koLif %u\nu
Le muluellisme (i) était l'associalion des ouvriers en soie, chefs d'atelier; elle était purement industrielle, et son origine remontait à 1828. Ses statuts excluaient de la manière la plus formelle toute discussion des choses religieuses et politiques. Fondé d'abord dans un but de mutuelle assistance entre ouvriers, le mutuellisme se divisait en loges de moins de vingt personnes. Onze loges nommant chacune deux délégués formaient ainsi une loge centrale; et c'était à un conseil composé iesprésidents d^scefUrotes qu'appartenait la direction. Le pouvoir des présidents des centrales s'était maintenu jusqu'à la fin de 1833; à cette époque il fut ébranlé. L'association voulait agrandir son action ; elle voulait faire servir la force qu'elle puisait dans l'union de ses membres à empêcher la décroissance du salaire ; elle voulait créer un contre-poids à l'hypocrite tyrannie que, dans la lutte du pauvre contre le riche, on ose appeler la liberté des transactions. Mais à l'accomplissement de ces vues nouvelles il fallait un pouvoir nouveau. Les prudente des centrales furent destitués, et leur autorité passa aux mains d'un conseil exécutif, qui n'était lui-même, du reste, que l'instrument de l'association, constituée démocratiquement et décidant de tout par voie élective.
Cependant, la situation de l'ouvrier empirait. Par un funeste et trop fréquent effet de la concurrence, les commandes avaient diminué.
Le mouvement de la fabrique lyonnaise, dans les premiers mois de l'année 1834, se trouvait notablement ralenti. Et jamais, contraste déplorable ! la joie du riche n'avait plus bruyamment éclaté. Les bals se succédaient avec une rapidité oii entrait une sorte d'étalage provocateur. Lyon retentissait du bruit des fêtes. Le pauvre en tressaillit, et dans son cœur la colère prit sourdement place à côté du désespoir. La crise était donc devenue imminente : une réduction de vingt-cinq centimes par aune sur le prix des peluches la précipita. Réduction peu considérable en elle-même, mais qui portait sur un salaire déjà insufSsant, et qui, ouvrant carrière à des empiétements plus funes^
(1) Voir aux docuinciilâ liislorii|uci le Règlcmcnl du Muluc'lUmc.
HÉVOLUTION FRANÇAISE.
tes, n'élait qu'une première applicalion de la loi du plus fort! Les ouvriers en peluches invoquèrent Tappui de leurs frères des autres catégories; et alors, obéissant au principe de solidarité, la société mutuelliste mit en question la suspension générale des métiers.
Envisagée dans ses résultats matériels, la mesure était désastreuse; considérée dans son principe moral, elle avait quelque chose de singulièrement élevé. Quoi de plus touchant que de voir cinquante mille ouvriers suspendre tout à coup les travaux qui les faisaient vivre et se résigner aux privations les plus dures, pour garantir de toute atteinte douze cents de leurs frères les plus malheureux!
Aussi bien, une détermination semblable, s*il eut été possible aux ouvriers de la soutenir, avait une incalculable portée. Par rapport à la classe ouvrière, c'était la théorie de Fassociation appliquée sur une grande échelle et au prix de sacrifices qui en rendaient Teffet plus imposant. Par rapport à la bourgeoisie, c'était une démonstration terrible, mais péremptoire» des vices d'un régime industriel qui, fondé sur un antagonisme de tous les instants, ne vit que par le perpétuel triomphe du fort sur le &ible, et entretient une hostilité flagrante entre -ces deux éléments de la production : le capital et le travail.
Voilà ce qu^ comprirent parfoitement les chefs de la majorité, 1,297 voix, sur 2,341, votèrent 1^ suspension des travaux. Et , comme un grand nombre d'ouvriers ne faisaient point partie de l'association, elle envoya dans les divers quartiers de la ville des émissaires chargés de soumettre toute la fabrique lyonnaise au niveau de la loi commune. Quelques ouvriers voulurent résister : on les menaça.
Violence blâmable, et qui donnait à une cause juste les couleurs de l'injustice! L'interdit avait été pronoBLCé dans la journée du 12 février : deux jours après, vingt mille métiers à Lyon avaient cessé de battre!
Comment peindre la consternation qui , à cette nouvelle, régna dans la ville? On eût dit que, devant les imaginations frappées d'épouvante, le fantôme sanglant de novembre venait tout à coup de se dresser. Ce n'étaient plus partout que visages inquiets ou menaçants.
On s'interrogeait du regard avec anxiété. Sur toutes les poitrines pesait cet air lourd qui anionce l'approche d'un orage. Chaque jour, la place des Terreaux et les environs se coavraiaat de rassembl^nents dont l'aspect était moins anhné que sombre; chaque jour, les rues étaient sillonnées d'éœigraiits. Car, la frayeur les ayant gagnés, plusieurs fabrieants avaient coupé court à leurs aCiires, fermé leurs maisons et se hâtaient vers la campagne pour y chercher un asile.
D'autres restèrent; et ceux-là, loin de prendre l'alarme, commencèrent à s'exdter rédproquanent à de sauvages ardeurs, disant que l'heure d'en finir était venue pour eux ; qn'ik avaient, depuis novembre, une revanche à prendre; que c'était dans le souvenir d'uae dépèoraMe victoire qu'était le germe de Tinsolence déployée par les mutuellistes; et qu'il était urgent de leur donner en&i une vigou^ reme leçon. Tels furent les propres ternes dont se servit le Courrier de Lyon, organe passionné de Faristocratie industrielle de la ville.
Et ces dispositions ne s'accordaient que trop bien avec celles de l'autorité. Le gouvernement n'ignorait pas que le parti républicain se livrait alors à un immense travail d'organisation. Il voyait la Société des Droits de rUonme s'entendre^ s'enhardir, se discipliner, jeter son inévitable réseau jusque sur les viltos de second et de troisième ordre; il prévoyait que la promulgation de la loi contre les associations deviendrait le signal d'une résistance qui, se produisant sur tous les points du royaume à la fois, avec ensemble, et sur l'ordre parti de la capitale , mettrait le royaume en feu et la monarchie à deux doigts de sa perte. De là son empressement à courir au-devant d'une crise qui avait tous les caractères de la fatalité. Puisque éviter la bataille était impossible, mieux valait la livrer lorsqu'on avait encore le choix des circonstances, da moment, des armes, du terraia. Puisqu'il fallait ou terrasser le parti républicain ou périr sous ses coups, mieux valait l'attaquer au milieu des embarras d'une organisation inachevée, et avant qu'il eût pris son mot d'ordre dans toute la France et terminé ses prépara-
H1ST0W£ OË DIX iNS. 1830^1840.
besuicoup mieux que Pam m gQuvemifiaieQt, U centmlisation ayant donné à Paris le piivilége de remporter seul , en temps de névolation V des victoires décisives.
Ainsi, les fabricants et le pouvoii! avaient Clément intérêt à accélérer le dénoûment :
ies premiers, pour asseoir d'une manière définitive leur situation et venger leur orgueil humilié; le second, pour ôter à ses ennemis le temps de faire leurs dispositions et de régler leur ordre de bataille.
Mais ce que le pouvoir et les fabricaiits étaient intéressés à vouloir, les mutuellistes et les républicains devaient le craindre.
Ijes mutuellistes n'étaient , en général , ni assez instruits, ni assez pénétrés de Fimpertance des formes politiques^, pour appeler de leurs vœux une lutte oii ils auraient eu le gouvernement poiur ennemi. Que la question du s^lairci fàt résolue en leur faveur, il$ ne désiraient ri^n de plus,
Pouf ce qui est de la Société des DraU$ de FHinnme, 1^ niembjces dont elle était composée br&laient de comhaitre, et ils ne s'en cachaienit pas ; mais les; plus intelligents tremblaient qu'on, ne les forçât à accepiter trop tôt le combat, et ils voulaient attendre, pour s*afmer, d'abord que l'organi^atiion dép^ementale fût achevée, et, ensuite, que la promulgation de la loi contre les associations vint généraliser l'attaque.
Les faits prouvèrent que t^lle était la situation morale des partis en présence. Les mutuellistes firent des ouvertures d'accommodement : elles furent reppussées avec un froid dédain, c Tenez bon , avait-on dit aux fabri-
> cants , il fondra bien que les ouvriers cèdent
> quand la faim les pressera ; et s'ils en » viennent à une révolte, ce sera la dernière.
> Car nous avons sous la main des canons et
> des milliers de baïonnettes. » Repoussés par les maîtres, lies mutuellistes invoquèrent la médiation de l'autorité. M.Gasparin répondit que le pouvoir n'avait pas charge d'intervenir dans les querelles du monde industriel, les transactions entre le capitaliste et le travailleur devant rester libres. De sorte qu'on osait parler de la liberté des transactions, au moment
même où l'on s'en reposait, pour là sonmissîon da Fouvrier, sur le despotisme de la
Alors se passèrent des scènes lamentables.
Paraii les ouvri^s en soie, il y en eut qui, quoiqu'en état de supporter le ch&mage, se lassèrent d'une situation dont ils n'apercevaient que la stérilité présente; il y en eut qui, trop pauvres pour résister à Foisiveté , ne purent se résigner à voir autour d'eux leurs femmes éplorées et leurs enfants privés de pain. La division s'introduisit dans la société mutuelliste : les uns demandant qu'on reprit les travaux , les autres s'y opposant ; des rixes s'ensuivirent. Et, sous le regard triomphant des maîtres, les ouvriers allaient lépuisant leurs forces dans leurs débats.
Si les cbefe du parti républicain, à Lyon, eussent voulu réellement descendre sur la place publique, ils l'eussent fait alors^ L'occasion paraissait si favorable! La Société de^ DroUs de l'Homme, qui comptait dans ses rangs un assez grand nombre de mutuellistes, n<'aunûlelle pas amené l'explosion en poussant au maintien de la suspension des métiers? Or, elle fit précisément le contraire, et ce fut l'occasion des plus violents orages dans l'intérieur des sections; Excités perfidement par des agenis de police déguisés en sectionnaires, quelques l*épublieains emportés s'étonneni de l'inaction des chefe, dans un moment qm semble si piopice. Qu^attendent-ils? Eh quoi ! pour attirer au parti la masse des ouvriers en soie, pour marcher avec elle en avant, on ne profile pas de la détresse de ces ouvriers, de leur désespoir! Ces discours se répandent bientôt partout; des gens suspects les enveniment; on égare la crédulité de certains sectionnaires plus ardents qu'éclairés , et les membres du comité, accusés tout haut de trahison, sont placés sous la menace du poignard.
Mais ils avaient, pour résister au torrent, des motifs invincibles. Devancera Lyon le mouvement de Paris et celui des provinces, c'était tout compromettre. Puis,les armes manquaient, )e montant des cotisations mensuelles imposées aux sectionnaires ne suffisant pas même à couvrir les frais des publications innombrables sorties, depuis plusieurs mois, des presses de
ils
RÉVOLUTION PKANÇAISE.
la société. Au moins aurait-il fallu pouvoir compter avec certitude sur Tappui iusurrectioDuel des ouvriers eu soie, qui formaient à Lyon le fond de la population ouvrière. Et cet appui jusqu'alors n'avait jamais été ni offert ni promis.
Nous avons dit qu'un assez grand nombre de mutuellistes étaient entrés dans la Société des Droits de VHomme, mais n'y étaient entrés que comme individus. Car, quant à la société mutuelliste prise dans son ensemble et dans sa direction, il est certain qu'à l'époque dont il s'agit elle était dominée par un étroit esprit de corporation. Avant tout, elle tenait à conserver sa physionomie industrielle, son originalité, et ce qui lui faisait, dans la classe ouvrière, une situation à part. Nul doute qu'il n'y eût dans son sein des hommes élevés audessus des intérêts de corps par la force de leur intelligence et la générosité de leurs désirs ; mais ces hommes ne constituaient pas la majorité , dont on aurait pu résumer ainsi les espérances : augmentation du salaire des ouvriers en soie. C'était tout simple, hélas! Qui s'était chargé d'instruire cette partie du peuple, de lui donner des notions de morale, de la nourrir des préceptes de la charité, de lui enseigner les immortels rudiments de l'Évangile? Et, d'un autre côté, comment se seraitelle livrée avec une entière confiance à une association politique dans laquelle à des citoyens intelligents et courageux se trouvaient mêlés tant d'ambitieux impatients, do démagogues pleins d'ignorance, de gens sans aveu et d'agitateurs sans but? A Lyon, d'ailleurs, l'influence du clergé sur une portion de la classe des ouvriers en soie avait toujours été assez grande. Or, voici dans quel sens était dirigée cette influence, qui s'exerçait sourdement et à petit bruit par les femmes. Ne voyant dans les fabricants que des libéraux et des sceptiques , le clergé n'avait eu garde d'attiédir le sentiment de révolte qui armait contre eux les ouvriers; mais en même temps il poussait ceux-ci à se défier du parti républicain tout en profitant de ses sympathies. Et c'était bien là en effet, à l'égard de la Société des Droits de VHmnme, l'altitude des meneurs du mutuellisme. Car, tandis qu'ils se laissaient taxer
de républicanisme, et s'aidaient, contre les fabricants, des prédications populaires de la Glaneuse, ils n'épargnaient rien pour amortir dans les loges la propagande républicaine, et, dans leurs ordres du jour, ils ne cessaient de recommander aux leurs Tobservation des articles réglementaires qui portaient interdiction de la politique.
Ajoutez à cela que les sodétés pullulaient dans la ville : ici la Société du Progrès, dirigée par MM. Lagrange et Léon Favre; là celle de la Liberté de la Presse, plus loin celle des Indépendants et celle des Hommes libres. Il est vrai que ces diverses associations se composaient en partie des mêmes hommi»s, ce qui en atténuait la divergence. Mais si elles tendaient à un but commun, elles y marchaient à pas inégaux. Le comité rencontrait aussi un obstacle sérieux dans le penchant des Lyonnais pour les idées de décentralisation, idées qui étaient celles du rédacteur du Précurseur, M. Petétia, et que partageait, du moins sous le rapport philosophique, un des membres les plus respectés et les plus recommandahles du parti , M. Lortet. Que faire donc? en un tel chaos d'incertitudes, de quel côté diriger le gouvernail ? L'écueil était partout, partout la tempête.
Et cependant, s'arrêter était impossible. La fermentation devenait d'heure en heure plus impérieuse. Mille étincelles jaillissaient chaque jour du choc de tant de passions en contact.
L'on entendait rugir déjà la foule des impatients , qu'échauffaient , qu'enflammaient les véritables traîtres... Le comité ne se sentit pas assez fort pour porter le poids d'une situation semblable. Les rênes lui échappaient : il résolut de se faire appuyer directement par la capitale, et M. Albert partit.
M. Albert avait pour mission d'exposer l'état des choses au comité parisien, de prendre en quelque sorte le mot d'ordre, et de ramener à Lyon M. Godefroi Cavaignac ou M. Guinard, que leur énergie rendait très-populaires, et que le comité lyonnais jugeait seuls capables, soit de contenir avec autorité, s'il en était besoin, ceux qui se laissaient emporter par une ardeur aveugle et sauvage, soit, si la fatalité l'emportait, de donner au mouvement une impulsion
ils
assez vigoureuse pour le pousser jusqu'au succès. On avait recommandé à M. Albert de n'aller trouver ni Armand Carrel ni Garnier-Pagès : le premier, parce qu'il ne faisait point partie de la Société des Droits de r Homme; le second, parce qu'il paraissait trop modéré.
Ce ne fut pas sans difficulté que le comité des Droits de l'Homme parvint, en attendant le retour de M. Albert , à dominer l'effervescence. Un jour, M. Martin apprend que plusieurs chefs de section tiennent, dans la rue Tupin, un conciliabule tumultueux; que la prudence des chefs y est traitée hautement de trahison , et qu'on y parle de secouer leur autorité. Aussitôt M. Martin se réunit à M. Hugon, et ils se rendent en toute hâte au lieu désigné. Quarante sectionnaires environ s'y étaient donné rendez-vous, et leur fureur éclatait sur leur visage. Au milieu d'eux, un chef de section, nommé Mercet, se faisait remarquer par l'exaltation de ses discours. Les membres du comité demandent qu'on se forme en assemblée. Une salle de concert reçoit tous les assistants, on ferme les portes, et M. Martin monte sur une espèce de tribune, pour haranguer les plus fougueux d'entre les sectionnaires. Il leur représente que rien n'est prêt pour un combat sérieux; que provoquer la lutte serait précipiter la ruine du parti ; que la patience aussi est du courage; qu'il faut craindre de briser par une impatience brutale les relations déjà nouées entre le comité de Lyon et ceux des villes voisines. Il leur apprend ensuite le voyage de M. Albert, et leur donne lecture de plusieurs lettres arrivées la veille, dont une signée Moximtlt^. Elle était admirable d'énergie et de sagesse. La prudence et la modération y étaient recommandées comme les vertus les plus nécessaires aux républicains. M. Martin n'eut garde d'en faire connaître l'auteur. C'était Buonarroti. Le même esprit régnait dans une chaleureuse adhésion de M. Ménand , ancien procureur du roi à Châlous-sur-Saône, et dans les autres lettres , qui toutes promettaient, pour les circonstances ordinaires, un concours actif mais réfléchi. Un pareil langage ne répondait guère aux passions de l'assemblée. MM. Bertholon et Baune surviennent. El, comme lo mécontentement des plus indociles
s'exhalait en menaces, M. Baune prend la parole à son tour. Il déclare que le comité ne fléchira pas ; que les chefs de section en révolte seront cassés; et qu'on saura leur répondre, s'il le faut, selon l'usage des gens de cœur lorsqu'ils sont offensés. L'énergie du comité le sauva; et la plupart des chefs de section se laissèrent ramener. Poussés par Mercet, qui plus tard fut reconnu pour un agent de police, quelques-uns persistèrent dans leurs aveugles projets, et parvinrent à ameuter, dans la soirée, cinq ou six cents hommes qu'ils traînèrent par la ville en chantant la Marseillaise. Heureusement, l'autorité s'abstint de sévir, et ils se dispersèrent.
Cependant, M. Albert était arrivé à Paris.
Se conformant aux instructions qu'il avait reçues, il se rendit d'abord au comité de la Société des Droits de VHomme, et fit part aux membres qui le composaient de l'objet de son voyage. Mais MM. Cavaignac et Guinard étaient retenus à Paris par des devoirs pressants et ne voulaient point se séparer l'un de l'autre. M. Albert demanda conseil à M. Cabet, qui avait beaucoup d'ascendant sur le peuple des faubourgs. L'entretien eut lieu pendant la nuit dans les bureaux du Populaire. M. Cabet s'y montra partisan d'une résistance exclusivement légale; il n'hésita pas à affirmer que tenter la fortune des armes serait une insigne, une irréparable folie; et, pour mieux exprimer combien profonde était sur ce point sa conviction, il s'écria : « Il faut plutôt se battre pour qu'on » ne se batte pas. i M. Garnier-Pagès que, sur une invitation de lui très-pressante , M. Albert s'était décidé à aller voir, M. Garnier-Pagès tenait le même langage. Mais ce que M. Albert venait chercher à Paris, ce n'était pas seulement la condamnation du mouvement, c'était un homme assez vigoureux et assez populaire pour en comprimer la fougue.
L'anxiété de l'envoyé lyonnais fut donc extrême; et il se disposait à repartir, lorsque, par l'intermédiaire de M. Marchais, Armand Carrel lui fit demander une entrevue, t Si per- » sonne, dit Carrel, ne consent à vous accom- » pagner à Lyon , moi je m'offre. — Y pensez- » vous? » répondit M. Albert, étonné de cette proposition inattendue. « Quel accueil espérez-
HÀ
HI^VOLUnON PRANÇAiSR.
» vottB qa*M vous fasse (Ubs loCre ville? St- » vous bieo que je D*ai pa accepter un eotretien » avec vous qn^en dépassant mes instructions t
> — Et si j'allais à Lyon , reprit Armand » Carrel» avec Godefroi Gavaignac? — A la 1 bonne heure; et veuille Dimi qu'il en soit » ainsi! >
Quelques nuages avaient passé sur l'anitié de MM. Gavaignac et Garrel. Ils se virent néanmoins; et, comme ils étaient animés tous deux des sentiments les plus élevés» ils n'eu^ rent pas de peine à s'entendre. Le voyage fut résolu. On désirait que M. de Lafayette en fit partie » à cause de son nom et des souvenirs qu'il avait laissés dans la population lyonnaise; mais il était alors gravement malade.
€ J'éprouve» dit-il, un vif regret de ne pou-
> voir m'associer en personne aux dangers » d'une aussi courageuse et honorable entre^ » prise ; mais je donnerai à ces messieurs des » lettres qui leur seront utiles » et je les auto« » rise à se présenter comme mes lieutenants. »
Tout était convenu, M. Albert devait devancer ses amis, et déjà une chaise de poste l'attendait, quand tout à coup l'on apprit à Paris que la ville de Lyon s'était calmée et que le conseil exécutif des mutuellistes venait d'ordonner la reprise des travaux. Gette nouvelle enlevait au voyage, sinon son utilité, au moins son urgence : on y renonça , et M. Albert se contenta d'une lettre qui portait en substance : « Abstenez-vous de toute provo- » cation. Paris n'a pas besoin, comme Lyon, » d'être contenu, il aurait plutôt besoin d'être » excité. Cependant, si le pouvoir vous atta- » quait et vous réduisait à la nécessité de vous » défendre, Paris vous soutiendrait »
La situation morale des chefs du parti républicain se révèle tout entière dans ces détails. S'ils n'entendaient pas permettre que le gouvernement portât la main sur des libertés qu'en 1830 on avait crues pour jamais con^quises, ils ne prétendaient pas non plus tirer le glaive sans nécessité et au gré de passions folles ou coupables. Et rien, du reste, ne le prouve mieux que ce qui s'était passé à Lyon pendant le voyage de M. Albert à Paris. Plusieurs républicains lyonnais, jouissant parmi leurs concitoyens d'une considération méri-
tée, avaient été les prcMiers k intervenir centime médiateirs entre les fabricants et les mntnellisles. Une lettre qni invitait ces derniei:8^ en termes Éobtes et pressants, à repret-^ dre les travaux interrompus, fut signée par MM. d'Épouilly, Léon Fav^, Lortet^ MieiRi- Ange Périer... De leur c6té, WH. Baune et Jules Séguin coururent d'atelier en atdier, pour y préc^r la résignation et le calme. Le conseil exécutif des matuellisles y étitit dqè disposé; mais^ simple instrument de trans^ mission, il n'avait adcdn ordre h donn^.
Grâce aux suggestions des républicains^ il passa outre^ ordonna la reprise des travaux » fut obéi. Le 23 février (1834)i tous les métiers battaient à Lyon comme à l'ordinaire.
Ainsi le calme était rentré dans la ville* Mais on y apprit bientôt la loi contre les associations, et le peuple fut violemment rejeté dans la révolte^ Une clameur terrible s'élève du sein de tous les corps d'état; les mutuellistes se voient directement menacés, ils s'assemblent en tumulte. Une protestation est publiée par VÉeho de la Fabrique. Elle portail deux mille cinq cent quarante signatures, et se terminait par ces mots : c Les mutuellistes » déclarent qu'ils ne courberont jamais la tète » sous un joug aussi abrutissant; ils dédarent
> que leurs réunions ne seront point suspen- » dues. S'appuyant sur le droit le plus invio-
> laUe, celui de vivre en travaillant^ ils sauront » résister, avec toute l'énergie qui caractérise » des hommes libres, à toute tentative bm- » taie, et ne reculeront devant aucun sacrifice » pour la défense d'un droit qu'aucune puis- » sanee humaine ne saurait leur ravir. >
De son côté, le pouvoir semblait appeler sur Lyon la guerre civile. Tant qu'avait duré le chômage, aucun ouvrier n'avait été arrêté. Après la reprise des travaux , et au nAonent où l'on s'y attendait le moins, six mntueHîstes sont emprisonnés comme ehefis de la coalition. Aussitôt, à la Groix-Rousse, à Saint-Just, à Saint-George, on s'indigne, on s'encourage à la résistance. « Nous aussi , écrivent au pro- » cureur du roi vingt ehefe d'atelier,, nous » aussi nous étions membres du conseil exé- 1 cutif. Noua demandons à partager te sort de » nos camarades. »
La loi contre les associations pesait sur les sociétés industrielles aussi bien que sur les sociétés politiques r le projet de résistance est universel. Hutuellistes, tailleurs, cordonniers, chapeliers, ouvriers de toute espèce, membres de la Société des Droits de l'Homine, tous sont devenus soldats de la même cause. Plus d'hésitation, plus de défiance. On poussera le cri de vive la république! et l'on combattra. C'est Girard, un des meneurs du conseil exécutif des mutuellistes, qui a pris l'initiative. Les divers corps d'état délèguent plusieurs de leurs membres pour donner à de communs ressentiments une direction commune, et l'on forme un comité d'ensemble.
La Société des Droits de l'Homme ne pouvait y être représentée qu'en s'y absorbant; c'est ce qui arriva. Car rien ne saurait peindre l'enthousiasme farouche dont les corps d*état étaient animés. Accusant leur comité central de mollesse et de langueur, ils brûlaient d'en venir aux mains, c Prenez garde! » disaient à MM. Baune, Martin et Albert, des mutuellistes influents, < si vos sections ne > descendent pas daqs la rue, nous y descen^ » drons sans elles. » Et lorsqu'une voix disait: c Mais les armes nous manquent; » mille voix répondaient : c Les soldats en ont. Et conmie » en juillet, comme en novembre, les soldats » refuseront de tuer leurs frères, i Lancé dans cet irrésistible tojurbillon, le comité des Droits de l'Homme ne savait s'il fallait pousser le char ou le retenir. Dévoré tout k la fois de colère et d'inquiétude, l'inexorable rapidité des événements l'accablait. Il portait d'ailleurs en lui-même un principe de faiblesse. Entre MM. Albert, Martin et Hugon, il existait une parenté d'idées et de sentiments dans laquelle n'entrait pas entièrement M. Baune. Quant à M. Bertbolon, entraîné dans un court voyage, son retour à Lyon devait être devancé par la lutte; et M. Poujol était mourant. Aussi le C4)mité aurait-il envisagé la situation avec plus d'eflVoi que d'espoir, sans la confiance que lui inspirait l'attitude des troupes. Et il est certain que l'esprit de révolte leur avait été soufflé avec une efficacité redoutable. Le comité des Droits de l'Homme entretenait des intelligences dans presque tous les régiments.
dans le corps d'artillerie surtout; et les relations étaient si étroites, que M. Baune en était venu à savoir, heure par heure, la direction et le but des mouvements militaires.
Tel était l'état des choses et des esprits lorsque arriva le 5 avril, jour du jugement des mutuellistes arrêtés. Pour glorifier la conduite de leurs chefs et peut-être eflVayer les juges, un grand nombre de mutuellistes se sont rendus sur la place Saint-Jean , où est situé le tribunal correctionnel. Du reste, ce n'est encore qu'une démonstration, et il est convenu qu'on se gardera soigneusement des agents provocateurs. Mais la jprésemce d'un témoin accusé de mensonge et l'insolence d'un gendarme imprudent ont suffi pour soulager la multitude. Le procureur du roi accourt : on l'insulte, on le heurte; le gendarme est poursuivi avec menace, et des soldats paraissant : « A bas les baïonnettes ! » s'écrient les ouvriers. Les soldats se rendirent à cette sommation , et quelques-uns d'entre eux allèrent jusqu'à fraterniser avec le peuple sur la place Saint-Jean et dans la cour du palais.
Ce jour-là même, un mutuelliste était mort; et, le lendemain, huit mille ouvriers, accompagnant la dépouille mortelle de l'inconnu, traversèrent lentement la ville, que leur deuil épouvanta.
Dès ce moment, la menace brille dans tous les regards , le mot combat est dans toutes les boucltes. Exaltés par les résultats de la journée du S et par le déploiement de leurs forces dans celle du 6 , les ouvriers se croient déjà maîtres de la ville. La cause des mutuellistes a été renvoyée au mercredi, 9 avril : c'est le 9 que la bataille s'engagera; et, dans Lyon, personne n'en doute. Le comité d'ensemble s'est réuni, pendant la nuit, pour agiter la question fatale, et l'on y a conclu à la résistance : on n'attaquera pas, mais on se tiendra prêt à repousser l'attaque. Les sections seront en permanence. On adopte pour mot d'ordre :
Association, résistance et courage, M. Lagrange, qui a jugé la lutte intempestive, est appelé cependant à la diriger au besoin, et on lui donne, ainsi qu'à M. Baune et à quelques autres, le commandement d'une insurrection moins préparée que prévue. Aussi , nul plan
no
RÉVOLUTION FUANÇAISE.
bien arrêté, nul ordre de bataille. Sur la manière dont le cboc sera soutenu , sur Foccupation des points militaires, sur les communications entre les divers postes , sur la partie stratégique de Tinsurrection enfin , si provoquée elle éclate, incertitude complète. Dans un moment aussi critique, il était permis aux membres du comité de faire Fessai de leur influence : ils en appellent à une élection nouvelle, et, réélus à l'unanimité, ils se trouvent définitivement chargés de la responsabilité capitale d*un complot. Ce fut alors que M. Martin rédigea une proclamation qui devait être lue le lendemain. Elle respirait la colère, et pourtant ce n'était pas un appel aux armes. Malheureusement, l'effervescence des esprits croissait d'heure en heure... Hélas! à l'entrée de cette route environnée de ténèbres et dans laquelle on va se heurter, peut-être, à tant de cadavres, combien voudraient s'arrêter! Combien se sentent troublés, troublés jusqu'au fond du cœur! Mais règle-t-on les tempêtes, quand elles vous portent dans leurs flancs?
Seul, le pouvoir aurait étouffé ou, du moins, éloigné la crise, s'il l'avait voulu : tout concourt à prouver qu'il ne le voulut pas. En vain le président du tribunal, M. Pic, demande-t-il que l'affaire des mutuellistes soit transférée h un autre tribunal, droit que la loi a mis en réserve pour certaines circonstances graves; la demande de M. Pic est repoussée. Pour frapper un grand coup à Lyon, pour y terrasser la république, l'occasion n'avait jamais été plus favorable, et l'on s'était mis en état d'en profiter. Quinze bataillons, quatre compagnies, sept escadrons, dix batteries d'artillerie, deux compagnies du génie, c'est-à-dire près de dix mille hommes, voilà sur quelles forces le pouvoir était appuyé, sans compter les secours que devaient envoyer, durant le combat, les garnisons les plus voisines. Dans la journée du 8 avril, le rédacteur en chef du Précurseur, M. Petétin , était allé trouver le préfet, pour apprendre ce qu'annonçaient de sinistre des préparatifs dont toute son âme était émue. M. Petétin avait constamment repoussé l'idée d'une insurrection, même éloignée : on y touchait, et son anxiété était immense. M. Gasparin le reçut avec politesse.
et ne se cacha nullement à lui des ressources militaires sur lesquelles reposait la confiance du pouvoir.
A quelques heures de là, dans la soirée, MM. Gasparin, Duplan, Chégaray, le lieutenant général Aymar et quelques oflSciers de l'état-major se réunirent. Le général Aymar était d'avis qu'on fit occuper la place Saint- Jean par les troupes, de manière à interdire à la foule les approches du tribunal. Et que de sang épargné, peut-être, si cette sage opinion eût prévalu! Mais M. Chégaray s'empressa de la combattre et l'emporta. Or, il est à remarquer que, dans le cours des événements, l'autorité militaire se montra constamment portée aux mesures les moins violentes, et constamment dominée par l'autorité civile, dont MM. Gasparin et Chégaray personnifiaient l'implacable vouloir.
Quoi qu'il en soit, dans la nuit du 8 au 9, les derniers ordres furent portés aux différents corps répandus dans la ville, et le jour se leva sur une cité devenue un camp.
Les troupes ont été disposées de manière à couper la révolte dès le commencement de l'action; et, pour que tout déserteur puisse être fusillé sur place, on leur a fait prendre leurs drapeaux. Le lieutenant général est sur la place de Bellecour, le général Fleury à la Croix-Rousse, le général Buchet à l'archevêché, le colonel Dietmann à l'hôtel de ville. Chaque soldat a reçu trois paquets de cartouches, et les armes sont chargées. Le V léger (c'est une compagnie de ce régiment qui a figuré dans les fraternelles scènes du 5 avril) , le 7"" léger est en grande tenue et stationne du côté de la place Saint-Jean. La cathédrale, qui confine à celte place, regorge de troupes, et des baïonnettes brillent entre les gothiques moulures de l'édifice sacré. Ainsi gardée, la ville présente une horrible physionomie. L'agitation y règne, mais une agitation muette, indéfinissable. Dans le même lieu se succèdent, d'un moment à l'autre, d'étranges mouvements de foule et la solitude.
Dès la pointe du jour, trois hommes s'étaient rencontrés sur le quai Saint-Antoine.
C'étaient MM. Baune, Albert et Limage. Le premier, quoique malade, allait visiter les
in
quartiers da centre. Le second se rendait au lieu où le comité avait coutume de tenir ses séances. Le troisième se préparait à obéir. Ils n*avaient eu qu'à regarder autour d'eux pour comprendre que le sort en était jeté. Ils se séparèrent en se serrant la main avec une émotion convulsive. « Nous ne nous reverrons » sans doute plus , » dirent-ils. Avant la fin de la journée, l'un d'eux, M. Limage, était mort.
II est dix heures et demie environ. Un moment couverte de monde, la place Saint-Jean est subitement devenue déserte. Le peuple reflue dans les rues circonvoisines, et quelques enfiints s'y essayent à former des barricades, sous l'œil de la foule qui les regarde en silence. Dans l'intérieur du tribunal, en face des mutuellistes arrêtés, les juges sont sur leurs sièges , s'efforçant de composer leur attitude, luttant contre leur préoccupation, et ne prêtant qu'une oreille distraite à la plaidoirie de H. Jules Favre. Tout à coup , une détonation retentit. H. Jules Favre s'arrête. Avocats, juges, accusés, assistants, tous ont pâli, tous sont debout. Bientôt, dans la cour du tribunal on apporte un homme couvert de sang, c C'est, disent ceux qui l'accompagnent,
> c'est un insurgé qu'un gendarme vient de » tuer disant une barricade. » Et ils s'empressent autour du blessé. Mais quelle est leur surprise, lorsque, sous ses vêtements entr'ouverts, ils aperçoivent la ceinture de l'agent de police! Ce malheureux se nommait Faivre, et il ne tarda pas à rendre l'âme. Ainsi, c'était du sein des troupes qu'était parti le premier coup de feu, et c'était la police qui fournissait la première victime!
Le signal venait d'être donné. Les soldats du V s'élancent sur la place. Refoulés dans les rues adjacentes, les ouvriers s'y entassent en fuyant; ceux-ci cherchent à regagner leurs quartiers; ceux-là s'arrêtent au détour des mes pour les fermer par des barricades; d'autres, dans l'indécision de leur colère, courent çà et là, éperdus et muets. Dans la maison ou se sont réunis MM. Martin , Albert, Hugon et Sylvaincourt, un chef de section est accouru, disant : c Nous ne pouvons plus retenir nos
> hommes. Ils s'agitent furieux; ils veulent
> combattre. » Une voix s'écrie alors : c Eh » bien, qu'ils descendent sur la place publi- » que! » Au point où en étaient les choses, l'importance d'un pareil ordre était nulle. Loin d'avoir donné le signal du mouvement, le comité s'était vu emporté par lui. Mais enfin , si le pouvoir eût voulu et cru prévenir l'insurrection par l'arrestation des membres du comité, rien ne lui eût été plus facile que de les faire arrêter. Car il avait été prévenu, dès le matin, de leur réunion, il en connaissait le lieu, et le chemin était libre jusqu'à eux.
Quels motifs mystérieux portèrent M. Gasparin à s'abstenir? Faut-il croire qu'il fut retenu par la crainte de commettre un acte arbitraire, alors qu'il s'agissait d'une guerre civile à conjurer dans une ville qu'on inondait de soldats?
Une consigne, d'ailleurs, avait été donnée qui n'indiquait pas de grands scrupules de légalité : c Feu sur quiconque paraîtra dans » les rues, t avait-on dit aux soldats. Consigne terrible, qui ne fut pas générale, il est vrai, qui n'exista que pour certains quartiers, mais qui, là où elle fut observée, produisit d'inconcevables scènes d'épouvante et d'horreur ! Qui le croirait? Pour que des juges et des avocats pussent sortir, même en robes, du tribunal où les avait appelés l'aflaire des mutuellistes , et cela sans s'exposer à devenir victimes de l'affreuse consigne, il fallut qu'un officier supérieur vînt les avertir, et qu'un ordre tout spécial protégeât leur retraite!
Déjà, en effet, Lyon était en pleine guerre civile. Stationnées sur les principaux quais, sur les principales places, et comme animées par un courant électrique, les troupes faisaient feu de toutes parts. Le canon grondait sur la place Louis le Grand. La mitraillade avait commencé, renversant sur le pavé hommes, femmes, enfants.
, Comment résister à une attaque aussi brusque, aussi violente? Car les communications ont été coupées par les soldats, et le plus grand nombre des sectionnaires, des ouvriers, se trouvent isolés, parqués dans leurs quartiers respectifs, sans pouvoir ni se concerter ni se réunir. Quant à ceux des insurgés auxquels est parvenu l'ordre du combat et qui
sont desc^Ddus sur la place publique , ils sont sans armes pour la plupart. Ils ont compté sur des dépôts de fusils : pure illusion ! Ils ont espéré que T insurrection entraînerait Tarmée : et toutes les mesures ont été prises pour que le soldat échappe au contact du citoyen ; et c*est de loin , c*est à coups de canon que la révolte est combattue. Ils ont cru à une organisation; et ils n'aperçoivent autour d*eux qu*un effroyable désordre. Ils cberchent des yeux les chefs ; et be;iucoup de, chefs sont absents. Alors presque tous se retirent découragés et la malédiction sur les lèvres; les plus désespérés se décident à rester à leur poste pour y mourir, la défaite ayant précédé le combat.
Et toutefois, dans cette confusion immense, on est parvenu à former à la hâte six centres d'action, mais sans rapport entre eux : un dans les quartiers Saint-Jean, Saint-Paul et Saint-George; un dans le quartier des Gordeliers; un dans la rue Neyret et les rues adjacentes; un dans le clos Gasati, compris entre la grande côte et la côte Saint-^bastien; un à la Croix-Rousse; un autre enfin à la Guillotière.
La fusillade continuant, des engagements avaient eu lieu sur divers points. Quelques insurgés barricadent le pont du Change, et quatre compagnies envoyées de ce côté sont forcées à la retraite. Dans la rue de Saint-Pierre-le-Vieux, oq tirait sur les troupes du haut d'une maison : un pétard la fait sauter. La préfecture, loenacée par un petit groupe d'insurgés , est dégagée rapidement, et les soldats refoulent l'insurrection jusqu'à l'entrée de la rue Mercière et du passage de l'Argue. Là, les républicains font volte-face. Maîtres du passage, ils y soutiennent le choc pendant quelque temps. Mais une pièce de panon chargée à mitraille s'avance. Le coup part. Les vitraux sont criblés, les lustres réduits en poussière, les magasins enfoncés. Le passage ainsi rendu libre, les soldats s'y élancent. Au bout de la galerie, une barricade a été élevée : elle est défendue avec acharnement. Enfin , les insurgés sont repoussés. Ils étaient six! Pendant ce. temps, les troupes gagnent les deux rues Mercière, et elles établissent une communication perma-
nente entre It place Bellecour et la place des Terreaux, après avoir fait sauter une maison dans la rue de l'Hôpital , où s'allume , chassé par le vent du nord, un violent incendie.
La journée touche à sa fin. Le silence est descendu sur la ville; silence moroe et presque aussi effrayant que le tumulte. Emprisonnés dans leurs maisons, les habitants des quartiers exposés au feu vivent dans une douloureuse ignorance et de ce qui les entoure et de ce qui les attend. La nuit vint : elle n'était qu'une halte dans la guerre civile.
Le lendemain, 10 avril (1834), les premières heures du jour furent assez ciilmes, mais, aoe fois conmiencée, la lutte devint furieuse. Quelle journée 1 Les soldats occupaient les grandes lignes, ils remplissaient les forts, ils couvraient presque toutes les places, ils se pressaient sur tous les ponts; et de leurs canons, de leors fusils, tournés vers les rues qui conduisent à l'un et l'autre fleuve, ils défendaient invinciblement au peuple l'approche de ces quais où ne régnait plus qu'une solitude funèbre et où le passage du peuple n'était plus marqué, depuis la veille, que par de longues traînées de sang. L'artillerie grondait sur Lyon comme sur un champ de bataille; les obus volaient sur divers points, lançant au hasard l'incendie.
Et ce jour-là, néanmoins, l'insarrectiOD gagna du terrain. Serpentant sur les hauteurs dont la Saône baigne le penchant,, elle les couronna, et bientôt, éclatant partout à la fuis, elle enveloppa la ville. Le faubourg de Vaise s'était ébranlé déjà, et des soldats disciplinaires, se soulevant, agrandissaient la révolte commencée. La caserne des Bernardines opposait son front menaçant , inébranlable , aux fortifications mouvantes dont la Croix-Rousse se hérissait de toutes parts. De son côté, la Guillotière était parcourue et tenue en haleine par des bandes d'insurgés. Le tocsin sonnait aux Gordeliers et à Saint-Nizier. Le drapeau noir flottait sur l'église de Saint-Polycarpe et sur l'hôpital des fous. Alors, ce fut un affreux spectacle. Des pétards font sauter les maisons dont les fenêtres sont garnies d'insui^. C'est à coups de canon qu'on attaque les barricades, qu'on les renverse. Les bombes pleuvent sur le faubourg de la Guillotière ; et dans le quar-
HISTOIRE DE mX ANS 1830-1810.
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lier livré à leors ravages ^ on voit des tbflltteomuX se hâter te long des toits, fuyant, éperdas, et la fbsîlladecpii s'approche et leurs demeures embrasées. Au cœur de la ville, même désolation. Ici, le collège prend feù, et, deux fbis éteint par les écoliers, l'Incendie se rallume dan^ le combat. Là^ aux environs de l'hôtel de ville, soldats et insurgea se poursuivent à coups de fusil sur le faite glissant des maisons. Plus loin, les deux pavillons du pont Lâfayette, an moment âu pohvoit* de l'ihsurrectlon , vont s'écrouler sous les boulets, tandis qu'atteint par un obus , iin bateau de foin descend tout en flammes dti haut de la Saône et va se heurter au pont de Chazoïlrne, dont il consume trois arches dans son passage brûlant.
Et toutefbis , l'armée se montre aussi prudente qu'implacable. L'ordre a été donné aux soldats d'éiriter les quartiers sinueux, dé né s'aTancer que pas à pas ^ eh laissant toujours entre eux et les insurgés la longueur d'une ftie et en opposant barricade à barricade; soit qa'on voulût, comme quelques-uns l'ont pensée faire durer le combat pour enfler le triomphe, soit que les chefs militaires se fussent exagéré là force matérielle de l'insurrection.
Dans cette dernière hypothèse j leur erreur fat profonde; car le nombre était petit des républicains en armes 1 Disséminés par ()etits groupes de dix , de vingt ou de trente hommes, sur une immense étendue, commandés par de^ chefs de passage, sans communication entre eax, sans pten arrêté, pris à l'improviste enGo, et n'ayant la plupart, pour combattre, que le sabre ou le pistolet, ils devaient puiser leur force dans leur audace, et leur audace dans la grandeur même du péril. Sur un point seulenent Finsurrection occupait une position favorable : c'était au centre de la ville, sur la pbce des Cordeliers. Les républicains s'étaient emparés de l'église, ils en avaient fait leur quartier général, et, l'environnant de barricades, ils en rendaient les approches mortelles. Rien de plus émouvant et de plus étrange que Taspect de ce temple devenu le siège d'une révolte désespérée. Dans une des nefs , des ouvriers fobriquaient de la poudre, pendant que, rangés autour d'un grand feu, d'autres s'occupaient à fondre des balles. Une chapelle
avatt été transformée en ambulance. On y apportait les blessés , dont dés prêtres pîeiix ^'enâient adoucir ou encourager la souffrance, et qu'entourait de soins charitables une jeune fllle conduite au milieu de ces scènes de deuil par le plus fort de tous les dévouements, celui de l'améur. Là commandait un homtne à la taille élevée, à l'œil noir, an visage plein d*énergie et de fierté. Son nom était Lagrànge. Et jamais chef n'exerça plus sôuverainetneht son empire. Prompt à parer à tous les dangers, il courait de barricade en barricade, animait ses compagnons de la voix et du geste, posait et faisait relever les sentinelles, envoyait des renforts sur les points menacés, et couvrait d'uhe protection magiiahinie le quartier même où la guerre civile lui avait fatalement assigné son poste. Un agent de police nommé Corteys s'était glissé parmi les insu^gés. On le découvrit, et on allait le fusiller : Lagrange s'y oppose; et comme des |)aroles de soupçon retentisslaient, lui, t)our toute réponse, il dépasse les limites du camp, se promène tranquille devant le front des troupes, essuie ilne décharge qui ne l'atteint pas, et revient absous de sa générosité par son courage. Tel était l'esprit qui animait l'insurf'ection :' Carrier et Gauthier à la Croix-Rousse, Reverchôri à Vaise, Despinàsse à la Guillotière, tous surent, par leur modération et leur humanité, honorer la cause qu'ils défendaient ail péril de leur vie.
Cependant la lutte continue, laisisant la victoire incertaine et multipliant, d'heure en heure, les désastres. Une interruption si prolongée des relations de chaque jour est venue ajouter des angoisses nouvelles à la détresse permanente du peuple ; et , dans quelques quartiers reculés, des citoyens ^en vont faisant des quêtes et criant d'une voix lamentable : « Du pain pour les pauvres ouvriers ! » Hais ailleurs , dans le voisinage des troupes , tout est désert; et si la fusillade s'arrête tout à coup , si l'appel lointain des cloches vient à s'interrompre, si les caissons cessent un instant de rouler sur le pavé , ce qui succède à ces bruits de destruction, c'est un silence de mort , un effroyable silence ! Pas un cri ne s'échappe du fond des maisons fermées et muettes comme des tombeaux; car, par toute
croisée qui s'ouvre, la mort pénètre. La circulation a été interdite d'une manière absolue, mesure extrême qui fait de chaque passant un rebelle; et quiconque franchit le seuil de sa porte devient un point de mire pour les soldats. Des femmes, des enfants, des vieillards, furent tués sans pitié au détour des rues. Un frère fut renversé par une balle sur le cadavre de son frère qu'il avait vu tomber et qu'il relevait en pleurant. Aussi l'intérieur de beaucoup de maisons présen(a-t-il bientôt un spectacle presque aussi triste que celui du dehors. Dans les unes, le pain manquait; dans d'autres, on tremblait pour les jours d'un père ou d'un époux absent, tué peut-être, et qu'on n'avait pas même le pouvoir d'aller chercher au milieu des victimes; dans d'autres enfin, c'étaient des malades condamnés à gémir sans secours ou bien des morts qui attendaient la sépulture.
La terreur était sans bornes, et, dans certains quartiers, la colère du soldat inexorable. Et même, ainsi qu'il arrive toujours, ceux-là combattaient l'insurrection avec le plus d'emportement qui, dans l'armée, avaient entretenu avec les insurgés des relations dangereuses.
Du côté de la place Sathonay, à l'entrée de la rue Saint-Marcel, une barricade avait été construite, et les soldats envoyés pour l'enlever paraissaient hésiter. Le colonel Mounier se jette en avant, tombe mort, et la barricade est franchie. Hais aussitôt la troupe monte dans des maisons qu'on vient de désigner à sa vengeance, el elle se répand de toutes parts, saisie d'une rage aveugle. Un honorable citoyen, M. Joseph Rémond , était assis paisiblement à son foyer : on le tue. Non loin de là, l'appartement de M. Baune est envahi. La veille, H. Baune s'était tratné malade par la ville; puis, l'excès de la souffrance l'ayant ramené dans sa demeure, il y était resté enchaîné à son lit par une paralysie aipë. Il avait auprès de lui sa femme et le plus jeune de ses enfants, quand les soldats parurent. Et, comme ils couraient l'égorger, lui , se redressant à demi et
(I) Nous empruntons cette anecdote à une brochure publiée par M. Sala , sous ce titre : Lti Ouvrier» lyonnait en 1834, brochure dans laquelle Tauteur, homme de talent, a fait preuve, ù Tégard des républicains, quoique lui-même
rassemblant ses forces, il s'écria : c Républi • cain, c'est sur la place publique que je dois » être fusillé. Vous ne m'égorgerez pas devant » ma femme et mon fils! » Déjà, en effet, pour le protéger, l'oflScier s'avançait, le cœur attendri et l'œil humide. Hais qu'aurait pu sa voix sur des hommes que la fureur égarait? Heureusement , on attendait de M. Baune des révélations importantes : l'ordre de le garder prisonnier arriva , et l'on se contenta de le conduire à l'hôtel de ville, les soldats l'accablant d'injures, et lui leur opposant des paroles hautaines ou un froid dédain.
Le sang enivre, qui l'ipore? et il n'est pas d'atrocités auxquelles ne se puissent porter des natures incultes, partout où s'élève la vapeur du sang. U y en eut, dans cette journée du 10 avril, d'épouvantables exemples. Sur le pont de Tilsitt, des grenadiers furent vus entraînant un prisonnier qu'ils avaient résolu de précipiter dans la Saône. Mais la victime avait saisi un des meurtriers par le corps et elle le tenait étroitement embrassé. Un coup part. Le malheureux roule sur le pavé. Alors, s'éloigoant de quelques pas, tous les soldats font feu à la fois sur son agonie. Ils soulèvent ensuite le cadavre, le balancent, avec des rires affreux, au-dessus du parapet, et le lancent dans Feau. Des baliveaux qui sortaient de la rivière accrochèrent le corps, et les grenadiers continuèrent à le cribler de balles, s'en servant comme d'une cible.
Ce ne fut pas, du reste, le crime de tous que cette exécrable férocité. Il y eut des points où, retenues prisonnières par les troupes qui bivaquaientdans les rues, des femmes d'insurgés furent traitées non-seulement avec égard, mais avec générosité, et partagèrent le pain du soldat. Un insurgé venait de tirer à bout portant sur un oflScier; il le manque, se découvre la poitrine et dit : t A ton tour! »
Alors, par une admirable inspiration de générosité : « Je n'ai pas coutume de tirer de > si près sur un homme sans défense, ré- » pond l'officier. Va-t'en (1). » L'histoire des
légitimiste, d^un esprit de justice tout à fait digne d^éloges. M. Sala fut arrêté le 12 avril, à Lyon, en même temps que U. de Buurmont fils; mais ils ne tardèrent pas h élre relâchés Tun et Tautre.
HISTOIRE DE blX ANS. i8S0-i840.
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guerres civiles est pleine de pareils contrastes. Pendant ce temps, la dévastation de Lyon suivait son cours; l'armée foudroyait la ville comme si chaque maison eût été une forteresse occupée par des milliers d'ennemis. Or, les insultés en armes étaient à peine trois cents, et, trop convaincus de leur impuissance , ils étaient les premiers k s'étonner de la prolongation de la lutte. Les plus ardents parmi les ouvriers étaient descendus dans l'intérieur de Lyon , attirés par le procès des mutuellistes, et ils n'avaient pu, regagnant leurs faubourgs, y donner le signal du combat! A la Croix- Rousse , que déconcertait son isolement , M. Carrier ne commandait qu'à un fort petit nombre d'bommes. Au faubourg de Vaise, M. Reverchon avait fait de vains efforts pour rassembler les éléments d'une résistance suffisante, et s'était retiré dans l'espoir de soulever les campagnes. Dans le faubourg de la Guillotière, l'insurrection allait céder aux prières et aux larmes des habitants. Des hommes hardis étaient allés parcourir les communes voisines, y cherchant des fusils, et n'avaient pu réussir à s'en procurer, même à force d'audace. Des insurrections qui devaient éclater à Saint-Étienne, à Grenoble, à Vienne, point de nouvelles. Enfin , il n'était pas jusqu'à la modération des insurgés qui ne tournât contre eux. Si, pénétrant dans les maisons à leur merci, ils eussent exigé qu'on leur livrât des armes, on leur en eût livré : ils demandaient sans menace, et n'éprouvaient que des refus.
L'insurrection , d'ailleurs , flottait au gré du hasard, la direction ayant échappé aux mains de ceux qui étaient naturellement appelés à en supporter le fardeau, et la dispersion du comité des Droits de l'Homme étant complète; car HN. Hugon, Martin et Sylvain Court s'étaient trouvés, dès l'origine, éloignés des divers centres d'action , et M. Baune attendait dans les cachots de l'hôtel de ville ce qu'il plairait à ses ennemis de décider de son sort. Quant à M. Albert, séparé des siens lui aussi, et trop connu pour se montrer à Lyon impunément, il avait d'abord cherché refuge chez un de ses amis, dans la maison même que M. Chégaray habitait; puis, déguisé en prêtre, et des pistolets sous sa robe d'emprunt, il s'était risqué
dans la ville, poussé par une inquiétude, hélas! trop légitime.
Ainsi, pour éteindre l'insurrection, le soir du 10 avril, il suffisait en quelque sorte de souffler sur elle. Et cependant, chose remarquable! l'autorité militaire mit en délibération et résolut l'évacuation de la cité. Mais l'autorité civile connaissait trop bien par ses agents le secret de la situation, pour ne pas faire révoquer l'ordre, déjà donné, de la retraite; et il fut décidé que l'armée continuerait à camper dans les ruines sanglantes qu'elle venait de faire.
Pour la seconde fois depuis le commencement des troubles , la nuit venait de suspendre les hostilités. Le temps était triste et chargé de neige. Autour de grands feux, les soldats veillaient, la flamme éclairant de ses reflets leurs regards empreints de défiance et leurs visages pâlis par la fatigue. On voyait çà et là, couchés sur la paille et bivaquant aussi , des enfants et des femmes qu'on avait arrêtés au passage, prisonniers dont tout le crime était d'avoir dépassé le seuil de leurs demeures. Lyon était plongé dans un silence sans repos et qu'interrompaient seulement, d'intervalle en intervalle, quelques coups de fusil tirés dans le lointain* Tout à coup, parmi les troupes postées dans le quartier Saint-Jean , le bruit circule qu'on va passer de l'autre côté de la Saône , et que les chefs jugent indispensable la concentration de leurs forces. Le quartier Saint-Jean était habité par plusieurs fonctionnaires, et, entre autres, par M. Duplan, homme modéré, qui, dans l'exercice d'un ministère rigoureux , avait su s'attirer jusqu'à l'estime de ses adversaires, et qui, à cause de cela sans doute, n'avait pas été initié aussi complètement que M. Chégaray, son inférieur, aux instructions mystérieuses reçues de Paris. Averti, pendant la nuit, qu'on allait abandonner le quartier Saint-Jean et que l'heure était venue de se mettre en sûreté, il courut à la préfecture, moins effrayé que surpris. Il y trouve, étendu tout habillé sur un matelas, le général Buchet, et lui témoigne son étonnement. Quel irréparable échec avaient donc éprouvé les troupes, qu'il fallût sitôt les concentrer entre les deux fleuves , et laisser en proie à l'insurrection la rive occi-
in
lUmUle de la Saôoe? Pourquoi c;qcourager lea insurgés de Saiut-Just et de Saint-George par ce mouvement de recul? Eb quoi! n*y avait-il auci(D danger à permettre aux foctieMX de s'emparer de la cathédrale, de s*y fortifier, de la transformer en citadelle? Une fois qu'ils y seraient établis, emploierait-on Tartillerie pour les en cUasser, et ruin^rait-on d^ fond en comble ce magnifique monument de Fart catholique? M, Duplan insistait particulièrement sur la néc^ssit^ de sauver les archives du tribunal. U d^ande eqfin à être introduit auprès de H. Aymar. Hais le général Buchet : c Je vais 1 le tr^^ver et lui faire part de vos observa- » tiops. Attendez-moi. » Q^elques instants après, le général reparut, L'ordrç était révoqué. On a dit, — et c'est moins contre le lieutetenant général Aymar que contre M. Gasparin que rincu)patioj;i a été dirigée, — on a dit que, pour ajouter à l'importance de sa victoire, le pouvoir avait prolongé volontairement le combat; que, dans ce but, il avait renoncé ^ des positionis qui n'étaient point menacées; que, résolu à terrifier Lyon et la France, il n'avait point empêché, le pouvant, des calamités superflues; que c'était pour rendre les républicains odieux aux propriétaires, qu'il avait déclaré la guerrç aux maisions, abusé de l'incendie, imposé aux soldats une prudence fé^ conde en désastres, et donné aux moyens de défense les proportions de sa haine plutôt que celles du péril. Quelque invraisemblable^ que soient, par leur gravi^té même, de pareilles accusations, qu'il n'est presque jamais possible d'appuyer sur une démonstration ofiicielle, les faits, on doit le reconnaître, ne sont pa;s de nature à les démentir. U est certain que la Croix-Rousse eût été bien plus promptement apaisée, sans les excitations perfides d'un nqmpié Picot, fourbç qui se cherchait des complices pour les aller trahir et dont l'impunité fit scandale. Il est également certain que, dans la caserne du Bon-Pasteujr , at^andonnée pai* les troupes sans aucun motif apparent, les insurgés trouvèrent une cinquantaine de fusils^ dont il semblait qu'on leur eût ménagé Ija conquête. Mais quoi! dans la nuit du 10 au 1 i, le fort Saint-Irénée,que l'insurrection ne menaçait pas , fu^ évacué coipme l'avait été , dans
la journée, la caserne du Boi^Paslem\, et Ton y laissa deux pièces de can^n si vfkH encloaées, que, le leodemain , les insurgés purent, après un travail de quelques miuutes,les tr^ns{>or&er à Fourvières, d'où ils se mirent à tirer sur 1^ place Bellecour,.. avec des morceaux de fer et de la poudre sécbée au soleil!
Quoi qu*il en soit, la lutte s'était raoiniée 1^ 1 1 , avec les mêmes circonstances et le même caractère. Mais le 12, il devint tout à fait manifeste que, pour dominer la ville, l'araiée n'avait plus qu'à le vouloir. Alors seulen^ent, on se d^ide k uu vigoureux effort; et tandis qu'on Ofccupe la Guillotière, qui n'était pas défendue, le faubourg de Yai^e, qui ne rét^jt guère davan,tage, est impétueusement envahi.
Là furent commis des actes de barbarie dont notre pfume hésite à retracer l'image. Un coup de fusil ayant été tiré, rue Projetée, devant la maison du cabareMer Chauler, les soldats s'é^ lancent dans cette maison, décidés à fiûjre naaiobasse sur tous ceux qui l'habiteut Un vieillard de 74 ans, nommé Meunier, était au Ut; on lui tire dessus, et de si près, que le fea prend aux couvertures; il respirait encorç, on l'achève d'un coup de hache. Claude Conibe, qui voilait au chevet de son frère mourant, est traîné daps la rue et fusillé. Je^n-Claude Passinge, précipité parla fenêtre, est assommé sur le pavé à coups de crosse, Le$ soldats égorr gent Prost et Lauvergnat, après les avoir liés dos à dos, en souvenir sans doute des hideu;;^ mariages d'une; autre époque. Un homme p^sible, nommé Dieudonné, fut trouvé dans sa chambre, tenaut dans ses bras son fils âgé de cinq ans. A l'aspect des soldats furieux, le pauvre enfant criait : « Ne tuez point papa! > Mais le pèi^e, violemment séparé de son fils» est poussé au pied de l'escalier. L'officier donnant le signal du meurtre : « Laissez, lui dit un » soldat, laissez cet homme pour élever son > en^Ut. » U achevait à peine, que déjà FoflScier avait plongié son épée daps la poitriue dp ifn^lbeureux père de famille. Abrégeons, abrégeons cette énumératio^ lamentable, et n'épuisons pas le courage qu'il nous faut pour parcourir )a route sanglante qui con^menceà Lyon dauf^ le faubourg de Vaise et doit finir à Paris dau^ la rue Transnonaiu. Seize victimes inno-
ceotes faites daos Tespace de quelques minutes, seize assassinats, tels furent les effets de la direction imprimée au mouyement répressif.
li ne restait plus qu'à emporter le quartier des Cordeliers. Deux compapies, soutenues par du canon, attaquent les barricades, et, après une lutte acharnée , les enlèvent. Les insurgés occupaient encore Téglise des Cordeliers : les portes s'ébranlent, elles sont enfoncées... Quel spectacle! un sergent, noir de poudre, est là qui anime les siens au carnage et commande le feu. Une décharge terrible fait résonner ces voûtes accoutumées au bruit des cantiques pieux. C'est en vain que des prêtres, ministres d'un Dieu de miséricorde , demandent grâce pour les vaincus; il n'y a pas de pitié dans les guerres civiles. Parmi les insurgés, ceux-ci s'abritent derrière les colonnes, ceux-là s'enfoncent dans l'ombre des chapelles latérales; d'autres font monter vers le ciel des hymnes de liberté, des chants lugubres , et semblent vouloir se bercer dans les bras de la mort. Il y en eut un qui, debout sur les mar ches les plus élevées de l'autel , les bras croisés sur sa poitrine, le visage rayonnant et le regard plein d'un amer délire, s'écria : « Voici » le moment de mourir pour la patrie! » L'âme de ce jeune homme avait déjà pris son vol éternel, quand, percé de coups, son corps tomba au pied de l'autel du sacrifice. Bientôt, des flaques de sang couvrirent les dalles du temple, et l'on y compta onze cadavres.
Le jour suivant, les derniers débris de l'insurrection disparurent des hauteurs, et une proclamation en informa les habitants. La ville de Lyon était pacifiée!
(I) Voici quelques-uns tle ces eerliiieals dus au lèle d'un simple pariieulier, aJ. Clianier, lequel euf le courage de remplir, après les nfTreux événements de Lyon , le devoir ^uc négligeait le rainiMèra publie : nous citerons textuellemeal , sans rien changer à la rédaction ai à Torlliographe :
« Ce jourd'hui premier mai dix-lioit cent Iranle quatre
• nous soussignée Bonnavanture Galant propriétaire mar-
• cband de bois gmnde route de Paris et Berthelemy Du- ■ perray propriétaire fHbricant négociant rue projetlée
• n« S, et Honnoré Picotin marchand de vin ancienne route
• de Paris nnssi propriétaire, et Jean Chagny propriétaire, « eabnretier me projetlée n» 9 attestons que pour rendre » homage k la vérilée que Marie Grisot , épouse de Louis » Saugnier mousselinier demeurant à Vaize rue projettée
• n« U. La snsditte s'étant enfuit, de son domicile pour ce » réfugier chez le âieur Coquet, serrurier demeurant route
• du Bourbonnais ou elle crue être mieux eu suretée étant
Ainsi, le faubourg de Vaise venait d'avoir ses journées de septembre! Que dis-je? l'horreur venait presque d'en être surpassée; car enfin, lorsqu'au mois de septembre l'ordre fut donné de massacrer les prisonniers , Paris entendait gronder à ses portes le canon des envahisseurs de la France, Paris se croyait perdu s'il ne se compromettait sans retour, Paris était fou de désespoir, et des voix puissantes avaient fait retentir à son oreille ces mots qui contiennent toutes les vertus et tous les excès : c La patrie est en danger! » Hais ici quel pouvait être, — je ne dis pas l'excuse, il n'en est point pour de tels forfaits, — quel pouvait être le prétexte de tant de lâches assassinats? Est-ce que l'insurrection , dans le faubourg de Vaise, n'était pas domptée? Est-ce que le danger n'était pas évanoui? Est-ce que la mesure des maux n'avait pas été comblée? Est-ce qu'il était possible de faire croire, même aux plus fanatiques, que, pour illustrer le triomphe, pour le féconder, on avait eu besoin de tout ce sang innocent? Ah! sans doute, ce n'était pas des autorités, soit civile, soit militaire, qu'émanait l'ordre de le répandre. Mais pourquoi l'autorité, avertie depuis par la clameur publique, se montra-t-elle immobile, muette et comme indifférente? Pourquoi ne mit-elle pas au nombre de ses devoirs les plus sacrés celui de commander une enquête? Heureusement, Dieu n'a pas permis que des événements aussi horribles fussent dérobés au jugement de l'histoire. Des certificats ont été dressés avec un soin scrupuleux, ils ont été légalisés, et ils forment un réquisitoire impérissable (1).
Pour ce qui est des insurgés, il est une jus-
» plus éloignée du faubourg à la elle fut fonsillée sans quelle » eue donné lieu en aucune manière à un pareille traitement » elle laisse son époux homme d'une prubilée intact , perrc N de qualtrc enfant, dont trois en bas âge en fois de quoi » nous lui avons signé le présent pour valoir ce que de droit » à Vaize le premier mai 183i.
» PlCOTIR, DCPERAY, CoiRlLR, GaLLAHO.
» Vu à la mairie de Vaise le le' mai 1834, pour ■ légaliêalion des signatures ey-dessus, au nom- » bre de quatre,
» Le maire,
» Eauiao, adjoint. »
M Nous soussignés tous habitants de la commune de Vaise, • attestons pour rendre hommage ù la vérilé que le nommé m Claude Sève vieillard de 70 ans demeurant chez s.i Hlle
iU
tice que ne sauraient leur refuser même les passions de leurs ennemis : c'est qu'ils furent tous d'une modération et d'une générosité rares, couvrant d'un égal respect les personnes
» nommée Marie Sève blanchisseuse roule du Boarbonnois n el rue projetée maison Sourdillon au 2»^ a été le 12 avril » 183i fusillé cl percé de coups de bayonnelles dans son lil » el gelé ensuite par la fenêtre par les soldais du 28n« ré- » gimenl de ligne. Ajoutons de plus quMls onl cassés brisé f> el gelé par la fenêtre loul le linge el ménage de sa fille » qui se Irouvoil absente dans ce moment. En fois de quoi » avons signé le présent pour servir au besoin. Vaisc le » 28 avril 183i.
» ClMETIER, SlIOIfAQD, BSHOIT NOBL , ChAHIBI,
» Pl^gre, Artm Ybrhb.
• Vu à la mairie de Vaite le 28 avril I83i , pour » léçalitcUion des Mignaiuret cy-dettut, 9H nom- 1» bre de tix,
n Le mairCf
» EftUABD, adjoint. »
« Cejounrhuy premier may dix boil cent trente quatre, M nous soussignés Bonnaventure Galand marchand de boit, » Honoré Picottin marchand de vin tous deux propriétaire » domiciliés a Yaiie, François Foucret forgeur el Jean Chai- » nier propriétaire aussi domicilier ù Yaise. Ateslon pour B rendre hommage a la vérité que le sieur Jean Barge moos-
• selinier demeurant a Yaise roule de Yillefranchc n« i9. » A été arraché violement. du domicile du sieur Laffay » demeurant rue projeltée uo 7, ou il s*étail réfugié d'une » manière paisible et très inoffensive pour se mcllrc en suit reté, la des soldats Tonl trainé jusque sur la nouveUe roule » du Bourbonnais pour le massacrés impitoyablement, sans
• qu'il lui soit possible de faire eulcndre la moindre expli- » colion, qui aurait été sincère el on ne peu plus jusiifica- » tive, ce malheureux quoi que perse de conpt a encore pâ B se traîner chez le sieur Foucref forgeur demeurant près m tlu lieu ou il fui mutilé , ce dernier lui prodigua les pre- » miers secours qui ne servirent qu'a prolonger son agonie M d'une heure environ pendant laquelle son épouxe le fit
• transporter dans son domicile ou il fut accompagiiie par » le docteur Guichanet qui avoil élé appelé pour lui donner » se6 soins, le déffunl laisse Barihellemye Saunier veuve el n mère de deux enfant, l'une âgé de treize el Taulre de » quinze ans sans aucune ressource pécuniaire, en foi de » quoi nous avons signé la présent ces jours et an que » dessus.
> PicoTiR, Chariei, Gallahd, Foocni.
» Vu à la mairie de Vaise le 1» mat i83i, pour » légalisation des tignatures cy-desius, au nom- *» bre de quatre.
• Le maire,
» Erbard, adjoint. »
« Nous soussignés tous habitants de la commune de Yaise, » attestons pour rendre hommage a la vérité que le nommé
• Mathieux Prost profession de couverlurier demeurant a « Yaise rue projetée maison Feuillel a été le 12 avril 1834,
• arraché de son domicile, où il éloil paisible et inofensife, n par des soldats du 28n>» régiment de ligne, qui l'ont innu- » mainemenl fusillé a la porte de son domicile, sans qu'il lui » ail été possible de faire entendre la moindre explication » qui eul étée sincère et juslifieative en fois de quoi nous
et les propriétés, protégeant les faibles, épargnant la Yie des Yaincus, et se gardant bien de mettre la déYastation au nombrede leurs moyens de défense ou d'attaque. Au moment d'incendier
» avons signé le présent pour servier au besoin. Yaîse le
> 28 avril 183i.
» COARIER , ArTM YeRRE , PiCOTll , YlHCCRT.
• Vu à la mairie de Voise le 28 avril 1834, ptmr » légalisation des signatures ey-dessus, au noai- • bre de quatre.
» Le mairtf,
> Erbard, ad joint. •
« Nous soussignés al lestons que le sieur François Laaver- » gnat cadet ouvrier en soie demeurant à Yaise me projetée » a élé arraché du domicile du sieur Yéron couverlurier soa » voisin (ou il été paisible et inoffrnsif) par des soldais du » 15"M régiment léger pour être fusillé ; sans qu'il lai ait été
• possible de faire entendre, la moindre explication qui n*aa- » rail laissé aucun doute pour sa justification. En fol de » quoi nous avons signé le présent pour servir à sa veave.
» Yaise faubourg de Lyon le 29 avril 1834.
» J. PéLOCAOD, Damet, Gallard, Beetbaub.
• Vu à la mairie de Vaise le 30 avril 1839 , pomr » légalisation des signatures ey-dessus, au Koa»- » bre de quatre,
» Le maire,
» Erbard, adjoint. •
« Nous soussigné attestons que le sieur Etienne Julien de » la profession d'ouvrier en soie demeurant 4 Yaise rue pro- » jeté maison Nagny n« 7 a été arrachés de son domieiie, on » il était paisible et inoffensif, par les soldats du 28»<' et
• dantre régiment pour être fusilé ce que nous avons vu
> exécuter au même instant , sans qu'il lui soit possible de » faire entendre la moindre explication qui aurait été sin- » cère cl on ne peut plus justificative, en foi de quoi nous » avons signé la présente Yaise le 26 avril 1834.
» Tridoh , Escoppier. •
« Ccjoord'hui premier may dix-huit cent trente-qualre, » nous soussignés Jean Chagnier cabaretier el J» M< Ernou- <• ton mai Ire maçon tous deux propriétaires domiciliés à » Yaise. Alésions pour rendre hommage a la vérité que le » douze du courant André Dcjoux mousselinier domicilié do
• dit Yaixe rue projeltée no 6 a été arrache du domicile au » Sr Alexandre Alarkof ouvrier en soye domieiliés grande M roule du Bourbonnais n» 32 par des soldats , qui l'onl » fusillé malgré tout ce quMI a pu dire pour sa juslifieation, n il laisse Marie Béai son époose, veuve el bientôt mère, n dépourvue de toute ressources pécuniaires, en foi de qnoi » nous avons signés la présente les jour et an que dessus.
» Charier, Emoutor.
» Le maire de Vaise certifie que les signcUarcs ry-
> dessus sont celles des sieurs Chanter et Emow
> ton , habitants de cette commune, » Yaise le 1» mai 1834.
' » Le maire,
» Erbard, adjoint. »
« Nous soussigné abilant de la commune de Yaise, allés- » tons que le sieur Benoit Héraut, de la profession douvricr
HISTOlKK DE DIX ANS. 1850-1840.
la caserne des Minimes, ils s*en abstinrent, un habitant leor ayant dit, ce qui était faux d'ailleurs , quMls allaient détruire une propriété particulière. Les représentants du pouvoir, on Ta TU , ne s'étaient pas laissé arrêter par des scrupules de ce genre!
Aussi, le sang qui rougissait les pavés de Lyon n'était pas encore lavé, que déjà la propriété y demandait à grands cris l'indemnité de ses pertes. Des commissaires furent nommés, et, à l'appui des réclamations qu'ils devaient soumettre au gouvernement, on rédigea
» maçon demearanl a Voise rue projeté maison Magni no 7, » a été arraché de son domicile on il était paisible et inofen- » sif par des soldats do 28ne de ligne et autre régiments » poar être fusillé , sans qu'il lui fui possible de faire eu- » tendre la moindre explication qui aurait été sincère et » Jastifleative, plus les soldats ont brisé toute sa raisselle, » son armoire il laissa sa femme enceinte et deux petit
• enfants dont le plus âgé na que cinq annés , cette pauvre » famille par suite de cet événement se trouve réduit h la » pins grande misère si Ion ne venait a son secour en foi de » qooi nous avons signé pour rendre bomage à la vérité.
» Vaise le 28 avril 183i.
» Amtm Verre , Cbarier.
9 Vu à la mairie de Vaite le 29 avril 1834 , pour » légalisation des signatures ey-dessus, au nom»
• brede deux.
» Le maire de Vaise,
» Erharo, adjoint. »
• Noos soussignés tous habitants de la commune de Vaise,
• atestons pour rendre hommage a la vérité que le nommé
■ Joseph Nandry profession de voiturier, demeurant a Vaise,
• route do Boortionnais maison de Guillaume Laroche au- » bergiste, a été le 12 avril 1834, arraché de SQ»domieUe » où il était paisible et d'une manière inoofcnsive, par des » soldats do 28»« régiment de ligne; qui Pont arrachés » des bras de sa femme et qu^ils Font fusillé a la porte » d*alée de son domicile qu'il n'a pu rien faire entendre pour » sa Jostification et qo'U laisse un enfant de deux ans et une » Toave sans ressource, que Ton lui a cassé et dévalisé son » linge et son ménage en foi de quoi nous avons signé le
■ présent pour servir au besoin. Vaise le 28 avril 1834.
M Femme Laroche , Behoit Noël , Martih , » Simoraijd , Barcel.
• Vu à la mairie de Vaise le 28 avril 1834 , pour m légalisation des signatures ey-dessus, au nom-
• hrede cinq,
9 Le maire,
» Erhara, adijoint. »
« Noos soussigné attestons qoe le nommé Pierre Vairon-
• Lacroix âgé de 27 ans , demeurant a Vaise maison Magni > roc projeté n« 7, a été arraché de son domicile ou il était
• paisible et inofensif par des soldats de diferent régiment » pour être fusillé, sans qu'il lui fut possible de faire en- » tendre la moindre explication qui auroit été sincère et cm