‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 29 sur 147 · LE JOURNAL LA TRIBUNE ET LA CHAMBRE. G · texte numérisé non relu

LE JOURNAL LA TRIBUNE ET LA CHAMBRE. G

M. Fersil, avec son âpreté ordinaire, s'était fait le champion et l'orateur. Comme il parlait, un éclat de rire se foit entendi-e aux extrémités de la Clianibre. « Vos rires sont « scandaleux^ » s'écrie M. Persil avec colère et l'œil fixé sur les derniers bancs de la Gauche. « Vous êtes un inso- « lent, )) réplique M. Dupont (de l'Eure). Il s'élève à ces mots un effroyable tumulte. Plusieurs députés sont debout. Le président rappelle à l'ordre Dupont (de l'Eure). Qu'on nous y rappelle tous! s'écrièrent à l'envi la plupart des membres de l'Opposition. Alors, d'une voix ferme : « Mes- « sieurs, dit Dupont de l'Eure), je professe la plus grande « tolérance pour toutes les opinions, mais je réclame « le même droit ]X)ur les miennes. Je déclare donc à « M. Persil que toutes les fois que, se tournant vers moi, « il traitera de scandaleux mon rire ou mes paroles, quand « je n'ai ni ri, ni parlé, je dirai qu'il est un insolent. » Ce fut sous l'impression de ces débats violents que le scrutin s'ouvrit. Avant et après l'appel nominal, quarante-cinq membres déclarèrent qu'ils étaient résolus à se récuser ou à s'abstenir ', De ce nombre, M. Viennet, qui avait fait l'office d'accusateur, et M. Teste, contre lequel la Tribune avait dirigé de récentes et vives attaques. Deux cent cinq voix décidèrent, contre quatre-vingtdouze, que le journal serait cité à la barre de la Chambre. Il y comparui, le 16 avril, dans la personne de M. Lionne,

^ Ce furent MM. Angiade, d'Argenson, Audi'v de Puyraveau, Auguis, Bastide d'Isard, Bavoux, Bérard, Bertrand, Boudet, Briqueville, Chaigneau, Corcelles, Coulmann, Demarçay, Dubois-Aimé, Dulong, Dupont (de l'Eure}, Duris-Dufresne. Garuier-Pagès, Girardin, Havin, ,Joly, Laboissière, le général Lafayette, George Lafayette, Larabit, Lenouvcl, Leprcvost, I-evaillanl, de Ludre, Laguette-Mornay, Luminais, Rcnouvier, Roussilhe, Senne, Tardieu, Teste, Viennet.

son gérunt;, et de deux de ses rédacteurs : MM. Armand àMarrast et Godefroi Cavaignac. La foule des spectateurs était immense. Immobiles sur leurs bancs^ les députés gardaient un silence glacial et semblaient composer leurs visages. Les républicains entrèrent, le front haut, le sourire du dédain sur les lèvres. Qu'ils courussent au devant d'une condamnation, ils ne l'ignoraient point; mais ils trouvaient k la braver, par une profession de foi pleine d'éclat, une jouissance légitime et hautaine. Un bureau avait été disposé dans l'intérieur d'une balustrade circulaire adossée aux bancs de l'extrême gauche : ce fut là que le prévenu et ses défenseurs prirent place.

M. Godefroi Cavaignac commença en ces termes : « \\Iessieurs, nous comparaissons devant vous, mais nous « ne vous reconnaissons pas le droit de nous juger. » Il continua sur ce ton, comme un homme convaincu de la sainteté de sa cause et de la supériorité de ses doctrines. Il ne se défendit point, il attaqua, pressant et hardi, mais grave dans ses colères et modeste dans son audace. Il reconnut, d'abord, qu'en politique, être jugé par ses ennemis était une chance commune à tous les partis en lutte, ce qui rendait les prétentions de la Chambre naturelles, et ce qui les aurait rendues légitimes si cette Chambre eût véritablement représenté la souveraineté du peuple. Mais une assemblée fille du monopole, pouvait-elle avoir Fomnipotence d'une assemblée issue du suffrage de tous les citoyens? Au privilège qui les faisait représentants de 200,000 électeurs dans une nation de 33,000,000 d'hommes, les députés pouvaient-ils joindre le privilège de Finviolabilité? Après tout, que reprochait-on à la Tribune? D'avoir dit que la Chambre laisserait construire des forts

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