PREMIERE RESTAURATION
Conditions stipulées par le sénat. — Perfidies des Bourbons. — Usurpation. — Charte octroyée, illégitime. — Projets contre-révolutionnaires.-— Juste expxilsion.
La restauration des Bourbons est donc décidée.
Cependant la souveraineté nationale est tellement enracinée dans les esprits, que le sénat, tout lâche et servile qu'il est, ne rappelle l'ancienne dynastie que sous la condition qu'elle acceptera et jurera la constitution , et sous la condition encore que ce rappel et cette constitution seront formellement ratifiés par le peuple FRANÇAIS consulté dans la forme qui sera déterminée, et que le roi réitérera son serment dans la solennité où il recevra celui des Français.
Ce n'est qu'à ces deux conditions que le corps législatif adhère à la déchéance de l'empereur et au rappel de l'ancienne dynastie royale.
Ce n'est aussi qu'à ces deux conditions qu'Alexandre , qui a provoqué cette constitution et avec qui elle est concertée , consent à laisser les Bourbons entrer après lui dansPoris.
absence ; c'est un père que le ciel rend enfin aux vœux de ses en fax s; c'est un gouvernement jjatcnJcZ qui ramène Ja liberté, la gloire et le bonheur avec Tordre et la paix.
La plupart des nobles , des prêtres , des émigrés et des anciens contre-révolutionnaires veulent qu'on rétablisse entièrement l'ancien régime, les privilèges, les parlemens, le pouvoir absolu.
De Villèle , membre du conseil-général du département de la Haute-Garonne , écrit un long mémoire pour que le roi n'accorde ni constitution ni charte.
Les vieux généraux de Napoléon , gorgés d'or , de titres et d'honneurs , préfèrent le nouveau maître qui les caresse et leur apporte du repos et la paix.
Les libéraux
« Qu'est ce mot libéral, » Que des hommes d'un nouveau calibre » Vont fourrant partout bien ou mal?
» C'est un diminutif de libre. »
{Pons de Verdun!)
Les liléraux^ dis-je, aristocrates quasi-patriotes, qui courbaient volontiers la tête sous le joug impérial, la courberont facilement encore sous un joug moins lourd qui leur garantit le triomphe de raristocratic.
Mais les vieux pairioies, quoique refroidis par l'âge, s'indignent et s'alarment , tandis que toute la génération nouvelle jusqu'à trente ou trente-cinq ans, élevée dans l'ignorance ou la haine de notre révolution jusque là défigurée et calomniée, est comme étourdie d'apprendre qu'il existe un comte d'Artois , un duc d'Angoulême , une fille de Louis XVI , un duc de Berri , des princes de Bourbon et de Condé.
Plus tard , la jeunesse , mieux instruite et mienx éclairée, s'élancera dans l'opposition avec tout l'enthousiasme que peut inspirer à des cœurs généreux l'amour de la patrie et de la liberté : mais aujourd'hui , elle reste surprise et émerveillée de tant de prodigieuses nouveautés.
Les uns vantent la prétendue bonté des Bourbons , et s'efforcent d'attendrir sur leurs malheurs : les autres ne peuvent croire que vingt-cinq ans d'exil et d'adversité
Mais les pei'fides dissimulent et caressent d'abord la nation.
Le .comte d'Artois à Vesoul, le duc d'Angoulême à Bordeaux, promettent la liberté, l'abolition de la conscription et des droits-rèunis .
Le premier prend l'habit de garde national ; il assure que rien ne sera changé , et que la patrie comptera seulement quelques enfans déplus. Il entre à Paris, le 12, sous le titre de lientenani-génèral du royaume à lui conféré par son frère.
Pour lui plaire, Talleyrand substitue, dès le lendemain , la cocarde blanche à la cocarde tricolore , contre l'avis des chefs de la garde nationale.
Le 14, le sénat , reconnaissant son titre de lieutenantgénéral du royaume , l'investit du gouvernement provisoire , en attendant que son frère ait accepté la charte constitutionnelle, et par conséquent toujours sous la condition qu'il l'acceptera.
Ce lieutenant-général s'empresse de faire, le 25, ce que Napoléon a refusé au congrès de Châtillon , c'est-àdire d'abandonner aux alliés la Belgique et toutes les acquisitions territoriales faites depuis le ^*^^ janvier 4792.
Ce traité et celui du 50 mai enlèvent à la France cinquante-une places fortes , douze cents bouches à feu , trente-un vaisseaux de haut rang avec douze frégates, c'est-à-dire une valeur de plus de deux cent soixante millions.
Arrivé à Compiègne le 28 , puis à Saint-Ouen , 3Io)isîeur semble vouloir reparaître en maître absolu ; mais Alexandre n'y veut pas consentir ; et , le 2 mai , le futur roi déclare que le gouvernement représentatif sera maintenu tel qu'il existe , qu'il adopte les hases de la constitution présentée , et qu'il l'acceptera après qu'on aura corrigé quelques imperfections d'une rédaction trop précipitée.
Ce n'est qu'alors qu'il entre à Paris, le 5 mai.
Rien n'est plus mielleux , rusé et menteur à la fois , que ses proclamations : c'est Vamour de son peuple qui l'a rappelé , quoiqu'il ait dit au prince régent d'Angleterre que c'est de lui qu'il tient son trône et sa couronne j la France entièro gémissait depuis vingt-trois ans de son
n^auront été qu'une leçon inutile , et que ving^-cinq ans de triomphes n'auront pas consolidé la révolution.
On espère la paix et la liberté, et ce double espoir ne laisse sentir ni la honte ni le malheur d'une restauration et d'une invasion.
Mais Talleyrand et Louis sont deux des nouveaux ministres : par ordre de ce Talleyrand , la cocarde et le drapeau de la révolution ont déjà disparu devant la cocarde et le drapeau de l'ancien réjjime, la constitution présentée par le sénat, sacrifiée par ce même Talleyrand , est maintenant remplacée par une ordonnance de rèformation , par une charte octroyée et non soumise à l'acceptation du peuple 5 le roi s'intitule Louis XVIII , prétendant que , malgré les décrets de la Convention nationale , le jeune fils de Louis XVI a régné de 4795 à 4795 sous le titre de Louis XVII; il se dit roi par la grâce de Dieu seulement ; il déclare que la France était là où il résidait , qu'il était roi quoique absent , exilé , même déchu , et que son règne date de dix-neuf ans ; enfin , dans un préambule aussi menteur qu'insolent, l'absurde légitimité du droit divin remplace la souveraineté nationale.
JN'est-cel pas abuser de la présence des baïonnettes étrangères et violer ses promesses? N'est-ce pas opérer la contre-révolution ? N'est-ce pas flétrir la révolution comme une révolte , déclarer la nation criminelle , la blesser et l'outrager?
Eh 1 qu'importe que le sénat et le corps législatif aient la lâcheté d'abandonner la constitution qu'ils viennent de faire, etde sacrifier ce qu'ils regardent eux-mêmes comme étant les droits , l'honneur et le repos du pays?
Qu'importe que le député Durbach ( de la Moselle ) ait seul protesté contre la Charte , comme le tribun Carnet contre l'empire ?
Dans son discours devant ces deux corps , le nouveau chancelier reconnaît que le premier a déjà cessé d'exister avec la puissance qui l'avait établi ; que le second n'a plus que des pouvoirs incertains et déjà expirés pour |)lusieurs séries , et que le roi ne les a consultés que comme les notables du royaume.
Mais la nation n'est pas consultée , ne consent à rien , ne reçoit et ne donne aucun serment : la charte octroyée est donc radicalement illégitime et nulle; la restauration n'est donc que la plus manifeste des usurpations.
Encore , si cette charte était populaire dans ses dispositions ! mais elle n'a été rédigée , par Louis XYIU , que dans l'intérêt de la royauté et de l'aristocratie : méconnaissant tous les droits consacrés par la constitution de i 794 , elle méconnaît même ceux que voulait consacrer le sénat dans sa constitution du 6 avril , qui proclamait la souveraineté nationale et la nécessité de Tacceptation populaire , qui donnait exclusivement au sénat et au corps législatif l'initiative des lois, et au corps législatif l'initiative des impôts , et qui reconnaissait à tous les corps le droit de nommer leurs présidons. Cette charte ne constitue qu'un simulacre de représentation nationale : cap il faudra être âgé de quarante ans et payer \ ,000 fr. d'impôt pour être éligible , avoir trente ans et payer 300 francs pour être électeur , c'est-à-dire que cent millo bourgeois privilégiés auront seuls des droits politiques, et que le peuple en masse sera traité comme un ramas d'ilotes. — Du reste , le roi a seul l'initiative et la sanction des lois ; il nomme seul tous les présidons et tous les fonctionnaires, en s'appuyant sur une chambre despaii*», choisie par lui , dont le vote peut paralyser celui de la chambre des députés. — C'est rétrograder jusqu'à la séance du 23 juin -1789 , dans laquelle Louis XVI imposait le vote par ordres.
Cette charte , illégitime et nulle , est donc en môme temps illibérale, anti-populaire, oppressive. — C'est une déception , un mensonge ! L'ancien régime offrait plus de liberté ! Mieux vaudrait la monarchie franchement absolue !
Cependant , si on veut l'exécuter loyalement , l'esprit de liberté a désormais tant de puissance , que la nation trouvera , dans son exécution , le moyen de l'améliorer , et de reconquérir légalement et pacifiquement tous ses droits : elle se résignera peut-être à la tolérer et les Bourbons avec elle.
Mais elle est bientôt éludée par les interprétations les plus jésuitiques : — Parce que la religion catholique est déclarée la religion de l'état, l'on interdit le travail à tous les citoyens les jours de fêtes et les dimanches ; parce qu'on peut faire des lois pour réprimer les abus de la liberté de la presse , on établit la censure préalable : réprimer , dit-on , c'est prévenir.
D'un autre côté , toutes les promesses sont violées : non seulement on rend aux émigrés leurs biens confisqués et non vendus , mais on proclame que les émigrés seuls ont suivi la ligne droite, et l'on annonce l'intention de leur rendre leurs biens vendus ; on anohlit le père de Georges Cadoudal, anciennement condamné à mort pour avoir tenté d'assassiner Bonaparte ; et, sur la proposition du maréchal Soult, on élève un monument aux émigrés débarqués à Quiheron pour attaquer la patrie : en un mot , le roi paraît être le chef des contre-révolutionnaires plutôt que le roi des Français.
L'espérance disparaît alors : on se rappelle tout le passé, les intrigues, les perfidies , les parjures d'une coupable faction : on demeure convaincu qu'elle n'a rien oublié ni rien appris ; qu'elle est incorrigible , et qu'elle veut , à Faide des mêmes moyens , tenter d'accomplir les mêmes projets.
L'indignation publique va peut-être éclater ; peut-être le duc d'Orléans va-t-il t'tre substitué à la branche ainée , quand Napoléon , profitant encore une fois des dispositions populaires , apparaît sur le rivage de Cannes.
C'est l'émigration qui fournit elle-même à ses proclamations leur foudroyante éloquence, et les transports des soldats et] du peuple à son aspect manifestent moins leur enthousiasme pour lui que leur haine contre l'ancien régime.
Vainement , dès le 8 mars , dans un ordre du jour à l'armée , le maréchal Soult , ministre de la guerre , s'écrie-t-il : « Que veut Bonaparte ? Des traîtres 1 Où en » trouvera-t-il?.... Nous méprise-t-il assez pour croire » que nous pourrions abandonner un souverain légi- » TIME et BIEN-AIMÉ, pour partager le sort d'un homme
» qui n'est plus qu'un aventurier ? Soldats, f armée
» sera fidèle ralliez-vous autour de la bannière des
)) lys , à la voix de ce père du peuple , de ce digne héri-
« lier des vertus du grand Henri Il met à votre tête
» ce prince ( Charles X ) , modèle des chevaliers fran- » ÇAis , dont Yheureux retour dans sa patrie a déjà chassé » l'usurpateur... »
Vainement les Bourbons , craignant on ne sait quoi , retirent-ils , peu de jours après , leur confiance et le ministère à ce fidèle maréchal.
Vainement appellent-ils à leur secours des pairs et des députés qu'ils qualifient de pouvoirs légaux ; vainement invoquent-ils une charte qui na été qu octroyée, et que leurs députés mêmes leur reprochent d'avoir violée j vainement lui prodiguent-ils, le 46 , de tardifs sermens; vainement s'empressent-ils de faire une loi pour offrir des récompenses et pour appeler tous les citoyens à la défense de cette charte et de la liberté ; vainement ordonnent-ils à chacun de courir sus hNapoléon, sans oser cependant mettre la France en état de siège ; vainement annoncent-ils la résolution de périr plutôt que de céder ; vainement s'efforcent-ils jusqu'au dernier moment de tromper le peuple par mille mensonges , en disant que l'usurpateur n'a qu'une hande pour escorte , et qu'il ne peut manquer d'être pris 5 la faction , qui les a compromis et qui parle sans cesse de son courage et de son dévouement , ne brûle pas même une amorce pour les défendre, et les entraîne honteusement dans sa fuite, pendant que l'insurrection marche au pas de charge, et que l'aigle national , porté par le vent populaire , vole de clocher en clocher jusqu'aux tours ]Sotre-Dame !
C'en serait fait d'eux si , comme on dit qu'il en a le projet , l'empereur d'Autriche se prononçait en faveur de son petit-fils Napoléon II , ou si Napoléon voulait donner à l'un des ministres autrichiens les millions que celui-ci lui demande pour lui procurer l'alliance autrichienne.
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DEUXIEME RESTACRATIOIV.
§ -ïer — Guerre à J a patrie. — Trahison de Boiirmont, TaXleyrand , Fouchè , etc. — Protestation des reprèsentans. — Nouvelle usurpation violente.
La France est consultée sur la nouvelle adoption de Napoléon.
Une nouvelle représentation nationale est spécialement élue.
Tous les électeurs , tous les représentans , et des députations de l'armée , réunis au Champ-de-Mars , proclament de nouveau le vœu populaire en faveur de Napoléon.
Comment les Bourbons et les contre-révolutionnaires peuvent-ils méconnaître leur faiblesse et résister encore à la volonté nationale ?
Mais le parricide Talleyrand implore pour eux le secours de l'étrang-cr !
Ils rappellent contre la France tous ses ennemis , toues les armées de l'Europe et tous les fléaux ! t Ils déclarent encore la guerre à la patrie.
Ils excitent de nouveau la guerre civile dans le Midi et dans la Vendée ! Ils provoquent la trahison de Bourmont , la veille d'une bataille ; de Bourmont , dont on dit que le brave Gérard a malheureusement garanti la fidélité sur l'honneur.
Ils font verser des torrens d'un sang héroïque dans les *>*hamps de Waterloo
Vainement la nation se confiera-t-elle aux proclamations des souverains déclarant à la face du monde qu'ils ne sont armés que contre Napoléon, et qu'ils veulent respecter les droits qu'a la France de choisir un gouvernement conforme à ses mœurs et à ses intérêts!
Vainement Napoléon déclare-t-il que , puisque les puissances affirment ne faire la guerre qu'à sa personne, il abdique en faveur de son fils et va s'éloigner !
Vaineraent les représentans du peuple , acceptant cette abdication , proclament-ils Napoléon II!
Vainement déclarent-ils :
« Qu'ils se reposent avec la plus haute confiance sur M les principes de morale et d'honneur, sur la magnani- » mité des puissances alliées , et sur leur respect pour » l'indépendance de la nation , si positivement exprimé » dans leurs manifestes:
n Que le -gouvernement de la France , quel qu'en » puisse être le chef , doit réunir les vœux de la nation