SDR LA SANTÉ DE LA DUCHESSE DE BERRI
\.ci soussignés, après avoir pris les renseignemenis relatifs aux circonstances commëmoralives de la santé de madame la duchesse de Berri, et soumis à un examen allentif Pélut a.tuel de Son Altesse Royale, résument de la manière suivante les résultats de leurs observations ;
L'étal des organes respiratoires offre des indices d'une lésion grave. La toux est fréquente, presque continuelle : elle a augmenté depuis quelque temps; elle est saccadée, sèche, accompagnée d'une douleur avec chaleur dans le centre de la poitrine depuis le larynx jusqu^à Tépigaslre. Il y a gène de la respiration. A Taide de rauscullalion , on distingue à la partie postérieure et gauche du thorax un râle mnqueux. Le pouls est fréquent : la peau présente le soir un peu de chaleur et se couvre, pendant la nuit, d'une sueur légère. De ces phénomènes il suit que les poumons sont le siège d'une irritation vive et profonde, ayant déj& produit probablement des tubercules à Télat de crudité, susceptibles de prendre un accroissement plus ou moins rapide.
Les fonctions digcslives sont dans un état assez satisfaisant. Cependaut il y a peu d'appétit, des borborygmcs, de la constipation.
La région de la rate est sensible à la pression et on remarque un léger accroissement du volume de ce viscère.
Relativement aux organes génitaux, voici ce que Ton observe : une tumeur arrondie, globuleuse, existe dans l'hypogastre et s'élève jusqu'à l'ombilic ; elle est molle et offre de l'élasticité. Au rapport de madame la duchesse de Berri , cette tumeur a été le siège de mouvements obscurs depuis le mois de janvier. L'oreille appliquée sur cette partie ne distingue point de battements dépendants de Texistcnce d'un fœtus. Le toucher fait reconnaître que le col de l'utérus est un peu élevé, incliné en arrière, ramolli, entr'onverl; le doigt rencontre à la partie antérieure du sommet du vagin une tumeur large, molle, fluctueuse, et en exerçant une pression de bas en haut, tandis que la main gauche déprime la région hypogastrique, on distingue un ballottement assex évident. La suppression des règles date du SI septembre dernier ; d'après la déclaration verbale de madame la duchesse de Berri , l'état de grossesse présumée daterait de la Bn du mois d'août. Cette déclaration et les phénomènes ci-dessus énoncés donnent des prolubilités de l'existence d'une gestation, mais ne peuvent constituer à cet égard une certitude. II est en outre à remarquer que les mamelles ne sont que peu développées.
Il résulte des faits précédents que l'état des poumons mérite une sérieuse attention ; et dans la circonstance présente leur disposition morbide réclame des précautions plus grandes que dans les cas ordinaires. Kn supposant , en effet , Texisleoce d'une grossesse , il serait à craindre, comme le prouve l'expérience, qu'après l'accouchement, les symptômes de l'affection pulmonaire ne prissent un développement rapide et funeste.
Afin de prévenir, en attendant cette époque , un accroissement fâcheux de la maladie, on usera des moyens suivants :
1« Un exutoire sera établi à l'un des bras ; 2« On continuera l'emploi du lait de chèvre ; 5« Une décoction légère de lichen d'Islande sera donnée par lasses et édulcorée avec le sirop de mou de veau ; i° Un régime adoucissant et léger sera toujours suivi ; 50 11 importera de procurer à madame la duchesse de
Berri la faculté de se rapprocher le plas tôt possible de son pays natal, dont la température parait devoir élre pins favorable au rétablissement de sa santé ; et si cette décision salutaire était prise , il serait k désirer qu'elle fdt exécntée avant le terme de la grossesse jtrésnmée , dans la crainte qu'après raccouchement, les symptômes de l'affection pulmonaire ne fissent des progrès trop rapides pour permettre un voyage quelconque. Ce conseil doit avoir d'autant plus de poids, que l'état moral de madame la duchesse de Berri ne peut aujourd'hui que recevoir des impressions de plus en plus funestes par l'effet d'une détention prolongée. A la citadelle de Blaye, le \" mars 1855.
p. MenièRE, J. Ho ctc u , GaATELocr,
E. GlNTRAC, GaICHRAC.