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Là se trouvait la division de Rosen , forte de 15,000 hommes, dans une position appuyée sur des bois, et protégée par un terrain bourbeux, impraticable à la cavalerie et aux canons. Mais il est encore jour, et, bien qu'il ne puisse aborder Rosen que par le terrain étroit de la route, le généralissime donne ordre qu'on s'empare du village de Dembewilkie situé dans une clairière sur les flancs de la chaussée qu'il domine. Foudroyés par l'artillerie russe à laquelle ils ne peuvent répondre , le 4e et le 8e de ligne s'avancent hardiment, essuyant un feu terrible et des charges qui ne les font pas reculer. Deux pièces sont enfin amenées à force de bras, et, vers le soir, le 4e de ligne entre dans le village au pas de charge. Arrivent alors par le défilé la cavalerie du général Skarzynski et les escadrons de Posen , qui , dépassant le village, vont charger le centre de l'ennemi, et renversent son infanterie et ses uhlans. Les Russes abandonnent le champ de bataille, laissant 2,000 hommes sur la place, douze pièces de canon , des armes innombrables et 6,000 prisonniers. Les Polonais n'avaient perdu que 300 hommes. Le lendemain , Lubienski poursuivit Rosen au grand trot, à travers les villes de Minsk et de Kaluszyn, et porta jusqu'à onze mille le nombre des prisonniers. Inhabile à profiter de ses avantages , et ne sachant pas suppléer au nombre par l'audace des entreprises, Skrzynecki fut accusé d'indécision, et, en effet, il ne comprit pas le parti qu'il pouvait tirer de l'enthousiasme des Polonais victorieux et du découragement des Russes, que semblait lui livrer l'incapacité de Diébitsch. Les troupes russes étaient tellement démoralisées par les revers imprévus qu'elles avaient essuyés, que le 10 avril ayant été attaquées au village d'Iganie par le général Prondzynski, elles se débandèrent; et l'on vit l'élite de l'infanterie russe, ceux que l'empereur appelait les lions de Warna, depuis la guerre de Turquie , mettre bas les armes et jeter les aigles qu'ils arrachaient de leurs shakos, pour s'enfuir ou se rendre.
La victoire d'Iganie où l'on prit aux Russes 2,500 hommes et quelques pièces de canon n'eut pas le résultat qu'on en pouvait espérer, à cause des lenteurs que mit le généralissime
à exécuter le mouvement convenu. A chaque instant, Prondzynski s'attendait à le voir arriver de Siedlce par Bohimie, d'après le plan qu'avaient arrêté entre eux les deux généraux. C'en était fait du corps de Rosen, si, au lieu de perdre un temps précieux à réparer les ponts du Kostrzyn , Skrzynecki eût débouché plus tôt de la forêt : il eût coupé la retraite des Russes et détruit tout un corps d'armée.
Mais déjà un fléau plus terrible que la guerre allait fondre sur les Polonais. Venu des grandes Indes , le choléra-morbus s'était mis en marche pour dévaster le monde. Au nord, il s'était avancé dans la Sibérie; au sud, il avait étendu ses ravages jusque sur les côtes de la Nouvelle-Hollande ; à l'est, il avait franchi la grande muraille de la Chine pour aller se déclarer à Pékin ; à l'ouest , traversant la mer Caspienne, il avait infecté Tiflis et la Nouvelle-Géorgie, passé le Caucase, envahi l'empire russe, éclaté à Moscou : et l'armée de Diébitsch le portait dans son sein. Ce fut à la bataille d'Iganie que les Polonais contractèrent cette maladie épouvantable; elle commença par les régiments les plus engagés, et bientôt elle se communiqua au reste des troupes. On eût dit que la mort des champs de bataille ne suffisait plus à l'animosité de ces combats.
Informé delà contagion qui s'avançait, notre gouvernement s'en émut; il semblait que la peur du fléau le fit sortir de cette indifférence ou le laissaient les dangers de la Pologne. Le 19 mai, sur la demande de M. d'Argout, ministre du commerce, une commission de médecins français fut désignée par l'Académie royale de médecine pour aller étudier en Pologne le choléra-morbus (1). Cette commission, présidée par M. Londe, arriva au mois de juin à Varsovie. Elle y trouva ce qu'on nomme la basse classe, entassée, comme partout, dans les quartiers de la vieille ville, quartiers sales, mal pavés, couverts d'eau croupissante; le peuple v vivait dans un air humide et insalubre , se nourrissant de pain noir, de viandes malsaines, de fruits acides et non mûrs. Ce fut sur cette classe, la plus malheureuse, que le choléra sé-
(1) Elle se composait de MM. Charles Londe, Casimir Alibert, Budard, Dalmas, Dubled et Sandras.
vit d'abord, et sévit le plus longtemps, car la fortune s'attaque de préférence à ceux qu'elle a déjà frappés. Le reste de la Pologne présentait le même spectacle. C'était dans les lieux où règne la misère, où l'hygiène est impossible, où sont agglomérées les familles, toujours nombreuses, des pauvres que la maladie était le plus terrible. Le paysan polonais la voyait pourtant sans frayeur et la supportait sans se plaindre. L'éducation du despotisme Ta endurci à toutes les fatigues de la vie, et rendu insoucieux de ses maux ; vêtu d'une espèce de blouse Meue, serrée par une ceinture, les pieds nus ou dans des chaussures déchirées, il s'en va aux champs, dès l'aurore, muni d'une pipe et d'un peu d'eau-de-vie de grain; et il vit ainsi, misérable et résigné.
Le premier soin des médecins français fut de rechercher si le choléra était contagieux, c'est-à-dire s'il tenait à un virus communicable. Pour cela ils essayèrent de s'inoculer la maladie, et, avec ce courage qui a de tout temps honoré la science, ils s'imprégnèrent du sang des cholériques , ou des autres fluides émanés de leurs cadavres ; mais aucun d'eux n'en souffrit. Et comme le choléra n'atteignait ni les médecins qui assistaient les malades , ni les infirmiers qui les soignaient, ni aucun de ceux que la charité conduisait dans les hôpitaux, ils conclurent de ces faits que le fléau n'était pas contagieux.
L'opinion contraire prévalut cependant parmi le peuple. On disait que le choléra avait été importé à Dantiig par des navires venant de Russie; on faisait remarquer que l'armée polonaise l'avait gagné en se mêlant à l'ennemi, et que le choléra se déclarait dans les villes précisément aussitôt après le passage des Russes. Les médecins français furent obligés eux-mêmes de reconnaître que les mouvements de troupes, la présence sur un point d'une grande masse d'hommes traînant avec eux une atmosphère spéciale , pouvaient avoir une influence que n'avait point un cholérique isolé. Ces hardies hypothèses, dont s'emparait la passion , avaient augmenté la fureur des Polonais, qui accusaient les Russes d'avoir pris pour allié un mal inconnu.
Vraie ou fausse, cette opinion se répandit
en Europe, et la France l'accueillit aridemeeL On réclama, au nom de l'humanité, la ta d'une guerre impie, entreprise par l'orgueil d'un seul homme. On s'indignait de l'appui q«e la Prusse avait prêté à l'année russe» tandis que l'Autriche paraissait observer du moi** une neutralité honorable. Les journaux du gouvernement français demandaient avee ironie si les puissances voulaient répondre à b propagande des principes par la propagande des contagions ; et le Journal des Débat* s'écriait ; € Qui se rappellera que le roi de Prose i est le beau-père de l'empereur Nicolas, le » jour où le fléau marchera sur Berlin , comme » il marche déjà sur Vienne? Ce sont là des » liens de famille qui coûtent trop cher au > peuples. >
Mais les puissances fermaient l'oreille à ces cris arrachés par la peur, Déjà l'Autriche, comme si elle eût voulu démentir les sympa* thies qu'on lui supposait pour la Pologne, avait saisi l'occasion que lui offraient les événements que nous allons raconter,
Depuis que Dwernicki occupait Zamose, la noblesse de la Volhynie, de la Podolie et de l'Ukraine, encouragée par son voisinage, préparait une vaste insurrection , dont la pensée généreuse allait jusqu'à l'affranchissement des serfs. Pousser à ce grand mouvement , le régulariser, soutenir le patriotisme de ces contrées couvertes de forêts et habitées par de rudes chasseurs , c'était là ce que Dwermcki devait accomplir avec sa petite troupe , si faible, qu'on paraissait , en lui donnant de pareils ordres , avoir conjuré sa perte.
Quoi qu'il en soit, résolu de passer à travers les trois armées qui le menaçaient, Dwernicki sort de Zamosc le 3 avril , et arrive le 16 à Boremel , où l'atteint bientôt le corps de Ru* diger. Là se livre un de ces combats que la furie polonaise rend seule explicable. Laissant son infanterie dans le village, Dwernicki , à la tête de deux mille lanciers républicains, fond sur les 9,000 hommes de Rudiger ; en deux charges il le met en déroute , et lui prend huit pièces de canon. Le lendemain , Dwernicki se dirigeait vers la Podolie, poursuivi par Rudiger qui venait d'opérer sa jonction avec JUysaroff. Au midi, le général Roth s'avançait pour
lui barrer le passage. A Kolodno , le général polonais apprit qu'on voulait le couper des frontières de Gallicie. Il pousse à Lulince, mais dans la nuit du 25 avril, Rudiger, violant le territoire autrichien, ordonne à un détachement de se porter en arrière des Polonais, Le 27 au matin , quand fut dissipé le brouillard qui avait masqué les manœuvres des Russes, Dwernicki se vit enveloppé par 25,000 hommes. Alors, il franchit la frontière, mais les troupes autrichiennes, qui avaient toléré la violation de leur territoire par les Russes , l'environnèrent et le forcèrent de mettre bas les armes. Les populations que traversa ce petit corps, quand on remmena prisonnier, l'accueillirent avec enthousiasme; les dames de Presbourg, arrachant les boutons de l'uniforme de Dwernicki , les portaient suspendus à leur cou par des chaînes d'or.
Le désastre de Dwernicki fit manquer l'insurrection des provinces méridionales. Celle des Lithuaniens attira dès lors toute l'attention des Polonais.
Après la bataille d'Iganie, Skrzynecki perdit un temps précieux. Il pouvait, avec toutes ses forces réunies , se porter successivement sur chacun des grands corps de l'armée russe, qui étaient toujours fort éloignés l'un de l'autre , et les battre séparément , grâce à la double supériorité de la valeur et du nombre.
La garde russe était cantonnée entre le Bug et la Narew, à vingt lieues au nord du quartier général de Diébitscb. Elle occupait le terrain qui s'étend de Lomza à Zambrow; et Diébitsch ne pouvait la joindre qu'en passant le Bug. Cette garde, forte de 20,000 hommes, était commandée par le grand-duc Michel et renfermait toute la noblesse russe. La détruire, c'eût été frapper au cœur l'empereur de Russie, et l'exposer à la haine des grandes familles , déjà mécontentes. Ce corps était donc celui que le généralissime polonais devait attaquer de préférence , d'autant plus qu'en allant lui livrer bataille, on pouvait jeter des secours dans la Lithuanie insurgée.
Skrzynecki avait perdu un mois en tergiversations : il résolut enfin d'agir. Le 12 mai, il quitta son camp de Kaluszyn, et marcha sur Serock, ville située au confluent du Bug et de
la Narew, 11 avait avec lui 46,000 hommes et cent pièces de canon (1). Pour masquer à Diébitsch ce grand mouvement, il laissa le général Uminski à Kaluszyn avec un rideau de troupes.
Arrivé à Serock le 14 , sans que rien eût transpiré de ses desseins, ni dans l'armée russe, ni dans Varsovie même, Skrzynecki divisa son armée en deux colonnes , et , se je* tant dans le terrain compris entre les deux fleuves, il marcha sur les gardes, ayant le Bug à sa droite et la Narew à sa gauche, L'une de ces colonnes, sous les ordres de Lubienski, se dirigea du côté de Nur, pour observer Diébitsch et l'empêcher de passer le Bug. L'autre colonne, sous les ordres de Skrzynecki lui* même , marchait sur Lomza pour y surprendre les gardes , menaçant à sa gauche Ostro» lenka , petite ville située sur la rive gauche de la Narew, et environnée de dunes et de mare* cages.
Cette ville était occupée par une division de 7,000 hommes, sous le commandement de Sacken, qui était ainsi séparé de la garde russe par toute la distance d'Ostrolenka à Lomza.
Au lieu de dépasser le corps de Sacken, qu'on aurait écrasé plus tard dans son isole* ment et que maintenait une division polonaise précédemment envoyée sur la rive droite, Skrzynecki fit la faute de détacher contre Sac* ken le général Gielgud, ce qui était du même coup affaiblir l'armée polonaise et forcer les Russes de Sacken à rejoindre les gardes en se repliant sur Lomza. Déjà, du reste, les gardes, profitant de la lenteur de Skrzynecki» avaient gagné une marche et mis le fleuve entre elles et l'ennemi.
L'expédition contre les gardes était donc manquée par défaut de vigueur et d'audace. De son côté, Diébitsch est enfin averti de ces grands mouvements. Il pourrait, par une diversion formidable, marcher sur Varsovie : il aime mieux aller secourir les gardes. 11 sort brusquement de son camp de Siedlce , et aussi prompt cette fois qu'il était Jent d'ordinaire, il s'avance vers le Bug, passe le fleuve au-dessus
(2) Ses forces s'étalent beaucoup accrues depuis le commencement de la guerre. Elles s'élevaient en tout , dans et moment, à 86,000 hommes environ.
de Nur, et court attaquer Lubienski dans la plaine. Lubienski, à la tête de ses 10,000 hommes, soutint bravement le cboc jusqu'au soir. Enveloppé par la cavalerie du comte Witt, il refuse de se rendre, il ouvre les colonnes ennemies à la baïonnette, pendant que les faucheurs abattaient les cuirassiers russes , et, se sauvant au milieu des ténèbres, il va rejoindre le généralissime. Celui-ci, entendant le canon du côté de Nur, se retirait déjà sur Ostrolenka ; et, dans la nuit du 25 mai, il passait la Narew sur les deux ponts de cette ville, avec le gros de son armée et toute son artillerie , évitant une bataille, mais, laissant, par une préoccupation inexpliquée, le corps de Lubienski isolé sur la rive gauche.
Cependant, revenus de leur frayeur et trouvant libre le terrain compris entre les deux fleuves, les gardes avaient opéré leur jonction avec Diébitsch; et, le 26 mars au matin, toute l'armée russe s'avançait sur Ostrolenka.
En avant de la ville s'étend une plaine où se trouvent, comme nous l'avons dit, des dunes, des marécages et quelques mamelons boisés. C'est dans cette plaine que se déployait, en attendant les Russes, la cavalerie de Lubienski , derrière la division d'infanterie du général Kaminski.
A neuf heures du matin , la grande armée russe arrivait en masse dans la plaine, déroulée en éventail et flanquée par des nuées de Cosaques. L'affaire fut engagée par les troupes du général Berg, que l'infanterie de Kaminski reçut vigoureusement. Mais les Russes, menaçant de tout envelopper par leur nombre, il fallut céder le terrain. La cavalerie se replia la première sur Ostrolenka, et le général Pac lui ordonna de passer sur la rive droite. Suivait l'infanterie de Kaminski. Placé à l' arrièregarde, le 4e de ligne reculait lentement, et, s'arrétant par intervalles pour repousser la cavalerie russe qui l'inondait, il faisait feu de tous ses fronts et regagnait Ostrolenka, tandis que les troupes dont il protégeait la retraite se précipitaient, à travers la ville, vers les deux ponts, pour aller rejoindre le gros de l'armée polonaise qui campait , dans la plus parfaite sécurité, sur la rive droite.
Mais les Russes entraient par divers points
sur les traces de l'arrière-garde. Le désordre commençait. Des barricades inachevées obstruaient les rues ; des obus éclataient de toutes parts, et les maisons d'Ostrolenka étaient en flammes : on se battait au milieu de rincendie. Pendant qu'on débouche par toutes les issues vers les ponts, les grenadiers d'Astrakan, deji logés dans les maisons voisines du fleuve, tirent à bout portant sur les bataillons en retraite. Mêlés aux Polonais, les Russes encombrent les avenues , et dressent leurs batteries sur la rive.
Resté seul dans la ville , le 4* de ligne avait à se faire jour à travers cette foule amoncelée. Il épaissit ses rangs, et, poussant des hourras, il charge cette masse d'hommes à la baïonnette, en fait une boucherie sans nom, et se fraye un passage. Le pont est couvert de morts. La Narew, ensanglantée, ne charrie plus que des cadavres ou des mourants.
Il est onze heures du matin. A la suite du 4* de ligne , les grenadiers d'Astrakan et de Souwaroff se jettent pêle-mêle sur les ponts fléchis et délabrés. Les canonnière polonais, qui ont plusieurs fois balayé le passage, ont été tués un à un par les tirailleurs , et sont étendus morts à leurs places. C'est autour de leurs pièces que s'engage le combat sur la rire droite. Les Russes sont protégés par le feu de quatre-vingts pièces de canon qu'ils ont rangées en fer à cheval sur la rive gauche, grâce à la concavité du fleuve. Tout à coup arrive au milieu des Polonais le généralissime éperdu Tranquille tout à l'heure dans son quartier général, il croyait entendre le bruit d'un simple engagement. Les troupes assises autour de leurs bivacs n'avaient pas mangé depuis trente heures. En apprenant que l'armée russe envahit la rive droite , on s'assemble en tumulte; les bataillons se précipitent au-devant de l'ennemi sans ordre , sans ensemble. Désespéré» Skrzynecki courait ventre à terre d'une colonne à l'autre en criant : A moi /tyWndy- ' moi Malachowskyl En avant ! en avant tot^L Lui-même, son habit troué de balles, il s'élance vers le pont par où débouchent à chaque instant de nouvelles masses, et, prenant successivement ses bataillons, il les engouffre un à un dans la mêlée. Les généraux donnent l'exem-
pie : Langermann, Pac, Muchowski, Prondzynski, exécutent des charges furieuses, mais inutiles : l'artillerie polonaise n'a bientôt plus de munitions ; la seule batterie du colonel Bem porte la mort dans les rangs ennemis. On se bat corps à corps, à coups de sabre et de faux. Une sorte de délire s'empare des Polonais. On voit des centaines d'officiers se ruer au premier rang, l'épée à la main, en chantant la Varsovienne. Les lanciers veulent charger à leur tour, et le généralissime les pousse à bride abattue; mais leurs chevaux vont s'enfoncer jusqu'au poitrail dans un terrain vaseux, et ils sont exterminés sans combattre.
La nuit tombait , le champ de bataille n'était plus qu'un immense cimetière. Skrzynecki était parvenu à empêcher l'armée russe de passer tout entière sur la rive droite. Il restait maître du terrain. Mais il lui en avait coûté 7,000 hommes. Les généraux Kicki et Kaminski étaient morts. 270 officiers avaient péri. Les Russes repassèrent la Narew dans la nuit, ayant perdu plus de 10,000 hommes. Le généralissime polonais ordonna la retraite sur Varsovie, et, montant en voiture avec Prondzynski, il répétait d'un air sombre ces fameuses paroles de Kosciusko : Finis Poloniœ.
Retiré dans le camp de Pultusk, où le choléra l'avait suivi, et accablé de ses pertes, Diébitsch était tombé dans une mélancolie profonde. Ne doutant plus que la faveur du maître ne se fût retirée de lui, il cherchait dans l'ivresse l'oubli de ses anxiétés, de ses humiliations. Tout à coup on apprit que le comte Orloff était arrivé au camp. L'envoyé de l'empereur portait un nom sinistre. Orloff comptait deux assassinats de princes dans ses traditions de famille. Chacun vit dans l'apparition soudaine de cet homme l'annonce d'un mystérieux arrêt de mort.
Le comte et le feld-maréchal eurent une entrevue, s'assirent à la même table, et le 11 juin, le général Toll prenait le commandement de l'armée russe. Diébitsch venait de mourir au milieu d'horribles souffrances. Succombaitil à la peste, ou à cette haine des grands de la terre, fléau redoutable aussi? Les peuples crurent à un empoisonnement.
De Pultusk, le comte Orloff se rendit à Minsk
où se trouvait le grand-duc. Ils eurent une entrevue, s'assirent à la même table, et Constantin mourut.
La princesse de Lowicz aimait son époux, tigre qu'elle avait dompté. Ne lui voyant partout que des ennemis, elle l'avait entouré d'une tendresse vigilante et courageuse, avec cette admirable puissance de dévouement qui rend précieux aux femmes ce qui est fragile ou menacé. Constantin mort , elle ne se sentit ni la force ni le désir de lui survivre ; et comme elle perdait le but de son existence, elle s'éteignit dans une douleur pieuse, muette et calme. -
Il y eut bien des larmes versées sur le tombeau de cette Polonaise si belle et si tendre. La noblesse de ses amours et leur bienfaisante influence n'était un secret pour personne. Quant à Constantin, la malédiction publique, qui n'avait cessé de peser sur sa vie, n'épargna point sa mémoire; malédiction si terrible qu'elle étouffa jusqu'à cet intérêt qu'inspirent les hautes victimes! Car, comme celle de Diébitsch, la mort du grand-duc fut attribuée à quelque noir forfait. Et ce forfait , il faut le dire, un étrange concours de circonstances le rendait vraisemblable aux yeux de la masse qui croit volontiers à l'excès du mal.
Nicolas, cependant , et le comte Orloff, son favori, étaient des hommes que ceux qui les connaissaient bien jugeaient incapables d'une perfidie. On avait peine, d'ailleurs, à concilier l'affreuse idée d'un fratricide avec les souvenirs qui se rattachaient au couronnement de l'empereur, souvenirs auxquels on nous pardonnera de remonter ici , parce qu'ils peuvent servir à l'éclaircissement d'un problème qui , en 1831, a occupé toute l'Europe (1).
Quoique Constantin eût renoncé à la couronne des czars du vivant même d'Alexandre, Nicolas n'avait point osé, quand il apprit que l'aîné de la famille venait d'expirer, monter sur un trône dont la route ne lui était ouverte que par une renonciation douteuse. Constantin , à cette époque, était en Pologne. Nicolas lui envoya un aide de camp, nommé Sabouroff, avec mission de lui apporter la nouvelle de la mort
(1) Les détails que nous allons donner sur le couronnement de remperear Nicolas nous ont été fournis par an témoin oculaire attaché au corps diplomatique.
d'Alexandre, et de le saluer empereur. En s'entendant traiter de majesté par l'envoyé de Nicolas, Constantin entra dans une fureur épouvantable. Partagé entre le désir de régner et celui de ne point trahir sa promesse, il ordonna qu'on le laissât seul. La princesse de Lowicz elle-même ne put lui parler dans ce moment solennel, ni l'approcher; mais, de loin, elle lui fit signe et joignit ses mains d'une façon suppliante. Renfermé dans son appartement, Constantin en sortit deux heures après. Les meubles brisés, les glaces en pièces, attestaient la manière dont s'étaient épuisés les transports de cette âme sauvage. Maintenant il montrait un visage tranquille. Il marcha vers la princesse de Lowicz, tout entière à ses perplexités, et lui dit : c Rassurez-vous, ma- » dame, vous ne régnerez pas. »
Sabouroff revint dans la capitale des czars. Sûr de l'assentiment de son frère, et vainqueur d'une conspiration qui mit la Camille des Romanoff à deux doigts de sa perte, Nicolas se voyait décidément empereur. Il ordonna les préparatifs de son couronnement. Mais , pour qu'il ne restât aucun doute sur sa légitimité dans l'esprit des vieux Russes dont son frère reproduisait plus fidèlement que lui la physionomie et le caractère, il aurait fallu que Constantin vint à Moscou répondre par sa présence à tous les soupçons. Nicolas l'attendit pendant longtemps avec anxiété. Enfin, la veille du jour d'abord fixé pour le couronnement de l'empereur, Constantin descendit de voiture, accompagné d'un seul aide de camp. Nicolas s'avança radieux et attendri ; mais sa surprise fut extrême lorsqu'il entendit le grand-duc déclarer d'un ton sec qu'il venait uniquement pour assister à la cérémonie et que le soir même il retournerait en Pologne. Pour comble d'embarras, Nicolas dut apprendre à son frère que les préparatifs n'étant pas achevés , le couronnement n'aurait lieu qu'au bout de huit ou dix jours. A cette nouvelle, Constantin laissa éclater son mécontentement avec une franchise grossière, mais en assurant toutefois qu'il se résignerait. Pendant ce temps, le bruit de l'arrivée de Constantin s'était répandu dans Moscou ; et les vieux Russes , les hommes à barbe, accourant sur les places, faisaient re-
tentir son nom avec un sombre enthousiasme Dévoré de soucis , Nicolas ne savait comment adoucir l'humeur farouche de ce frère qui roitrageait tout en lui donnant une coureuse, Pour charmer les loisirs de Constantin, il ordonna de grandes manœuvres militaires qui, chaque jour, les conduisaient l'un et l'antre hors de Moscou. Mais à peine étaient-ils sortis de la ville, que Constantin se séparait brutalement de l'empereur, entraînant à sa suite le flot de la population, et ne laissant an car, ému et humilié , d'autre escorte que celte di corps diplomatique. Les choses en étaient 11, lorsque Constantin apprit par hasard que, dis l'église où la cérémonie se préparait, Nicolas avait ordonné qu'en face de son trône et à (Ai de celui de l'impératrice mère, on en élevât a pour son frère aine. Dès ce moment ou eut remarquer une altération profonde sir k risage et dans les manières de Constantin, La veille du couronnement, l'empereur étant descendu sur la placé du Kremlin , pour voir, comme à l'ordinaire, défiler la parade, il arma que le bataillon qui devait être passé en rem disait partie du régiment dont Constantin était le chef. Le titre de chef d'un régiment en Russie étant purement honoraire, et pou?ant être donné même à des princesses, il n'y avait pas obligation pour le grand-duc d'aller prendre rang. L'émotion fut donc universelle quand m le vit placer derrière le maréchal Sackenell la droite du premier grenadier de la seconde ligne. Le bataillon s'ébranla. Sur les gradaias disposés pour la prochaine cérémonie s'agitait une foule inquiète de spectateurs. A l'extrémité de la place du Kremlin, l'empereur attendait, immobile, veillant sur lui-même, hbb le cœur plein de trouble. Constantin travera toute la place, conservant son rang, et efflWtant le pas. Arrivé devant celui qu'il to^ empereur, il éleva respectueusement la ■w" pour le salut militaire : Nicolas lui saisit le bras, et Constantin se courbant pour baiser la main de son frère, devenu son maître, Fenipereur l'attira vivement sur sa poitrine : îIscobfondirent leurs embrassements. Alors, beaucoup se mirent à verser des larmes, et le penp* touché de la grandeur de ce spectacle, ]N& des acclamations qui se prolongèrent
temps dans la place du Kremlin. Le lendemain, dans r église le grand-duc laissait vide le trône préparé pour lui, et allait se ranger modestement à côté du grand-duc Michel. Jamais investiture n'avait été plus touchante et plus hé* roïque.
On conçoit quel démenti donnait à 1* hypothèse d'un lâche assassinat le souvenir de semblables scènes chez ceux qui en avaient gardé l'impression. D'un autre côté, il y avait plusieurs années déjà que ces choses s'étaient passées, et, depuis, les relations des deux frères n'avaient pas été sans nuages. Il importe d'ajouter que, dans la guerre de Pologne, la conduite de Constantin avait présenté quelque chose d'inexplicable. On raconte que, loin de contribuer aux succès des Russes, il se réjouissait de leurs revers, et ne s'en cachait pas, soit que le rôle subalterne qu'on lui avait assigné dans cette campagne eût irrité son orgueil outre mesure, soit qu'il fut bien aise de montrer ce que pouvaient dans les combats ces guerriers polonais qu'il se vantait d'avoir formés à l'art de la guerre, et qu'il continuait à appeler ses enfants.
Quelque éloigné que fût de la France le théâtre de ces événements, la nation française les suivait avec une attente passionnée, dont elle se laissait à peine distraire par le ressentiment de ses propres injures. Des faits graves, cependant, et qui la touchaient de près, avaient lieu en Portugal. Don Miguel y régnait, adoré par les mendiants que nourrissaient ses largesses, mais abhorré par tout le reste de la nation , jouet de ses caprices sanguinaires. Don Pedro, son frère, abdiquant devant des troubles factices par lui-même excités, quittait le Brésil pour venir défendre en Europe la cause de dona Maria contre l'usurpateur de la couronne de Portugal. Ainsi menacé, et ne pouvant parvenir à se faire reconnaître ni par l'Angleterre ni par la France, don Miguel vivait dans un état continuel de fureur, étendant de plus en plus sa tyrannie, et se vengeant, sur les étrangers, de la haine universelle qu'il inspirait. Déjà, plusieurs fois, des Français établis à Lisbonne avaient eu à gémir des persécutions de ce prince féroce. Un étudiant de l'université de
Coimbre, M. Bonhomme, et un négociant, M. Sauvinet, sujets tous deux de la France, furent plus particulièrement victimes d'une oppression qui ne connaissait pas de bornes à ses excès. Livrés à des commissions spéciales, où le bourreau se cachait dans le juge, le premier fut condamné, pour un délit imaginaire, à être flagellé sur la place publique à Lisbonne ; et le second, accusé parce que, dans un jour d'émeute, une fusée volante était partie de son jardin, ouvert à tout le monde , fut condamné à la déportation sur les plages brûlantes de l'Afrique. Le consul de France se plaignit : on dédaigna ses plaintes; et il dut s'embarquer.
Le capitaine de vaisseau français Rabaudy reçut ordre aussitôt de conduire devant le Tage une division légère de quelques frégates, Il était chargé de demander, pour les Français de Lisbonne, réparation et indemnité, et, sur le refus du gouvernement portugais, de bloquer l'entrée du Tage. Mais, la colère de don Miguel grandissant avec ses périls, la sentence rendue contre M. Bonhomme fut insolemment exécutée.
Toute hésitation était interdite au gouvernement français. L'Angleterre, d'ailleurs, outragée à son tour par don Miguel, laissait libre la route qui conduisait jusqu'à lui. M. de Rabaudy se mit en devoir de poursuivre la croisière portugaise qui Moquait Terceira, occupée par quelques partisans de don Pedro. En même temps, le contre-amiral Roussin, partait de Brest sur le vaisseau le Suffren, pour aller se mettre à la tête d'une escadre qui, de Toulon devait le rejoindre au cap de Sainte-Marie. Le 25 juin, l'amiral Roussin arrivait à vue du cap la Roque; le lendemain, il communiquait avec M. de Rabaudy, qui venait d'expédier à Brest sa seizième prise portugaise; et le 6 juillet, il avait connaissance de l'escadre qu'on lui amenait de Toulon. Cette escadre se composait de cinq vaisseaux, de deux frégates et de deux corvettes-avisos. Elle était sous le pavillon du contre-amiral Hagon, ayant sous ses ordres les capitaines de vaisseau Maillart-Iiscourt, Forsans, Moulac, de la Susse, le Blanc, de Gbateauville , Casy, et les capitaines de frégate Jonglas et Delofre.
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Ralliée avec le vaisseau le Suffren et la MApomène, commandés par les capitaines de vaisseau Trotel et de Rabaudy, et avec les avisos l'Églé, le Hussard, l'Endymion, sous le commandement de MM. Raffy, Thoulon, Nonay, elle présentait un aspect magnifique et témoignait hautement de la puissance maritime de la France.
Le 7 juillet, l'amiral Roussin appela l'escadre au mouillage, entretint les capitaines des détails de l'exécution, leur remit les notes de Franzini sur l'entrée du Tage, et prépara tout pour frapper un coup décisif. Mais, avant de s'engager dans une entreprise qui pouvait aboutir à la destruction d'une ville de 280,000 âmes, il crut devoir tenter pour la paix un dernier effort, et il écrivit en ce sens au vicomte de Santarem, ministre des affaires étrangères. Le vicomte ayant répondu que le gouvernement portugais rejetait les demandes de la France, l'amiral Roussin prit définitivement le parti de forcer l'entrée du Tage.
Les vents étaient peu favorables , et les pécheurs qu'on avait engagés à suivre l'escadre, les déclaraient trop courts. D'un autre côté, l'entreprise était hasardeuse. Une escadre portugaise, forte de huit bâtiments, était embossée en travers du fleuve; des corps de troupes étaient, depuis Bélem, échelonnés le long du rivage ; et des forts nombreux, bien approvisionnés, menaçaient les assaillants. Mais, dans l'escadre française, soldats et matelots étaient transportés d'enthousiasme. L'Europe avait depuis longtemps adopté cette opinion que le Tage était inexpugnable du côté de la mer; et c'était pour nos intrépides marins un motif de plus d'impatience. Le il juillet, les vents se levèrent à huit heures; à dix heures, l'escadre appareilla; et, à une heure et demie après midi, elle donnait à pleines voiles dans le Tage, en gouvernant entre les forts Saint-Julien et Bugio.
Les corvettes, placées à la droite de la ligne, devaient combattre exclusivement la tour de Bugio; et celle de Saint-Julien devait supporter le feu des vaisseaux. L'amiral Roussin avait craint qu'en franchissant ces deux forts, les vaisseaux n'éprouvassent assez d'avaries pour
qu'il leur fût impossible de continuer leur route : dans ce cas, l'escadre devait mouiller par le travers du Paco ËArcos; dans le cas contraire, elle devait aller s'embosser devant l'escadre portugaise et les quais de Lisbonne.
Les deux premiers forts de l'entrée ayant ouvert leur feu, l'escadre française continua sa route pendant dix minutes sans riposter. Arrivés à environ 500 toises de Saint-Julien, les vaisseaux tirèrent, et aussitôt un nuage de sable et de pierre attesta la précision de leurs coups. En même temps, les frégates et les corvettes éteignaient la tour de Bugio. D en fut de même pour tous les autres forts. Leurs feux, mal dirigés, ne causèrent presque pas de dommage à l'escadre française, dont les équipages , à mesure qu'ils passaient devant l'ennemi, faisaient retentir l'air de leurs acclamations.
A quatre heures, le Suffren, chef de file, rangeait le fort de Bélem à 60 toises. Bientôt, le Trident, l'Alger, l'Algésiras, se portèrent, ainsi que les corvettes et les frégates, sur l'escadre portugaise embossée entre la ville et la pointe du Pontal. Primant de vitesse la plupart de ces bâtiments , la Pallas tira les premières volées. Le pavillon portugais disparut
A cinq heures, toute l'escadre française était mouillée à 300 toises des quais de Lisbonne, où régna le plus profond silence.
L'amiral Roussin écrivit aussitôt au vicomte de Santarem la lettre suivante, qu'il remit au capitaine de corvette Olivier :
« Monsieur le minUtre,
» Vous voyez si je tiens mes promesses : je tons ai bit » pressentir hier que je forcerais les passes du Tage. le » voici devant Lisbonne. Tons vos forts sont derrière moi, » et je n'ai plus en face que le palais du gouvernement. Re » provoquons pas de scandale. La France, toujours géoé* » reuse, vous offre les mêmes conditions qu'avant la victoire. » Je me réserve seulement , en en recueillant les fruits, <Ty » ajouter des indemnités pour les victimes de la guerre.
» J'ai l'honneur de vous demander une réponse ûnaé- » diate.
» Recevez, monsieur le ministre, l'expression de ma otite » considération.
» Le contre-amiral commandant Pescadre française » du Tage,
» Baron Rocssir. ■
Le vicomte de Santarem ayant répo&da qu'il adhérait aux propositions formulées dans
la lettre du 8, adhésion équivoque qui tendait à esquiver les conditions nouvelles contenues dans la lettre du 11, l'amiral Roussi n adressa au ministre portugais la liste complète des propositions de la France.
Elles consistaient dans l'annulation des sentences rendues contre des citoyens français ; dans la fixation d'une indemnité pour cbacun de ceux d'entre eux qui avaient à se plaindre du gouvernement portugais ; dans la destitution du cbef de la police du royaume ; dans une indemnité de huit cent mille francs au gouvernement français pour les frais de l'expédition ; dans l'affiche de ces faits sur les murs de toutes les rues où l'étudiant de l'université de Coïmbre avait été ignominieusement promené. A ces conditions , l'amiral Roussin ajoutait celle d'une indemnité à fixer contradictoirement pour dommages occasionnés au commerce français, et il déclarait propriété française les bâtiments portugais qui avaient amené leur pavillon sous le feu de son escadre.
Le vicomte de Santarem essayant de traîner les choses en longueur, et paraissant désirer que les négociations eussent lieu non sur le vaisseau de l'amiral, comme celui-ci l'exigeait, mais au palais de Bélem, l'amiral Roussin écrivit le 13 juillet au vicomte :
« Monsieur le ministre,
» Vous me pousses a boni , et j'ai l'honneur de vous pré- 9 Tenir que eela ne peut vous réussir. 4e m'en réfère à ma » lettre de ce jour, et je tous confirme l'assurance que si, » demain a midi , je n'ai pas terminé la eonTention dont tous » avei accepté les bases , je reprendrai les hostilités contre
» Lisbonne J'attends Votre Excellence, ou la personne
» autorisée qu'elle désignera, aujourd'hui ou demain jusqu'à » midi. Je la recevrai a mon bord et non ailleurs.
» J'ai l'honneur de tous exprimer l'assurance de ma haute » considération.
» Le contre-amiral , commandant l'escadre française » du Tage,
» Baron Roussir. »
Le 14, les négociations étaient terminées à bord du vaisseau de l'amiral ; la France était vengée; et, quelque temps après, la flotte portugaise, que don Miguel n'avait pas voulu racheter au prix d'un certain nombre de prisonniers politiques portugais, dont l'amiral Roussin demandait généreusement la déli-