‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 3)Chapitre 21 sur 93 · CONDAMNÉS DB PARIS · texte numérisé non relu

CONDAMNÉS DB PARIS

{Arrit du iZ janvier 1836.)

Beaumont , Kersausie , à la déportation ; Crevât , Pruvot , à dix ans de détention et à la surveillance toute leur vie; Sanriac, à cinq ans d'emprisonnement; Bastien, Roger, Varé, Cahuzac, à trois ans d'emprisonnement ; BeWont Delayen, Delacquis , Buzelin, à un an d'en^prisonnement , et tous à cin^ ans de surveillance.

CORTDIIACES.

{Arrêt du même jour.)

Cavaignoc , Berryer-Fontaine, Vignerte, Lebon, Guinard, Delente, Deludre, Armand Marrast, à la déportation; Fouet, Granger, Villain et Boura, à çtttti;;^ ans de détention ; Mathé, Lenormand, Landolphe, Yvon, Aubert, Pichonnier, Gueroult, SouUlard dit Chiret^ à dix ans de détention; Herbert, Chilman , Pornin, Rozières, Poirotte, Tassin, Fournier, à cinq ans de détention et tons sous la surveil^ lance toute leur vie.

(3) Les débals du procès d'avril ayant été coupés, oomme on Ta vu, plusieurs révélations importantes qui devaient y trouver place sont restées dans Tombre. Voici, par exemple, un fait sur lequel Tillustre M. Arago se proposait d*appeler Tattention publique.

Un jour, il se trouvait chez M. David (d*Angers) le statuaire, occupé dans ce moment à faire la statue de M"« de Stadl. La conversation s'étant engagée sur les combats da la

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RftVOlJrrioN FHANÇAISE.

Le procès d'avril fut, pour le parli républicain que la révolulion de juillet avait engendré, une défaite éclatante, mais non pas décisive. Quelques-uns exagérant le bien, la plupart se plaisant à outrer le mal, ce parti a été jugé d'une manière aussi fausse que diverse. S'il n'eut pas assez de loisir et de maturité pour pénétrer par l'étude dans les profondeurs de l'ordre social, de manière à en tirer la solution des grands problèmes, il contribua, du moins, puissamment à les soulever. 11 sema l'agitation autour de lui, mais non sans entretenir dans la nation de généreuses ardeurs. Il sut ennoblir le désordre par le dévouement, il ne s'épuisa qu'à force de se prodiguer, et il lutta si bien contre l'abaissement systématique de la France, qu'il fut au moment de la forcer à se tenir debout. Par lui fut ajourné dans ce pays le règne des spéculations sordides, de la bassesse mercantile, le règne du génie carthaginois; et il eut cette gloire, qu'il fit horreur à tous les vieux ennemis du nom français.

Dans l'affaire du procès d'avril, ses adversaires se montrèrent si petits, et ils employèrent, pour le combattre, des armes tellement déoyales et fragiles, qu'il aurait vaincu sans nul doute, si tous les membres qui le composaient avaient été plus étroitement unis par le lien des convictions et des idées. Hais le parti républicain s'était ouvert, par malheur, à certains hommes indignes d'y prendre place. De là un mélange sans exemple : le désintéressement, l'ardeur de connaître, l'ignorance, l'habitude de dénigrer, l'envie, le courage, le mépris de la mort, le désir de briller, la modestie du dévouement poussée jusqu'à l'héroïsme. Un pareil amalgame d'éléments opposés pouvait-il ne pas entraîner la ruine du parti? Par les vices des uns, les vertus des autres étaient, ou frappées d'impuissance, ou calomniées. Si donc le parti républicain succomba, c'est que ses ennemis l'emportèrent sur lui par l'habile combinaison de leurs vices et l'ensemble de leur corruption. Et voilà comment il en

rue Tninsnonain , la femme qui servait de modèle raconta que, le 13 avril, regagnant avec une de ses compagnes sa demeure située près de la fontaine Maubuèe, elle avait aperçu sou amant, sergent de ville, qui travaillait aux barricades. Elle court à lui cl témoigne ton étonncmcnt :

vint à se disperser, à se dissoudre, ne hissant après lui, pour le juger, que l'intoléraoce de la sottise ou de la haine. Du reste, les individus ne sont que des instruments destina par Dieu à s'user et à se rompre au service des idées. Au moment même où l'on croyait le parti détruit en France pour jamais, il se trouva que Yojnnwti qu'il avait personnifiée se déployait avec une puissance nouvelle. Pourquoi s'en étonner? Parini les républicains, nous l'avons dit, plusieurs étaient des hommes spirituels, brillants, d'une bravoure chevaleresque, toujours prêts à se dévouer, pleins de gaieté dans le péril, et reproduisant avec plus de fidélité, plus d'éclat, que le parti légitimiste luimême, l'ancien type national; mais, à côté de ceux-ci, on put compter quelques absurdes tribuns, quelques gens sans aveu, des traîtres dont la police salariait la turbulence; et ces derniers, quoique formant la minorité, suffirent pour discréditer la cause républicaine, en rendant le parti tout entier responsable de leurs folles prédications, de leur ignorance, de leur orgueil, de leur penchant à parodier, sans les comprendre, les passions de 1793.

Ainsi, parce qu'il était arrivé à on petit nombre d'agitateurs dépourvus d'intelligence et incapables de modération , de se proclamer au hasard républicains, et de définir la république au gré de leurs aveugles colères, on mit en doute si la république n'était pas une chimère ou ne serait pas une calamité. Pour que les esprits sages fussent ramenés à une saine appréciation des choses , il fallait que le parti fût ou parût momentanément dissous , et qu'il se reformât plus homogène, plus studieux, plus calme, plus avancé dans la science des révolutions sociales. Or, à ce parti-là, certes, l'avenir pouvait sourire. Car, nous ne saurions trop le répéter : le principe monarchique mis face à face avec le principe électif doit tôt ou tard le dévorer ou être dévoré par lui. Et ce dénoûment, un habile emploi de la corruption peut l'ajourner, non

« Retirez-vous , malheureuses , s'écrie le sergent de vî^f >• furieux, si vous dites un mot de ceci, vous èfcs perdues!» âl. Arago se rendit au lieu désigné, drmandii des renseigneroeiils et fui iileinement édifié sur rexocliludc du ré&\l.e nom du sergent de ville est Clienoilcville.

Tempécher. « Que force reste à la loi! » di»

sent les gouvernements de fait, dans Tivresse de leur fortune. Hais à cela, les hommes qui ne croient qu*à l'immortalité de la justice ,

les hommes droits et sincères répondent :

€ Qui sait si la loi d'aujourd'hui sera celle de » demain? 11 faudra bien que force reste à la » vérité. »

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