‹ Révolution de 1830 et situation présente (novembre 1833); expliquées et éclairées par les Révolutions de 1789, 1792, 1799 et 1804 et par la restaurationChapitre 22 sur 30 · ORDRE DU JOUR DE RYBWSKJ · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR DE RYBWSKJ

« Polonais ! le moment décisif est arrivé : l'ennemi nous a proposé des conditions humiliantes; il ne nous reste plus qu'à sauver notre honneur en les rejetant , et à franchir les frontières des états du roi de Prusse pour y chercher un asile. Dans la situation où nous nous trouvons , prolonger la lutte serait appeler de grandes calamités sur la Pologne. Nous déposerons donc les armes que nous avons prises pour la cause sacrée de l'indépendance et de l'intégrité de notre pays , protestant contre la violence et l'arbitraire dont nous sommes ^-ictimes , jusqu'à ce que V Europe, sous la protection de laqttelle nous nous plaçons, prononce sur notre sort et sur celui de notre pays. Si nos prières ne sont pas écoutées , si la justice nous est refusée , si les rois nous repoussent ; le Tout-Puissant nous vengera -j et la pierre qui recouvrira la tombe de la Pologne ensevelira l'indépendance des na-

tions demeurées indifférentes à nos malheurs ! Notre sang versé dans de nombreuses batailles, la persévérance et le patriotisme dont nous avons donné des exemples , seront un sujet d'admiration et d'imitation pour Yhistoire et la postérité.

^ » Soldats ! allons où le devoir nous appelle: nous sacrifierons tout, excepté notre gloire , qu'aucune force humaine ne peut nous ravir , et nous attendrons notre sort avec cette tranquillité d'âme que donne la conscience d'avoir bien mérité de son pays.

» Le commandant de l'armée polonaise , »> Rybinski.

» Au bivouac , près Rypin. »

Qu'elle est belle, sublime et terrible à la fois, cette PROTESTATION de Rybiusky î

Mus par le même sentiment d'indépendance et de patriotisme , et sans avoir pu se concerter , les trois corps d'armée prennent donc la résolution de déposer leurs armes sur un territoire étrangler; et de s'expatrier plutôt que de ternir l'honneur polonais en se soumettant à l'oppresseur de la Pologne.

Quarante mille hommes, généraux, officiciers , soldats, députés, représentans du pays, vont chercher en Europe la liberté qu'ils ne peuvent plus trouver dans leur malheureuse patrie.

Ainsi, après avoir lutté seuls contre le géant du Nord et ses deux puissans alliés , après s'être battus «u contre cent, pour ainsi dire, les Polonais préfèrent la mort ou l'exil à la servitude.

Quoi de plus admirable à Sparte , à Athènes , à Rome , chez les nations anciennes et modernes !

Aussi, que d'intérêt ne vont-ils pas rencontrer chez les peuples !

Que de colère contre l'ambassadeur russe quand , en mars , on reçoit la fausse nouvelle de la prise de Varsovie! que de colère contre les ministres de Louis-Philippe, quand, en septembre, on apprend que cette capitale n'est que trop réellement au pouvoir de l'ennemi! Que de douleur , que d'estime , que d'affection la France eu-

tière et l'Allemagne elle-même témoignent à l'aspect de ces héroïques proscrits !

Mais que de barbarie chez les rois et les ministres , qui les calomnient , les outragent , les persécutent , les regardent comme des ennemis , et veulent les forcer à aller mourir sous le climat dévorant de l'Afrique !

Revenons à l'évacuation de Varsovie.

Est-ce la trahison qui l'a livré? — Quoi! on pourrait citer un traître parmi ces héroïques Polonais ! — Ah ! cette idée ferait presque autant de mal que la catastrophe de leur défaite ! — Mais c'est à la Pologne , c'est à l'histoire à prononcer.

Remarquons seulement que, dans son rapport , le ministre des affaires étrangères accuse Prondzinski et Krukotviecki : « Pourquoi , dit-il , Krukomechi a-t-il arrêté l'armement de la garde de sûreté? Pourquoi a-t-il éloigné de la ville son commandant Zaliw^ki et paralysé les efforts des habitans? Pourquoi, puisqu'il s'attendait à un assaut, n'a-t-il pas expédié au général Ramorino l'ordre de veiûr au secours de '« cnnltale m^nncée? Pourcinoi can^ égard au peu de troupes qui défendaient les retranchemens , en a-f-ii rappelé pendant le combat une partie, sous le prétexte de veiller à la tranc[uiUité intérieure de la ville ?

Remarquons surtout que , dans ces momens suprêmes, le sort des révolutions et des nations est presque toujours dans la main d'un général ou d'un chef 5 que la diplomatie est plus à craindre pour elle que la force , et que la trahison les perd plus souvent encore que le canon de l'ennemi.

Nous avons vu comment Pasheivitsch et le grand-duc Michel ont trompé le gouvernement et l'armée :' voyons maintenant quelles promesses a faites Nicolas , comment il les a remplies , et quels traitemens il a fait subir aux malheureux Polonais. — C'est surtout dans la conduite des rois que les peuples doivent chercher des leçons.

« Dieu, le protecteur du bon droit, est avec nous , ditil dans son manifeste du 24 décembre ; et la puissante Russie peut, d'wn seul coup décisif , hire rentrer dans V ordre ceux qui osent troubler sa tranquillité.

» Nous sommes prêts à punir l'infidélité ; mais nous

roulons pardonner aux faibles , à ceux qui , par aveuglement ou par crainte , ont suivi le torrent insurrectionnel.

)) Russes ! l'exemple de votre empereur vous servira de règle : justice sans vengeance; inébranlable fermeté dans la lutte pour l'honneur et le bien de l'empire , sans haine contre les adversaires aveuglés ; amour et estime pour ceux de nos sujets polonais qui sont restés fidèles à leur serment ; empressement à se réconcilier avec ceux qui rentrent dans le devoir. Persévérez dans votre confiance en Dieu et en un monarque qui connaît toute l'étendue et la SAINTETE DE SA vocATioîf , et qui maintiendra intactes la dignité de son empire et la gloire du nom russe. »

Ainsi l'oppresseur de la Pologne ose invoquer Dieu, protecteur du bon droit! Il parle de la sainteté et de Vétendue de sa vocation ! Mais quelle est donc cette vocation si étendue? Est-ce d'opprimer l'Europe entière?

« Mon manifeste , dit-il à l'envoyé du dictateur , le 26 décembre, vous fait connaître mes résolutions définitives, soit à l'égard de la Pologne , soit à l'égard des Polonais.

M Qu'ils »c pr,t t -mvi Gt ils seront Jizvireiix,... Qu'ils se fient à la parole d'un monarque qui sait ce que c'esi que l'honneur, n

Mais il avait juré la constitution, et l'a violée; comment pourrait-on se fier à sa parole?

Il promet aussi , non seulement à la France , mais h toutes les puissances européennes , que le royaume de Pologne sera conservé ; du moins Sébastiani l'affirme , et il lit des dépêches de Saint-Pétersbourg et de Berlin qui le déclarent positivement.

« Et ces promesses, ajoute-t-il hardiment, seront ga- » ranties par cette expression mémorable que les paroles » d'un souverain doivent être inviolables comme un décret » de la Providence. (Sensation prolongée.)

M La nationalité de la Pologne ne périra pas , dira » Louis - Philippe lui - même , en ouvrant la session de » 4834. »

Voilà les promesses des rois ; voyons leur accomplissement.

r^on, ces promesses ne sont point accomplies; non, la

parole des rois n'est pas sacrée; non, il n'y a plus ni constitution ni nationalité réelle en Pologne : cette malheureuse contrée n'est plus qu une province russe, soumise , comme la Russie , aux caprices d'un despote et au régime du knout.

Nicolas disait qu'il ne voulait pas frapper les innocens, et il arrache des milliers d'enfans des bras de leurs mères pour les envoyer périr loin de leur famille et de leur patrie !

Plus d'armée polonaise : les Polonais sont mcorporés dans r armée russe et forcés de rester soldats pendant quinze ans.

Les établissemens pour les sciences, les lettres, m arts et l'éducation sont détruits.

Les professeurs sont proscrits.

La bibliothèque nationale de Varsovie et ses précieux manuscrits , le cabinet des médailles et des gravures , les monumens de la gloire polonaise , les statues et les tableaux sont transp<)^ésà ^ii^-Péiersbourg.

"On fait tout pôSF^[^*K?^îe"cafftOtici5«i^, ïimrue-^ iion et la langue du pays.

Pasheicitsch est prince de Varsovie, et c'est lui qui gouverne la Pologne. Il se montre toujours avec l'arrogance , la sévérité et Tostentation d'un vrai satrape.

Toutes les principales places dans l'administration sont données à des Russes.

Les vétérans et les invalides , seul corps militaire conservé , ont pris V uniforme russe. La cocarde russe remplace la polonaise , et la décoration polonaise ne se voit plus que sur la poitrine des Russes.

On n'aperçoit que les couleurs russes. On affecte de peindre avec ces couleurs les poteaux militaires et les parapets des ponts. Les autorités ont reçu l'ordre d'attacher les feuilles de leurs actes avec du fil aux couleurs russes. La décoration de ï Aigle hlanc a été changé , et consiste aujourd'hui en un aigle rtisse , portant sur lui l'Aigle de Pologne. Le bulletin des lois et les décrets du conseil d'administration contiennent à présent le texte russe en regard du polonais.

Tous les Polonais sont désarmés 5 tous leurs logemens

sont à la disposition des Russes; tous les citoyens sont soumis à la justice militaire et arbitraire du vainqueur.

Varsovie paraît maintenant une ville russe : tandis que le Polonais reste fièrement chez lui , on ne voit que des familles russes dans les premiers étages , que des soldats russes dans les rues, et que des marchands russes sur les places publiques.

Et cependant Louis-Philippe et Nicolas disaient : « La nationalité de la Pologne sera respectée ! »

Et la clémence , l'humanité de Nicolas ! l'amnistie dont Paskewitsch et le grand-duc Michel donnaient verbalement l'espérance pour obtenir l'évacuation de Varsovie ! l'intercession de Louis-Philippe ? où sont-elles ?

L'amnistie est enfin proclamée le -1" novembre. Mais elle est dérisoire ; car les anciennes provinces polonaises en sont exceptées , et , dans la Pologne proprement dite , cinq catégories nombreuses restent livrées à la vengeance! Dans les anciennes provinces , tous ceux qui ont pris part à la révolution sont poursuivis et condamnés à la CCÎl/wcûuôn, à la dègrCiuduOn, à la déportation en Sibérie, aux travaux forcés; et Nicolas pousse la cruauté jusqu'à permettre aux gouverneurs militaires d'aggraver les condamnations prononcées par les tribunaux , et d'infliger même la mort- Dans le royaume , les généraux 2^risonniers de guerre sont déportés, les soldats sont retenus en Rtissie. — Les députés, les membres du gouvernement, les chefs de la révolution , qui eurent l'imprudence de se fier à l'amnistie , remplissent les prisons en attendant leur condamnation.

Tous les Polonais qui ont servi dans l'armée , à quelque époque que ce soit , par conséquent , tous les Polonais , sont regardés comme militaires et comme tels soumis aux tribunaux militaires et aux commandans militaires dans chaque localité, de manière que chaque officier russe a l'épouvantable droit d'arrêter et de punir militairement chaque Polonais. '

Quant aux troupes émigrées, l'Autriche et la Prusse n'accordent de passeports pour l'étranger qu'aux officiers; et, même aujourd'hui, ceux-là seuls en obtiennent dont

les têtes seraient menacées en Pologne. Mais on force les soldats à rentrer dans leur pays; et, pour y parvenir, on lés divise en petits détachemens , on emploie la faim , la privation de vêtemens, les coups de crosse et de baïonnette , les charges de cavalerie ou les décharges d'infanterie.

Il en est qui bravent tous les dangers, et que les Prussiens condamnent à travailler dans les fortehsses.

Ceux qui rentrent sont violemment incorporés dans les troupes russes ; mais , pour ne pas prendre l'odieux uniforme de l'étranger , beaucoup se donnent la mort ou se font tuer par les Russes.

Le 20 août, la commission extraordinaire instituée pour juger les principaux auteurs de la révolution a ouvert ses séances.

Les accusés sont divisés en cinq catégories.

L'ukase impérial détermine la peine que chaque accusé doit subir.

Cette commission , dont les membres sont nommés par Nicolas, est présidée par le général Witt, gouverneur de la ville de Varsovie , et composée de quatre généraux russes et de quatre Polonais.

C'est-avec beaucoup de peine qu'on est parvenu à trouver quatre Polonais sur lesquels l'empereur pût compter; encore un d'eux , le comte Alexandre Potocki , a-t-ii donné sa démission.

« Comme»// s'est écrié l'empereur étonné, il n'y a donc pas quatre Polonais dévoués à ma personne ? »

Comment ! pourrait-on répondre , il se trouve trois généraux ou seigneurs polonais qui consentent à être les instrumens et les complices de l'oppression de leur pays! — Oui , mais les officiers rentrés repoussent le service et les faveurs ,• mais le citotjen de Varsovie proteste par la retraite et le silence ; mais les soldats que î'Autriciie et la Prusse forcent à rentrer en Pologne se tuent ou se font tuer par les Russes plutôt que d'accepter leur uniforme*

Honneur à tous ces Polonais qui conservent ^ leur indépendance personnelle quand la patrie gémit sous le joug de l'étranger ! Honneur à ces Polonais qui rendent C8

nouveau service à l'Europe civilisée, ea donnant aux peuples l'exemple de cette nouvelle vetiu!

Honneur aussi à Ramorino et à Langerman et aux autres Français qui, mieux que notre gouvernement, ont représenté la France auprès de la Pologne 1

Honneur à Ramorino , qui ne se sépare de ses soldats qu'après leur avoir adressé ces nobles et touchans adieux!

Ordre du jour de Ramorino. — Ses adieux à ses soldais polonais.

« Au moment le plus déchirant de ma ^ie, au moment où je dois me séparer des braves dont l'héroïsme a soutenu pendant dix mois la lutte la plus inégale , recevez , soldats, recevez, avec le tribut d'admiration dû à votre constance et à votre éclatante valeur, les remercîmens de votre général pour la confiance que vous avez eue en lui. Combats sur combats, privations et fatigues, marches «ans vêtemens et sans chaussures , et par-dessus tout le terrible fléau du choléra-morbus qui a éclairci vos rangs, rien ne vous a arrêtés pour défendre cette sainte cause dont le triomphe vous serait assuré si vous n'aviez ea contre vous que les masses innombrables et toujours renaissantes de l'ennemi.

» Mes amis , un espoir consolateur nous reste : vous arez combattu au milieu des tombeaux de vos ancêtres et des berceaux de vos enfans , parce que vous vouliez imiter les premiers et léguer vous-mêmes à vos fils l'exemple qu'ils ont à suivre.

I) Frères d'armes , le respect dû au souverain qui nous accorde un asile nous fait un devoir de rompre nos rangs; mais nos cœurs, nos âmes , nos pensées, resteront inséparables , et nous feront réunir partout où nous appellera l'intérêt de notre Pologne chérie. Soldats, au revoir!

» Dobrowka (Gallicie), 19 septembre 1831. »

(( Ramorino. »

Déhats parlementaires sur la Pologne. — Tromperies du gouvernement.

Bf C'est le ^5 janvier que ces débals commencent sur la Pologne , c'est par Lamarque que la lutte est engagée.

« La généreuse Pologne , dit-il , s'est écrié : la liberté ou la mort !

n Elle tend ses bras supplians vers la France , son a>liique alliée; et nous lui répondons : meurs!

» Si cette réponse était sortie de la bouche d'un ninistre de Charles X, je la concevrais ; il serait fidèle à ses antécédens et conséquent soit à ses principes soit à ses intérêts et à ses sentimens.

» Mais aujourd'hui tout est changé : pourquoi donc le langage des ministres de Louis-Philippe est-il le même que celui des ministres de Charles X? pourquoi veulentils considérer la royauté nouvelle comme une quasi-légi' iimité ?

» En présence des Bourbons et bravant leur courrouY, j'osai dire que la pais de la restauration n'était qu'une halte dans la houe; et c'est pour continuer cette halte que nous fermons l oreille aux cris de ces Polonais dont les osseraens se sont mêlés aux nôtres sur tant de champs de bataille ! »

« La Pologne, dit Mawgwi«,est aujourd'hui notre avant' garde, et les braves Polonais restent avec leur seul courage en face de nos ennemis. Qu'ils meurent! soit : ils sont habitués à mmirir pour nous. »

Séances des 27 et 28 janvier.

« Est-il un publiciste éclairé , dit Lamarque , qui ne reconnaisse que la cause de la Pologne est celle de tous les peuples ; qu'il faudrait à tout prix relever Vantique feottlevart qui protégeait le midi de l'Europe , et fortifier cette avant-garde de la civilisation? — Des négociations pourront suffire; mais s'il faut la guerre, acceptons la guerre : nous aurons avec nous les peuples , et le nouvel' Attila aura contre lui la Suède, la Perse, les Tartares, les Turcs, et beaucoup d'autres ennemis. »

« Ce n'est pas à nous , simples députés , dit Bignon , d'indiquer au gouvernement la marche qu'il doit suivre ; mais , sans parler de guerre, sans vouloir la guerre , son rôle ne sera-t-il pas d'aller au'delà des paroles, si les pa-

rôles ne sont pas écoutées 5 au-delà des communications officieuses, si les bons offices ne sont pas accueillis? Pourquoi les grandes puissances n'ouYriraient-elles pas un congrès pour la Pologne comme pour la Belgique ? Pourquoi ne prononceraient-elles pas îa neuf raïité de la Pologne comme elles ont prononcé Findépendance et la neutralité de la Belgique ?

» Ce qui est évident, c'est que laisser les Polonais sans appid ou ne leur prêter qu'un appui inefficace , souffrir que lés Polonais soient considérés et châtiés comme des rebelles, est pour la France une chose absolument impossible ; et cette impossibilité , je ne la fonde pas seulement sur la communauté d'intérêts des deux nations , sur leurs liens de reconnaissance et d'amitié , et sur nos principes de 4850, je la fonde sur des actes du congrès de Vienne que ne peuvent méconnaître les grandes puissances intéressées dans la question , sur les engageniens pris par elles-mêmes, et dont nous partageons la garantie, sur les traités de iS^'^.

n Je livre ces diverses considérations à la sagesse du ministère, aux réflexions de tous les peuples civilisés , et j'espère que partout elles trouveront des auxiliaires dans la raison publique comme de la sympathie dans tous Us cœurs. »>

« Puisqu'on défend les traités de 4 84 5 , dit Lafayette , il serait étrange qu'on ne réclamât pas énergiquement l'exécution de celui qui consacre l'indépendance de la Pologne, notre plusûdèle amie , qui a versé tant de sang pour nous , et dont l'existence est une barrière contre l'invasion des barbares du Nord. »

« J'ai cité , dit Mauguin , des faits qui prouvent que la Russie allait nous faire la guerre : je prie le ministre de s'expliquer sur ces faits 5 il les sait, il doit les savoir. » « Je ne les sais pas, répond Séhastiani de sa place. > « J'en accuse le ministre : Quoi ! dans leur manifeste, les Polonais nous ont annoncé que la Russie marchait contre nous ; que les pièces existaient ; que le j)lan de campagne était dressé ; qu'ils devaient servir d'avantgarde : pourquoi le ministre n a-t-il aucun renseignement 4 cet égard ? N'a-t-il pas écrit ? Notre ambassade do

Saint-Pèiersbourg , nos légations de Varsovie et de Berlin ne lui ont-elles rien envoyé ? Je suis fâché de le dire : la réponse du ministre ne doit pas nous satisfaire , et nous restons convaicus que la Russie marchait contre nous. »

(( On parle , dit Sèhastiani , de papiers saisis à Varsovie; nous n'en avons aucune connaissance, et pourtant nous avons à Varsovie un consxil qui entretient avec nous une correspondance réguUère et active. »

Eh bien ! votre consul carliste vous trahit ; vous deviez le prévoir ; on vous Ta dit j vous le savez , et vous le conservez ! ! . . .

Séance du 25 février.

« Comment , dit Mauguin , pouvez-vous savoir ce qui se passe réellement à l'étranger , puisque vos agens diplomatiques sont presque tous ceux de Charles X? Votre consul à Varsovie est resté un mois sans arborer le drapeau tricolore. Comment pouvez-vous connaître les véritables intentions de Nicolas et ce qui se passe en Russie , puisque l'ambassadeur ordinaire , le duc de ïrévise , est encore à Paris, et que l'ambassadeur extraordinaire , le duc de Mortemart , est à peine arrivé à Saint-Pétersbourg. »

« On accuse notre agent consulaire , répond Sèhastiani , d'être contraire à la Pologne , d'avoir méconnu ses devoirs , d'avoir fétri la dignité de sa nation , en allant prendre les ordres de Constantin pour prêter serment. Je suis persuadé que l'orateur qui a énoncé ces accusations à cette tribune apprendra avec plaisir qu'il a été trompé' à cet égard. »

Quelle assurance pour démentir des faits vrais , que Sébastiani doit connaître , puisque le serment du consul a été envoyé par Constantin à Mole , et qui d'ailleurs seront prouvés à la séance du -1 8 mars ! Comment la chambre et la France ne seraient-elles pas trompées? Comment peut-on être tranquille quand le sort du pays est dans les mains d'un pareil ministre ?

Séance du \S mars.

« Nous voulons la paix ; nous l'aurons ; nous espérons un désarmement général; nous ne nous mêlerons pas des affaires des autres peuples ; nous ne ferons pas la guerre pour la Pologne ; nous négocierons ; et si Tctianger vient nous attaquer chez nous» nous nous défendrons : tel est , en substance , le discours de Casimir Périer , exposant le système de politique extérieure du ^5 mars.

Mais Salverte et Lafayeite réclament encore pour la Pologne, et ce dernier lit à la tribune toutes les pièces niées par Sébastiani , le 25 février , et prouvant l'hostilité de la Russie et la trahison du consul à Varsovie.

On croit peut-être que Sébastiani reste confondu à cette lecture : pas du tout.

» Lorsqu'il fut , pour la première fois , question de ces pièces, dit- il , je n'en avais aucwie connaissance (c'est Totre faute ) , il me fut impossible de donner des éclaircissemens ( vous avez nié ). Depuis , je me les suis procurés 5 et ces mêmes pièces , dont j'offre la communicatiott ( vous les offrez parce qu'on les a ! ) prouvent qu'il iv a jamais été question de guerre contre la France. Ainsi , par exemple , répondant au roi de Hollande qui réclamait i son appui, Nicolns déclare qu'il est prêt à le secourir, si f ses alliés veulent s'unir à lui. Eh bien ! ni l'Autriche ni la Prusse n'ont adhéré. ( Qu'en savez-vous ? ) Ainsi est conservée cette paix, que Nicolas lui-mênKî ne songeait 0. irouJ)l€r que dans des intérêts de famille , intérêts dont il a été détourné par d'autres èrèneme^is , et par une politique mieux entendue. »

Quel raisonnement ! Cette réponse prouve nu contraire que Nicolas songeait à venir rétablir Guillaume en Belgique , comme la Prusse y songeait elle-même ; et si la Pologne et l'Italie ne s'étaient pas soulevées, qui vous assure que la Prusse et l'Autriche n'auraient pas consenti , ou que Nicolas ne les auraient pas entraînées , et qu'ils se seraient arrêtés en Belgique , sans vouloir rétablir en même temps Charles X?

Vous dites qu'il n'a jamais été question de guerre contre la France! Eh bien! vous savez le contraire, et vous V avouerez plus tard.

Séances des 4 et S avril.

« La révolution polonaise , dit Mauguin , n'a que suspendu la guerre contre nous. Le plan de campagne de Nicolas contre la Pologne était connu avant son exécution à Vienne , à Berlin , à Paris même ; et personne ne doutait que les Polonais allaient être écrasés. Au moment même où le général Strogonoff était en Prusse , y passait des marchés conditionnels et préparait les passages militaires , la Russie a ordonné , il y a deux mois , uaej nouvelle levée de 450,000 hommes, et d'immenses araasj de grain dans le duché de Posen. Toutes ses armées s'ap*prêchent maintenant de la Pologne. A la même époque, î l'Autriche employait 6,000 ouvriers pour fortifier Lints et en faire le boule vart de Vienne. »

« L'iikase , qu'on invoque, et qui ordonne une levée de 450,000 hommes], répond Sébastiani, ne dit pas un mot de la guerre; il renferme au contraire de nouvelles assurances de paix, »

Quelle inconcevable crédulité !

« L'orateur qui nous a parlé de Strogono^^ aioute-t'^• il, ne sait pas tout j Diê&if^c!; lui-même cHait'â Berlia^i c'est à iui que les négociations ont été confiées; et je suis heureux de pouvoir déclarer le résultat de ces négociations : la Prusse a montré autant de modération que de sagesse : eWe y eut là paix. »

La Russie voulait donc la guerre ! Êtes-vo«S sôrquelé' Prusse voudra toujours la paix? ' m u?

« Quant à Lintz, continue-t-il , si je consulte mes souvenirs ( car j'ai été à Liiitz il y a dix-huit a»s), -^'Eçr, une place ouverte, moies forte que Saint-Denis. » • '

Parce qu'il en était ainsi il y â dix-huit ans, il ne peut pas en être autrement aujourd'hui ! Vous ignorez que la place est fortifiée maintenant ! Et c'ost le ministre ^e^

affaires étrangères qui raisonne ainsi pour rassurer la France.

Séances des \2 et ^5 avril.

« On nous a souvent parlé , dit Mauguin , des négociations entamées avec la Russie : que sont ces négociations? Notre ambassadeur avait pour instructions d'implorer la clémence de Nicolas pour les Polonais , en déclarant qu'ils avaient eu tort de faire leur révolution. Ils avaient eu tort! Et nous donc, sommes-nous aussi condamnés, je le demande? Que le ministre réponde! »

Le ministre ne répond pas à cette question ; mais il prend le ton plaisant et ironique.

« On a prétendu, dit-il, que M. Strogonoff était venu, en février , à Berlin , pour préparer le passage des troupes russes.

» II faut avouer. Messieurs, que, quand la lutte commençait en Pologne, le moment était bien choisi pour aller à Berlin préparer les étapes d'une armée qui combattait ailleurs ! De semblables suppositions ne sont dignes que d'alimenter la politique de café. »

« Alors, réplique Mauguin, c'est Nicolas et Diébitscb qui font de la politique de café ; car il est vrai qu'ils ont ^UYoyé Strogonoff, et c'est un fait très grave; car il prouve que J^'^^las croyait écraser du ^ireniier coup la Pologne, et voulait conunllCr immédiatement sa marche contre nous. »

« Cette révélation prétendue , dira demain Séhastiani, n'est (\\iune fable ; il n'y a pas de général Strogonoff qui soit major-général de l'armée russe ; il n'y a pas de général russe de ce nom qui se soit trouvé à Berlin durant l'hiver. »

« Les gazettes officielles de Berlin , lui répond Mauguin, tous les journaux d'Allemagne, et des correspondances dignes de foi ont rapporté le voyage de Strogonoff à Berlin.

^ Il 5ç nomme ^çrge Strogonoff, général-major russe ,

fils de Tancien ministre plénipotentiaire russe à Constan" tinople, et frère aîné du Russe Alexandre Strogonoff, actuellement ministre de l'intérieur à Varsovie. •> Quel ministre que Sébastiani ! quel ministre !

Séances du \Q au \9 août.

(( Témoins de F héroïque courage de la Pologne , dit » C. Perier, inquiets de ses périls, nous partageons cette » stjmpathie profonde que la France éprouve pour une » nation dont la gloire et le malheur ont si souvent uni » les destinées aux siennes,

» Mais des vœux ne seraient qu'un stérile hommage. » Au >I5 mars, aucune médiation n'avait été offerte en- I) core pour la Pologne. Nous avons conseillé au roi » d'offrir la sienne le premier.

' » Ses alliés ont été pressés de s'unir à lui pour arrêter » le combat , pour assurer à la Pologne des conditions de » nationalité mieux garanties. Ces négociations se con- » tinuent; nous les suivons avec anxiété; car le sang » coule, \e péril presse, et la victoire n'est pas toujours M fidèle. Ainsi , pendant qu'on nous accusait d'une pr^ » tendue indifférence , chaque jour nous voyait tenter de » nouveaux moyens d'intercession. (Sensation. }

» A quel autre moyen pouvions-nous recourir , Mes- » sieurs? Fallait-il, comme nous l'avons entendu dire, » reconnaître la Pologne? Mais, eu supposant même que » la foi des traités eût donné le droit de faire cette re- » connaissance, elle eût été illusoire, si des effets ne » l'eussent suivie, et alors c'était la guerre. »

Ainsi, on vous a dit : abandonnez la Pologne, ou

faisons la guerre ; et vous avez abandonné la Pologne!

Et cet abandon solennel , fait à la tribune , achèvera de la tuer , cette malheureuse Pologne !

« 11 fallait temporiser, dit Thiers , faire de grands sacrifices, abandonner la Belgique, la Po/o{/ne et l'Italie.

» Quant à la Pologne , il ne faudrait pas avoir un cœur d'homme pour n'être pas touché des sublimes efforts de cette nation* héroïque, pour ne pas souhaiter

qu'elle revive parmi les nations, et protège la partie occidentale de l'Europe. Mais le gouvernement ne pouvait intervenir par la guerre; elle nous aurait peut-être perdus comme elle a perdu Napoléon ; elle aurait perdu la Pologne, parce qu'elle aurait déterminé la Prusse et l'Autriche, dont la mauvaise volonté est bien connue, à attaquer Varsovie. C'est la paix qui a sauvé la Pologne jusqu'aujourd'hui. »

Bignon vous répondra tout à l'heure.

« On nous accuse , dit Sélastiani, de n'avoir ni 5ecouru ni reconnu la Pologne.

)) Personne ne sympathise plus vivement que moi avec elle. On a cependant porté l'injustice à mon égard jusiju'à me prêter iinmot ( la Pologne est destinée à périr ) qui ne m'est jamais échappé, que le Moniteur, fidèle image de nos déhats { non , car souvent vous y corrigez vos discours ) , ne contient pas , et qui , eût-il été prononcé dans la chaleur de l'improvisation, serait tout au plus une erreur de prévoyance que je m'applaudirais plus que tout autre de voir démentie par l'événement. »

Beaucoup de personnes, Lafayette, de Tracy,Mauguin, assurent avoir entendu cette malheureuse prédiction. Presque tous les discours précédens de Sébastiani la supposent. D'ailleurs c'était évidemment le fond de sa pensée; c'est un secret qui lui est échappé comme bien d'autres mots du même genre. (Voyez ci-après. ) Ce mot est grave, parce qu'il explique toute la conduite du gouvernement.

« Porter des secours à la Pologne? continue-t-il : croiton que nous soyons restés silencieux et inactifs ? que nous n'ayons fait valoir aucune considération en faveur d'un peuple de héros, chez qui hommes, femmes et enfans savent se disputer la gloire de mourir pour la patrie? que Dous n'ayons offert nulle médiation et invoqué aucune assistance? Ici, sans doute, personne n'attend de nous assez peu de réserve pour révéler le secret entier du cabinet et des négociations commencées. Ce secret n'est pas seulement le nôtre, il est celui de plus d'une cour. »

Toujours de la réserve et du secret 1 Jamais de communications !

« On nous abuse, s'écrie Lamatque; si cette généreuse

— Y& — résolution était prise , ou Tannoncerait avec empressement , on la proclamerait avec éclat, et l'on ne parle que de médiations refusées , et de nouvelles médiations offertes.

» Elle s'accomplira donc, cette funeste prédiction faite à cette tribune par M. le ministre des affaires étrangères , ils périront , les Français du Nord ! Et comment pourraient-ils résister, lorsque, oubliant le grand nom de Sobiesky, l'ingrate Autriche désarme leurs guerriers ; lorsque notre ministère souffre que la Prusse nous interdise le passage sur son territoire ; lorsqu^il souffre qu'elle fournisse vivres, munitions, pontons aux Russes , qui, sans ce secours, auraient eu leur ligne d'opération coupée ; lorsqu'ils calment , au lieu de l'exciter , l'ardeur belliqueuse des Persans et des Turcs , qui auraient pu faire une si heureuse diversion? Ainsi nous aurons dépensé 1,500 millions, nous aurons réuni cinq cent mille soldats pour qu'il assistent^ Varme aux hras, à l'exécution des patriotes italiens, à l'élection d'un prince anglais, et aux funérailles d'une nation amie.

» Vous ne vous associerez pas à de pareils actes ; vous n'approuverez pas un système qui prépare à l'histoire des pages semblables à celles des dernières années de Louis XV. »

« Notre cabinet s'est adressé à la Russie , dit Mauguin ; en quels termes? S'est -on borné à implorer sa commisération? A-t-on tenu un langage digne de la France?

» Pour que nous puissions en juger , il est nécessaire qu'on nous communique les pièces , et je demande cette communication. »

Mais Girod de VAin, Barthe, Dupin, Séhastiani, etc., prétendent que c'est attenter à la prérogative royale , et la commmunication n'est pas donnée !

« La guerre, dit Bignon, n'aurait pas perdu la Polo- » gne, et l'aurait Nau contraire sauvée. Non, notre inac- » tion n'est pas un bienfait pour elle , et la Pologne ne le » croira jamais : elle croira que nous joignons Yinsulte à » l'indifférence , lorsque nous osons dire que c'est par hu- » manité que nous la laissons périr, cette brave nation ,

» cette vieille amie, qui, en combattant sur la Vistule, » a empêché les corahats d'arriver sur les hords du )) Rhin. »

») Dois-je, Messieurs, garder ici le silence sur un fait » qui n'a été qu'un jeu pour la diplomatie , mais un jeu )' barbare , dont vous vous indignerez comme moi ? Pour » faciliter en Belgfique rétablissement du prince Léopold » et Tadoption des \ 8 articles de la conférence par le con- » grès , on a imaginé de donner aux Polonais Y espérance » que , cette affaire terminée , on formerait à Tinstant » même une puissante intervention en leur faveur. Aus- » sitôt un agent polonais s'est rendu à Bruxelles : des )• Belges , sensibles aux malheurs de cette brave nation , » ont, contre leur penchant personnel, voté pour Léo- » pold , voté pour les ^ 8 articles , en croijant servir la » Pologne. Et les Belges, les Polonais ont été les dupes, )' les instrumens , le jouet d'une indigne perfidie. Et la » Belgique une fois amenée au point où Ton voulait la » conduire, on ne pense plus à la Pologne! ou bien si » l'on y pense, on se borne à remettre des notes, à faire » des représentations, lorsque depuis long-temps les actes >» auraient dû succéder aux paroles.

» Députés de la France, hâtons-nous : dès aujourd'hui » prêtons à la Pologne l'appui de notre voix 5 protestons » d'avance contre sa ruine temporaire ; déclarons que » nous n'y souscrirons jamais, et que nous avons la cer- » titude que notre gouvernement ne laissera pas périr la » nationalité polonaise. »

I/çn tendez-vous? c'est Bignon qui parle ainsi , c'est ua diplomate expérimenté , un homme pacifique et modéré, mais qui s'indigne de la lâcheté , de l'ingratitude , de la sottise et de la perfidie.

Pour cette fois, Séhastiani reste-t-il écrasé, houleux, confus, embarrassé? — Pas du tout.

« 11 faut , dit-il , que la France sache tout ce qui s'est » passé.

») Nicolas avait vu avec inquiétude les grands événemens » de juillet. JSon langage n'avait pas été celui de l'amitié; » il Inissait au cabinet français des doutes sur ses inten- )) tions. l'eu après , et celle circonstance mérite d'être

— 8^ — » remarquée , il ordonna la formation d'une armée nom- » hreuse sur la frontière occidentale de ses états. Nous » lui déclarâmes aussitôt que si un seul bataillon fran- •) chissait ses frontières, la France ne prendrait conseil » que de ses intérêts et de sa dignité. La révolution de » Pologne éclata le 29 novembre , alors que la formation M de l'armée était organisée, qxie les troupes russes » étaient en marche. »

L'opposition vous le disait , et tous ses raisonnemens étaient basés sur ces faits: mais vous avez toujours nié ; vous avez constamment trompé le pays, constamment compromis son salut; c'est pour cela que vous n'avez jamais voulu communiquer vos pièces : et le sort de la France est encore entre vos mains ! ! !

» Depuis, nous avons envoyé M. de Mortemart à Nicolas; nous avons offert notre médiation, nous avons demandé la conservation du royaume de Pologne; nous avons intercédé pour les Polonais; nous avons fait tout ce qu'exigeaient l'honneur de la France et l'intérêt que lui inspire la Pologne. »

Eh non , mille fois non : ^ ous avez au contraire tout trahi , l'honneur , la dignité , les devoirs , les seutimens et l'intérêt de la France.

« J'ose à peine parler de la Pologne , dit Pages , peuple généreux qui crut être libre en voyant flotter sur la France l'étendard de la liberté ; peuple qui sait mourir et ui ne sait pas être esclave ; peuple dont notre exemple a ait la gloire et le malheur, et qui résiste encore accablé par la guerre, la famine et la peste. La France a offert sa médiation ! Quand Brennus voulait que sa parole fût de quelque poids , il jetait son épée dans la balance. (Bravo! bravo! à gauche.) Et cependant tout ce qui accable, la Pologne nous menace , et le sang français qu'on refusait à notre avant-garde du Nord , à la Pologne amie , va couler pour la Belgique neutre. Les Maurepas, lesDubarry ne permirent que le partage de la Pologne; aujourd'hui on la massacre sous les yeux de nos ministres , malgré les vives sympathies de la France. Nous le verrons plus tard ; les intérêts étaient communs, la cause était la même : »ous plaindrons alors ces Polonais , habitués à moùrif

pour la France, que nous n'aurons pas défendus, et qui ne pourront plus nous défendre. »

La discussion générale sur l'adresse étant terminée, Lafayette propose un amendement pour reconnaître l'indépendance de la Pologne, et recevoir la légation polonaise.

« Cet amendement, répond La/a?/etfe, n'est pas le mie)?, mais celui de toute la population de la capitale , de la garde nationale de France , de nos armées , qui brûlenf de témoigner leur sijmpathie pour la Pologne; c'est celui de tous ceux qui , dans les villes et les campagnes , s'empressent d'exprimer le même vœu. »

« Cette reconnaissance, répond d'Argout, serait une infraction aux traités de 'l 8^ 5 , et nous devons les respecter pour que les autres les respectent. »

Mais vous les laissez violer en tout ce qu'ils ont de favorable aux Polonais !

« La reconnaissance , répond Dupin , serait implicite- » ment une déclaration de guerre : La médiation suffit.

» Laissez ceiie puissante médiation podwire ses effets; » laissez cette voix puissante parler au nom du peuple. » Que notre diplomatie dise que la nation française , » comme un fot , se précipite au-devant du succès , et » qu'elle élève des mains suppliantes vers l'Étemel pour > liji demander l'indépendance de la Pologne. » .;! Vous parlez de médiation jmissante , de voix puissante, et vous réduisez le tout à des mains suppliantes vers TEîernel! Quelle attitude pour la nation française! aussi quels effets! v

» Dans la réalité, ajoute Séhastiani, la reconnaissance » serait une déclaration de guerre , ou bien vous amène- V rait nécessairement la guene. >>

Hé bien ! la guerre ! la guerre !

Mais non. — « Il existe, dit Lamarpe, un moyen nouveau de calmer les inquiétudes ; c'est de venir vous parler , non pas au nom de la France , mais au nom de la Sainte-Alliance , au nom du congrès de Vienne.

» Nos plénipotentiaires se montrèrent d'abord au congrès de Vienne , dans les premiers momens , pénétrés des vrais intérêts de la France. Les premiers, ils élevèrent

une Toix courageuse en faveur de la Pologne ; et , grâce à leurs efforts , le comité dit Polonais fut établi dans le congrès de Vienne. Toutes les puissances parurent alors partager le même esprit , et , \e \\ novembre 4844,1e grand duc Constantin s'adressant aux Polonais, leur disait : ' L'Empereur , votre puissant -protecteur , vous a » fait un appel. Réunissez-vous à ses drapeaux pour dé- » fendre votre patrie et votre existence politique! »

» Alexandre lui-même , après avoir accepté le grandduché de Posen , comme état uni , intervint auprès de la Prusse et de V Autriche pour qu'elles accordassent aux anciennes provinces polonaises des institutions provinciales qui conservassent des égards pour leur naiiondifé. » Le -12 janvier, Castlereagh disait : « Qu'il fallait trai- » ter comme Polonais toutes les portions de cette nation, » et que le prince régent , qui avait tant à cœur le bon- » heur de la nation polonaise , ne verrait alors aucun » danger pour la liberté de l'Europe dans la réunion de )) la monarchie de Pologne avec l'empire toujours plus » puissant de la Russie, danger qui ne serait pas » illusoire si la force militaire de ces deux états venait » à être dirigée par un prince ambitieux et guerrier, w » Le 24 février, l'empereur d'Autriche déclarait que non-seulement le rétablissement d'itji royaume de Pologyie indépendant et rendu à un gouvernement national eût satisfait ses vœux , mais qu'il n'eût même pas regretté de plus grands sacrifices pour arriver à la restauration salutaire de cet ancien ordre de choses. » S. M. ajoutait « que les partages de 4775 et 4797 avaient été amenés par un concours de circonstances impérieuses et indépendantes des volontés des souverains d Autriche. »

» Le langage de la Prusse était moins explicite , sans doute ; mais il était loin de contrarier celui que faisaient entendre l'Angleterre et l'Autriche.

» Ainsi, vous le voyez, en 4844 , toutes les puissances réunies , même dans l'ivresse de la victoire contre les peuples , reconnaissaient V indispensable nécessité de la nationalité de la Pologne : cette nécessité existe en 4 854 '^eomme elle existait en 4844.

«Proclamons donc la nationalité de h Pologne Irfconnaissons son indépendance !»

Vains efforts ! impuissante raison ! une majorité de quelques voix repousse lainendement de Lafayette , et , séduite par les protestations de Louis-Philippe et trompée par les ministres, porte un cowj; mortel à la Pologne.

Bignon propose alors l'amendement suivant :

(I Dans les paroles touchantes de Votre Majesté sur les n malheurs de la Pologne , la chambre des députés aime » à trouver une certitude qui lui est bien chère : La na- » tionaJitè polonaise ne périra point. »

» L'amendement que j'ai l'honneur de vous proposer, dit Bignon, est le plus restreint dans les termes qu'il m'ait été possible d'imaginer. Je l'ai rédigé ainsi, afin qu'il ne souffrît point d'opposition de la part de notre cabinet 5 et cependant , tel qu'il est conçu , je le crois d'un haut intérêt pour la cause polonaise.

» Si j'avais, messieurs, comme le général Lafayette, obéi aux inspirations de mon âme, et môme au jugernent rigoureux de jyiamiso», j'aurais aussi demandé que le gouvernement polonais fût reconnu et que son agent à Paris fût accueilli comme envoyé officiel de ce gouvernement. La conduite de la Russie envers nous ne lui laisserait pas le droit de s'en plaindre, et d'ailleurs le fait de cette reconnaissance ne serait j3oi«t une cause nécessaire de rupture avec elle.

» La lutte des Polonais contre les Russes a eu un ca-» ractère assez élevé ^ elle a été marquée par d'assez brillans: combats, d'assez nobles sacrifices, pour que, dès long|temps , elle ait cessé d'être une révolte , et pour qu'ejiîe ait mérité le titre de révolution. (Très bien! très biea-l )

» Jamais révolution n'eut à un plus haut degré la légitimation de l'héroïsme et des vertus patriotiques , plus admirables que la victoire même. (Bravos.) Dût-elle succomber, et elle ne succomberait que momentanément, elle est consacrée à jamais par les plus éclatans prodiges et par l'immense disproportion des forces des parties belligérantes , comme une des révolutions les plus miraculeuses Jes plus honorables, les plus dignes des hommage .du genre humain. { Très bien ! )

» Messieurs, cette recomiaissance , je ne la demande |Wis aujourd'hui.,' Par égard pour une. circonspection que le gouvernement croit conforme à l'intérêt public, j'^i

cherché la forme la plus discrète et la plus rèsenèe , afin de pouvoir, sans danger, proclamer la sympatliie si profonde, la confraternité si pure et si sincère de la France pour la Pologne, sans exciter aucune inquiétude dans cette chambre , sans faire naître la plus légère apparence de difficulté pour le cabinet.

») J'en conviens , messieurs , de la part d'un homme quel qu'il fût, le mot certitude, jeté sur l'avenir, serait, avec raison , regardé comme un indice d'orgueil révoltant , comme une usurpation sur le domaine de la divinité ; mais ce qui serait déplacé et inadmissible de la part d'une individualité humaine, cesse de l'être de la part d'un grand peuple (vives marques d'adhésion), parce que là ce n'est pas la vanité , ce n'est plus l'ambition ni même une sagesse isolée qui parle ; c'est un sentiment profond et vrai qui s'échappe de tous les cœurs d'une population immense; c'est une croyance généreuse, «ne conviction forte qui se produit avec éclat , qui par cela même a le droit d'emprunter , en quelque sorte , la langue des oracles. Il y a pour les peuples un autre horizon que pour les individus. L'œil d'un peuple a une tout autre portée que la vue d'un prince ou d'un cabinet. Les princes meurent , les peuples ne meurent pas ; un peuple surtout qui, comme la Pologne, enseveli un moment dans de glorieuses ruines , a brisé la pierre de son tombeau , et s'est de nouveau élancé à la vie , un tel peuple ne peut mourir. C'est comme peuple assuré de notre immortalité que nous devons dire au peuple Polonais : et vous aussi, vous êtes immortels! (Applaudissemens.)

» S'il avait existé, messieurs, une autre expression plus significative encore que le mot certitude, je vous l'aurais proposée , parce qu'il ne peut y en avoir aucune qui le soit trop pour rendre une grande pensée nationale comme la certitude que vous avez et que vous voulez avoir à tout jamais de l'indestructible nationalité polonaise.

■lu iiip

» Mais , m'objecte-t-on , vous violentez le gonreraement ! — Non , il reste maître et responsable.

» Vous inquiéterez la Russie ! — Je sais fort bien , assurément , que mon amendement n'est pas conçu ainsi

qu'il devrait l'être pour être tout-à-fait approuvé en Russie; mais faut-il donc que la France aille prendre ses opinions à Pétershour g! Non , messieurs , pas plus que la Russie n'est obligée de prendre ses opinions en France.

M Quant à la fantasmagorie trop souvent reproduite des guerres de principes et de propagande , permettezmoi de réduire à leur juste dimension ces fantômes que l'on fait apparaître devant vous.

» Sans, contredit , comme règle générale , nous aussi nous réprouvons les guerres de principe et de propagande ; nous pensons que tout gouvernement sage doit s'en abstenir. Mais sortons des généralités , allons à l'application. Quels sont les pays à l'occasion desquels il soit possible en ce moment de faire des guerres que l'on puisse qualifier ainsi? C'est Vltalie, c'est la Pologne. Eh bien! messieurs, si notre cabinet, dans sa sagesse, dans sa prudence, après avoir bien pesé les avantages , avait cru devoir faire la guerre à propos des événemens qui ont lieu dans Tun ou l'autre de ces pays , il eût pu , il eût dû même , comme ressource» comme instrument, employer les raoyens que fournit l'esprit de propagande ; mais en réalité il eût fait une guerre d'intérêt et de calcul.

» Et d'abord , n'est-ce pas un intérêt que l'identité de systèmes, d'idées, de vues, entre tels et tels peuples, contre les idées, les vues, le système de telles et telles puissances ? Pour un état qui , comme la France , a été obligé de changer sa dynastie , c'est un intérêt de ne pas souffrir qu'on châtie ailleurs comme des releUes les nations qui ont aussi voulu l)riser le sceptre du droit divin : mais cet intérêt n'est pas purement intellectuel et moral; il est matériel, territorial même.

» En effet, messieurs, laisser refouler, dans un mode d'existence antipathique au nôtre , des populations soulevées par des sentimens conformes aux nôtres , c'est livrer à une politique ennemie des populations et du territoire qui bientô' lui fourniront contre nous des ressources, de l'argent et des armées; et, d'ailleurs, était-ce donc des guerres de prvicipes que celles que nous avons faites si long-temps en Italie, pour y limiter la prépondérance autrichienne? Serait-ce surtout une guerre de principes

que celle qui aurait pour objet de rétablir en Pologne un état puissant, nécessairement notre ami, capable d'arrêter le débordement de l'empire russe et d'opérer pour tous, en certains cas, d'importantes diversions?

» Si Ton s'était battu ou si l'on devait se battre pour la cause de la Pologne ou de l'Italie , ce seraient là , quoi qu'on en puisse dire , de lonnes et solides guerres d'intérêt, et non des guerres de propagande ou de principes; mais ces guerres , quelle qu'en soit la nature , quelque avantage que certains esprits puissent y apercevoir , nous ne les conseillons pas , nous ne les demandons pas , et mon amendement suitout n'a rien qui p\iisse y conduire.

» Non , la destruction de la nationalité polonaise n'est pas possible , et vous ne balancerez pas à le proclamer. Au moment fatal où ce peuple de héros est dans les angoisses d'une glorieuse agonie, pourriez-vous refusera ces braves qui meurent la certitude de l'immortalité de leur patrie? » (Applaudisseraens.)

Je ne crains pas de le dire , ce discours , d'un diplomate habile , prudent , pacifique et modéré , ne permet pas de réplique.

Mais Barthe, qui sait que la Pologne est destinée à> ^èrir, a le courage de venir demander la substitution du mot espoir au mot certitude.

On demande la clôture : elle est prononcée ; on va Toter sur l'amendement , et tout annonce qu'il sera adopté.

Mais Casimir Périer demande la parole : quelques membres , croyant qu'il veut allonger la discussion pour faire renvoyer le vote au lendemain, afin de pouvoir influencer certains députés , lui crient que la chambre a fermé la discussion et que personne ne peut la rouvrir. Invoquant l'article 46 de la charte et les prérogatives ministérielles, il prétend qu'un ministre a le droit de parler même après la discussion fermée; il exige la parole au nom de la charte et pour la charte.

Un effroyable tumulte s'élève ; le président se couvre ; la séance est suspendue , reprise , et de suite renvoyée an lendemain.

Mais l'effet désiré est produit , augmenté même le len-

demain par une longue discussion sur l'orage de la veille. Sous prétexte de ne parler que sur une position de questions, Casimir Périer parle sur la question déjà close, et soutient que le mot certitude engagerait le gouvernement et serait une véritable déclaration de guerre.

Bignon monte à la tribune et persiste dans son amendement : mais lorsqu'il descend , Séhastiani, qui monte, lui parle à voix basse ; et Bignon déclare que , le ministre lui proposant de substituer assurance à certitude , il consent à cette substitution, au grand étonnement du côté gaucbe, qui voit dans ce changement l'abandon de l'amendement.

Hélas ! Vassurance donnée par le gouvernement ne valait pas même un espoir! Et par leur opiniâtreté à repousser la reconnaissance de la Pologne et la certitude de la conservation de sa nationalité^, Louis-Philippe , ses ministres et le juste-milieu portent le découragement , le désespoir et la mort à cette malheureuse nation.

Louis-Philippe', la considérant sans doute comme déjà morte , n'en parle pas même dans sa réponse à l'adresse des députés , quoiqu'il n'oublie ni de menacer les factieux, c'est-à-dire tous ceux qui n'approuvent pas son système , ni de présager un heureux avenir qui calmera toutes les inquiétudes et raffermira la confiance publique.

Hélas ! encore , il n'est prophète que quand il prédit la ruine de la Pologne !

Séance du \0 septembre.

Quelques-uns des nombreux amis de la Pologne conservent cependant encore quelque espérance, et quatre pétitions, couvertes des signatures de plus de quinze cents citoyens de Paris, Metz, le Mans, etc. , prient la chambre de solliciter auprès du trône la reconnaissance officielle de la nationahté polonaise.

« Nous avons dû croire , dit Bignon , que le gouverne- ♦) ment cherchait et attendait avec impatience le moment » de reconnaître l'indépendance de la Pologne. Ce mo- » ment est déjà venu : Ventrée de nos troupes eu Bel-

» gique et le choléra -morhus , qui rend toute guerre » impossible , lui en donnaient l'occasion.

» Malheureusement le ministère ne veut profiter de » ces avantages ni dans l'intérêt de la Pologne, ni dans » l'intérêt de la France.

» Il serait cependant beau, honorable, et surtout poli- » tique , de reconnaître l'indépendance de la Pologne la » veille même du jour où elle touche à une grande ca- » tastrophe. »

« La Pologne est étranglée par la Prusse, dit Lafayette; c'est dans la Prusse que la Russie a mis sa iwincipale confiance ; c'est par la Prusse que sa ligne de communication , qui avait été coupée , et qui le serait encore , a été rétablie.

n Je signale ici le dangei' le plus pressant: c'est Yhostilité de la Prusse contre la Pologne. Toutes les communications sont interceptées et par la Prusse et par l'Autriche ; le gouvernement prussien est tout russe aujourd'hui ; la police qui se fait à Berlin et à Breslau est une police russe.

» Ce n'est, messieurs, que par un langage fort, par un langage des journées de juillet, que vous mettrez obstacle à cet état de choses , et il n'y a pas un moment à perdre.

» Messieurs, toute la France est polonaise, depuis le vétéran de la grande armée jusqu'aux enfans des écoles; oui , toute la France est polonaise !

» Le gouvernement français, j'aime à le penser, est polonais aussi ; mais , au nom de Dieu , qu'il le montre donc d'une manière énergique : car enfin ce n'est que par Yénergie que nous pouvons réussir.

M On parle de complots dans les colonies militaires russes, et de deux cents officiers qui auraient été pendus; on assure que Nicolas a comparé la conduite des insurgés à celle des rebelles polonais et des rebelles français. Vous savez comment il traite les rebelles polonais; vous pouvez juger de ce qu'il ferait des rebelles français s'il en avait les moyens.

» J'insiste donc pour la reconnaissance immédiate de la Pologne, aujourd'hui, à l'instant même.

» Mais ce qui est encore plus urgent , c'est d'empêcher la Prusse d'étouffer la Pologne. Je conjure donc MM. les ministres de se montrer forts sur ce point , et de parler à la Prusse le langage qu'elle a dû comprendre aux premiers temps de la révolution , puisque ce langage Vempêcha d'intervenir dans les affaires de la Belgiqtie. »

L'envoi des pétitions au conseil des ministres est prononcé par la chambre à la presque unanimité. Mais cet envoi n'est qu'une déception : les ministres ne s'en occuperont même pas , ils savent que la Pologne est destinée à périr !

Séance du i6 septembre.

Enfin , le ^ 6 septembre , le Moniteur annonce la funeste capitulation de Varsovie.

« Une dépêche télégraphique de Strasbourg , dit-il , » a appris , ce soir , que Varsovie avait capitulé le 8 , » après deux jours de combat. L'armée russe a pris j) possession de la ville. L'armée polonaise s'est retirée » dans le palatinat de Plosck, et se porte sur Modlin. »

Quelle sécheresse ! quelle insensibihté ! Qu'est devenue cette sympathie dont le gouvernement a fait si souvent parade?

Le même jour, Mauguin demande la parole pour un fait particulier; mais le centre, qui devine qu'il va parler de la Pologne, veut la lui refuser; et ce n'est qu'avec peine qu'il l'obtient. Il annonce qu'il demandera aux ministres des explications sur la Pologne et la Belgique , mais qu'il ne les demandera que <?ans trois jours , parce qu'il est d'usage de laisser aux ministres le temps de se préparer à répondre.

« Le gouvernement , répond fièrement Séhastiani en- » courage par ce délai , est prêt à donner aujourd'hui » même tous les renseignemens qu'on peut désirer. »>

« Faites connaître de suite les derniers èvénemens, crie-t-on de toutes parts. »

« L'ordre règne maintenant à Varsovie , répond Sèhasiiani de sa place. «

« A la tribune! à la tribune! » crie-t-on de nouveau.

« Le gouvernement, ajoute-t-il à la tribune, a com- » muniqxœ tous les renseignemens qui lui étaient parve- » nus sur les événeméns de la Pologne. Il a appris qu'une M capitulation avait mis au pouvoir des Russes la place et » la ville de Varsovie ; que Tarraée polonaise s'était retirée » dans les environs de Modlin ; que 24,000 Polonais » seulement se trouvaient à Varsovie quand elle a été » attaquée et menacée; que 56,000 hommes se trouvaient » en Poldachie; et qu'enfin, au moment où l'on ecri- M vait, la tranquillité régnait à Varsovie. » (Mouvemens divers.

Nicolas avait dit dans son manifeste qu'il allait faire rentrer les Polonais dans l'ordre; et, comme lui, Sébastiani annonce que l'ordre règne a Varsovie. Si Char* les X rentrait à Paris , dirait-il donc aussi l'ordre règne A Paris?

Si ce mot malheureux ne se trouve pas dans le Moniteur, son absence prouve seulement que le Moniteur, soumis aux ministres avant l'impression de leurs discours, n'est qu'une image quelquefois infidèle de nos débats parlementaires.

Du reste, que de mots malheureux échappés de la bouche de ce ministre, qui parle si souvent de prudence et de réserve ! N'est-ce pas lui qui a dit : la France est oii elle est. — Entre ne pas consentir et s'opposer il y a une grande différence, -r— Un duc de Modène. — Quelques hrouillons belges. — Le monstre don Miguel. — La Turquie cadavre. — La Pologne est destinée à périr. — Que la France soit sage , et les rois ne l'attaqueront pas. — L'ordre régne à Varsovie?

Et l'on s'étonne que les rois et leurs ambassadeurs aient comblé ce ministre d'éloges et de caresses, aient désiré et demandé sa conservation au ministère ! Qui pourrait donc mieux que lui diriger les affaires étrangères?

« J'avais conjuré le ministère, dit Lafayette, d'arrêier le mouvement hostile de la Prusse contre la Pologne, je demanderai ce qui a été fait.

» Je ne suis pas de ceux qui disent que la Pologne pé-

rira ; non, elle ne périra pas, et il dépend du gouvernement français qu'elle ne périsse pas ; mais il faut prendre des mesures plus énergiques et moins timides que celles qui ont été prisée jusqu'ici.

» Varsovie était entourée d'armées russes; mais il y avait une autre ceinture, celle des puissances hostiles à la Pologne.

n La Prusse nous a donné beaucoup de sujets de plainte. Je demanderai à M. le ministre s'il est vrai qu'un courrier envoijé par lui, dont le passeport est signé par lui et a été visé par V ambassadeur de France à Berlin; s'il est vrai, dis-je, que ce courrier a été retenu, pendant deux mois, sous divers prétextes, eï que ses plaintes sont arrivées ici,

» Je demanderai aussi s'il est vrai que les Polonais aient été invités par le gouvernement français, par des ministres anglais, par l'ambassadeur français à Londres^ à ne pas risquer une bataille, parce que ce que Ton devait faire pour servir la Pologne ne devait durer que deux mois, et que sous deux mois la Pologne rentrerait dans la grande famille.

Cependant la discussion continue sur une proposition de Boissy-d'Anglas, concernant les officiers des centjours , et les ministres et leurs amis redoublent d'efforts pour leur refuser leurs grades.

» Je me demande avec inquiétude, dit Calet, quel effet produira cette discussion sur la France et sur l'Europe.

» Naguère tous les peuples faisaient des vœux pour l'héroïque Pologne , et quand, le 29 juillet dernier, on a annoncé dans cette capitale une victoire des Polonais, vous avez entendu toute la garde nationale et la ligne, rangées en face sur le boulevard , pousser ensemble le cri de vive la Pologne.

» Oui , quand une victoire était annoncée ( comme pour remplir l'attention de la capitale de la France), la garde nationale et la ligne faisaient entendre ce cri de vive la Pologne! Et aujourd'hui le Moniteur vient nous répondre que la Pologne a peut-être péri; que dans Varsovie Tordre, c'est-à-dire la mort ou la servitude, a

remplacé la lïbeHè! (Sensation marquée. ) Eh bien! quand un événement qui est appris par des peuples avec le sentiment de la plus profonde douleur et delà plus profonde inquiétude; quand ces sentimens devraient nous absorber; quand nous devrions sentir que Vindépendance de la France est peut-être menacée — ( aux centres : non! non!): quand on devrait se souvenir que la Russie n'a été arrêtée que parle dévouement de la Pologne, qui Ta empêchée de diriger plus tôt ses armes contre nous ; quand nous aurons peut-être bientôt besoin du courage de tous nos citoyens, du dévouement de nos soldats, devrions-nous disputer ici , en présence des angoisses de la France, quelques grades achetés par quelques débris de Waterloo , sur le champ de bataille, au prix de leur sang , au péril de leurvie'i Je ne sais si vous aurez ce courage ; quant à moi , je ne puis l'avoir, et je vote pour que les officiers des Cent- Jours recouvrent enfin leurs grades. »

Séances du 49 au 24 septembre.

« Il y a un mois , dit Mauguin , dans l'adresse déli- » bérée par vous, en réponse au discours de la couronne, M vous avez exprimé toute votre sympathie j)our la Po- » logne; vous avez demandé que des mesures fussent » prises poxir la sauver. La Pologne est tombée; et je » viens demander au ministère s'il a fait ce qu'il devait » faire pour la soutenir , si la chute de Varsovie ne doit M pas être imputée à sa négligence ou à sa politique. »

Puis il reproche au ministère de n'avoir ]ja5 reconnu la Pologne; de n'être pas intervenu comme médiateur; d'avoir refusé tous secours secrets et patens; d'avoir souffert que l'Autriche et la Prusse surtout , violassent perfidement la neutralité promise ; d'avoir toléré que la Prusse arrêtât des Français et même des dépêches venant de France; d'avoir brutalement révoqué Guilleminot pour plaire à la Russie ; d'avoir écrit à Constantinople des lettres antidatées ; d'avoir , les 25 juin et 7 juillet , engagé les Polonais à éviter le combat pendant deux mois , en leur faisant espérer la reconnaissance des puissances ou de la France au moins.

fl La Pologne succombe, ajoute-t-il, et maintenant, » dit-on, V ORDRE règne à Vorsovie!... Et maintenant, » comme on l'avait pédit , les Polonais expirent! »

« Si les ministres sont coupables, répond hardiment » Sébastiani , vous êtes investis du terrible droit d'accM- » sation; s'ils sont inhabiles, la voie vous est ouverte » pour arriver au trône par une adressse : choisissez. »

Mais il ne parle ainsi que parce qu'il est sûr de la majorité.

Puis il ajoute que la Russie n'accuoillit la révolution de juillet qu'avec un mécontentement rèd; qu'elle fut encore vivement émue de la révolution belge ; qu'elle ordonna un rassemblement considérable de troupes du côté de la Pologne ; que le gouvernement crut devoir lui faire alors des observations; que, quand ensuite éclata la révolution polonaise , il s'y intéressa vivement , sans méconnaître les difficultés de l'entreprise; qu'il dut examiner avec attention et prudence ce que la Pologne deviendrait ; mais que néanmoins il ne perdit pas un instant pour faire entendre à Saint-Pétersbourg des paroles de conciliation et de rapprochement; que les victoires des Polonais amenèrent une situation nouvelle ; mais que la Pologne n'avait que 5 millions et demi d'habitans, sans ports, ni montagnes, ni marais, pour lutter contre 40 millions; qu'après la malheureuse bataille iVOstrolenka, il intervint pour demander la conservation de la nationalité polonaise ; que toujours , et tout récemment encore , Nicolas avait donné les assurances les plus formelles à cet ég^ard ; qu'il avait même offert sa médiation, mais qu'elle avait été refusée ; qu'il avait continue cette offre avec plus d'instances; qu'il avait même appelé le concours des autres puissances, mais qu'elles n'avaient pas cru que le moment fût arrivé pour elles de se réunir à lui { elles voulaient attendre la mort de la Pologne ) ; qu'il avait prévenu les envoyés polonais résidant à Paris pour qu'ils facilitassent de tout leur 2)ouvoir V accomplissement de ce projet; mais qu'il n'avait pas dit que , dans deux mois, la Pologne serait reconnue; qu'il n'avait j7as conseillé de quitter le système de guerre offensive , et que la chute de Varsovie ne devait être imputée qu'aux fautes du général polonais.

<r Comment , dit-il , secourir par mer la Pologne? Elle » n'a pas de port dans la Baltique. — Elle a celui de Po- » Janghen , répond Mauguin. — Oui; mais il ne peut » contenir un bâtiment de plus de cent cinquante ton- » neaux. ( On vous répondra tout à Theure. )

H On parle de la Turquie ! Ce n'est plus qu'un eCL- » davre

» On parle de lettres antidatées ! C'est une accusation » que l'accusateur ne voudrait certainement pas sou- » tenir » (C'est Guilleminot lui-même qui la soutiendra devant la chambre des pairs, le 2 novembre.)

» Nous n'avons pas reconnu!... Mais Varsovie en eût- » elle moins succombé? Nous aurions inutilement com- » promis la France. ( Non ! non ! )

» Nous n'avons pas forcé la Prusse à garder la neutra- » tralité!... Mais c'était la guerre. —

I» Elle a arrêté un officier portant des dépêches do » France en Pologne ! . . . C'est vrai ; j'avais engagé les » agens polonais à envoyer quelqu'un à Varsovie 5 ils en- » voyèrent un officier à qui je donnai un passeport (et » 2,000 fr.) ; c'était une obligeance; mais il ne portait » aucune dépêche française. (Quelle raison ! )

» On l'arrêta à Posen, sous le prétexte que la conta- » gion y régnait, et que, par conséquent, il était assu- » jetti à la quarantaine. 11 fut conduit dans un village , » et , quand il en sortit , on lui fit subir une seconde » quarantaine. Je l'avoue , il n y avait pas là toute la » bonne foi désirable; mais était-ce un cas de guerre?

» Nous ne pouvions que prévoir des malheurs , et nous » les avons prévus ; que veiller sur la nationalité , et nous » y avons veillé ; nous avons Yass%trance qu'elle sera con- » servé«. ( Belle assurance ! ) »

Ainsi la Prusse, bien avertie que vous reculez devant la crainte de la guerre , arrête les courriers munis de vos passeports, montre la plus insigne mauvaise foi, vous insulte et vous souffrez tout ! ! !

On aura peine à le croire nn jour , Casimir Përier ose accuser les défenseurs de la Pologne et signaler leurs plaintes et leurs réclamations comme la cause de Vémeute que la chute de Varsovie excite à Paris , en France et

même en Europe, mais il est sûr d'une majorité dévouée ou trompée, et sa hardiesse na plus rien qui doive étonner.

La discussion est adroitement (car il faut le reconnaître , il a de l'adresse , le juste-milieu ! ) est adroitement détournée et jetée sur les émeutes ; Barthe vient lire des journaux et des écrits ( sur lesquels on lui donnera devant la justice des démentis formels) ; il se plaint , avec UAÇ profonde émotion, du mal que font les émeutes , la presse , rallianco des républicains et des carlistes , etc.

« La Pologne ! s'écrie Lamarque ; serait-il vrai que cette héroïque nation , qui n'avait offert sa poitrine à la lance des Tartares que pour nous servir de bouclier , va succomber parce qu'elle a suivi les conseils que lui ont donnés la France et l'Angleterre ?

» Mais est-ce le seul tort des ministres ? non 5 ils ont laissé faire à la Prusse , et c'est devant la Prusse que succombe la Pologne. Sans son secours, les Russes n'auraient pu se soutenir , ayant leur ligne d'opérations coupée; sans les vivres venus de Dantzig et de Thorn , sans les bateaux qui ont remonté la Vistule et servi à jeter le pont , jamais un cosaque, du moins un corps d'armée n'aurait franchi ce fleuve.

« La Pologne, dit Thiers, est une vaste plaine entou- » rée d'états qui ont des frontières très solides : elle n'a » point de montagnes pour se défendre , et le plus beau » de ses fleuves ne coule pas autour de son territoire , » mais au milieu.

» La Pologne avait un gouvernement sans colwsion; » elle n'avait ni tiers-état , ni industrie , ni richesse.

» Le partage de la Pologne fut un grand attentat; n mais cet état étant nécessairement soumis à Vinfluence » de la Russie , et la Russie voulant d'ailleurs prendre » aux Turcs la Moldavie et la Valachie, et par consé- » quent Yemhouchure du Danube, le grand Frédéric » pensa que le partage de la Pologne serait beaucoup plus » utile à la sûreté de l'occident de V Europe.

» L'intérêt qu'excite la Pologne n'est donc qu'un inté- » rêt de sentiment et non de politique. »

Au Thiers, député de iSoi , opposons le Tbiors historien de 1824.

(I Le partaqe des états véaitiens n'avait rien qui res- » semblât à Vattentat célèbre qu'on a si souvent reproclié » à l'Europe. La Pologne fut partajjée par les puissances » mêmes qui Yavaient soulevée et qui lui avaient j^romis » solennellement levrs services. La Pologne était un état » dont les limites étaient clairement tracées sur la caris » àe l'Europe; dont l'indépendance était, poui' ainsi dire, )) commandée par la nature, et importait aw repos de » l'Occident; dont la constitution, quoique vitiease , » était gèuèreiise ; et dont les citoyens, indignement ira- » liis, avaient déployé un généreux courage et avaient » mérité l'intérêt des nations civilisées. »>

Conçoit-on qu'un Iiistorien puisse se démentir ainsi?.

« iVfljîoîéoji, continue Thiers, croyait aussi que la Po- » logne serait toujours soumise à Vinfuencc de la Russie.

» Il est vrai que Napoléon a dit qu'il voulait faire une. » Pologne; mais voici pourquoi : il avait supprime , pour » ainsi dire , la Prusse et l'Autriche ; entre lui et la Rus- )) sie , il n'y avait rien (ni terre , ni habitans pour la dé ■n fendre), il voulait y mettre la Poîofjno, préoccupé de » cette idée que la Russie devait déborder en Europe. •>

Et c'est pour cela que vous jugez inutile de lui créée une barrière!

« Mais Napoléon se tronjpait : les faits prouvent que » la Russie n'est pas redoutable ; car , à cette Russie qui » devait tout envahir, il a fallu f?^^^" campagnes pour » s'emparer de quelques forteresses turqxies; il lui a fallu » près d'une année pour vaincre une poignée de braves » (400,000 Polonais!) »>

Quoi! elle envahit, elle conquiert, elle avance toujours , et vous invoquez les faits pour prouver sa faiblesse!

Du reste , vous invoquez et vous repoussez l'opinion de Napoléon suivant que cela vous convient : rien n'est plus commode.

« En cas de guerre ,, il serait utile pour nous d'avoir » des alliés dans le Nord. Sans doute; mais quel est le » politique qui a jamais songé à se faire des alliés à qua-

» ire cehis lieues, et un allié auquel il faudrait rendre » Vexisience ?

» On appelle la Pologne Vavant-garde de rarmée fran- » caise! J'accepte la comparaison. Eh Lien! quel est le )» générai (jui a jamais placé son avant-garde si loin de » son corps de bataille ? »

Quelle argumentation ! que de puérilités !

« Polanghen ne peut contenir que des bâtimens de 50 » tonneaux fSébastiani a dit de ^ 50 ) , et n'a d'ailleurs » été que quarante-huit heures en la possession des Polo- » nais. I)

Les insurgés polonais , qui l'avaient en février et mars, l'ont perdu en avril ou mai • mais Giclgud , qui se dirigeait exprès de ce côté avec 40 ou -12 mille hommes , et qui pouvait en avoir 20 mille , l'aurait repris s'il eût reçu de France la nouvelle que cette prise était utile. Le comité polonais de Paris et la légation polonaise voulaient d'abord y envoyer des fusils et de la poudre ; mais on préféra les envoyer par terre, et ce n'est que quand on connut l'hostilité de la Prusse et de l'Autriche qu'on se décida à faire partir pour Polanghen deux expéditions de plusieurs bâtimens chacune. Malheureusement ils n'arrivèrent que trop tard , en septembre , après la prise de Varsovie ; mais Sébastiani sait bien que la Pologne pouvait recevoir des secours importans par Polanghen, et cependant il nie !

« Quant au conseil d'éviter le combat, dit Thiers en u terminant, je croi^; que le gouvernement ne Va jamais » donné. »

C'est la vieille et imposante voix de Lafayette qui pul- Térise cet échafaudage historique et 2}olitique:

« Vou .«nirz les conseils donnés aux Polonais et leur funesie mduence! dit-il; eh bien! écoutez ce qu'a déclaré le ministre Czartoriski aux chambres polonaises. » Et il rapporte ses paroles.

« Vous dites que ce n'est qu'un article de gazette! Eh bien! écoutez la lettre que je viens de recevoir de la légation polonaise. » Et il donne lecture de cette pièce.

« Quant au courrier envoyé par cette légation avec un

passeport délivré par notre ministre, arrêté en Prusse et perfidement soumis à deux quarantaines inutiles , parce qu'il arrivait des pays exempts de la contagion , est-ce aussi par mesure de quarantaine qu'on l'a enfermé dans sa chambre avec un factionnaire à sa porte ? Il vous a écrit pour se plaindre , et vous avez toléré celte insulte I i»

« Je ne viens pas , dit Guizot, défendre un ministère suffisamment défendu ; je viens attaquer la politique , les idées , les intentioivs ( il niera tout-à-l'heure qu'il ait parlé des intentions) et les actes de ses adversaires, qui sont les nôtres.

» L'opposition s'est mise en état de guerre avec le gouvernement espagnol , avec tous les gouvernemens italiens , avec le catholicisme ; elle a compromis la Belgique en poussant à la réunion , puis à la démagogie 5 elle a compromis la Pologne en favorisant le parti polonais qui voulait la violence. »

Les peuples apprécient mieux que vous Vopposition et le juste milieu l ils savent bien où sont leurs amis et leurs ennemis.

« Notre doctrine, répond Odilon Barrot, est de ne précipiter ni encourager les peuples à faire des révolutions prématurées et a cueillir le fruit avant quil soit mûr, mais de ne permettre jamais qu'une puissance étrangère empêche ce peuple de le cueillir quand il le juge parvenu à la maturité. »

Le lendemain, Casimir Périer, exécutant un plan dicté par l'adresse et la ruse, vient encore détourner l'attention générale en la reportant sur les émeutes.

Mauguin avait dit que , si l'on voulait faire une en-quête, il indiquerait les preuves de la participation des agens de police dans les émeutes.

Casimir Périer refuse l'enquête, et cependant il demande les preuves , comme s'il était possible d'avoir, contre un crime commis par la police , d'autres preuves que des témoins à faire entendre dans une enquête !

« C est la seconde fois, dit-il, que l'orateur entretient » le public de ses doutes ou de ses assurances à ce sujet. » Au mois de mai dernier, défendant, comme avocat

» {il n'est ni parlementaire ni constitutionnel de repro- »' cher au député ce qu'il a dit comme avocat) , le gérant )» d'un journal, M. Mauguin dit devant la justice : J'a- » vance que, la |)o/ice est intervenue dans la plupart des » mouvcmens populaires, et, si Ton veut, j'en indiquerai » les preuves. »

Les procès du National sur les enibrigademens , et du Corsaire sur Taction de la police dans les journées des 5 et djuin, ne prouvent-ils pas que Maiiguin avait raison?

« Quoi î depuis quatre mois M. Mauguin a des preuves

» que la police , ([ue le (jouverncment qui la dirige, )♦ excitent les émeutes (il n'a pas dit excite, mais inter- » vient) , et il les a laissées dans le secret! (Il vous les a » toujours oiTertes , et vous les offre encore : faites une » enquête).

» Quel crime du gouvernement envers le pays, s'écrie- )) t-il, si Faccusaiion de M. Mauguin est fondée ! (Oui, et n ce crime est aujourd'hui constaté.) Mais quel crime » envers le gouvernement si l'accusation était calom- )) nieuse ! »

Oui, si elle est calomnieuse ; mais tant que vous refuserez Yenquéte» vous ne pourrez crier à la calomnie.

Accordez donc rE.N'QUETE : c'est évidemment le seul moyen de connaître la vérité. Biais vous la refusez, comme vous refusez toute communication de pièces ; et nous avons le droit de tout supposer et de vous dire : vous craignez la vérité ; vous vous sentez coupables !

B Hier , dit-il , dans les groupes on criait à la trahison! » Voilà l'effet des accusations continuelles contre le gou- » vernement. »

Le gouvernement laisse périr l'îtalie et la Pologne 5 il refuse d'organiser la garde nationale mobile , compromet le salut public , inquiète les patriotes, et vous vous étonnez qu'on crie à la trahison!

« On criait: vive la Pologne! à bas Louis-Philippe! „ Devons-nous voir dans ces cris le sentiment national? .»

Et quand , par votre système , c'est vous qui donnez naissance à ces cris , c'est vous qui accusez les défenseurs (leUVologno!

« Que les amis du gouvernemeiit montrent cîe la coii- » fiance et de IV-nergie , et les élèmens de troubles seront » neutralisés par la confiance publique. »

L'énergrie ne vous a pas manqué : où sont la confiance et la tranquillité?

« J'ai pris la parole, ajoute-t-il, pour savoir si le gou- » vernement peut compter sur l'appui de la chamhe , si n elle s'associe à ses vues et à ses travaux, si elle partage » son sijstcme. »

Comédie ! vous êtes sûr de votre majorité ! vous avez concerté votre parade avec vos meneurs !

fl En votant V adresse, vous avez partagé nos principes , » notre système de paix, notre respect pour les traités )) de ^814 et 4815, notre aMipatîiie pour la guerre et » notre horreur pour la propaxjande.

» En ouvrant la session , le cabinet vous a dit : Voilà » mon système, jugez-le; et la chambre a répondu: » f adopte ce système et je rAPPXJiERAi.

» Nous avons donc formé un contrat politique, un oh- » (jagement mutuel , qui ne pourrait être méconnu ni » par nous sans déloyauté ni par vous sans inconséquence: » vous et nous , nous sommes également responsables et » solidaires. »>

Non, non, mille fois non! Vour juger, il faut avoir les 2)ièces , et vous avez toujours refusé de les communiquer. La majorité a pu être trop confiante et trompée par vous: mais vou^ seuls restez comptables «t responsables.

« Le général Lafavelle lui-même , ose '^Ire Casimir » Périer , ne sembie-t-il pas rendre à notre système un » mémorable hommage en rétrogradant aussi , pour X ainsi dire , dans son langage , où nous ne voyons plus » paraître les mots sacramentels de programme , cYinsti- »> iutions républicaines et de conséquences de la révolu- ») tion , dont il a fait prudemment le sacrifice au raouve- » ment réel des idées et des intérêts du pays. »

Quelle témérité ! quelle audace ! car il y a trois mois , le 13 juin , dans sa lettre à ses commettans , Lafayette a rappelé tous ces mots et en a constamment depuis professé les principes et les conséquences.

Aussi l'illustre général s'empresse-t-il de déclarer qu'il ne désavoue rien de ce qu'il a dit dans cette lettre à ses commeitans.

<i Qu avez-vous fait pour la Pologne? dit Mauguin. Vous avez écrit quelques lettres, et seulement écrit des lettres! Encore quels sont les termes de ces lettres? Nous soutenons qu'elles ont été incertaines et timides ; vous soutenez le contraire , montrez-les.

» Mais vous n'en avez pas même adressé une seule à la Prusse, pour l'empêcher d'intervenir : montrez vos dépêches et les réponses qu'on vous a faites.

» Pour justifier votre inaction, M. Thiers a cité celle de l'Angleterre. Mais l'Angleterre n'a ni la même position , ni le même intérêt que la France : celle-là peut être égoïste, celle-ci ne doit pas être inr/rafc.

» Il invoque l'opinion de Napoléon sur la Pologne ! Eh bien ! après un long examen , Napoléon termine en disant que ïintérêt de la France exige le rétaUissement de la Pologne.

» Quant à l'attaque dirigée contre moi personnellement par M. le président du conseil pour des paroles que j'ai prononcées comme avocat, il y a quatre mois, devant tin tribunal , je persiste : oui , j'ai dit que la ^^olice n'était pas étrangère aux émeutes { ce qui est bien démontré aujourd'hui); que le pouvoir les avait peut-être aidées; et que j'en indiquerais les preuves : eh bien! faites une ENQUETE , et je suis prêt à les indiquer : ne reculez pas devant Yenquête! ce serait reconnaître. que vous redoutez les pretiv es. '''" ' '• " "" *

)) Mais , ajoute Maugùin , tous accusez V opposition d'avoir excité les révolutionnaires espagnols, italiens, polonais et belges .

» Quant suTi îtaliens, où 3it que le ministre des affaires étrangères a vu des membres du gouvernement provisoire d'Italie. — Jamais! s'écrie Séhastiani. — : On m'a affirmé qu'il avait secrètement déclaré aux Italiens , comme il l'avait fait à la tribune, que la Franco soutiendrait le principe âe non -intervention — C'est faux!

s'écrie de nouveau Sébastiani d'un ton peu parlementaire.

» Vous niez tout ! Eh bien ! consentez donc à une enquête.

» Quant aux Espagnols, quoi ! c'est M. Guizot qui ose accuser l'opposition ! Mais c'est lui, M. Guizot, c'est lui qui , ministre alors, et maître de \a police, a fait donner les passeports aux réfugiés espagnols avec les secours de route qu'on accorde ordinairement aux militaires. Fautil dire qui leur a donné des armes, de Vargent? faut-il franchir les convenances?... (î! s'agit du roi lui-même, voyez tome 'l*^^, page 225. )

» Et c'est «oits qu'on accuse! c'est 31. Guizot qui, dans sa conscience , est notre accusateur! voilà les armes du ministère contre l'oijposition l Jugez de la moralité!»

Ceux qui savent que Guizot favorisait réellement l'expédition des Espagnols ne peuvent croire qu'il veuille répondre à Mauguin ; mais rien ne l'arrête.

« Après la révolution de juillet , dit il, les réfugiés espagnols en Franco et en Angleterre conçurent le projet de tenter un mouvement sur les frontières de leur pays. Beaucoup de membres de l'opposition actuelle et tous les journaux les encourageaient. (Oui, on ne l'a jamais nié ; mais voiis aussi, quoique à regret peut-être. )

» Que devait faire alors le gouvernement ? il prit la résolution de se renfermer dans les lois de la liberté Stricte; de traiter les réfugiés espagnols, dans tous leurs mouvemens sur le territoire français, comme des Français; de leur accorder toute la liberté, tous les droits dont jouissent les Français, rien de moins, rien de plus.

» C'est à ce titre que , quand ils ont voulu se promener sur le territoire français (se promener! c'est charmant! Vous ne saviez pas qu'ils allaient révolutionner l'Espagne ! ) des passeports leur ont été délivrés comme à tous les citoyens ; ils ont pu se rendre à Baîjonne ou à Perpignan. (Pourquoi donc ensuite avez-vous emprisonné ces Espagnols, les Italiens et les Polonais?) Beaucoup d'entre eux se présentaient comme voyageurs pauvres; on leur a délivré des passeports d'indigens, avec le secours de trois sous par lieue. { Et les armes fournies par vous, l'argent donné ^slv Louis-Philippe , le mariage du

duc do Nemours avec dona Maria, future reiae d'Espa- {jne et de rortn<jal , vous n'en parlez pas \ )

» Mais le gouvernement espa^rnol , informe des rassembîomens qui se formaient sur la frontière , réclama auprès de nous. (Vous n'aviez pas deviné qu'il réclamerait! ) Nous reconnûmes que nous avions des devoirs envers lui. (Vous n'en saviez rien auparavant! ) Nous fîmes alors désarmer, disperser et rentrer les réfugiés. »

A-t-on jamais vu une aussi pitoyable justification? Et c'est Guizot qui accuse l'opposition d'avoir excité les Espagnols ! c'est un ministre !

Au lieu de parler de la Pologne, Dupin vient adroitement parler deux heures pour instruire les députés nou- Teaux sur les émeutes, qu'il passe toutes en revue; sur l(^s républicains , \e pillage, la loi agraire; sur ce qui s'est dit en décembre 1830 chez Laffitie, chez Lafayette, au Talais-Royal, et sur ce qu'ont dit ou répété Laffitte y Lafayeiîe , Montalivet, d'Ârgout, le roi lui-même: si tout cela est combiné , préparé , concerté pour détourner l'attention , pour effrayer les peureux , pour amener inconstitutlonnellement le roi dans la question , et pour obtenir des cris de vive le roi! ce c'est pas malhabile.

« A côté des cris de rirfe Varsovie! vive la Pologne! dit-il alors , on criait , en chœur , à las les ministres ! à lias Louis-Philippe! miles accusait de trahison; on a assailli deux ministres : dira-t-on que c'est le gouvernement qui excitait ces cris et ces altaques? Je m'oppose à Yenquête, parce qu'elle est inutile. »

Quelle logique ! Ce n'est pas de toutes les émeutes et surtout de celles de septembre que Mauguin parlait quatre mo's auparavant.

Casimir Périer, sentant bien que le mot émeute a prodigieusement d'empire sur le juste-milieu , vient encore d'exploiter ce terrain 5 dénaturant les faits ou les supposant, il affirme que Mauguin a dit qu'il avait des preuves contre la police (tandis qu'il a dit seulement qu'il indiquerait les preuves) j et qu'il l'a accusé lui-même d'Être Vagent secret de Charles X ( tandis qu'il l'a accusé d'avoir été négociateur secret pour Charles X à

V Hôtel-de-Ville , et de s'être opposé à la déchéance , faits avoués et certains).

Cette tactique, aidée par un ton de douleur et d'attendrissement, produit son effet sur le centre; et d'Argoiit le né(jociateur patent de Charles X au 29 juillet, enhardi par Tappui de l'armée ministérielle, s'emporte jusqu'à dire qu'il voue une guerre à mort aux factions et aux factieux ( ce qui veut dire à ses adversaires , qu'il qualifie ainsi).

Mauguin remonte à la tribune, et rétablit la vérité, prouve qu'il n\i atlaqué qu'après l'avoir été lui même, et pour se défendre prouve aussi que c'est C. Ferler et Guizot qui ont apporté les passions et la violence , Ciuizot en accusant les intentions mêmes de \^ opposition , C. Pèrier en l'accusant lui même de calomnie au sujet de ce qu'il avait dit quatre mois auparavant devant un tribunal.

Qu'on relise aujourd'hui ces débats si orageux : on verra avec un étonnemont mêlé d'admiration , la vérité , le courage et le talent, quoique trop faiblement soutenus par le côté patriote qui souffre les continuelles interruptions du centre, lutter seuls contre les interruptions , contre les dures apostrophes , contre les c'est faux de C. Pèrier, de Sêhastiani et de Soult , contre la violence calculée des ministres et de leurs principaux amis.

Quand l'éloge de l'armée, son entrée en Belgique et l'annonce du désarmement général espéré sont près de compléter l'effet déjà produit, Ganneron se rend l'organe de la proposition suivante :

« J'ai l'honneur de proposer à la chambre de décider que , satisfaite des explications données par les ministres et se confiant dans leur sollicitude pour la dignité extérieure de la France et pour h sûreté intérieure , elle passe à l'ordre du jour. »

Vainement objecte-t-on que le ministère n'a produit aucune pièce , aucune preuve.

Vainement Casimir Périer vient-il outrager la représentation nationale et attenter à l'indépendance des représentans, en disant, à Toccasion de Laurence (qui sera destitué plus tard de ses fonctions d'avocat général) ([uuu

dêpiiié fonctionnaire jmhlic doit d'abord remplir ses devoirs envers le gouvernement en sa qualité de fonctionnaire., ^ ■■•-■■■••■■ -'■ n

VainenienTl^f l>i|^eâiii .ont-ils repoussé ïa proposition Mauguin pciUr'. tine enquête, et la proposition Saherte ^ouv une communicaïion des inéces: '

Vainement Laffitte, etc. , soutieh'nent-iîs que l'ôi^dre du jour lïwtivè de GannerOn est inusité , contraire au règlement, infiniment dangereux,

Vainenient Odilon Barrot croit-il tout concilier en désavouant Mnuguhi et en proposant l'ordre d^^ jour pur et simple.

Casimir Pèrîer, qu'encouragent tant de concessions , veut habilement exploiter ses avantages.

« Dites formellement , s'écrie-t-il , si noii^ sommes coupables des accusations portées contre nous , ou si vous nous croyez dignes de votre confiance ; adoptez la proposition de M. Ganneron ; i|e nous laissez pas sous le poids d'une accusation pii n" aurait pas été purgée. »>

Et 224 Voixj coatre 456 adopte ce fameux ordre du ]ourmotivé!l ,: , , ,

Et la chute de Varsovie, qui pouvait briser un trône, et qui devait renverser le ministère, si la discussion avait été concentrée sur la -Pologne, c'est-à-dire si Casimir Périer ne l'avait pas détournée sur les émeutes, est momentanément pour lui l'occasion d'un triomphe dans la chambre ! ! !

Mais ce triomphe surpris n'est qu'un mensonge; point d'*«gu«te , point de pièces, et par conséquent point de jugement! et, comme le disait Casimir Périer , le gouvernement reste sous le poids d'accusations non purgées!

Séances du 9 avril 4855.

Quelle affligeante et Tioritèus^ métamorphose ! Le gouvernement, qui proclamait si haut sa sympathie pour la Pologne , demande une loi pour parquer , emprisonner , expulser les Polonais proscrits , quand la France entière voudrait les porter en triomphe pour adoucir leurs malheurs.

« Au début de cette session , ditCoulmann , empreinte de la volonté de notre g^énéreuse nation , avec la certitude que tout est possible et facile à Tenthousiasme français, que deraandiez-vous au {jouvernement! C'est de mettre rt?7)ée même , s'il ne restait pas d'auJre moyen, dans la balance de la cause polonaise, qui, à la honte desgouvernemens de l'Europe, a vu fléchir le courage et la justice devant la ven^jeance et le despotisme.

» Quelques mois sont à peine écoulés , Varsovie est tombée; un ukase réunit à jamais le royaume de Pologne à l'empire russe; ses plus nobles enl'ans sont proscrits, dépouillés, assassinés; et nous, défendus, protégés, sauvés par eux de l'invasion , de la guerre , et peut-être de la contre-révolution, la politique vient déjà nous demander contre eux une loi de défiance, d'arbitraire et d'exception , quand nous ne sentons dans nos cœurs que confiance, reconnaissance et admiration pour eux.

>r Le roi et les chambres , dit Lafayette , ont engagé leur responsabilité et leur honneur à ce principe , que la nationalité polonaise ne périrait pas. Eh bien! messieurs, cette promesse a-t-elle été remplie? Vous connaissez les harbaries et le manque de foi qui ont mérité à l'empereur de Russie le nom de tyran, que je crois devoir lui donner ici. »

« Quand les Polonais , dit Odilon Barrot, ont servi d'égide à la France ; quand ils ont reçu, sur leurs poitrines, les coups dirigés contre nous, vous les mettez à la disposition de la police ! »

« Quand vous rentrerez dans vos foyers , dit Lamarque, ne vous exposez pas à entendre dire sur votre passage : Après avoir laissé périr la Pologne, ils persécutent les Polonais. »

« Je n'aceuse point le ministère , dit Perreau , d'avoir subi une influence étrangère ; mais le projet de loi serait venu de Saint-Pétersbourg ou d'Holy-Rood , qu'il ne serait pas plus conforme aux vœux des gouvernemens a&solus, plus contraire ana. sympathies nationales. »

« Les Polonais réfugiés , dit cnOa Tardieu , ont tra-

— >I08 — versé les départemens de Test. Les excellentes populations de ces contrées n'ont pu voir sans une érnotion profonde et la plus \ive sympathie le spectacle de tant d'infortune et de tant àlièrotsme. Elles m'avaient envoyé des pétilions que je n'ai pu déposer , par la raison que nous atteignons le terme de nos travaux. »

AI) ! si le juste-milieu ne se jouait pas des pétitions de la France , il n est peut-être pas un village qui ne vous enverrait la sienne pour les Français du ISord.

Mais l'odieuse loi Barthe est votée ; le dernier président de la Polo^jne est forcé de quitter Paris ; et les héros , échappés à la vengeance des Cosaques , mais toujours poursuivis \)Sir Nicolas , sont, par Louis-Philippe, contraints d'aller mourir sur les rivages d'Alger !

En deux mots , résumons ces longs et tristes débats.

Dés le principe, Louis-Philip2)e , blâmant les Polonais en les croyant trop faibles, les abandonne, les sacriCe, les condamne à périr, et ne fait rien pour les sauver.

<( Louis XV, s'écrient-ils expirans, nous a du moins » envoyé des Choisy , des Vioniénil et des Dumouriez : » Loîiis-Philippe ne nous a pas même envoyé un cour- » rier! »

Mais il n'ose pas avouer à la France qu'il abandonne la Pologne.

Cependant il faut répondre à la tribune.

Eh bien ! arguties , sophismes , mensonges , ruse , audace , violences , tous les moyens sont bons aux yeux de ses ministres et de ses agens pour tromper la chambre , la France et TEurope.

C'est encore ainsi pour la Belgique : nous allons le -voir.

§45. — Belgique. — Sa révolution. — D'abord secoiirue, puis abandonnée, trompée, opprimée. — Documens diplomatiques. — Débats parlementaires; nouveaux mensonges ministériels.

Violemment séparée de la France en 4814; unie ou plutôt soumise à la Hollande, sous le sceptre de Guil-

laume de Nassau, qui ne s'en dit pas moins roi légitime; n'ayant qu un simulacre de charte constamment violée , opprimée par son roi ; vexée et humiliée par les Hollandais ; irritée contre un ministre persécuteur ; échauffée par l'exemple des journées parisiennes ; la Belgique commence sa révolution à Bruxelles dans la nuit du 25 au 26 août , au sortir d'une représentation de la Muette.

Les armoiries royales sont effacées, la maison d'un journaliste ministériel (ami du roi , quoique échappé des galères), celle du ministre de la justice (lePeyronnet ouïe Barthe des Pays-Bas), celles de plusieurs autres fonctionnaires publics et l'hôtel du gouvernement , disparaissent devant la vengeance populaire.

Le peuple est armé ; la lutte s'engage avec les soldats ; le sang coule ; la troupe abandonne ses postes aux citoyens; la garde bourgeoise, subitement organisée, rétablit la tranquillité 5 le drapeau tricolore français , arboré d'abord , est remplacé par l'ancien drapeau brabançon.

Mais on ne parle encore que de liberté , d'améliorations dans les institutions du pays, de suppression de plusieurs impôts écrasans pour le peuple , et du renvoi du ministre Van Maanen.

Une députation est envoyée à Guillaume , à La Haye , pour lui présenter une respectueuse adresse , et lui demander l'accomplissement de ces vœux populaires et la convocation des état s- généraux.

Presque toutes les autres villes , excepté Anvers et Gand, suivent l'exemple de Bruxelles.

Cependant on annonce que de nouvelles troupes marchent sur Bruxelles pour se joindre à celles qui s'y trouvent déjà. Le peuple veut s'opposer à leur entrée; on parlemente, on convient qu'elles attendront le retour de la députation.

Mais les journaux hollandais demandent à grands cris le châtiment des rebelles.

Les deux fils de Guillaume arrivent, le o\ août, pour entrer à la tête des troupes , et demandent auparavant que les armoiries soient rétablies et la nouvelle cocarde déposée.

Le peuple indigné s'apprête k la résistance ; mais on parlemente, on négocie : les princes ne persistent pas,

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