un moment a perdre 5 il faut qu* mijourd'hui même quelque chose soit décidé sur l'état de la France; il faut, à tout ))^'l^\ sortir du vague et de l'incertitude dans lesquels on se traîne péniblement. Vous êtes sans gouvernement, il vous en faut un.

Le président. — Il y a je ne sais quoi d'embarrassé et d'équivoque dans ce qui se passe autour de nous : il faut une délibération immédiate.

Kératry. — Oui.

Le président envoie quelqu'un à cheval au Luxemi)ourg pour inviter les cinq commissaires à revenir immédiatement.

Les commissaires arrivent , et Sébastian! s'exprime a peu près en ces termes :

« Messieurs , nous nous sommes rendus clicz M. le » grand-référendaire. Nous y avons trouvé vingt ou vingt- ») cinq pairs réunis. 31. le duc de Mortemart (chargé du » hlanc-seing de Charles X ) était présent. Nous avons »» insisté sur la nécessité d'aviser promptement à des com- » hinaisons qui, en assurant à la France les garanties sur » lesquelles elle a le droit de compter, puissent ramener » et affermir l'ordre , la sécurité et la confiance publiques. >i Une longue discussion s'est engagée ; nous avons ren- » contré chez MM. les pairs une grande affinité d'opi- » nions et de sentiniens; chacun a apporté dans la â'iBf V) cussion le désir sincère de rétablir Vordrc et le calme. ») M. le duc de Mortemart s'est surtout fait remarquer >» par la pureté et la noblesso de ses intentions. Toutes » les combinaisons, toutes les difficultés ont été envisa- » gées. Nous avons fait sentir que, de toutes les mesures, D la plus urgente était la réunion des chambres, mai ») qu'elle ne pouvait s'opérer avec le chef que les dek M niers éve'nemens ont placé dans une position s w FACHEUSE. (Ils le rappelleraient, s'ils l'osaient! Ils » n'appellent le duc d'Orléans que pour le remplacer » momentanément ! ) Nous avons cherché une solution : » la réunion des pairs l'a trouvée , comme nous , dans »> une invitation à M. le duc d'Orléans de se rendre à » Paris pour exercer les fonctions de lieidenant-général

» du royaume : nous espérons que cette mesure aura vo» » tre assentiment. »

De toutes parts : aux voix ! aux voix î

Le président. — La réunion entend-elle appeler le duc d* Orléans au rang de lieutenant-général du royaume ?

Trois disent non : les autres disent oui.

Le duc est donc reconnu lieutenant-général du

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