‹ Révolution française (1830) (volume 2)Chapitre 5 sur 87 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

< Nous, nous éiionslàaujourdu combat, nous vous avons cheichés etnous ue vous avons pas trouvés. El aujourd'hui vous vous montrez. Vous oseï nous défendre de (larler de votre dame.

< Eb bleu, notre dame k nous, c'est la liberté. C'est la révolution de juillet. Et dous vous détendons d'oJ parler en bien ou en mal.

■ Voos avez Tonné au sein de la capitale des réu-

nions dont le bat avoué était de manifester votre sj'mpalhie pour une cause que la nation repousse. La capitale, étonnée de volreaudace, a vainement attendu la répression légale de tant d'elTrooLerie. Nous vous défendotas de Taire de pareils rassemblementsà l'avenir. ■ Et puisque le pouvoir vous approuve, car il voua tolère, nous vous déclarons qu'à la premiëre occasion, aussitôt que vous aurez l'Insolence d'annoncer une réunion publique de légitimistes, nous ferons ce que depuis longtemps le pouvoir aurait du Taire : nous TOUS disperserons par la force.

* P. C. C. Ferdinand Fukok. >

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LOUIS BLANC

Le gouvernement ne pouvaitrester neutre plus longtemps : il intervint par la police. Les chefs furent surveillés, on opéra quelques arrestations. MM. de Calvimont, Albert Berthier, Théodore Anne, qui devaient se battre contre MM. Marrast, d^Hervas, Achille Grégoire durent céder aux mesures prises par le pouvoir pour les en efnpêcher. C'eût été trop peu, néanmoins, pour arrêter le mal, si les légitimistes n'eussent reconnu qu'on les avait engagés dans une mauvaise voie. La Gazette de France^ le Courrier de l'Europe, la Quotidienne^ organes de la légitimité, marquèrent hautement, au nom de leur parti, le regret de ce qui s'était passé. Armand Carrel, dont on avait cru la vie en danger, ne tarda pas à être rendu au journal qu'il dirigeait avec tan{ d'éclat. Enfin, les républicains revinrent, à l'égard des royalistes, à un langage moins ofTensant et à une contenance plus calme. Mais conmie leurs ressentiments n'étaient pas encore tout à fait apaisés-, ils signèrent en grand nombre une pétition tendant à faire juger la duchesse de Berri; et ceux d'entre eux qui s'abstenaient depuis longtemps de porter les insignes de la révolution de 1830, que la trahison, disaient-ils, avait profanés, ceux-là mirent une sorte d'affectation à ne plus paraître en public que le ruban de juillet à la boutonnière.

Le ministère, cependant, préparait en silence les moyens de mettre & profit la situation que la duchesse de Berri lui avait faite. Le gouverneur de la citadelle de Blaye s'était opposé à ce que la police fût introduite dans le fort. Soldat, il ne voulait commander qu'à des soldats. Cette noblesse de caractère déplut. Parce qu'il était homme d'honneur, M. Chousserie cessa de paraître suffisamment dévoué : on lui donna pour successeur le général Bugcaud. C'était un militaire doué comme tel de qualités éminentes, possédant en de certaines matières, une instruction solide, remarquable par une sorte de bon sens grotesque, moins méchant que bizarre, sensible même par accès, mais emporté, brutal, dépourvu de tact, impatient du joug des procédés délicats, et animé d'un zèle de su-

balterne dont il savait à peine relever l'humilité, par son arrogance, sa franchise et ses airs fanfarons. L'arrivée d'un tel homme fut un coup de foudre pour la prisonnière. Elle devina sans peine ce qu'il était à travers les égards qu'il essaya sincèrement de s'imposer, et elle eut peur de lui.

Le commissaire de police Joly avait été aussi envoyé à la citadelle. Il fut logé dans l'enceinte, au-dessous de l'appartement occupé par la princesse. Plus tard, on découvrit, creusés dans le plafond de la chambre assignée à ce commissaire de police, deux sortes d'entonnoirs revêtus de plâtre et allant s'appuyer à une plaque de tôle fort mince, placée un peu en avant du salon dans lequel avaient coutume de se réunir la duchesse de Berri, madame d'Hautefort et M. de Brissac. Était-ce un procédé d'espionnage? Ce qui est certain, c'est que le gouvernement ne tarda pas à obtenir les renseignements les plus précis. Mais il fallait en pouvoir faire usage. Ce fut la prisonnière elle même qui en fournit le moyen aux ministres. Le 22 février 1833, elle déposait entre les mains du général Bugeaud la déclaration suivante :

• « Pressée par les circonstances et par les « mesures ordonnées par le gouvernement, « quoique j'eusse les motifs les plus graves « pour tenir mon mariage secret, je crois « devoir à moi-même, ainsi qu'à mes en- « fants, de déclarer m'être mariée secrètece ment pendant mon séjour en Italie.

« Marie-Caroline. »

Or, voici ce que la princesse écrivait à M. de Mesnard, au sujet de la déclaration qu'on vient de lire :

« Je crois que je vais mourir en vous di- « sant ce qui suit ; mais il le faut : des vexa- (( tions, l'ordre de me laisser seule avec des « espions, la certitude de ne sortir qu'au « mois de septembre, ont pu seuls me déci- « der à la déclaration de mon mariage sert cret^ »

1. Lettre citée dans la biographie des contemporaiDS, par MM. Sarrut et Saint-Edme.

HISTOIRE DE DIX ANS

Comment admettre, ea effet, que la duchesse de Berri eût pris spontanément la résolution de signer un acte qui la dépouillait de son titre de régente et de sa dignité de mère, un acte qui, rendu public, abaissait la cause de la légitimité, couvrait les royalistes de confusion, et donnait pour dénoûment à une guerre civile les témérités d'un amour secret? Marie-Caroline ne fit donc que céder, suivant les termes de la déclaration, « aux e mesures ordonnées par le gouvernement.» Au reste, la résignation était impossible à sa nature ardente, et elle n'avait pas Tàme assez forte pour se sacrifier à son parti en dominant son malheur. Peut-être n*auraiton eu besoin que de faire luire à ses yeux Tespoir de la liberté ! Toujours est-il qu'elle ne consulta, dans cette occasion, ni madame d'Hautefort ni M. de Brissac, comme si elle eût craint qu'on l'empèchàt de courir à sa perte.

La déclaration était du 22. Le 26, la reine en put lire le texte dans le Moniteur. Ainsi, Marie-Caroline voyait sa vie intime livrée, sous le gouvernement de ceux de ses proches qu'elle avait le plus aimés \ aux commentaires insultants de la multitude. Ainsi, elle avait compté en vain sur cette solidarité d'honneur qui règne entre parents, même dans les conditions obscures, et qui, protégeant les familles, les sauve du scandale par le secret.

Mais cette révélation des faiblesses d'une femme n'était pas seulement honteuse, elle était impolitique; car l'avantage momentané que les ministres pouvaient retirer de la déconsidération du parti légitimiste était loin de racheter le tort durable qu'ils faisaient au principe monarchique par l'avilissement d'une maison de rois.

Aussi bien, l'effet trompa les prévisions du pouvoir. Aux yeux de tous les gens honnêtes, le scandale de la faute avouée fut comme couvert par celui de la publicité qu'on lui donnait. Les républicains ne s'élevèrent

1. Esfc-il besoin de rappeler ici ce root, si connu, de la dncheese de Berri : « J'ai toujours aime ces bons d'Orléan»?

que contre l'atteinte portée par le pouvoir à la sainteté des liens du sang, aussi généreux à l'égard de la princesse captive qu'ils venaient de se montrer terribles à son parti. Pour ce qui est des légitimistes, ils nièrent l'authenticité de la déclaration, et prétendirent que la duchesse de Berri venait d'être indignement calomniée à la face de l'Europe.

Les ministres durent comprendre alors à quelles nécessités misérables ils s'étaient eux-mêmes condamnés. Accusés de fraude et d'imposture, il ne leur restait plus, pour se disculper, qu'à prouver par acte authentique la grossesse de la duchesse de Berri. Et comment l'obtenir, cette preuve, sans descendre à tout ce que la persécution peut présenter de plus tyrannique et de plus vil? Il leur était loisible, il est vrai, de laisser la prisonnière accoucher à Blaye; ils auraient pris les mesures convenables pour que l'accouchement fût bien constaté, et c'était un moyen de fermer la bouche aux incrédules, ou à ceux qui affectaient de l'être. Mais que de chances à courir en prenant ce parti ! Sans parlerde ce qu'il y avait d'ignoble à entourer d'espions une femme captive, et à faire surprendre par des gens de police le moment où elle deviendrait mère, qui pouvait répondre qu'elle ne parvint pas à déjouer, quand l'heure fatale serait venue, la surveillance de ses gardiens? Qu'arriverait-il, d'ailleurs, si elle mourait en couches, ou si elle succombait aux tortures morales résul tant pour elle d'une investigation pleine d'insulte? Le pouvoir permettrait-il qu'on, prépar&t contre lui une accusation d'assasinat? Ces craintes, de la part des ministres, étaient d'autant plus naturelles, que, depuis quelque temps, la santé de la prisonnière s'altérait d'une manière visible. Dès le 1'' mars, un rapport avait été rédigé à Blayc par cinq médecins, et l'on y disait ' :

« Il importera de procurer à madame la « duchesse de Berri la faculté de se rappro- « cher le plus tôt possible de son pays nataU

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