‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 4)Chapitre 17 sur 96 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le duc d'Orléans ménage soigneusement la chambre. — Ses prédilections. — Intrigues. — Deux partis dans la boorgeatàe. — Les orléanistes abusent de leor Tietoire. — Aveuglement de Lafayette. — Complot avorté. — Les droits de la mis en question. — Prudence du lieutenant général ; bassesses des courtisans. — Projet de M. Bérard. — Les envahies; nuée de solliciteurs; défection*. — La révolution s'étend par toute la France. — Détails sur le mosn révolutionnaire de Lyon. — Séance du 6 août. — Cris tumultueux. — Constitution refaite en quelques beun vue de MM. Arago et Chateaubriand ; discours de ce dernier à la chambre des pairs. — Bole subalterne de la pairie. Séance du 9 août. — Détresse des ouvriers. — On ne fait rien pour l'adoucir. — Protection accordée aax bourse.

Le parti légitimiste était consterné. Le parti républicain venait de perdre une occasion dernière d'agiter les esprits. Le duc d'Orléans n'avait donc plus à redouter d'autre influence que celle de M. de Lafayette. On décida que l'emploi de commandant général des gardes nationales du royaume serait donné plus tard à ce vieillard redouté. C'était lui livrer la dictature, s'il eût été capable de la porter. Mais on le connaissait. En lui confiant un pouvoir qui , entre ses mains , ne devait être qu'une autorité d'étalage, on flattait sa vanité dans une juste mesure , on associait sa popularité aux premiers actes du gouvernement; et, d'un autre côté, en embarrassant sa vie de mille détails sans importance , on trouvait moyen de 'écarter des grandes affaires, et on le confinait dans la politique, peu sérieuse, des proclamations et des ordres du jour.

Pour ce qui est de la chambre des députés , le duc d'Orléans la savait disposée à devancer jusqu'à ses moindres désirs , et déjà il y avait eu autour de lui émulation de flatterie. Mais il sentait la nécessité d'ennoblir et de légitimer lui-même par un respect apparent le seul pouvoir dont sa royauté naissante attendit et voulût accepter la consécration. Pour que le peuple ne fit aucune difficulté de s'incliner devant la volonté d'une chambre qui n'avait plus de mandat, le prince traitait l'assemblée avec une déférence démonstrative. 11 s'emblait s'humilier sous la toute-puissance de ses décisions. Lorsque, suivant l'usage de la monarchie, on lui vint présenter la liste des cinq candidats à la présidence de la chambre, il choisit sur cette liste celui qui avait obtenu le plus de voix,

M. Casimir Périer; et pourtant il répétai! volontiers que nul ne méritait plus que M. Liffilte les premiers hommages de la reconnaissance publique. U alla plus loin, et s'expUqaa très-nettement sur le droit que devait avoir désormais la chambre de nommer son président sans l'intervention du monarque. Ainsi, le duc d'Orléans relevait comme pouvoir politique l'assemblée dont les membres, pris ni i un , s'asservissaient à l'envi au mouvement ascendant de sa fortune.

Du reste, les préférences du prince commençaient à se déclarer. U avait peu de goût pour MM. Guizot et de Broglie, dont il redoutait l'esprit altier et dont les manières sèches lui déplaisaient. Mais entre lui et ces deux hommes il y avait une parenté de doctrine qui faisait taire des répugnances purement personnelles. Le duc avait pour M. Laffitte un pochant beaucoup plus prononcé. U aimait son caractère facile; il prêtait à ses longues et spirituelles histoires une oreille complaisante; et, très-verbeux lui-même, il recherchait dans M. Laffitte un auditeur toujours bienveillant D espérait, d'ailleurs, en faire un instrument aveugle de ses desseins. Malheureusement, M. Laffitte avait des droits à la reconnaissance de la cour, chose que les princes ne pardonnent pas. Sa popularité était trop grande poar un rôle de familier; et, sous ce rapport, le général Sébastiani convenait mieux au prince.

Au point où en étaient les affaires , le ministère, le plus important était celui des relations extérieures, car déjà le duc d'Orléans n'avait plus d'autre souci que celui de fléchir l'Europe. M. Bignon avait été chargé, comme

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on Ta vu , des affaires étrangères. Le général Sébastiani , qui convoitait secrètement son héritage, insinua que les souverains étrangers entreraient difficilement en rapport avec l'historien de la diplomatie impériale; toutefois, n'osant se produire trop tôt , il fit donner le portefeuille des affaires étrangères au maréchal Jourdan , à qui son grand âge et ses blessures ne permettaient pas de le conserver longtemps. H. Bignon fut relégué provisoirement au ministère de l'instruction publique. M. Girod (de l'Ain), de son côté, obtint de remplacer M. Bavoux à la préfecture de police.

Au milieu de ces intrigues, l'austère Dupont (de l'Eure) se trouvait déplacé et mal à l'aise. Séduit par la bonhomie du prince, il le croyait impatient du joug de ses nouveaux courtisans ; il n'en luttait pas moins péniblement contre le dégoût que le pouvoir lui inspirait. Et puis , les chefs de ce qu'on appela plus tard l'école doctrinaire dominaient déjà sourdement dans le conseil. Il fut aisé de le reconnaître au fameux erratum du Moniteur, où à ces mots : « Une charte sera désormais » une vérité, * étaient substitués ceux-ci : c La charte sera désormais une vérité. »

Au fond , parmi les chefs de la bourgeoisie victorieuse , les dissidences étaient plus vives dans leur manifestation que sérieuses par leur 9bjet. Le maintien de l'ordre social fondé sur la concurrence, la liberté de l'industrie, celle lu commerce, et, dans de certaines limites, selle de la presse, l'empire de la banque, la consécration des inégalités de fortune, la concentration de la puissance politique dans la classe moyenne plus ou moins sévèrement circonscrite, voilà ce qu'ils voulaient tous d'une commune ardeur.

Seulement, les uns, tels que MM. Dupont [de l'Eure), Laffitte, Bérard, Benjamin Constant, Eusèbe Salverte, Demarçay, auraient lésiré qu'on se laissât aller plus volontiers sur a pente des idées libérales; que le pouvoir nonarchique fût plus limité; que le cens élecoral fût réduit; que la liberté individuelle fût >lus respectée, et la puissance de la presse abandonnée avec moins de défiance à son élasicité naturelle; en un mot, ils demandaient 'affaiblissement du pouvoir au profit de l'opi-

nion , et semblaient considérer le respect de tout ce qui est individuel comme la meilleure des garanties sociales.

Les autres , tels que MM. de Broglie et Guizot, croyaient à la nécessité de modérer sans cesse , en le surveillant , le mouvement des esprits; ils se défiaient de l'opinion, ne songeaient qu'à fortifier le principe d'autorité en augmentant les prérogatives de la couronne , et regardaient une trop grande liberté laissée au génie individuel comme une c^use de trouble et une source de dangers pour la société tout entière.

Les premiers, par instinct, voulaient la domination de la bourgeoisie plus complète ; les seconds, par calcul , la voulaient plus durable.

De là , dans les premiers , une répugnance très-marquée pour tout ce qui tenait aux principes que la restauration avait cherché à faire prévaloir; et, dans les seconds, une tendance manifeste à emprunter à la restauration certaines formes conservatrices.

Ces deux partis se dessinèrent dès le lendemain de la révolution. MM. de Broglie et Guizot, qui en cela répondaient à la pensée intime du duc d'Orléans, affectaient de croire que la révolution s'était faite uniquement pour obtenir l'exécution stricte de la charte. Mais leurs adversaires eurent le dessus, et M. Bérard se mit à reviser la constitution.

L'hôtel de ville appartenait définitivement aux orléanistes. Le succès avait enflé leur audace, et leur violence, depuis le 31, ne connaissait plus de bornes. Tous ceux qui avaient élevé la voix contre le duc d'Orléans étaient dénoncés comme ennemis du bien public. Le général Dubourg, surtout, était accusé avec une véhémence calculée. Le colonel Rumigny, aide de camp du lieutenant général, faisait passer M. Dubourg pour un ancien émigré, un agent de Charles X, un traître. Après la scène du 31 à l'hôtel de ville, le général Dubourg avait compris que sa place n'était plus là : il s'était retiré. Il voulut reparaître deux jours après; des mesures étaient prises pour le repousser. A peine eut-il atteint la première marche du second escalier, qu'il se vit assailli par des furieux, et courut risque d'être assassiné.

M. de Lafayette loi-même était près de céder au courant et avait perdu contenance. I) avait fait écrire sur les drapeaux de la garde nationale ces trois mots : Liberté, égalité, ordre pnblk. M. Girod (de l'Ain) le vint trouver de la part do duc d'Orléans, et le supplia de faire effacer ce mot égalité, qui rappelait de si lamentables souvenirs. M. de Lafayette hésitait, mais M. Girod (de l'Ain) s' écria : « C'est » un fils qui vous en prie au nom de la méi moire de son père. • D'autres drapeaux furent commandés.

Les républicains, cependant, n'avaient pas perdu toute espérance. Us savaient de quelles haines jalouses la bourgeoisie poursuivait la pairie héréditaire. Faire décréter sur la place publique l'abolition de la chambre des pairs était une tentative hardie,- mais réalisable. Or, cela fait, que resterait-il du régime politique de la restauration? quelques députés incertains de la légitimité de leur mandat , au milieu des débris d'une royauté vaincue , maudite, foulée aux pieda. Les républicains résolurent donc de feire de l'abolition de la pairie une question de coup de main. Considéré dans ses effets immédiats, leur projet avait quelque chose de puéril et même de ridicule. On devait , de divers points de Paris, se réunir sur la place de l'hôtel de ville, partir de là pour le palais du Luxembourg en poussant des cris propres à exciter le peuple, envahir le palais, jeter les banquettes par les fenêtres , et sceller les portes. Quelque peu sérieuse que ftt en ellemême une démonstration de ce genre, elle pouvait avoir d'immenses résultats dans un moment où le peuple bivaquait encore sur quelques places , dans un moment où la force publique n'était pas encore en action, et où nul pouvoir ne fonctionnait régulièrement. Mais ee qui donnait à cette démonstration une importance véritable, c'est qu'elle s'appuyait sur l'adhésion, formellement promise, d'un grand personnage que les républicains voulaient compromettre sans retour, et pousser an pouvoir à travers l'émeute- Or, voici ce qui arma. Dans la nuit du 4 au V aràt, M. Charles Teste reçut la visite de M. Marchais, qui hii apportait une lettre par laquelle le général Lafayette les mandait l'un et l'autre à l'hôtel de ville. Ils

s'y rendort sans retard, et sont admis dans l'appartement du général. Le jour commençait à poindre, mais la clarté «Tune lampe mourante vacillait encore dans la salle. Sur en lit recouvert de basin blanc, Lafiiyette était étende les mains croisées sur sa poitrine et profondément endormi. MM. Charles Testa et Marcha» s'assirent en silence au chevet du vieillard, et respectèrent longtemps son sommeil. Mais Charles Teste avait trouvés singuliers les termes de la lettre de Labyette, et il était impatient d'une explication. Il lui posa légèrement la main sur le front et le réveilla. — € Ah! » vous voici , messieurs , dit Lafayette en ooi vrant les yeux; je vous mandais ponr vous » dire que le projet convenu est impossible, i — Impossible ! s'écria avec emportement » Charles Teste, nature loyale, mais anteate » et soupçonneuse. — Que voulez- vous? ie- » prit Lafayette , on est venu me conjurer de

> ne pas livrer Paris aux hasards d'une réia- » lution nouvelle. Je l'ai promis, et sar I*hoo-

> neur. — Mais c'est sur l'honneur aussi qie * vous nous avez promis de ne pis laisser ta » révolution se perdre dans une intrigue, » répliqua Charles Teste, surpris et désespéré. Il n'insista pas, et bientôt les républicain* apprirent qu'ils ne devaient pli» compter sar Lafayette.

Ainsi «étendait peu k pea et se tortiÉasl, en se dégageant de tous las obstacle», ans puissance qui n'avait pas ses racines as eear même de la révélation. Néanmoins, quelques ménagements étaient imposés par la sitmattae des esprits aux plus âpres ambitions. Le mot royal, qui pendant les trois jours avait été effacé partout , n'avait encore répara nulle part Les avocats à la cour royale ne s'inttariaseat qu'avocats k la cour d'appel. Parmi eewe qui auraient voulu voir couronner le dae d'Orléans, les uns se réjouissaient à l'idée qu'il allait devenir roi en étendant la main sar la couronne ; d'autres , moins initiés à la eoanaissance du passé» craignaient qu'il ne fit arrêté par d'intimes scrupules.

Dm reste , lea droits de la chambre des députés étaient chaudement discutés daas les journaux, dans les salons, et jusque dans la rue. Ua jeune avocat, qai à an mmr géaëuwi

joignait an esprit droit et mûri par l'étude, M. Camille Roussel, écrivait dans une brochure qui fit sensation : « La charte de » Louis XVIII n'existe plus, Charles X l'a dé- » chirëe. Les cartouches de ses soldats et les » nôtres en ont dispersé les lambeaux. La na- 9 tion française est rentrée dans le plein exer- » cice de sa souveraineté. Elle seule peut et » doit délibérer sur la forme et la nature de » son gouvernement. Mais trente millions » d'hommes ne peuvent délibérer que par des » mandataires : quels seront ces mandataires? » Les chambres actuelles ne sauraient exercer » le pouvoir législatif en vertu de la charte, » parce que cette charte n'existe plus ; que, » d'ailleurs, elle exige le concours du roi, et » que nous n'avons plus de roi. » La brochure se terminait en ces termes : c Les chambres » peuvent s'occuper immédiatement de tracer » le mode suivant lequel la nation sera con- » sultée sur le choix de $e^ mandataires : ce » doit être là le principal , on peut même dire » l'unique objet de leurs délibérations. Sur » toute autre matière, leurs décisions, quelque » sages qu'elles puissent être, ne sauraient » avoir qu'un caractère provisoire... Il serait * à désirer que la réponse au discours du » lieutenant général contint une déclaration » positive à cet égard : cette assurance calme- » rait beaucoup d'inquiétudes, et apaiserait des » mécontentements prêts à éclater. »

Cet écrit posait nettement la question, et révélait l'état des esprits dans toute la portion saine de la bourgeoisie.

Le lieutenant général ne s'y trompait pas : aussi apportait-4) dans toute sa conduit* une prudence consommée. Toutes ses paroles respiraient un libéralisme intelligent. S'il parlait de la liste civile, c'était pour se plaindre de tout ce que le chiffre jusqu'alors assigné avait d'écrasant pour le peuple. M. Laffltte était dans un enchantement inexprimable. M. Dupont (de l'Eure) lui-même sentait ses défiances se dissiper insensiblement 11 voyait bien que la révolution allait à la dérive; mais le poids de son chagrin retombait tout entier sur les doctrinaires ses collègues ; et , le 4 aoàt , M. Ré-* rard lui avait entendu dire : t Nous sommes > envahi* par une feetkm aristocratieo-dtctri-

* naire, qui emploie tous ses efforts à faire » avorter les germes de liberté semés par la i révolution. Je n'ai d'espoir que dans la i loyauté du duc d'Orléans, qui me paraît » animé des meilleures intentions, mais qui » n'a pas toujours le degré de lumières que » l'on pourrait désirer. »

Le lieutenant général, en effet, ne se montrait ni impatient, ni avide de domination. Il semblait attendre qu'on vint à lui, soit qu'il voulût faire bien sentir à la bourgeoisie, dont le triomphe était lié à son élévation, combien sa personne lui était nécessaire , soit qu'il ne fût pas fâché de se présenter à sa famille et à l'Europe comme une victime du bien public.

De leur côté , les courtisans ne paraissaient pas craindre de perdre sa faveur, en faisant violence à son patriotisme. La responsabilité de toutes les mesures jugées utiles, ils l'assumaient avec une sorte d'intrépidité bruyante, et mettaient beaucoup de soin à compromettre leur popularité, pour mieux ménager celle du prince, bien convaincus d'ailleurs que ce dévouement ne resterait pas sans récompense, quoiqu'il eût cessé d'être périlleux.

Leur zèle, à cet égard, allait si loin que, dès le 3 août, le droit avait été accordé aux ducs de Chartres et de Nemours d'assister aux séances de la chambre des pairs. Cette distinction, créée en faveur d'un jeune homme et d'un enfant, dut paraître et parut extraordinaire le lendemain d'une révolution faite contre les privilèges de naissance. Mais , comme le lieutenant générai n'avait jamais fait mystère de son dédain pour ces enfantillages monarchiques; comme son langage et ses manières avaient été jusque-là d'un honnête plébéien; comme enfin il était en France le premier prince qui eût mis ses enfants au collège, les esprits peu clairvoyants purent croire que c'était contre son gré qu'avait lieu l'admission des ducs de Chartres et de Nemours à la chambre des pairs.

Sa conduite, du reste, éloignait toute défiance. Jamais prince n'était allé au-devant de la population avec plus de bonhomie, plus d'abandon. Combien d'hommes du peuple, en ce temps-là, purent se vanter d'avoir pressé de leurs mains cattaueos la main du prince ,

vivement offerte aux passants! Ne l'avait-on pas vu, dans la rue Saint-Honoré, porter à ses lèvres un verre présenté par un ouvrier? Le peuple, qui n'aime pas qu'on descende pour lui plaire, était faiblement touché peut-être de ces démonstrations; mais elles fournissaient un texte inépuisable d'éloges à ceux qui avaient besoin d'éblouir les esprits par le prestige des nouveautés.

Aussi l'admiration pour le duc ne trouvaitelle, dans le cercle de son entourage, ni sceptique, ni contradicteur. Si on lui attribuait quelques légers défauts , c'était pour y chercher un motif de plus de joie et d'espérance ; si on parlait de ses habitudes un peu parcimonieuses, c'était pour montrer quelle économie allait s'introduire dans l'administration de l'Etat. Les actes mêmes qui auraient pu effaroucher les âmes soupçonneuses tournaient à sa gloire. On le plaignait hautement des sacrifices que lui imposaient des ministres qui ne le valaient pas; de sorte que l'éclat de son libéralisme était rehaussé par les fautes apparentes de ses courtisans.

Pendant ce temps, M. Bérard se préparait à présenter à la chambre une proposition dans laquelle on remarquait ce passage :

« Le rétablissement de la garde nationale, * avec l'intervention des gardes nationaux dans » le choix des officiers; l'intervention des ci- » toyens dans la formation des administra- » tions départementales et municipales; la » responsabilité des ministres et des agents » secondaires de l'administration; l'état des » militaires légalement fixé ; la réélection des » députés promus à des fonctions publiques, » nous sont déjà assurés.

» L'opinion réclame, en outre, non plus une » vaine tolérance de tous les cultes, mais leur » égalité la plus complète devant la loi; l'ex- » pulsion des troupes étrangères de l'armée » nationale; l'initiative des lois également ati tribuée aux trois pouvoirs; la suppression » du double vote électoral; l'âge et le cens » convenablement réduits; enfin, la reconsti- » tution totale de la pairie, dont les bases ont » été successivement viciées par des ministres » prévaricateurs.

» Nous sommes les élus du peuple; mes-

» sieurs; il nous a confié la défense de ses in- * térêts et l'expression de ses besoins. Ses » premiers besoins, ses plus chers intérêts » sont la liberté et le repos. Il a conquis sa » liberté sur la tyrannie, c'est à nous d'asss- » rer son repos, et nous ne le pouvons qu'es » lui donnant un gouvernement stable et » juste, i

A ces conditions , M. Bérard proposait à ses collègues de proclamer le duc d'Orléans roi des Français , et de le proclamer immédiatement. La proposition de M. Bérard fut porta au conseil par M. Dupont (de l'Eure) : elle se parut pas suffisamment monarchique à la partie doctrinaire du cabinet. Des regards plus pénétrants que ceux de MM. Guizot et de Brogiie, y découvrirent un défaut plus grave. Elle contenait un exposé de principes dont elle ne fixait pas l'application, et qui devaient être ultérieurement discutés. N'y avait-il pas là ob danger sérieux pour une monarchie qui, u fond, ne voulait pas trop différer des autres monarchies? Laisser dans le vague le pacte constitutionnel, c'était ouvrir carrière à des controverses sans fin, et introduire /'esprit révolutionnaire dans les commencements d'un règne. Ne valait-il pas mieux profiter de Fétourdissement public pour clore la révolution, et gagner à la course, en même temps que h couronne, tout ce qui pouvait servir à la consolider et à l'abriter? Voilà ce que le dot d'Orléans comprit, et il confia à MM. Guizot et de Broglie le soin de substituer nn pacte définitif à une proposition indécise. Du reste, comme on se défiait de M. Bérard à cause de l'attitude énergique qu'il avait prise dans h révolution, et qu'on doutait de son obéissance, on l'écarta deux fois de suite du conseil, oè cependant on lui avait promis de rappeler pour qu'il y pût discuter son travail. Déjà Foi n'acceptait plus que des dévouements sans réserve.

Aussi bien, les flatteurs accouraient en foule autour du trône nouveau. Chacun de vanter ses services de la veille, en y ajoutant la promesse des services du lendemain. Il y eut pendant quelques jours , dans toutes les avenues du pouvoir, une fièvre d'avidité , an débordement de vanteries et de bassesses,

dont il serait difficile de donner une idée. Seuls, les hommes qui avaient payé de leur personne dans la révolution montraient une dignité modeste. Douze ou quinze croix ayant été offertes à l'école polytechnique, les élèves, réunis dans un amphithéâtre, délibérèrent sur ce qu'il y avait à répondre à cette offre, et décidèrent à l'unanimité que les croix seraient refusées. Ils arrêtèrent aussi que ceux d'entre eux qui auraient des habits bourgeois dépouilleraient l'uniforme, afin qu'on ne Jes confondît pas avec les tratneurs de sabre et les gens de parade.

A mesure qu'on s'éloignait de la révolution, Paris devenait un immense foyer d'intrigues. Les places étaient courues avec une ardeur dont rien n'arrêtait le cynisme. Les voitures publiques versaient à Paris, chaque jour et à chaque heure du jour, une foule de solliciteurs venus du fond des provinces pour se partager les premières faveurs. C'était partout une cohue hideuse. Toute l'écume de la société flottait à sa surface. Parmi ceux qui , sous la restauration, avaient occupé les emplois, beaucoup crurent pouvoir sans honte les défendre contre les candidats arrivés par le coche. De tous côtés, les défections se négocièrent, en présence des pétitions qui affluaient de tous côtés. On entendit alors nombre de royalistes crier anathème à H. de Polignac, et dénoncer violemment, pour se ménager la ressource d'une trahison, ce qu'ils appelaient la folie des ordonnances. Elles avaient paru moins folles à ces royalistes indignés, le jour où on les publia. Un fait très-remarquable , et que fit connaître le dépouillement de la correspondance au ministère de l'intérieur, c'est que presque tous les préfets s'étaient prononcés pour les ordonnances. Un seul avait déclaré qu'il ne les mettrait pas à exécution : c'était H. de Lascours, préfet des Ardennes, qui donna sa démission sur-le-champ. M. Alban de Villeneuve, préfet du Nord, s'était soumis aux ordonnances , tout en témoignant son regret de voir la royauté engagée dans une telle voie. MM. Sers, préfet du Puy-de-Dôme, Rogniat, préfet delà Moselle, Lezay-Marnésia, préfet de Loir-et- Cher, n'avaient pas dissimulé les dangers qui pouvaient naître de la suspension de la charte.

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