FUNÉRAILLES DES VICTIMES
tiontiles. Auguste et touchante penséC;, si le ministère n'y eût associé le projet de faire servir la douleur publique au triomphe des mesures qu'il méditait ! Le 5 août (1835), les funérailles eurent lieu. Elles offrirent un inconcevable caractère de tristesse et de grandeur. De Féglise Saint-Paul, où les corps avaient été provisoirement déposés^, jusqu'à l'hôtel des Invalides, leur destination suprême, ce n'était qu'une immense multitude qu'aucune tempête ne devait troubler, cette fois, et qui roulait lentement à travers la ville, en la remplissant de son silence. Quatorze chars funèbres furent vus s'avançant l'un après l'autre sur le boulevard. Le premier était celui de la jeune fille si cruellement moissonnée par un hasard terrible; le dernier, celui du vieux soldat impérial que la mort était venue surprendre dans les distractions d'une fête, après tant et de si dévorantes mêlées ! Venait ensuite, tout couvert de noires draperies, le cheval de bataille, accompagnant son cavalier immobile à jamais. L'église des Livalides reçut sous ses voûtes en deuil et inondées de clartés sépulcrales les dépôts mortels qu'on lui venait confier. Puis, le roi, suivi de ses enfants, jeta l'eau bénite sur les corps. Et la foule s'écoula peu à peu, toujours silencieuse et recueillie.
L'attitude du clergé dans ces circonstances eut quelque chose de manifestement hostile à la dynastie d'Orléans. Après des hésitations offensantes pour la royauté, l'archevêque de Paris s'était enfin décidé à ftiire au roi une visite, et même à officier au service funèbre qui devait être célébré dans l'église des Livalides. ]\Iais les regrets du clergé pour la branche aînée se trahirent par ces paroles singulières de l'archevêque au roi : « Sire, en voyant aujourd hui le chef a et les corps de l'État, doublement avertis par le malheur
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« et le bienfait, venir apporter aux pieds des saints autels (( un juste tribut de remercîments et d'hommages, la reli- « gion espère ! Elle espère pour la France. Car si Tingrati- « tude envers Dieu a le funeste privilège d'arrêter le cours « de ses dons, la reconnaissance de la foi a le pouvoir, au « contraire, de les multiplier et de les faire couler avec « abondance sur les princes et sur les peuples. »
S'il est une règle d'éternelle sagesse, c'est celle qui prescrit au législateur de se garder, lorsqu'il médite la loi, de toute précipitation passionnée, de toute impression de nature à altérer la sérénité de son jugement. Cependant, dès le 4 août 1835, la Chambre des députés était saisie des projets de lois annoncés par la polémique ministérielle. Dans un exposé des motifs qui démentait l'idée qu'il avait donnée de son caractère, M. de Broslie fit de l'état de la France, sous l'empire de la presse, un tableau qui présentait, avec le fameux rapport de M. de Chantelauze en 1830, des analogies frappantes. Comme conclusions de l'exposé des motifs, trois projets de loi furei;t présentés par M. Persil.
L'un, relatif aux cours d'assises, investissait le ministre de la justice, à l'égard des citoyens accusés de rébellion, du pouvoir de former autant de cours d'assises que le besoin l'exigerait, et chaque procureur général d'abréger, en cas de besoin, les formalités de la mise en jugement. Il donnait aussi, au président de la cour d'assises, le droit de fiiire emmener de force les accusés qui troubleraient l'audience et de faire passer outre aux débats en leur absence.
L'autre, relatif au jury, lui attribuait le vote secret, statuait que la majorité des voix nécessaire pour la condani-