PACIFICATION DE LYON
sonner ces voûtes accoutumées au bruit des cantiques pieux. C'est en vain que des prêtres, ministres d'un Dieu de miséricorde, demandent grâcje pour les vaincus : il n'y a pas de pitié dans les guerres civiles! Parmi les insurgés, ceux-ci s'abritent derrière les colonnes, ceux-là disparaissent dans l'ombre des chapelles latérales; d'autres font monter vers le ciel des hymnes de liberté, des chants lugubres, et semblent vouloir se bercer dans les bras de la mort. Il y en eut un qui, debout sur les marches les plus élevées de l'autel, les bras croisés sur sa poitrine, le visage rayonnant, et le regard plein d'un amer délire, s'écria : « Voici le moment de mourir pour la patrie ! » L'âme de ce jeune homme avait déjà pris son vol éternel, quand, percé de coups, son corps tomba au pied de l'autel du sacrifice. Bientôt, des flaques de sang couvrirent les dalles du temple, et l'on y compta onze cadavres.
Le jour suivant, les derniers débris de l'insurrection disparurent des hauteurs, et une proclamation en informa les habitants. La ville de Lyon était pacifiée !
Ainsi, le faubourg de Vaise venait d'avoir ses journées de septembre! Que dis-je? l'horreur venait presque d'en être surpassée ; car enfin, lorsqu'au mois de septembre l'ordre fut donné de massacrer les prisonniers, Paris entendait gronder à ses portes le canon des envahisseurs de la France, Paris se croyait perdu s'il ne se compromettait sans retour, Paris était fou de désespoir, et des voix puissantes avaient fait retentir à son oreille ces mots qui contiennent toutes les vertus et tous les excès : « La patrie est en danger ! » Mais ici quel pouvait être, — je ne dis pas l'excuse, il n'en est point pour de tels forfaits, — quel pouvait être le prétexte de tant de lâches assassinats? Est-ce que l'insurrec-
tioii;, dans le fuubourg de \'aise^ n'était pas domptée? Estce que le danger n'était pas évanoui ? Est-ce que la mesure des maux n'avait pas été comblée? Est-ce qu'il était possible de faire croire, môme aux plus fanatiques, que, pour illustrer le triomphe, pour le féconder, on avait eu besoin de tout ce sang innocent? Ah ! sans doute, ce n'était pas des autorités, soit civile, soit militaire, qu'émanait l'ordre de le répandre. Mais pourquoi le Pouvoir, averti depuis par la clameur publique, se montra-t-il immobile, muet et comme indiiférent? Pourquoi ne mit-il pas au nombre de ses devoirs les plus sacrés celui de commander une enquête? Heureusement, Dieu n'a pas permis que des événements aussi horribles fussent dérobés au jugement de l'histoire. Des certificats ont été dressés avec un soin scrupuleux, ils ont été légalisés, et ils forment un réquisitoire impérissable ' .
' Voici quelques-uns de ces certificats dus au zèle d'un simple particulier, M. Cliaiiier, lequel eut le courage de remplir, après les alTreux événements de Lyon, le devoir que négligeait le ministère public ; nous citons textuellement, sans rien clianger à la rédacticm ni à Torthographe :
« Ce jourd'luù premier mai dix-huil cent Iraute quatre nous soussignés « Bounavauture Galant propriétaire mnrcliand de bois grande route de Paris (( et Berthelemy Dupcray pi-opriétairc fabriquant négociant rue projetée « n° 8, et Houoi'é Picotin marchand de vin ancienne route de Paris aussi C( pi'opriétaire, et Jean Cliagny propriétaire, cabaretier rue projettée n" 9 « attestons que pour rendre hommage à la véritée, que Marie Grisot, épouse « de Louis Saugnier mousselinier demeurant à Yaise rue projettée n*» 14. « La susdite s'étant enfuit, de son domicile pour se réfugier chez le sieur Coc( quet, serrurier demeurant route du Bourdonnais ou elle crue être mieux « en sûreté étant plus éloignée du faubourg, elle fut fusillée sans qu'elle eue « donné lieu en aucune nianière à un pareille traitement elle laisse son « époux homme d'une probitée intact, perre de quattre entant, dont trois en « bas âge en fois de quoi nous lui avons signé le présent pour valoir ce que « de droit, à Vaizo le premier mai 1834.
(C PICOTIN, nUPEUAY, GARMER, GALLAND.
(( i'ii à la mairie de Vai:e le l^f mat 1834, pour légalisaiion « des signatures cy-dessus, au nombre de quatre.
« Le Maire,
« ERHAHD, adjoint.