‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 17 sur 147 · PROVOCATIONS EMIKE LES JOURNAUX · texte numérisé non relu

PROVOCATIONS EMIKE LES JOURNAUX

tombeau. Il fallait répondre à ces accusations sans cesse renouvelées; le ministère obtint de MM. Orfila et Auvity un nouveau rapport qui, bien différent du premier, tendait à prouver la salubrité de la forteresse de Blaye * . Le premier rapport avait été signé par .MM: Orfila, Auvity, Gintrac, Barthez ; le second ne portait que les signatures de MM. Orfila et Auvity. Le premier avait été tenu dans Fombre ; le second fut publié avec beaucoup d'empressement et d'éclat !

Mais le succès ne couronna point ces tristes superclieries d'un pouvoir qui, attaqué sans bonne foi, se défendait sans loyauté. Fiers de la puissance que leur avaient supposée, dans la séance aux aveux, les déclarations insensées de MM. de Broglie et Thiers, les royalistes marchaient le front haut, plus menaçants dans leur attitude, plus arrogants parleur langage que lorsque la duchesse de Berri conduisait au combat les bandes soulevées de l'Ouest. LeCorsaire, feuille satirique appartenant à l'opinion républicaine, ayant fait un jour allusion aux doutes que caressait la malignité publique, le rédacteur, M. Eugène Briffault, fut appelé en duel par un royaliste, et blessé. Une nouvelle attaque fut suivie, de la part des rédacteurs du Bevenant , d'une nouvelle provocation, à laquelle le Corsaire répondit, cette fois, par une énergique invocation au respect dû à la liberté d'écrire. Mais recourir contre le parti républicain à des voies d'intimidation, c'était montrer qu'on le connaissait bien peu. Composé d'hommes pleins de bravoure, de fougue et d'audace, la force de ce parti était précisément dans son ardeur à braver la mort. Il ne se vit ])as plutôt

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IG HISTOIRE DE DiX ANS.

menacé^ qu'il éclata trime manière terrible. Le National et la Tribune, qui n'avaient jusqu'alors parlé de la duchesse de Berri, malheureuse et captive, qu'avec une générosité chevaleresque;, le Ndlional et la Tribune adressèrent aux légitimistes un défi solennel et hautain. Avec cette supériorité de dédain qui le caractérisait;, Armand Carrel écrivit : « Il paraît que voilà le moment venu de prouver (f la fameuse alliance carlo-républicaine. Qu à cela ne « tienne : que Messieurs les cavaliers errants disent com- « bien ils sont, qu'on se voie une fiûs^ et qu'il n'en soit « plus question : nous n'irons pas chercher les gens du « juste milieu |.our nous aider. » Une déclaration du même genre parut dans la Tribune. Aussitôt les sociétés populaires, les écoles, tout s'ébranle. Les bureaux des deux feuilles républicaines sont envahis par une foule frémissante. Chacun demande à s'inscrire, chacun réclame pour lui rhonneur du premier combat. Une liste de douze noms avait été déposée par les légitimistes au National et à la Tribune, et, sur cette liste, Armand Carrel avait choisi le nom de M. Roux-Laborie. Mais, en matière de combat, les républicains n'acceptaient pas de représentant, et tous insistaient pour que la lutte eût un caractère de généralité plus conforme à la vivacité de la colère qui les animait. Ils opposèrent donc, et au Nalional et à la Tribune, douze noms aux douze qui leur avaient été présentés, déclarant qu'ils voulaient non pas d'un combat collectit, d'une affaire de champ clos, ce qui eût été impraticable, mais d'un combat divisé en douze rencontres, à des heures et dans des lieux différents. Api'ès plusieurs pourparlers et correspondances, les légitimistes refusèrent de souscrire à ces conditions.

DUEL ENTRE MM. AKMAND CARREL ET RJUX-LABURIE. 1 /

La lettre suivante, adressée au Revenant, par MM. Godefroi Cavaignac, Marrast et Garderin, donnera une idée de cette lutte singulière, oii semblait revivre l'esprit du moyen âiïe :

« Nous vous envoyons une première liste de douze personnes. Nous demandons, non pas douze duels simultanés, mais douze duels successifs, dans des temps et lieux dont nous conviendrons facilement. Point d'excuses, point de prétextes qui ne vous sauveraient pas d'une lâcheté, ni surtout des consétxuences qu'elle entraîne. Entre votre parti et le nôtre, désormais la guerre est engagée par un combat. Plus de trêve, que l'un des deux n'ait fléchi devant l'autre. »

A râpreté de ce langage, on peut juger à quel point le parti républicain avait dû être surpris qu'on l'eût osé menacer. Parmi les royalistes, les hommes éclairés sentirent qu'une grande faute venait d'être commise, et ils employèrent tous leurs efforts à étouffer cette déplorable querelle. Far suite d'une décision prise dans une assemblée composée de leurs notabilités, les légitimistes déclarèrent qu'ils ne pouvaient consentir à généraliser le débat. Tardive sagesse, insuffisante à tout réparer! Le 2 février, en effet, MM. Armand Carrel et Roux-Laborie se rendaient sur le terrain. Le combat eut lieu à l'épée et dura trois minutes. Déjà Carrel avait atteint deux fois son adversaire au bras; mais, en se précipitant, il alla chercher le fer, et reçut dans le bas-ventre une blessure profonde. La nouvelle s'en répandit avec la ra})idité de l'éclair, et devint aussitôt le sujet de tous les entretiens. Dans les écoles, dans les journaux, à la Bourse, au théâtre, on ne parlait i)lus que du courage d'Armand Carrel, de son dévoûment, du danger que couraient ses jours. M. Dupin, M. de Chateaubriand lui-même, allèrent s'informer de son état. M. Thiers, dont il avait été en d'autres temps le collaboraterr, en-

Lons BLANC. IV it

voya auprès de lui son secrétaire. On refusait de rintroduire. « Qu'il entre, » dit Carrel; et, s'adressant au visiteur : « J'ai une grâce à demander à M. Thiers-; je « désire vivement que M. Roux-Laborie ne soit pas in- « quiété. »

Mais, ainsi qu'on devait s'y attendre, à l'intérêt qui de toutes parts se manifestait pour le magnanime écrivain, se joignait un cri de malédiction contre le Pouvoir. Voilà donc, disaient les libéraux sincères, voilà le fruit des affirmations de M. Thiers et du duc de Broglie ! Que le sang versé retombe sur eux! Sans l'importance qu'ils ont donnée follement à une femme vaincue, sans la force morale dont ils l'ont investie en la plaçant au-dessus des lois, sans le ridicule aveu qu'ils ont fait des terreurs que le prnti légitimiste leur inspire, jamais ce parti n'en serait \'ei]u à déployer un tel excès de hardiesse. Et, sous le coup de ces reproches, les partisans du ministère se montraient humiliés, confondus; car l'insulte adressée à la révolution de juillet était flagrante et ne pouvait être niée. Quîint aux républicains, ils continuaient à se réunir tumultueusement; mais la vengeance était chez eux un sentiment plein de noblesse. Dans l'emportement de leur indignation, des hommes du peuple s'étaient dirigés sur la Gazette de France, dont ils voulaient briser les presses : ils furent retenus par un républicain, M. Ferdinand Flocon, lequel harangua cette multitude furieuse et lui fit honte de sa violence. Toutefois, dans les bureaux de la Tribune, on arrêta la publication du manifeste suivant, qui eut pour effet de mettre un terme aux réunions légitimistes dont divers points de la capitale avaient été jusqu'alors le théâtre, manifeste véhément et bizarre où se révèle

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