MANIFESTE DU JOURNAL LA THIBUNE
l'esprit de Tépoque, et qui montre tout ce qu'il y avait alors d'incapacité dans le Pouvoir, d'impuissance dans les lois, d'orgueil dans les partis, d'anarchie dans la situation :
« Messieurs, vous ne voulez pas qu'on paille mal de la duchesse de Berri. Vous dites que c'est une femme, une femme malheureuse et captive, une rnère privée de ses enfants; vous dites qu'on doit des égards au sexe, à la faiblesse, au malheur. Vous vous portez ses champions.
« Et nous, ayant pris part à la révolution de juillet, nous vous déclarons que nous ne soutïrirons plus que vous l'insultiez dans vos journaux.
(( Nous pensions que le soin de la défendre pouvait encore être laisse à ceux qui en ont profité. Il n'en est plus ainsi : la révolution de juillet est un principe. Les hommes qui l'ont usurpée vous permettent de l'attaquer. Eh bien 1 la révolution de juillet est opprimée et persécutée chaque jour dans la personne de ceux qui l'ont faite. P^lle a peuplé les prisons de ses amis et de ses représentants. Les registres des geôles sont criblés des noms îles défenseurs de la liberté. Si donc vous réclamez le privilège du malheur et de l'oppression, il nous appartient autant et plus qu'à vous.
« Nous, nous étions là au jour du combat, nous vous avons cherchés, et nous ne vous avons pas trouvés. Et aujourd'hui vous vous monti^ez. Vous osez nous défendre de parler de votre dame.
(! Eh bien, notre dame à nous, c'est la liberté, c'est la révolutic n de juillet. Et nous vous défendons d'en parler en bien ou en mal.
« Vous avez formé au sein de la capitale des réunions dont le but avoué était de manifester votre sympathie pour une cause que la nation repousse. La capitale, étonnée de votre audace, a vainement attendu la répression légale de tant d'effronterie. Nous vous défendons de faire de pareils rassemblements à l'avenir.
« Et, puisque le Pouvoir vous approuve, car il vous tolère, nous vous déclarons qu'à la première occasion, aussitôt que vous aurez l'insolence d'annoncer une réunion publique de 1 •.i.itimistes, nous ferons ce que depuis longtemps le Pouvoir aurait dû faire : nou.s vous disperserons par la forci;
(( P. C. G. Ferdinand Flocon. »
Le gouvernement ne pouvait rester neutre plus longtemps : il intervint par la police. Les chefs furent surveillés, on opéra quelques arrestations. MM. de Calvimont, Albert Berthier, Théodore Anne, qui devaient se battre contre MM. Marrast, d'Iiervas, Achille Grégoire, durent
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céder aux mesures prises par le Pouvoir pour les en empêcher. C'eût été trop peu, néanmoins^ pour arrêter le mal, si les légitimistes n'eussent reconnu qu'on les avait engagés dans une mauvaise voie. La Gazette de France, le Courrier de VEurope, la Quotidienne, organes de la légitimité , marquèrent hautement , au nom de leur parti , le regret de ce qui s'était passé. Armand Carrei, dont on avait cru la vie en danger, ne tarda pas à être rendu au journal qu'il dirigeait avec tant d'éclat. Enfin les républicains revinrent, à l'égard des royalistes, à un langage moins olFensant et à une contenance plus calme. Mais comme leurs ressentiments n'étaient pas encore tout à fait apaisés, ils signèrent en grand nombre une pétition tendant à faire juger la duchesse de Berri ; et ceux d'entre eux qui s'abstenaient depuis longtemps de porter les insignes de la révolution de 1830, que la trahison, disaient-ils, avait profanés, ceux-là mirent une sorte d'affectation à ne plus paraître en public que le ruban de juillet à la boutonnière.
Le ministère, cependant, préparait en silence les moyens de mettre à profit la situation que la duchesse de Berri lui avait faite. Le gouverneur de la citadelle de Blaye s'était opposé à ce que la police fût introduite dans le fort. Soldat, il ne voulait commander qu'à des soldats. Cette no,blesse de caractère déplut. Parce qu'il était homme d'honneur, M. Chousserie cessa de paraître suffisamment dévoué : on lui donna pour successeur le général Bugeaud. C'était un militaire doué comme tel de qualités éminentes, possédant en de certaines matières une instruction solide, remarquable par une sorte de bon sens grotesque, moins méchant que bizarre, sensible même par accès, mais