‹ Révolution française (1830) (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · CHASSEURS · texte numérisé non relu

CHASSEURS

HISTOIRE DE DIX ANS

sa vois, les populations s'eaflammèrenl. Les Arabes de la province d'Orao, courbés sous la main de fer du général Boyer, respirèrent sous le gouvernement, plus dous, du général Desmichels; mais Abd-el-Kader, toujours attentif à son but, étendait son influence. Il s'était déclaré, il avait pris le nom d'émir: tout à coup il lance ses partisans sur le port d'Arzew, se fait proclamer bey de TIemsen, et marcbe sur Mostaganem en mattre souverain de la contrée. Que te général DesmicbeU se fût renfermé dans la ville d'Oran, la province était perdue pour nous. Attaquer, ici, c'était se défendre ; et il fallait pousser en avant, sous peine de périr. Le général Desmichels franchit les portes d'Oran, s'empare d'Arzew, court à Moslaga nem, où il asseoit la domination française. Deux fois poussé au combat par son ambition et sa haine, l'émir est battu deux fols ; et les vaillantes tribus des Doualrs et des Smélas se montrent disposées à faire pacte avec notre fortune.

Peut-être était-ce le moment de poursuivre Abd-el-Kader, de l'anéanLir : par une inspiration plus généreuse que prévoyante, le général Desmichels crut devoir négocier avec lui la paix. Elle fut signée le 26 février 1834 ; et, pour la cimenter, le général Desmichels chargea le chef d'escadron de Thorigny et M. de Forges, oflicîers d'ordonnance, d'aller porter à Âbd-el-Kader, en manière de présents, cent fusils et cinq cents kilogrammes de poudre. Abd-el-Kader était alors campé sur le Syg. Il reçut les envoyés du général Desmichels avec beaucoup de gr&ce, et, après les avoir invités à prendre du repos, il leur ht part de son désir de les emmener à Mascara, voulant par là sans doute leur donner le spectacle de son pouvoir et de l'ascendant qu'il exerçait sur les tribus. Le lendemain, en elTet, au point du jour, le camp était levé, et l'on plaçait les tentes sur les chameaux et les mules. La petite armée d'Abd-el-Kaber se composait environ de 3,000 chevaux: elle se mit en marche au son d'une musique étrange. Lui, monté sur son cheval que quatre nègres lui

avaient amené, il prit plaisir pendant quelque temps à le faire bondir dans la plaine, en intrépide et habile cavalier. De nombreuses salves de mousqueterie annonçaient son approche, et, pour le préserver des rayons du Bo\eil, un de ses officiers portait à c6té de lui un parasol en drap d'or, pendant qu'armés de petits sabres et couverts de boucliers, des gladiateurs charmaient par leurs combats non sanglants l'ennui de la route. Après

Druu^t d'Erloo, maréchal de Praoca (t7t5-l81t).

plusieurs heures de marche, qui firent passer sous leurs yeux de riches vallons, des sites riants et d'immenses forêts d'oliviers, les envoyés français arrivèrent à Uascara dont les habitants, avec leurs burnous surmontés de capuchons blancs ou noirs, leur apparurent, suivant l'expression de M. Thorigny, comme autant de moines à l'œil ardent et à la physionomie sauvage. Du reste l'accueil qu'ils y reçurent fut affectueux de tout point. Dans une dernière entrevue, Abd-el-Kader les interrogea curieusement sur la situation de la France, prolesta de son bon vouloir et de sa résolution de maintenir la paix : « J'ai

LOUIS BLANC

« visité, dit-il, le tombeau du prophète, et « ma parole est sacrée. »

La relation de ce voyage ne contribua pas médiocrement à confirmer le général Desmichels dans les espérances qu'il fondait sur sa politique pacifique. Malheureusement, Témir ne faisait que cacher sous cet étalage d'intentions pacifiques la témérité de ses désirs ambitieux. Dans le traité du 26 février 1834 *, la souveraineté de la France n'avait pas été expressément stipulée ; nous semblions y traiter avec l'émir sur le pied d'égalité, et les complications qui pouvaient naître de la délimitation des territoires n'y étaient pas même pressenties : Abd-el-Kader * tira parti de tout cela en homme supérieur. En traitant avec lui, les Français avaient paru le mettre à leur niveau : il s'en prévalut auprès des siens, et profita de la paix pour se procurer des armes, pour raffermir son influence, pour abattre ses rivaux et, entre autres, Mustapha Ben-Ismaêl, pour jeter enfin dans la province d'Oran des bases sur lesquelles pût revivre et se constituer la nationalité arabe.

Or, l'autorité supérieure flottait, à Alger, entre un général en chef provisoire et un intendant civil: celui-ci fier de ses connaissances administratives dont il faisait adroitement prévaloir l'empire ; celui-là se défiait trop de ses lumières et n'usant qu'avec réserve d'un pouvoir qu'il savait intérimaire. M..Genty deBussi était un homme capable ; il avait une intelligence vive et le goût de la domination : il s'imposa pendant quelque temps au général Yoirol, son supérieur. Mais il finit par perdre son influence, faute de l'avoir suffisament ménagée , irrita des susceptibilités légitimes , et fut rappelé. Le général Yoirol ne tarda pas lui-même à quitter l'Afrique, oti il laissait de belles routes ouvertes par lui dans le massif d'Alger, et un nom cher aux habitants.

Le gouvernement avait-il résolu l'abandon d'Alger? Déjà ce doute germait dans beaucoup d'esprits; on allait jusqu'à préten-

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