‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 4)Chapitre 39 sur 96 · LODll BURG · texte numérisé non relu

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vrance, la flotte portugaise était envoyée prisonnière à Brest.

Cette éclatante expédition n'eut en France qu'un médiocre retentissement. Presque toujours aveuglée par les haines de parti sur le grand intérêt de la nationalité, l'opposition mesura ses éloges avec une prudence avare, et le gouvernement lui-même ne parla qu'avec une satisfaction contenue d'un succès qui semblait-honorer sa fermeté, mais dont il craignait que l'Angleterre ne prit ombrage. Elle s'en émut, en effet. Des discours injustes, des discours jaloux furent prononcés dans le parlement. Pitt, en mourant, avait légué à ses successeurs tout le fiel de son génie.

L'Angleterre, pourtant, était alors assez puissante par nos fautes, pour ne pas nous envier un moment d'orgueil. Car le triomphe de notre marine devant Lisbonne était cruellement compensé, à Londres et à Bruxelles, par les défaites de notre diplomatie.

Hais pour bien comprendre jusqu'à quel point elle fut vaincue et humiliée, il est indispensable de récapituler, en les rapprochant, les actes successifs de la conférence de Londres , actes protégés , d'ailleurs , par une déplorable obscurité et dont l'enchaînement forme ce qu'on pourrait appeler la haute comédie de l'histoire.

Dans son protocole n° 1 , celui du 4 novembre 1830, la conférence de Londres s'était bornée à proposer la cessation des hostilités entre la Hollande et la Belgique. Ce protocole était rédigé avec modération. Les cinq grandes puissances semblaient n'y assigner à leur intervention que le caractère d'une mission toute philanthropique ; elles ne s'y réservaient d'autre droit que celui de « faciliter la résolution des questions politiques. »

La Belgique n'aurait pu refuser son adhésion à un acte de cette nature, sans se montrer résolue à procéder, à l'égard de la Hollande, par voie de violence et de conquête. Aussi le protocole du 4 novembre fut-il accepté par tous les membres du gouvernement provisoire de la Belgique, sans en excepter H. de Potter.

Cependant, comme ce protocole contenait, sur la liqne de l'armistice, une phrase ambiguë et dont pouvaient sortir les plus terribles

orages* le gotivefnemsut eut soiti de déclarer, dans son acte d' adhésion, que * pat la litftié proposée U entendait les limité* qui, àonfbrmément à l'ûrtMe 1 tel* loi fondamentale de* Pays-Bas, séparaient les propinces septentrion noies des provinces méridionale*, y compris la rive gauche de VEseaut* a Cette réserva était fort claire; elle prouvait que les Belge* ne donnaient au protocole qu'un* adhésion conditionnelle, et qu'ils ne ^connaissaient pas à la conférence le droit de fégler à sa guise sur quelles bases reposerait le système de délimitation des deux pays qu'une révolution tenait de séparer

Mais la diplomatie a des ressources qui lui sont propres. De retour h Londres, les deux commissaires de la conférence* MM. Cartwright et Bresson, déclâf èftntque l'importante réserve, mentionnée plus Haut, n'avait été acceptée par eut que coin m e une simple observation. Ils donnèrent même à entendre que cette réserve n'était que l'expression d'une manière de voir particulière h M. Tielemans* chargé par le gouvernement provisoire de conférer aVec eux,

Dans une négociation où il ne parlait qu'en qualité de mandataire, M, Tielemans pou-» vait-il avoir présenté comme son opMmi peî~ sonnOle une clause d'où dépendait l'avenir de son pays? Le supposer était ridicule. Ge fut* pourtant* de cette supposition que la conférence partit pouf annoncer, dans son ptote* cole du 17 novembre, qu'il y avait eu* de là part de la Belgique, adhésion ptite et simple au n° i é D'où les cinq puissances tiraient cette conclusion étrange qu'à elles seules apparte* naît désormais le droit de régler le sort de la Belgique, et* qu'en consentant à la suspension d'armes* et dernier pays s'était engagé non-» seulement envers la Hollande* mais envers les cinq grandes cours,

De sorte qu'il avait suffi d'une allégation sans preuves, d'une puérile équivoque* pour élever ce qui s'était d'abord qu'une médiation philanthropique à l'importance d'un arbitrage n'admettant ïii résistance ni appel. Voilà pourtant k quelles petites ruses d'écoliers se réduit l'habiletA de tous ces grands esprits dont le tôtâfittin des hommes salue av&c ébahissement la profondeur et la portée.

Quoi qti'i) en sdit, Fusurpàtidn était (m* Clamée : il ne feSlàit plti* qu'à la mettre à action. Cest ce que fit la conférence dans m protocole du 80 décembre, qui déclara le royaume-uni des Pays-Bas disâous, et pruveqtttj dé lapait dit roi Guillaume, mt ptotestation qtte nous avons rapportée.

Mais sur quelles bases s'opérerait cette séparation qu'on venait de consacra diptomatiqdement? Et quelles seraient les lteufet respectives des deux pays.

En ce qui concernait là division territoriale» trois points étaient en litige.

Le roi de Hollande rappelait qtie, teste négociations du congrès de Vienne, il Mit reçu le grand-duché de Luxembourg es ton» pensation des pays de Nassau qu'il avait rtdfc Il réclamait conséquemment cette prtrôrôu nom de la maison de Nassau et aa nom de ta confédération germanique. Mais à &to te Belges pouvaient répondre et répondaient qfc, dans l'ancien droit public, le Lustmtaff n'avait jamais eu de rapports particuliers m l'Allemagne; que, depuis son acquisition pv le troisième duc de Bourgogne jusqu'à 1* cetquête française, il n'avait pas eesëé d'étn* puté partie intégrante des provinces fltéritfr nàles des Pays-Bas ; et que ses rapports flfff l'Allemagne ne dataient que de 1113, tyoq» à laquelle il avait été fictivement donné ei échange des pays de Nassau. Or, GuiHanme avait annulé lui-même cette fiction, en rouissant de la manière la plus complète »

royaume des Pays-Bas le grand-duché * Luxembourg, et en indemnisant, sur Us ton de l'État, le prince Frédéric son fils, auqwl ^ réunion enlevait la souveraineté future d« grand-duché- Ces raisons étaient coficluoft et puisaient une force irrésistible dans Tcdtbousiasme avec lequel les habitants du Lutffr bourg s'étaient associés à la révolution b#

Le second objet du litige concernait le U^ bourg. En regardant comme tien avenue 1» conquêtes faites sur la Hollande, de l* à 1 81 3, et en supposant qu'à l'époqM (te H* elle se ftt reconstituée à titre de peopW * cien, nnl doute que, diplomatique' " Hollande n'eût droit k une partis do U* bourg, Car elle y powédait, en J7W* h*

de Venloo et 83 villages, ei elle y partageait avec le prince éféque de Liège la souveraineté de la ville de Maastricht, Mais de semblables déductions devaient-belles prévaloir sur la volonté des habitants du Limboûrg qui s'étaient associés à la révolution, et qui voulaient être belges?

La troisième question était relative à la possession de la rive gauche de l'Escaut* Ici les prétentions de la Belgique n'étaient fondées ni sur les traités , ni sur un énergique et incontestable assentiment de la population ; seulement, les Belges avaient à invoquer en leur faveur toutes les lois des convenances, car il était manifeste que, privée de là possession de la rive gauche de l'Escaut, la Belgique allait rester découverte de ce côté; sans compter que la libre navigation du fleuve, en ce cas, devenait une stipulation tout à fait illusoire. D'ailleurs, si on laissait les Hollan* dais maîtres de la rive gauche, c'est-à-dire de toutes les écluses construites pour l'écoulement des eaux de la Flandre ci-devant autrichienne* qui empêcherait Guillaume d'inonder à volonté le sol dont se composerait le territoire belge?

A ces trois questions territoriales s'ajoutait une question financière. Quelle devait être» dans le payement des dettes contractées par les deux pays réunis, la part afférente à chacun des deux pays séparés? Fallait-il dans le par* tage de ces dettes, avoir égard, oui ou non, à leur origine?

Telles étaient les difficultés qu'en vertu de son omnipotence usurpée» la conférence avait à trancher. Et elle n'hésita pas à le faire dans un sens contraire aux plus cbers intérêts de la Belgique.

En effet, dans son protocole du 20 janvier 4831 » elle décida : 4° « que les limites % de la Hollande comprendraient tous les ter- » ritoires, places, villes et lieux qui apparte-

(I) Protocole do 19 février 1831, signé : Esterhazy. Wesgemberg, Tatleyrand, Palmerston, Bulow, Lieven, Matuszewiez.

II. Nothomb a écrit sur la révolution belge an livre où il • fait preuve «le sagacité el de talent. Malheureusement, il y a beaucoup de diplomatie dans cet ouvrage, qui n'est, au fond, qu'une justification embarrassée des actes de la conférence de Londres. M. Nothomb cite dans son livre une par-

» naient k la ci-devant république des provin* » Ces*ttnies des Pays-Bas en l'année 1790, * ce qui était résoudre implicitement en faveur de la Hollande la question du Limbourg; 2° c que le grand-duché de Luxembourg, pos- * sédé à un titre particulier par les princes » de la maison de Nassau, faisait et continue* » rait à faire partie de la confédération ger* > manique. >

Quelques jours après, dans le protocole du 27 janvier, la conférence achevait la ruine de la Belgique, en lui refusant implicitement la possession de la rive gauche de l'Escaut» et en faisant la proposition qu'on mit à la charge des Belges les 16/51 des dettes du royaume prises en masse et sans acception d'origine*

Reconnaissant alors une compétence qu'il avait d'abord niée, Guillaume adhéra aux base* de séparation posées dans les protocoles des 20 et 27 janvier.

La Belgique, au contraire, protesta. Vaine résistance! Les diplomates de Londres répondirent que les arrangements arrêtés par eux étaient c ses awuncemekts fondamentaux et ut» » révocables (1), » déclaration qu'ils renou* vêlaient, deui mois plus tard, en y ajoutant des menaces (2) I

Jusqu'ici » on le voit, la conférence s'était montrée toujours hostile aux Belges; mais voilà que tout à coup sa politique change d'aspect. Dans son protocole du 21 mai 1831» elle ne craint pas de faire pressentir qu'une mo* dification profonde va être apportée aux ba$e* de dépuration des 20 et 27 janvier, errance* mente fondamentaux pourtant et irrévocable** c Les cinq puissances, est-il dit dans le pro- » tocole du 21 nai» promettent d'entamer » avec le roi des Pays-Bas une négociation » dont le but sera d'assurer, s'il est possible, » à la Belgique, moyennant de justes compen* » sations, la possession du Luxembourg. »

C'est que, durant le cours des négociations*

tie du protocole du 19 février, mais il n'a garde d'en citer la partie la plus importante, t'est-à-dire celle ou les cinq puissances parlent de leurs arrangements fondamentaux et irrévocable*. L'omission est significative! M. Nothomb a été obligé, pour n'avoir pas à condamner la conférence* de tronquer l'histoire.

(2) Protocole n°£î# iî avril.

des faits graves s'étaient passés : le congrès belge, ainsi que nous l'avons raconté plus haut, avait été, de la part du Palais-Royal, le jouet d'une intrigue; la couronne offerte au duc de Nemours, et refusée par Louis-Philippe, avait valu aux Belges la régence de H. Surlet de Chokier, régence nécessairement orageuse et anarchique; enfin, le gouvernement français s'était aliéné à jamais la Belgique, en s'associant , à la pensée des protocoles qui la dépouillaient après avoir formellement annoncé , lorsqu'il s'était agi de faire échouer une candidature rivale, que la pensée de ces protocoles n'était pas la sienne , et qu'à ses yeux la conférence de Londres n'était qu'une simple médiation (i). Ainsi humiliée, rebutée et trompée, la Belgique avait fini par se détacher de la France, pour se rapprocher de l'Angleterre. Et alors , grâce au victorieux ascendant des Anglais sur la confédérence, la Belgique n'avait trouvé que des soutiens dans ses ennemis de la veille.

Le triomphe de l'influence anglaise Ait tel qu'on en vint bientôt à regarder un prince anglais, Léopold de Saxe-Gobourg, comme le seul souverain possible de la Belgique. Et, pour précipiter son élection, la conférence rédigea le fameux protocole connu sous le nom de traité des 18 articles.

Ce protocole était aussi favorable à la Belgique que ceux des 20 et 27 janvier lui étaient funestes. Les cinq puissances décidaient, cette fois, que la question du Luxembourg était distincte de la question hollando-belge; et que, durant le litige, les Belges garderaient le

(1) Le i* février 1831, M. Sébastiani écrivait à M. Bresson la lettre suivante :

« Monsieur, si , comme je l'espère, vous n'avez pas encore » communiqué au gouvernement belge le protocole du 27 du » mois de janvier, vous vous opposerez à cette communica- » tion, parce que le gouvernement du roi n'a point adhéré » à ses dispositions. Dans la question des dettes, comme dans » celle de la fixation de l'étendue et des limites des territoi- » res belge et hollandais, nous avons toujours entendu que » le concours et le consentement libre des deux États étaient » nécessaires. La conférence de Londres est une médiation , » et l'intention du roi est qu'elle n'en perde jamais le carac- » tère.

» Agréez , etc.

» Signé, Horace Sébastian. »

Cette lettre , communiquée au congrès pendant qu'il dis-

grand-duché qu'ils occupaient. Les cinq cours assuraient, en outre, à la Belgique toutes les garanties qui lui faisaient désirer la possession de la rive gauche de l'Escaut. D était spécifié que la Belgique aurait droit, dans h ville de Maestricht , à la part de souveraineté qui, en i 790, n'appartenait pas à la Hollande. Enfin, le principe du partage des dettes, d'après leur origine, était formellement adopté. La conférence ne pouvait pas renier plus complètement son oeuvre; elle ne pouvait pis renverser d'une manière plus brutale les bases posées par elle-même dans les protocoles des 20 et 27 janvier, et par elle déclarées dm fois irrévocables.

Hais la conférence mettait une condition 1 ses largesses : l'élection du prince Léopold. La volonté de l'Angleterre fut faite : 16 4)011, Léopold était proclamé roi des Belges. Parmi ceux qui votèrent contre le candidat de la cobérence, nous devons citer M. Frison, qui moiva son vote en ces termes : c Je refuse mon vote au prince de Saxo-Cobourg,... parce que ce prince ne peut accepter qu'aux conditions imposées par les protocoles ; parce qu'il est hostile, je ne dis pas au gouvernement français, mais à la France, et que je regarde toute combinaison antifrançaise comme du malheur pour mon pays. » Le traité des 8 articles n'avait pas, du reste, trouvé i Bruxelles un accueil favorable, et avait fourni matière, dans le congrès, à une discussion très-brillante et très-animée.

Du rapide exposé que nous venons de Cure, résultent les deux grands faits que voici :

eutait les deux candidatures rirales du due de Neaov* * du due de Leuehtenberg, contribua à faire échoser»*' conde.

Le danger dynastique passé, toici en quels terawk gouvernement , dans le protocole du 17 avril , a* 21 . **** au protocole du 20 janvier, dont celui du 27 n'était «I*1* complément financier :

« Le plénipotentiaire français déclare offideUeBcat, oV t dre exprès du roi son maître :

» Que la France adhère au protocole du 20 jaaricr 1851; » qu'elle approuve entièrement les limites indiquées d* » cet acte pour la Belgique ; qu'elle ne reconnaîtrai***** » rain de la Belgique qu'autant qu'il aura pl«i*»eBtatf** » a toutes les conditions et clauses du protocole foinUs*81" » du 30 janvier 1831. »

Cela s'appelle de l'habileté !

Tant que l'influence française se maintient à Bruxelles, la conférence se montre systématiquement hostile à la Belgique et travaille à la rendre petite et faible.

Le jour où l'influence anglaise prévaut à Bruxelles , la conférence change brusquement de politique, n'hésite pas à se donner à ses propres affirmations un démenti éclatant, et ne songe plus qu'à fortifier la Belgique, en haine de la France.

Le rôle de M. de Talleyrand à Londres fut donc d'une insignifiance parfaite. Il signa des protocoles qui affaiblissaient la Belgique quand elle nous tendait les bras, et il en signa d'autres qui la rendaient forte au moment même où elle se séparait de nous.

Et quel motif forçait si impérieusement l'ambassadeur français à cet inconvenable abandon de tous les intérêts de son pays? Lorsqu'il fut question de fortifier la Belgique contre nous , ne pouvait-il pas dire :

En repoussant la Belgique qui s'offrait, et en refusant la couronne votée pour le fils de Louis-Philippe, le gouvernement français a donné une preuve incontestable de modération. Nous demandons que l'Europe en convienne. Dans les protocoles du 20 et du 27 janvier, la conférence a voulu rendre la Belgique petite et faible. Elle l'a voulu à tort ou à raison; mais enfin elle a, sur ce point, déclaré sa volonté immuable. Elle ne saurait aujourd'hui revenir sur cette déclaration sans mentir à l'Europe dont elle a la prétention de fixer les destins. Que s'est-il donc passé, depuis le 20 janvier, qui ait pu rendre subitement inique et funeste ce qui alors était reconnu juste et utile? Si vous ne vous êtes rapprochés de la Belgique que parce que la Belgique s'est éloignée de nous, vous voilà forcés de reconnaître que le lien qui vous rassemble ici est dans votre commune haine pour la France; que le respect des droits acquis , que la foi des traités, sont des prétextes dont se couvrent la terreur qui vous arme contre nous et les longs ressentiments que nous vous avons inspirés. Eh bien, s'il en est ainsi, souffrez que nous ne vous aidions pas dans l'œuvre de notre propre ruine. Au sein du congrès de Vienne, la France, vaincue» avait peut-être à subir la loi du plus

fort. Dans la confédérence de Londres la France ne vient pas figurer, Dieu merci , en en expiation de ses revers, et elle tient dans sa main, ne l'oubliez pas, cette clef de l'outre des tempêtes dont parlait Canning!

A un pareil discours qu'auraient pu répondre les diplomates étrangers? Il fallait que les directeurs de la politique française fussent des hommes bien médiocres pour ne pas comprendre que si la dynastie de Louis-Philippe avait des raisons pour craindre la guerre, les puissances étrangères en avaient de bien plus pressantes encore pour la craindre et pour l'éviter. Les représentants du Palais-Royal, s'ils eussent été doués de quelque intelligence, n'auraient-ils pu tirer parti de la frayeur de nos ennemis, comme nos ennemis surent tirer parti de la frayeur qu'éprouvaient les Français partisans de la dynastie nouvelle ?

Renoncer à cette haute et généreuse politique qui aurait pour jamais cimenté l'union de la France et de la Belgique, était assurément quelque chose de misérable; mais la politique de l'égoisme dynastique une fois adoptée, il eût été facile de la rendre moins ruineuse.

En effet, après l'élection du duc de Nemours annulée par le refus du roi des Français, la Belgique n'avait pas cessé d'être un grand embarras européen. Il Ait sérieusement question, alors, de la partager.

D'après le plan proposé, la France aurait obtenu la partie méridionale de ce pays , dont la partie septentrionale aurait été rendue à la Hollande ; la Prusse aurait pris pied sur les deux rives de la Meuse et de la Moselle, et Anvers aurait été livré à l'Angleterre. L'empereur de Russie, nous sommes en droit de l'affirmer, se prêtait volontiers à la réalisation de ce plan , auquel applaudissait le duc de Mortemart. Nicolas était bien aise de détourner, du côté des Pays-Bas, l'ambition de la France, qui, dans cette hypothèse, n'aurait plus menacé que les Anglais. Quant à l'Autriche, dont la haine des révolutions absorbait toutes les pensées, elle aurait vu sans déplaisir les Belges châtiés de leur récente insurrection.

Encore une fois, il eût été peu digne du génie de la nation française d'accepter une part dans les bénéfices d'une spoliation semblable.

Mai*, un point de vue égoïste de ceux qui nous gouvernaient, celte politique aurait eu, du moins, les apparences de l'habileté, car on of* Irait par là un aliment à l'humeur inquiète du peuple français; on consolait la France de ses rçvera de 1815, en modifiant à son profit, les traités de Vienne, et Ton déconcertait l'en* thousiasme belliqueux de l'opposition.

Rien de tout cela ne fut compris par le cabinet du Palais-Royal. Sa politique, dénuée de courage et de générosité , le fut encore plus d'intelligence. Elle laissa lord Ponsonby machiner tout à son aise en Belgique des conspirateurs orangUtee, sans autre but que de pousser la Belgique aux bras des Anglais ; elle le laissa flatter et menacer le congrès tour k tour pour le détacher de nous, mission dont

le succès devait nous couvrir de eonfesion; enfin, après avoir forcé Loui**Philipp« à refe. ser9 pour son fils, une couronna qu'il désirait cependant avec ardeur, elle dépouilla la dytuitie qu'une révolution immortelle venait de créer, non*seulement de toute popularité a France, mais encore de toute autorité monde en Europe,

Pour ce qui est de M. de Talleyraad, It ^ rite est qu'il fut insuffisant et subalterne; qoe ses collègues de la conférence se servirent de sa réputation contre lui-même, le soumirest i leurs desseins en paraissant charmée à&u* bons mots, et se jouèrent de lui comme d'un enfant. Enseignement grave, et qui mosta qu'une politique manque toujours d'habileté, qui manque d'élévation et de droiture!

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