‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 3)Chapitre 50 sur 93 · CONSULTATION · texte numérisé non relu

CONSULTATION

.SUE L*ÉTAT DE LA SANTÉ DE MADAME LA DUCHE88E DE BERti.

Madame la duchesse de Berri est née de parents phlhisiques : son père était en outre sujet à la goutte. Son tempérament est éminemment nerveux , et les maladies quVIle a antérieurement éprouvées démonlreut qu'elle est disposée aux affeclions inflammatoires : ainsi, h plusieurs reprises, elle a été atteinte de catarrhes pulmonaires, dont quelquesuns assez graves pour avoir inspiré aux médecins qui la soignaient des craintes sérieuses. Plusieurs fois aussi elle a ressenti des douleurs articulaires avec gonflement, présentant tantôt le caractère rhumatismal, tantôt les apparences de la goutte.

Depuis son séjour à Blaye, M. le docteur Gintrac a été appelé quatre fois. Le H décembre 1852, il observa les symptômes suivants : douleurs rhumatismales aux épaules ; petite toux sèche portant un caractère nerveux , suppression des règles qui datait de deux mois , et qui , d'après le rapi>ort de la princesse , avaient été suppléées par un flux hémorroTdal; du reste, il n'y avait point de fièvre, et les organes digestifs étaient en assez bon état.

Le 18 du même mois, h la seconde visite, le docteur Gintrac, appelé ù Toccasion d'une forte douleur de tète, avec pesanteur et étourdissement , remarqua une diminution notable des douleurs rhumatismales et de la toux dont nous venons de parler.

La troisième visite du docteur Ginirac eut lieu le 9 janvier 1833. Alors de nouvelles donleurs s'étaient manifestées aux articulations des hanches, et un nouveau flux héroorrol«lal avait en quelque sorte remplacé les règles, qui n'avaient point paru. Un examen attentif de ralMlomen, dans la position assise, il est vrai , fil reconnaître qu'il était assez volumineux , et que l'augmentation de ce volume dépendait surtout du gonflement de la rate.

Des sufl'oealions s'élanl manifestées dans la nuit du 16 au 17 du mois, M. le docteur Gintrac se rendit auprès de madame la dnchesse de Berri, et crut pouvoir attribuer cette

indisposition k l'ingestion d^un aliment excitant et indigeste. Déjà le calme avait reparu , et même des douleurs articulaires dont elle se plaignait avaient cessé. Du reste, point de changements quant à la suppression des règles.

Depuis cette époque jusqu'à ce jour, la santé de madame la duchesse de Berri a été assez bonne : toutefois, avant-hier, dans sa promenade sur les remparts, elle éprouva, par suite de rimpres»ion d'un air vif et froid , un accès de toux sèefae et intense qui l'obligea de chercher un abri , et qui bientôt s'apaisa.

Aujourd'hui 25 janvier, vers neuf heures, nous nous sommes rendus auprès de Son Altesse Royale. Nous Pavons trouvée levée : elle l'était depuis une heure. Elle a paru, à celui d'entre nous qui avait eu Phonnear de lui donner des soins les années précédentes, un peu amaigrie ; sa eoloration s'éloignait peu de l'état ordinaire ; une toux sèche assez fréquente se faisait entendre, une légère oppression existait ; les mouvements delà respiration, observés avec soin, ne paraissaient point aussi faciles que dans l'état normal ; foreille, appliquée sur le thorax, faisait reconnaître que Pair ne pénétrait qu'imparfaitement dans les poumons, les inspirations même profondes n'opérant qu'une dilatation incoi»plèle de la poitrine; le pouls, manifestement accéléré fiar l'émotion qu'éprouvait Son Altesse Royale, donnait environ quatre-vingt-huit à quatre-vingt-neuf battements par minute : il était d'ailleurs naturel sous le rapport de la plénitude et de la régularité; une douleur assez forte existait dans la partie moyenne du thorax , suivant la direction de l'œsophage et se terminant à l'épigaslre.

Les fonctions digestives s'accomplissent avec facilité; la langue est légèrement saburrale, et les gencives, qui avaient jadis été malades, sont en assez bon état.

L'abdomen a paru un peu développé relativement à son état ordinaire : il ne nous a pas été permis de l'explorer. Madame ne se plaint plus de la région hypocondriaque gauche, qui , quelques jours auparavant , était douloureuse.

L^urine, qui |»arfoi8 avait été chargée d'acide urique, est maintenant presque naturelle.

Au rapport de la princesse, les règles ont paru il y a cinq jours , et ont coulé jusqu'à hier. Cette apparition se serait manifestée à l'époque mensuelle où ce flux avait ordinairement lieu.

Des faits qui précèdent il suit :

Que madame la duchesse de Berri a éprouvé quelquesuns des mamc auxquels elle avait été sujette antérieurement:

Que cet état s'était compliqué d'une suppression des règles, laquelle, il est vrai, n'avait point produit d'accidents graves, probablement à cause de la déviation qui s'était eflîectnée vers les vaisseaux bémorrofdaux ;

Knfin , qu'il existe dans les organes respiratoires une susceptibilité naturelle, peut-être héréditaire, bien propre à éveiller toute la sollicitude des hommes de Part chargés de diriger la santé de Son Altesse Royale.

Le traitement, dans l'état actuel, doit se borner à l'emploi des moyens suivants :

1*> Madame usera de bains et de demi-bains à une douée température, rendus émollients par Paddition de décoction de plantes mucilagineiises, pris dans la chambre à coucher, et suivis immédiatement du séjour au lit pendant une demiheure ou une heure;

2» Des boissons tempérantes, gommées, émabionnées , seront employées toutes les fois que la toux l'exigera ; le looch blanc conviendra lorsque, la nuit, ce sympldme sera plus inten«e ;

3» Le lait de chèvre, déjà plusieurs fois mi< en usage avec un succès constant , est particulièrement recommandé;

4» Si quelque élut de spasme l'exigeait , des infusions de tilleul, de coquelicot ou de stcrchas seraient indiqaées;

DOCUMENTS HISTORIQUES

5o Les eaux de Seitz (rouveraicnl un emploi eouvcnabic si les fouclious iligeslives languissiiicnl ;

Go Le régime sera eu général doux , composé de potages avec des fécules , tels que le lapioka , le salcp , le sagou , Tarrow-root ; de poissons blancs; de volailles bouillies ou ràlies , de mouton grillé ; de fruits cuits, etc. Une eau légèrement gommée et mêlée d'un peu de vin léger, servira de buisson aux repas;

7» Il est extrêmement utile d'enlrclcnir, à la surface du corps, et principalement vers la poitrine et les membres inférieurs, une douce cliuleur. Des vêtements immédiats de laine rempliront celte importante indication. Et, en général, toutes les précautions propres k prévenir le refroidissement des pieds doivent être prises avec soin.

8» Enfin, il est d'une grande importance d'éviter Timpression d*un air froid sur toute riiabilude du corps. Ainsi , les promenades doivent se faire dans le milieu de la journée, lorsque le temps est beau , et de préférence dans les lieux abrités. Cette recommandation est surtout utile k cause de la situation éle\ée de la citadelle, de non voisinage d'un grand fleuve fréquemment couvert de brouillard épais, et de son exposilion à des vents plus ou moins violents.

Blaye, ce 25 janvier 1833.

Orfila, p. Auvity , GiNTnAc, Bartiil/..

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