Voir aux documents historiques, n
de ce parti était précisément dans son ardeur à braver la mort. Il ne se vit pas plutôt menacé, qu'il éclata d'une manière terrible. Le National et la Tribune, qui n'avaient jusqu'alors parlé de la duchesse de Berri, malheureuse et captive qu'avec une générosité chevaleresque, le National et la 7W- /nme adressèrent aux légitimistes un défi solennel et hautain. Avec cette supériorité de dédain qui le caractérisait, Armand Carrel écrivit : « Il paraît que voilà le moment venu « de prouver la fameuse alliance carlo-ré- « publicaine. Qu'à cela ne tienne : que Mes- « sieurs les cavaliers servants disent combien a ils sont, qu'on se voie une fois, et qu'il ce n'en soit plus question : nous n'irons pas « chercher les gens du juste milieu pour « aide. » Une déclaration du même genre parut dans la Tribune. Aussitôt les sociétés populaires, les écoles, tout s'ébranla. Les bureaux des deux feuilles républicaines sont envahis par une foule frémissante. Chacun demande à s'inscrire, chacun réclame pour lui l'honneur du premier combat. Une liste de douze noms avait été déposée par les légitimistes au National et à la Tribune, et, sur cette liste, Armand Carrel avait choisi le nom de M. Roux-Laborie. Mais, en matière de combat, les républicains n'acceptaient pas de représentant, et tous insistaient pour que la lutte eût un caractère de généralité plus conforme à la vivacité de la colère qui les animait. Ils opposèrent donc, et au National et à la Tribune, douze noms aux douze qui. leur avaient été présentés, déclarant qu'ils voulaient, non pas d'un combat collectif, d'une affaire de champ-clos, ce qui eût été impraticable, mais d'un combat divisé en douze rencontres, à des heures et dans des lieux différents. Après plusieurs pourparlers et correspondances, les légitimistes refusèrent de souscrire à ces conditions.
La lettre suivante, adressée au Reveiiant, par MM. Godefroi Cavaignac, Marras t et Garderin, donnera une idée de cette lutte singulière où semblait revivre l'esprit du moyen-âge.
LOUIS BLANC
c Nous vous envoyons une première liste de douze personnes. Nous demandons, non pas douze duels simultanés, mais douze duels successifs, dans des temps et lieux dont nous conviendrons facilement. Point d'excuses, point de prétextes qui ne vous sauveraient pas d*une lâcheté, ni surtout des conséquences qu'elle entraine. Entre votre parti et le nôtre, désormais la guerre est engagée par un combat. Plus de trêve, que Tun des deux n'ait fléchi devant l'autre. >
A Tâpreté de ce langage, on peut juger h quel point, le parti républicain avait dû être surpris qu'on Teùt osé menacer. Parmi les royalistes, les hommes éclairés sentirent qu'une grande faute venait d'être commise, et ils employèrent tous leurs efforts à étouffer cette déplorable querelle. Par suite d'une décision prise dans une assemblée composée de leurs notabilités, les légitimistes déclarèrent qu'ils ne pouvaient consentir à généraliser le débat. Tardive sagesse, insuffisante à tout réparer! Le 2 février, en effet, MM. Armand Carrel et Roux-Laborie se rendaient sur le terrain. Le combat eut lieu à Tépée et dura trois minutes. Déjà Carrel avait atteint deux fois son adversaire au bras; mais, en se précipitant, il alla chercher le fer et reçut dans le bas-ventre une blessure profonde. La nouvelle s'en répandit avec la rapidité de l'éclair, et devint aussitôt le sujet de tous les entretiens. Dans les écoles, dans les journaux, à la Bourse, aii théâtre, on ne parlait plus que du courage d'Armand Carrel, de son dévoâment, du danger que couraient ses jours. M. Dupin, M. de Chateaubriand lui-même, allèrent s'informer de son état. M. Thiers, dont il avait été en d'autres temps le collaborateur, envoya auprès de lui son secrétaire. On refusait de l'introduire. Qu'il entre, dit Carrel, et s'adressant au visiteur : « J^ai une gr&ce « à demander à M. Thiers : je désire «vivece ment que M. Roux-Laborie ne soit pas in* « quiété. »
Mais, ainsi qu'on devait s'y attendre, à l'intérêt qui de toutes parts se manifestait pour le magnanime écrivain, se joignait un cri de malédiction contre le pouvoir. Voilà donc, disaient les libéraux sincères, voilà le
fruit des affirmations de M. Thiers et du duc de Broglie! Que le sang versé retombe sur eux! Sans l'importance qu'ils ont donnée follement à une femme vaincue, sans la force morale dont ils l'ont investie en ia plaçant au-dessus des lois, sans le ridicule aveu des terreurs que le parti légitimiste leur inspire, jamais ce parti n'en serait venu à déployer un tel excès de hardiesse. Et, sous le coup de ces reproches, les partisans du ministère se trouvaient humiliés, confondus; car l'insulte adressée k la révolution de juillet était flagrante et ne pouvait être niée. Quant aux républicains, ils continuaient à se réunir tumultueusement: mais la vengeance était chez eux un sentimentplein de noblesse. Dans l'emportement de leur indignation, des hommes du peuple s'étaient dirigés sur la Gazette de France^ dont ils voulaient briser les presses : ils furent retenus par un républicain, M. Ferdinand Flocon, lequel harangua cette multitude ^rieuse et lui fit honte de sa violence. Toutefois, dans les bureaux de la Tribune, on arrêta la publication du manifeste suivant, qui eut pour effet de mettre un terme aux réunions légitimistes dont divers points de la capitale avaient été jusqu'alors le théâtre, manifeste véhément et bizarre où se révèle l'esprit de l'époque, et qui montre tout ce qu'il y avait alors d'incapacité dans le pouvoir, d'impuissance dans les lois, d'orgueil dans les partis, d'anarchie dans la situation :
« Messieurs, vous ne voulez pas qu*OD parle mal de la duchesse de Berri. Vous dites que c'est une femme, une femme malheureuse et captive, uae mère privée de ses enfants ; vous dites qu*on doit des égards au sexe, à la faiblesse, au malheur. Vous vous portez ses champions.
c Et nous, ayant pris part à la révolution de juillet, nous vous déclarons que nous ne souffrirons plus que vous rinsultiez dans vos journaux.
« Nous pensions que le soin de la défendre pouvait encore être laissé à ceux qui en ont profité. Il n'en est plus ainsi : la révolution de juillet est un principe. Les hommes qui l*ont usurpée vous permettent de Fattaquer. Eh bien! la révolution de juillet est opprimée et persécutée chaque jour dans la personne de ceux qui Font faite. Elle a peuplé les prisons de ses
Ce bon M. Deneux] J'étaù bien aùre qu'il viendrait près de moi. (Ptge 012, col. 2.)
amU et de ses représeotants. Les registres des géoles 8oat criblés des doois des dérenseurs de la liberté. Si doQC vous réclamez le privilège du malheur et de l'oppression, il nous appartient autant et plus qu'A