‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 52 sur 147 · POLITIOUK DE LA FRANCE EN PORTUGAL · texte numérisé non relu

POLITIOUK DE LA FRANCE EN PORTUGAL

L'attitude des ministres français vis-à-vis du Fortugal ne révélait pas moins clairement le fond de leur politique, toute de condescendance et de peur. Depuis longtemps, le Portugal était troublé par la lutte 'de deux frères, don Fédro et don Miguel ; et l'un et l'autre, avec un acharnement implacable, ils poursuivaient la victoire : une couronne en était le prix. Après de nombreuses vicissitudes, le père de Dona Maria s'était rendu maître de Porto, et don Miguel l'y assiégeait. Porto n'était qu'un point bien petit sur la carte, et cependant l'Europe entière avait l'œil fixé sur ce point, d'où pouvaient jaillir les premières étincelles d'un embrasement général. Contempteur déclaré des chartes modernes, et franchement despote, don Miguel avait les sympathies des Puissances ultra-monarchiques du Continent, il en recevait des encouragements, des secours ; et il s appuyait, en outre, sur le peuple, dont l'ignorance fait si aisément pacte avec le despotisme, dans tout pays où la superstition a passé. Don Pedro apportait au Portugal une Charte à la façon des Anglais; il invoquait, par conséquent, à l'appui des droits de Dona Maria, sa fille, la Grande-Bretagne et la France.

Le gouvernement français fit des vœux pour don Fédro, et n'osa faire davantage. Appelé à Porto pour y soutenir de ses talents militaires et de sa vieille expérience la cause constitutionnelle, le général Solignac n'avait trouvé dans le Cabinet des Tuileries que réserve et froideur. Aucune somme d'argent ne fut mise, même en secret, à sa disposition; on voulut bien couvrir d'une tolérance timide les démarches auxquelles il se livrait pour rassembler autour de lui des compagnons de guerre, mais on eut soin de se ménager le moyen de désavouer toute participation offi-

cielle au mouvement. La duchesse de Bragance, qui était alors à Paris, et qui eût volontiers mis ses diamants eu gage pour obtenir des secours efficaces, dut se résigner à cette situation d'esprit où l'espérance tient moins déplace que l'inquiétude; enfin, le général Solignac n'eut à jeter dans la balance que le poids de son nom et de son épée.

Il faut le dire, la conduite du Cabinet de Saint-James fut ici plus pusillanime encore et plus incertaine que celle du Cabinet des Tuileries. Dirigée en 1833 par le comte Grey et les whigs, que le triomphe de la réforme avait portésaux aifaires, la politique anglaise semblait avoir perdu sa clairvoyance et sa vigueur ordinaires. Les whigs ne pouvaient ignorer de quelle haine don Miguel était animé contre eux ; ils s'exposaient donc, en ne prêtant point à don Pedro un appui. décisif, au danger de voir un prince ennemi s'installer définitivement sur le trône de Portugal, royaume qu'ils regardaient, depuis le traité de Méthuen, comme une colonie anglaise. Au reste, lord ^^'ellington et lord Aberdeen, prédécesseurs du comte Grey, et de lord Palmerston, n'avaient pas eu, à l'égard du Portugal, une ])olitique moins inconsistante. Car ils avaient flétri et soutenu don Miguel tour à tour. Tantôt c'était lord Aberdeen faisant tomber, du haut de la tribune anglaise, sur la cruauté et la lâcheté de don Miguel, un retentissant anathôme; tantôt c'était lord Wellinsiton ordonnant aux croisières anglaises de foudroyer le navire monté par le général Saldanha et quelques autres partisans de don Pedro. Ordre barbare (pii a fait diie que l'Angleterre avait tenu en réserve, pour le service de don Miguel, des boulets dérobés au bombardement.de Copenhague!

SIÈGE DE l'OIlTO. IG5

Dans cet état de choses^ don Pedro ne s'abandonna pas lui-même. Guidé par le général Solignac, et puissamment secondé par les aventuriers intrépides que lui avait fournis ce sol de France^ nid de soldats, il soutint le siège de Porto avec une remarquable constance. Mais ses efforts tendaient à répuiser : appuyé, au sud du Douro, sur un corps de 6,000 hommes, don Miguel comptait, au nord, 17,000 combattants, et c'est à peine si le nombre des assiégés s'élevait à 13,000; la famine avait un moment sévi dans Porto, le choléra y avait marqué cruellement son passage; la patience des habitants menaçait de se lasser; pas de main assez forte pour tenir noués longtemps les liens de la discipline, dans une garnison composée de tant d'hommes appartenant à des nations diverses. Sartorius, commandant de la flotte de don Pedro, s'était mis en pleine révolte, s'était éloigné de la côte, et il avait fallu l'apaiser d'abord, le remplacer ensuite Que de raisons pour qu'on se résolût à précipiter le dénoûment ! Ce fut Tavis du général Solignac. Dans un conseil de guerre assemblé en vue de quelque décision énergique et définitive, il proposa d'aller droit à l'ennemi, de lui passer sur le ventre et de paraître à Lisbonne Tépée à la main. Toutes ses dispositions étaient prises, il avait étudié le terrain, pesé de part et d'autre les courages, il répondait de la victoire. La majorité du conseil en décida autrement : on pensa qu'il valait mieux envoyer dans les Algarves, qui ne demandaient qu'un signal pour se soulever, un corps de 4,000 hommes, tandis que don Pedro attendrait dans la place le résultat de cette diversion. Le général Solignac avait vu germer autour de lui de sourdes hostilités; il ne possédait pas, quoique major général de l'armée, toute la force qui lui eût été nécessaire ;

dans lo dernier conseil de guerre, il avait eu le chagrin (rentendre son propre aide de camp, M. Duverger, combattre son opinion : il se démit du commandement et quitta Porto, craignant bien que le père de dona Maria ne perdit la partie faute d'audace et de nerf.

Mais de nouvelles et heureuses circonstances étaient venues en aide à la fortune de don Pédi'o. Le duc de Palmella, qui, comme instrument des Anglais, était au Portugal ce que M. de Talleyrand était à la France et M. Van de Weyer à la Belgique, le duc de Palmella s'était occupé de réunir en Angleterre, pour le compte de la cause constitutionnelle, des ressources financières. Le succès couronna ses démarches, comme il avait, une fois déjà, couronné celles que, dans le même but et dans le môme pays, avait faites M. Mendizabal. L'argent obtenu servit à des levées de volontaires, et des marins anglais se montrèrent à Porto, commandés par le capitaine Napier, véritable homme de mer. A dater de ce moment, tout ne fut pour "don Pedro que triomphes et prospérités. Les couleurs de dona Maria ne tardèrent pas à ilotter sur le royaume des Algarves, que le duc de Terceire venait de soumettre en courant. Avec trois frégates, une corvette, un brick, un petit schooner, Napier avait rencontré, à la hauteur du cap Saint- Vincent, la flotte miguéliste, composée de deux vaisseaux de ligne, de deux frégates, de trois corvettes, de deux bricks et d'un chebec. Malgré l'inégalité des forces, Napier n'hésita pas à présenter le combat. Il attaque la flotte ennemie avec une impétuosité irrésistible, la disperse, s'en empare. La marine de don Miguel anéantie, une consternation profonde se répand dans son armée. Le duc de Terceire hâte le pas vers la capitale, emporte la ville de Sétubal, et taille en pièces

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