‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 47 sur 147 · BATAILLE DE KONIAH. I4I · texte numérisé non relu

BATAILLE DE KONIAH. I4I

le sultan la nécessité d'une action d'éclat. S'étant arrêtée à l'idée de maintenir intact, pour mieux l'opposer aux Russes, l'empire de Mahomet II, la France aurait dû faire des vœux pour Reschid-Méhémet : elle lit des vœux pour Ibrahim. La rencontre . eut lieu à Koniah, le 21 décembre 1832. D'un côté, dix raille Egyptiens, de l'autre, soixante mille Turcs, et, entre les deux armées, un brouillard épais. Les Turcs engagèrent l'action par une vive canonnade qui, perçant le brouillard et jetant sur le champ de bataille des lueurs rapides, révéla leurs positions au regard perçant dlbrahim. Les deux armées se choquèrent presque dans les ténèbres, et la déroute des Turcs tût complète. Le grand vizir, que des cavaliers égyptiens avaient rencontré courant, tout effaré, sur le champ de bataille, et jouant sa vie en soldat, le grand vizir fut fait prisonnier. Il se croyait perdu : par une bizarrerie qu'expliquent les mœurs orientales, Ibrahim le salua comme son chef, but dans la coupe dont iîeschid-Méhémet hésitait a approcher ses lèvres, craignant qu'on n'y eût mis un breuvage empoisonné, et lui donna toutes les apparences du commandement dont il gardait la réalité. La bataille de Koniah décidait tout. Ibrahim n'eut qu'à étendre la main sur la Syrie. 11 pouvait plus encore. Qu'il criât : En avant! et Constantinople était à lui.

Telle était, au commencement de Tannée 1833, la situation des choses en Orient. Four peu qu'Ibrahim tardât à détrôner Mahmoud, les véritables vainqueurs à Koniah, c'étaient les Russes. Ne venait-on pas de leur fournir l'occasion d'aller, comme protecteurs du sultan, dresser leurs tentes sur les rives du Bosphore ? Et en effet, à la première nouvelle du désatre de Koniah, Mahmoud, glacé d'effroi,

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s'était tourné vers Sébastopol. Qui le croirait ? en présence de ces graves complications, si lentement préparées, le Cabinet des Tuileries se trouva pris au dépourvu. Il n'avait pas d'ambassadeur auprès de la Porte, et son chargé d'affaires, M. de Yarennes, était sans instructions.

Tl fallait pourtant que le gouvernement français prît un parti; et, puisqu'à tort ou à raison il jugeait possible l'inviolabilité de Constantinople, il devait ou se prononcer avec énergie contre Méhémet-Ali, ou encourager résolument Ibrahim à compléter le succès de sa révolte. Car, dans le premier cas, l'intervention égoïste des Eusses cessait d'être nécessaire, et, dans le second, Ibrahim triomphant était donné pour défenseur à Constantinople.

Kien de tout cela ne fut compris, et M. de Varennes resta livré à ses inspirations i)ersonnelles. Son rôle était difficile. Il avait à écarter de Constantinople les Eusses, qui étaient impatients de s'y montrer, et que les terreurs du sultan y appelaient. Et comment atteindre ce résultat, si l'on n'arrêtait pas Ibrahim ? Or, M. de Varennes pouvait bien employer auprès du conquérant de la Syrie et auprès de Méhémet-Ali la voie des conseils et des sollicitations ; mais, pour réussir, il aurait fallu être en mesure de parler avec autorité, de menacer, si les prières ne suffisaient pas. Et c'est ce que l'imprévoyance du Cabinet des Tuileries mettait M. de A'arennes dans l'impossibilité de faire. 11 parvint néanmoins à contre-balancer, pendant quelque temps, riniiuence russe, et la manière dont il mit à profil les circonstances témoigna d'une grande dextérité.

La Russie s'était hâtée d'offrir au sultan le secours de

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