UR LA SALUBRITÉ DE LA CITADELLE DE BLATB
A M. te ministre de l'intérieur.
Paris, le l^' février 1838.
Monsieur le minisire ,
IHous avons Tbonneur de vous adresser un rapport eirconstaneié sur la salubrité de la citadelle de Blaye , sur la convenanee des distributions qui ont été faites, et des mesures qui ont été prises, afin que ce séjour ne devint pas nuisible à la santé de madame la duchesse de Berri, enfin sur son logement et sur les soins dont elle est Tobjet.
Pour remplir la mission que vous nous avez confiée, nous croyons devoir vous entretenir successivement de lu situation de la citadelle de Blaye , de Tbabitation occupée par madame la duchesse de Berri , des lieux dans lesquels elle se promène, des aliments dont elle fait usage, et des soins dont elle est Tobjet.
La citadelle de Blaye, située ait lieues N. de Bordeaux, est placée entre la ville de Blaye qu'elle domine, et dont elle n'est en quelque sorte que le prolongement , et la rive droite de la Gironde ; la hauteur en est fort considérable, et son étendue assez grande pour qu'il soit impossible de la parcourir en moins de 20 à 25 minutes. L'air qu'on y respire est pur, et , quoique assez vif sur les remparts, sa température n'est pas très-basse dans les autres points. Ainsi, le 25 et le 26 du mois dernier, pendant notre séjour, le tbermomètre marquait à peine zéro dans les environs de Thabilation de madame la duchesse de Berri, tandis qu'il était au-dessous de ce degré à Paris. L'atmosphère était cidme et S4ins nuage, même sur les remparts. Toutefois , nous avons appris qu'assez fréquemment il y régnait k certaines heures de la journée des vents et des brouillards, notamment sur les parties les plus élevées et les plus voisines de la Gironde : aussi avons-nous cru devoir conseiller à madame la duchesse de Berri de ne se promener dans ces parties de la citadelle
que vers le milieu du jour, et de choisir de préférence les allées abritées. Au reste, malgré les inconvénients que nous signalons, il est impossible d'élever le moindre doute sur la salubrité de la forteresse de Blaye. La garnison, qui se compose d'environ 700 hommes , ne compte en ce moment que 22 malades, et encore plusieurs d'entre eux sont-ils atteints de scrofules et d'autres affections chroniques, d'abcès, etc.; maladies sur la production desquelles le séjour de la citadelle ne peut avoir exercé aucune influence. Sans doute les personnes d'une faible constitution, celles qui sont disposée^ à contracter des catarrhes pulmonaires ou d'autres alTectionA inflammatoires, et celles qui sont habituellement souffrantes, devront éviter, comme elles le feraient partout ailleurs, de sortir, et surtout de parcourir les rempart» pendant que le temps est mauvais, à moins d'être parfaitement couvertes.
L'habitation occupée par madame la duchesse de M'i\ , située dans l'ancienne ville de Blaye, est à une distance notable du fleuve et dans un point de la citadelle bien audessous des remparts, quoique déjà assez élevé au-dessus du sol. Le corps de logis et les <ieux ailes dont elle se com|»ose offrent un rez-de-chaussée et un étage; celui-ci sert de logement à la princesse et & deux des personnes qui lui sont attachées; les pièces qui en font partie, sans être vastes ni très-nombreuses, sont assez spocieuses et suflisammenl aérées pour qu'il n'y ail aucun inconvénient ù les habiter, d'autant plus qu'elles ne sont pas humides. Convenablement meublées, elles nous ont paru disposées de manière que les habitants puissent être parfaitement garantis de toutes les vicissitudes atmosphériques, t'n jardin planté d'arbres fruitiers, occupé par des pluies-bandes en fleurs, par des allées sablées, et dont on pourrait évaluer l'étendue nu quart ou peut-être au tiers de la cour du Louvre, est immédiatement annexé à l'appartement de madame la duchesse de Berri, et lui ofl're une promenade commode, ayant un point de vue Irès-étendu sur le cours de la Gironde, et dont elle peut disposer entièrement à son gré à toute heure du jour. Indépendamment de ce jardin, la princesse a à .-a disposition, pour se promener, toute l'étendue de la citadelle , dans laquelle des mouvements de terrain multiplié.*^, et des contre-allées sablées, situées en face, au-dessous de» remparts, lui donnent un abri contre les vents. Sur le point le plus élevé du rempart de la citadelle, on achève eu ee moment un pavillon destiné à servir de repos ù madame la duchesse de Berri, à la soustraire à l'influence des vent» et des orages, et propre à la faire jouir d'un horizon immense, tant sur le cours du fleuve que sur la campagne environnante.
Pour juger de la nature des aliments dont la princesse fait usage, et de la manière dont ils sont préparés, nous avons di\ visiter la cuisine peu de temps avant le moment où le dîner allait être servi; nous avons pu constater qu'iU étaient de bonne qualité , apprêtés avec soin et même avec recherche.
Relativement aux soins dont madame la duchesse de Ben i est l'objet, nous pouvons affirmer, d'après ce que non» avons vu et d'après ee qui nous a été dit , qu'elle est traitée avec les plus grands égards, et qu'il nous a paru que rien n'était omis de ce qui pouvait adoucir sa position. L'exposé qui précède nous porte ft conclure que dans l'état de captivité où est madame la duchesse de Berri, aucun autre lieu susceptible de pareille destination ne pourrait lui ofl'rir des conditions plus salubres.
Nous sommes avec respect , monsieur le ministre,
Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,
OnilLA, PlERRk AU>ITY.
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