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LANCIERS

HISTOIRE DE DIX ANS

le royaume uni des Pays-Bas dissous, et provoqua, de la part du roi Guillaume, une protestation que nous avons rapportée.

Mais sur quelles bases s'opérerait cette séparation qu^on venait de consacrer diplomatiquement? Et quelles seraient les limites respectives des deux pays ?

En ce qui concernait la division territoriale, trois points étaient en litige.

Le roi de Hollande rappelait que, dans les négociations du congrès de Vienne, il avait reçu le grand -duché de Luxembourg en compensation des pays de Nassau qu'il avait cédés. Il réclamait conséquemment celle province au nom de la maison de Nassau et au nom de la confédération germanique.

Mais à cela les Belges pouvaient répondre et répondaient que, dans Fancien droitpublic le Luxembourg n'avait jamais eu de rapports particuliers avec TÂllemagne ; que , depuis son acquisition par le troisième duc de Bourgogne jusqu'à la conquête française, il n'avait pas cessé d'être réputé partie intégrante des provinces méridionales des Pays- Bas ; et que ses rapports avec l'Allemagne ne dataient que île 1815, époque à laquelle il avait été fictivement donné en échange des pays de Nassau. Or, Guillaume avait annulé lui-même cette fiction, en réunissant de la manière la plus complète au royaume des Pays-Bas le grand-duché de Luxembourg, et en indemnisant, sur les biens de l'État, le prince Frédéric son fils, auquel la réunion enlevait la souveraineté future du grandduché. Ces raisons étaient concluantes et puisaient une force irrésistible dans l'enthousiasme avec lequel les habitants du Luxembourg s'étaient associés à' la révolution belge.

Le second objet du litige concernait le Limbourg. En regardant comme non avenues les conquêtes faites sur la Hollande, de 1790 à 1813, et en supposant qu'à l'époque de 1813, elle se fût reconstituée à titre de peuple ancien, nul doute que, diplomatiquement, la Hollande n'eût droit à une partie du Limbourg. Car elle y possédait, en 1790, la ville de Venloo et S3 villages, et

elle y partageait avec le prince-évêque de Liège la souveraineté de la ville de Maëstricht. Mais de semblables déductions devaient-elles prévaloir sur la volonté des habitants du Limbourg qui s'étaient associés à la révolution, et qui voulaient être belges?

La troisième question était relative à la possession de la rive gauche de l'Escaut. Ici les prétentions de la Belgique n'étaient fon^ dées ni sur les traités, ni sur un énergique et incontestable assentiment de la population ; seulement, les Belges avaient à invoquer en leur faveur toutes les lois des convenances, car il était manifeste que, privée de la possession de la rive gauche de l'Escaut, la Belgique allait rester découverte de ce côté ; sans compter que la libre navigation du fleuve, en ce cas, devenait une stipulation tout à fait illusoire. D'ailleurs, si on laissait les Hollandais maîtres de la rive gauche, c'est-à-dire de toutes les écluses construites pour l'écoulement des eaux de la Flandre cidevant autrichienne, qui empêcherait Guillaume d'inonder à volonté 1q sol dont se composerait le territoire belge?

A ces trois questions territoriales s'ajoutait une question financière. Quelle devait être, dans le paiement des dettes contractées par les deux pays réunis, la part afférente à chacun des deux pays séparés? Fallait-il, dans le partage de ces dettes, avoir égard, oui ou non, à leur origine ?

Telles étaient les difficultés qu*en vertu de son omnipotence usurpée, la Conférence avait à trancher. Et elle n'hésita pas à le faire dans un sens contraire aux plus chers intérêts de la Belgique.

En efTet, dans son protocole du 20 janvier 1831, elle décida : 1*" « que les limites de la « Hollande comprendraient tous les terri- « toires, places, villes et lieux qui apparte- « naient à la ci-devant république des « provinces-unies des Pays-Bas en l'année <c 1790, » ce qui était résoudre implicitement en faveur de la Hollande la question du Limbourg ; 2"* « que le grand duché de « Luxembourg, possédé à un titre partîcu- « lier par les princes de la maison de Nas-

LOUIS BLANC

a sau, faisait et continuerait à faire partie « de la confédération germanique. »

Quelques jours après, dans le protocole du 27 janvier, la Conférence achevait la ruine de la Belgique, en lui refusant implicitement la possession de la rive gauche de l'Escaut, et en faisant la proposition qu'on mit à la charge des Belges les 16/31 des dettes du royaume prises eu masse et sans acception d'origine.

Reconnaissant alors une compétence qu'il avait d'abord niée, Guillaume adhéra aux bases de séparation ^posées dans les protocoles des 20 et 27 janvier.

La Belgique, au contraire, prolesta. Vaine résistance ! Les diplomates de Londres répondirent que les arrangements arrêtés par eux étaient » des arrangements fonda-

« MENTAiX ET IRRÉVOCABLES, • » décIaratlOQ

H. Noihomb a écrit «ur la révoliilioQ bsl^ un Utm oii il a fait preuve de sa};aci(« et de (aient. Malheureuiemeat, il y a beaucoup de diplomntie dnn9 cet ouvrose, qui n'est ta fond qu'une juitiBcatiun cmbsrraMée lies aciet <l« la

qu'ils renouvelaient, deux mois plus tard, en y ajoutant des menaces ! ' -

Jusqu'ici, on le voit, la Conférence s'était montrée toujours hostile aux Belges ; mais voilà que tout à coup sa politique change d'aspect. Dans son protocole du 21 mai 1831 , elle ne craint pas do faire pressentir qu'une, modification profonde va être apportée aux bases de séparation des 20 et 27 janvier, arrangements fondamentaux, pourtant, et irrévocables. « Les cinq Puissances, est-il « dit dansleprotocole du 21 mai, promettent « d'entamer avec le roi des Pays-Bas une « négociation dont le but sera d'assurer, « s'il est possible, à la Belgique, moyennant '< de justes compensations, la possesion du « Luxembourg. » ,

C'est que, durant le cours des négociations, des faits graves s'étaient passés : le Congrès belge, ainsi que nous l'avons raconté plus haut, avait été, de la part du Palais-Boyal, te jouetd'une intrigue ; la couronne offerte au duc de Nemours et refusée par Louis-Philippe avait valu aux Belges la régence de M. Surlet de Chokier, régence nécessairement orageuse et anarchique; enfin, le gouvernement français s'était aliéné à jamais la Belgique, en s'associant à la pensée des protocoles qui la dépouillaient, après avoir formellement annoncé, lorsqu'il s'était agi de faire échouer une candidature rivale, que la pensée de ces protocoles n'était pas la sienne, et qu'à ses yeux la Conférence de Londres n'était qu'une simple médiation ^.

Gonférence de Loodres. M. Xotbomb cite daoB son livre uae partie du protocole du t9 février, mais il Q'a garde d'en citer In partie la plua importante, c'est-ù-dire celle oii les cinq Puiisances parlent de leurs aTrangemttiUfondamenlajix et irrénocablti. L'omisaion est sigoiScative I M. Notbomb a été obligé, pour n'avoir pas à condamner la Gonférence, Ue tronquer l'bi&toire.

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