‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 16 sur 147 · MISSION DE MM. AUVITY ET ORFILA. A ULAYË · texte numérisé non relu

MISSION DE MM. AUVITY ET ORFILA. A ULAYË

ce qui uuvrait carrière à des suppositions sinistres, c'était le choix fait par eux de M. Orfila, habile dans Tart de découvrir les traces du poison. « Vienne une fatale nouvelle ! « écrivait une feuille dévouée à la mère du duc de Bor- « deaux; vienne une fatale nouvelle! et, sur notre foi, « nous jurons qu'on ne demandera pas où sont les royalistes. « Une vie ne peut être payée que par une autre vie. » Au fond, rien n'était moins sincère que toutes ces craintes et toutes ces menaces. Le roi et ses ministres avaient^ à ce que la duchesse de Berri ne mourût pas en prison, un intérêt qu'il était aussi absurde qu'injuste de méconnaitre.Et les supposer indifférents à la conservation des jours de la prisonnière, c'était les calomnier avec une maladresse gratuite. Mais telle est la logique des passions de parti : offensé dans la personne de celle qu'il avait placée sur le trône élevé par ses illusions, le parti royaliste rendait aux défenseurs de la dynastie nouvelle outrage pour outrage, et répondait à des soupçons bassement propagés par des accusations folles.

Le 24 janvier, ^BL Orfila et Auvity arrivèrent à Blaye ; le 25, ils furent admis auprès de la princesse, en même temps que MM. Gintrac et Barthez; et, le même jour, les quatre docteurs signèrent un rapport constatant les résultats de leur visite. Il y était dit que la princesse, née de parents phthisiques, présentait les symptômes d'un mal héréditaire ; qu'elle était sujette aux affections inflammatoires ; que, souvent, après ses promenades sur les remparts, elle avait eu à souffrir d'une petite toux sèche dont le caractère était alarmant; que sa santé réclamait des précautions sérieuses, et qu'elle devait, notamment, s'imposer l'obligation de ne sortir que vers le milieu du jour, eu recherchant les endruits abrités, surtout dans une citadelle ou le iVoid

se faisait vivement sentir^ et qu'avoisinait un fleuve fréquemment couvert d'épais brouillards *.

Livrés au Moniteur, de semblables détails auraient démenti les bruits injurieux répandus depuis quelque temps, et, en montrant que le séjour de Blaye n'était pas sans danger, ils auraient forcé le gouvernement, ou à mettre la princesse en liberté, ou à lui assigner une autre prison. Il le comprit, et s'empressa d'enfouir le rapport dans les archives du ministère de l'intérieur, convaincu que la duchesse de Berri était grosse, et résolu à ne point perdre d'avance le bénéfice d'une révélation qui devait accabler le parti légitimiste. Et il fallait que la Cour fût bien fortement tentée par l'appât de ce honteux bénéfice; car, plutôt que d'y renoncer, elle afironta les suites d'un accident qui, commenté par les haines de parti, éternellement injustes, pouvait devenir contre elle le texte des plus eflroyables imputations. Mais ces sortes de folie sont communes à tous les pouvoirs impatients du succès. Le gouvernement n'était plus qu'un joueur désespéré : il jouait, contre la chance de profiter d'un scandale, celle de rester écrasé sous le poids d'une calomnie.

Aussi vivait-il dans un état continuel d'inquiétude, interrogeant d'un œil avide chaque bulletin venu de Blaye, attentif à écarter de la prisonnière toute contrariété inutile, soigneux enfin d'une santé que l'égoïsme de sa politique lui faisait paraître doublement précieuse. Mais plus sa sollicitude était active, plus les légitimistes redoublaient de violence, affirmant que la citadelle de Blaye avait été donnée à la mère de Henri X pour prison tout à la fois et pour

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