‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 79 sur 147 · ENVAHISSEMENT DU KAUBOURG DE VAISE · texte numérisé non relu

ENVAHISSEMENT DU KAUBOURG DE VAISE

proportions de sa haine plutôt que celles du péril. Quelque invraisemblîihles que soient, par leur gravité même, de pareilles accusations, qu'il n'est presque jamais possible d'appuyer sur une démonstration officielle, les faits, on doit le reconnaître, ne sont pas de nature à les démentir. 11 est certain que la Croix-Rousse eût été bien plus promptement apaisée, sans les excitations perfides d'un nommé Picot, fourbe qui se cherchait des complices pour les aller trahir, et dont l'impunité fit scandale. Il est également certain que dans la caserne du Bon-Pasteur , abandonnée par les troupes sans aucun motif apparent, les insurgés trouvèrent une cinquantaine de fusils, dont il semblait qu'on leur eût ménagé la conquête. Mais quoi ! dans la nuit du 10 au 11, le fort Saint-Irénée, que l'insurrection ne menaçait pas, fut évacué comme l'avait été, dans la journée, la caserne du Bon-Pasteur, et l'on y laissa deux pièces de canon si mal enclouées, que, le lendemain, les insurgés purent, après un travail de quelques minutes, les transporter à Fourvières, d'où ils se mirent à tirer sur la place Bellecour, avec des morceaux de fer et de la poudre séchée au soleil !

Quoi qu'il en soit, la lutte s'était ranimée le 1 1 , avec les mêmes circonstances et le même caractère. Mais le 1*2, il devint tout à fait manifeste que, pour dominer la ville, l'armée n'avait plus qu'à le vouloir. Alors seulement, on se décide à un vigoureux effort, et tandis qu'on occupe la Guillotière, qui n'était pas défendue, le faubourg de Vaise, qui ne l'était guère davantage, est impétueusement envahi. Là furent commis des actes de barbarie dont notre plume hésite à retracer l'image. Un coup de fusil ayant été tiré, rue Projetée, devant la maison du cabaretier Chagner, les soldats s'élancent dans cette maison, décidés à faire main

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basse sur tous ceux qui Thabitent. Un vieillard de 74 ans^ nommé Meunier, était au lit ; on lui tire dessus, et de si près, que le feu prend aux couvertures; il respirait encore, on rachève d'un coup de hache. Claude Combe, qui veillait au chevet de son frère mourant, est traîné dans la rue et fusillé. Jean-Claude Passinge, précipité parla fenêtre, est assommé sur le pavé à coups de crosse. Les soldats égorgent Prost et Lauvergnat, après les avoir liés dos à dos, en souvenir sans doute des hideux mariages d'une autre époque. Un homme paisible, nommé Dieudonné, fut trouvé dans sa chambre, tenant dans ses bras son fils âgé de cinq ans. A l'aspect des soldats furieux, le pauvre enfant criait : « Ne « tuez point papa ! )>' ^lais le père, violemment séparé de son fils, est poussé au pied de l'escalier. L'officier donnant le signal du meurtre : « Laissez, lui dit un soldat, laissez « cet homme pour élever son enfant. » Il achevait à peine, que déjà l'officier avait plongé son épée dans la poitrine du malheureux père de famille. Abrégeons, abrégeons cette énumération lamentable, et n'épuisons pas le courage qu'il nous faut pour parcourir la route sanglante qui commence à Lyon dans le faubourg de Vaise et doit finir à Paris dans la rue Transnonain. Seize victimes innocentes faites dans l'espace de quelques minutes, seize assassinats, tels furent les effets de la direction imprimée au mouvement répressif. Il ne restait plus qu'à emporter le quartier des Cordeliers. Deux compagnies, soutenues par du canon, attaquent les barricades, et, après une lutte acharnée, les enlèvent. Les insurgés occupaient encore l'église des Cordeliers : les portes s'ébranlent, elles sont enfoncées... Quel spectacle ! un sergent, noir de poudre, est là, qui anime les siens au carnage et commande le feu. Une décharge terrible fait ré-

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