CHAPITRE XXI
Attente générale. — Dlteours de la couronne. — Lotte dernière entre M. Laffitte et M. Casimir Perler. — Les asstrtioBsà dlseeurs de la eoorMne démentie* dans le parlement aaglais. — Meneeage de ralliante aaalaisa i outrages à la Frasa. -r Mot* du 19 avril 1351 publiée i sensation dans |e publie. ~ Saaoa préparé* * )a abambra fes pajrt. -«- Auwnsfr de la révolution; fausse nouvelle répandue; explosion du sentiment national. — Intervention d'une armée française*» Belgique ; caractère de eette intervention ; sa moralité ; ses résultats. — Courageuse attitude du roi de Hollande ris-à-rii des dmi grandes copra ; il meintieqt la paix à tan profit eq n'ayant pu peur de la guerre, r- Éraeualiôo de la Salfis* par l'armée française sur Tordre de 1$ conlftewe j le lion de Waterloo toujours debout, -~ Vandales ûnaneierg { jatfd* fameux.
On touchait en France k un moment solennel. Un débat d'une porté* immense allait s'ouvrir, peuuâtre, ]La Pologne aux aboi* et menaçant d'entraîner dans sa chute la vieille prépondérance de l'Occident; la papauté remise Yiolemment en possession de sa souveraineté temporelle et redevenue par là complice de tontes les tyrannies terrestres; quatre puissances s'ingépiant pour refaire, au détriment d'une seule, l'équilibre européen dérangé par la Belgique affranchie; la France enfin laissant flou ter aux mains de quelques hommes orgueilleux et impuissants la tutelle du monde agité : voilà quels intérêts se trouvaient en jeu et sur quelles questions il s'agissait de prononcer.
Aussi jamais assemblée nouvelle ne parut pur la scène au milieu d'une attente plus formidable et de pareils soucis, U ne fallait pas
de médiocres passions pour une si grand* fffr
relie* A la préoccupation des choses du debo* #
joignait, d'ailleurs, dans tous les esprits, Ffr patience de voir résoudre ce périJlew P** blême posé devant la nation : l'hérédité de II pairie doit-elle être maintenue?
N'accorder qu'au chef de l'État le privUégf de l'hérédité politique, c'était ^fiàmmi isoler la monarchie, lui retirer ses appui* a* tureis, et, en lui créant, au fctte de la wM une situation tout exceptionnelle, la co^aa* ner k une vie précaire, toujours meoacwtsM toujours menacée. Mais, daus ce dentier OW porté * la féodalité, daos cette dernier* m* liation infligée fc une aristocratie e*pir**J*» dans cet abaissement de la royauté qu'on *Uait réduire fc ne plus &&tw V& Mf (P*<*> a'
avait quelque chose de singulièrement flatteur pppr |'orgueiJ de la clause dominnutp. l/abolir tjop de l'hérédité de (a pairie ét*it dope dpyer pue, 4?»* PP grand nombre do collèges électoraux , l'objet d'pn mandat impératif, et )p bourgeoisie mettait un emportement extraor-
dipair* à demander çp qpa, dans son jgnor reppe, e}le regardait pomm* Je complément de sa victoire,
ta 93 juillet le roi pe rendit au palais Bourr bon.
J^es mppibre^ de la pairie s'y étaient mfh dqrteipent réPRtë *uj; communes. Lb temps était donc passé où les séances royale? se te-
naiept a» Luxembourg, sinon nu jâuvre.
Centrée du roi dans 1'pnceipte législative Alt saluée pnr des accusations; mais lorsque, contrairement apjc u$agep , un héraut cria ? # 14 reipe ! » pn fit silppcn dftPft c$tte jwem*blée de bourgeois ombrageux,
U (Hscoprç dp rp| fut remarquable par m certain ton de bauteurqui révélait la présence de Casimir Périer aux affaires. L'opinion républicaine était insultée dans qp dispPUr», Vér tendue de la qiisèrç publique y était constatée, sgn? pptre pmbarw qpe pelui d'une froide admiration pour la patience du peuple. Quand aux événements pxtérieprs, la harangue an* pppçait que Ip royaume des Pays-Bas, tel qu'il existait pn 4$13, avait pe?sé d'etfntnr; que lep plaoçs élevées, ppp pour protéger la Pelgiqup, mai? pour menacer la France, spraippt démpr lipsj qu'au midi, nos vaisseaux avaient forcé l'entrée du Taffd et que le 4r?pe^u tricolore flottait sou? le? murs 4e Lisbonne. Mais cp? pppveljps ét^iept suivies d'pn paragraphe décourageant pt lugubre ; * Après avoir offert ? ma médiatiop en faveur de la Pologne, 4tt sait le rpj? j'ai provoqué cejle des autres
» puis?pnçee, » laissant voir par là que la médiation offertp ayaU été rppousséç. pu rpste, P99 un mot d'espoir pour la malheureuse Pologne, Le gouvprpement se contentait de re- Çppnajtre que le courage de? Polonais ayajt ^veillé |çs vieilles affection? de la Fwpcc , et il rapprit quft |a patiopalUé de la Polojfpp avait résista ap temps pt k sps yicissimdp?.
On observa que, pendant' que le roi parlait, Casimir Périer suivit sur un mapuscrit la
lecture du discours convenu, Vérification pur blique dont l'inconvenance attestait le déclin du principe monarchique !
Quoi qu'il eu soit, le discours royal fut far yorablement accueilli dans rassemblée et au dehors. L'ambassadeur de Russie, M. Porao di Borgo, n'avait pas assisté h la séance avec les autres membres du corps diplomatique. Et cette absence, concertée ou non, servait le mir nislère. Mais, le soir même de la séance , une nouvelle semée dans Paris yint (aire diversion aux commentaires politiques, On apprit que, revenant d'Angleterre avec la baronne de Feuchères se tantp, M. de Flasnans, h Calais, avait été frappé de mort subite. Cet accident, qui n'avait eu lui-même aucune Importance, produisit cependant une sensation profende, soit par l'issun qu'il ouvrait nm inyesMgfrtions de In curiosité , soit par l'aliment offert aux interprétations eruelles de l'esprit dp parti.
Il fallait nommer le président de la ch*mbrp. ^opposition fixe son choix sur M. keffltte. Membre de l'ancien cabinet, spu triomphe jurait écrasé ne» eucpppsnpr?, Casimir P^ri^f le comprit, et, comptant sur le besoin que la bourgeoisie avait de se? emportemente , il 4ér dam que la nomination de M. Laffitte serait le
signal dp la dissolution 4u ministère.
L'opposition redoubla d'efforts, et la guerre
déeiarëe h Casimir Périer par les jouwnp; 4e
la gauche fut poussé aype une étonnante vigueur. |ls firent observer que |e discours 4P la couronne s'était bien gardé 4e spécifier le? places qui, pu Belgique, devaient être démolies, pe qui réduisait à une équivoque sans dignité une promesse fastueuse ; ils Njptèrppt sur la faibles^ de <Jop Miguel, po?$es$nur provisoire d'un tr$nn contesté, souverain d'un
royaume ?eppn4air$, prince ieoié pn Europe;
et rapprochant avec amprtpme l'eptrép de nos vaisseaux 4ap* 1* Tage, de l'abendon de cette
Pologne dont on gloriflnjt rbéroïnmo, mais dont on n'owit p»? wçmetfw l» nntiopajité , ils accpsftrfnt le ministère du tg mare 4n p'nvoir montré de in ferm^ que ik ofc n'étnit pas le pérji, pt 4'nvojr wuvpn ?« ppiiijapimit4 par
son arrogance.
En même temps arrivait £ Parfc )p compte
rendu des séances du parlement anglais (i), séances qui donnaient au discours de la couronne d'inexorables démentis. Interpellé par lord Aberdeen sur le projet de destruction de forteresses c qui avaient eu pour objet, disait » lord Aberdeen, non-seulement de défendre
> les Pays-Bas, mais de contenir la France , > lord Grey, chef du ministère anglais, avait répondu c que la chose était encore en discus-
> sion ; que dans un protocole dont la France » avait été exclue pour des raisons évidentes,» il avait été convenu, à la vérité, qu'une partie des forteresses seraient démantelées ; mais que dans ce même protocole, les quatre puissances s'étaient réservé le droit c de décider lesquelles » seraient démantelées. » Et à cette réponse , si injurieuse pour la France, lord Wellington avait ajouté ces mots, plus injurieux encore : c Je vois avec plaisir que quatre puissances » seulement ont concouru à l'arrangement, et » que la France a été exclue des délibérations.
> Je regrette que le noble comte n'ait point
> d'explications à donner au sujet du Portu-
> gai. J'avoue que je me suis senti humilié » quand j'ai su que le drapeau tricolore flot-
> tait sous les murs de Lisbonne. » (Applaudissements prolongés dans le parlement.)
De telles paroles mettaient à nu tout le mensonge de l'alliance anglaise. Le sentiment national se souleva contre un pouvoir qui savait si peu faire respecter la France et se faire respecter lui-même. Une circulaire, adressée par les représentants des grandes puissances aux consuls de leurs nations respectives dans l'État de l'Église, fut publiée à la même époque par la Gazette d'Augsbourg, et mit le comble à la douleur dont toute la partie saine du peuple français était pénétrée. La circulaire portait : c Les représentants des puissances ont jugé » convenable de témoigner à Sa Sainteté le vif
> intérêt que leurs cours respectives prennent » au maintien de la tranquillité publique dans » les États de l'Église ; sentiments qui ont été » déjà exprimés par le gouvernement français
> dans une note de son envoyé à Rome le 19 » avril de cette année (2). » Le gouvernement français n'avait donc pas craint de se joindre
{{) Séance du *7 juillet 1831,
aux autres cours pour condamner ces malheureux patriotes italiens qui ne s'étaient insurgés, pourtant, qu'à l'exemple de la France, sur la foi de ses déclarations, et, pendant quelque temps, avec son concours !
Ce fut sur ces entrefaites que M. de Sémonville, grand référendaire, eut ridée d'étaler dans l'enceinte de la pairie les drapeaux pris à Ulm par l'armée française, en 1803, et cachés jusqu'alors dans un secret et inviolable asile. Le jour où se fit cette exhibition inattendue, le fils atné du roi était à son banc de pair: c Prince, lui dit M. de Sémon ville, à vous » désormais le droit de tirer l'épée pour défendre ces trophées. » Le jeune homme répondit d'une manière convenable. Mais cette scène à effet ne put trouver grâce aux yeux d'un peuple intelligent et moqueur. On fit ressortir ce qu'avait de puéril et même de ridicule cette démonstration épique rapprochée de tant de faits d'où jaillissait la preuve que la France allait s' amoindrissant de jour en jour.
L'opposition préludait ainsi aux prochains combats de la tribune, lorsque arriva l'anniversaire de la révolution de juillet. Ce fut une ftte touchante par l'enthousiasme mêlé de tristesse et d'inquiétude qui sembla, d'abord, devoir la caractériser. Mais, dans la journée du 29 , le bruit s'étant répandu, bruit menteur, que les Polonais avaient remporté une victoire signalée, il y eut tout à coup dans Paris une explosion de joie qui n'a peut-être pas d'exemple dans les annales des fêtes humaines. Ce peuple, que ses propres succès devant Lisbonne avaient à peine ému, se livra, lorsqu'il crut la Pologne victorieuse, à d'indescriptibles transports. On courait par les rues en agitant des drapeaux tricolores et en pleurant ; il y en eut que l'on vit dansant sur les places comme des insensés; sublime folie! D'autres chantaient en chœur : c La victoire est à nous ! •
Ce réveil de l'esprit révolutionnaire devait naturellement influer sur les premières décisions de la chambre. M. Girod (de l'Ain), que le ministère avait opposé à M. Laffitte, ne l'emporta que de cinq voix sur le candidat de Upfpdsition. C'était un bien faible avantage
(2) Circulaire ta date 4a 9 juillet 4851.
pour le ministère; mais M. Laffitte était un si grand nom , les services par lui rendus à la royauté étaient si notables, son concurrent était si obscur, que l'opposition s'étonna et s'indigna de n'avoir pu que balancer la victoire. H. Chambolle, secrétaire de la présidence, donna sur-le-champ sa démission par un honorable scrupule de patriotisme. La popularité de H. Laffitte avait repris tout son éclat ; on dénonça comme ennemis de la révolution de juillet tous ceux qui se déclaraient contre lui, et H. Dupont (de l'Eure), à une majorité de dix voix, fut élevé à la vice-présidence. Irrité de cet échec imprévu, Casimir Périer courut remettre au roi son portefeuille. MM. Sébastiani, Louis et Montalivet l'imitèrent. Le cabinet était dissous.
Mais le 4 août, vers deux heures , un supplément au Moniteur Ait tout à coup publié. Il annonçait que, se décidant à tirer l'épée contre la Belgique, le roi de Hollande avait repris les hostilités sur toute la ligne. Le ministère se reconstitua aussitôt.
A la première nouvelle de l'orage qui allait fondre sur lui, Léopold avait écrit au roi des Français pour lui demander du secours : le cabinet du Palais-Royal arrêta qu'une armée de 50,000 hommes marcherait vers la frontière sous les ordres du maréchal Gérard. Cette décision fut annoncée an public dans les termes suivants : c Le roi ayant reconnu l'indépen- » dance du royaume de Belgique et sa neutra- » lité, de concert avec l'Angleterre, l'Autriche, » la Prusse et la Russie, et, les circonstances » étant pressantes, obtempère à la demande » du roi des Belges. Il fera respecter les en- » gagements pris d'un commun accord avec » les grandes puissances. >
Le gouvernement français, après avoir laissé violer partout le principe de non-intervention en était venu de la sorte à le violer directement lui-même. Et il avait soin de déclarer que, s'il intervenait en Belgique, ce n'était point pour y soutenir le principe révolutionnaire, mais
(1) Protocole n* Si : « Dans la réunion da 6 août, lord » Palmerston informa la conférence que le gouvernement » britannique avait donné à une division de la flotte fordre » de se rassembler aux Dunes. Le prince de Talleyrand an- * nonea que, sur la demande du roi des Belges, le gouver- » nemeat français t'était décidé a mire marcher une armée
bien pour faire respecter les volontés du conseil amphictyonique séant à Londres. Puis, craignant que ce ne fût pas assez de cette humilité éclatante, il donna ordre sans retard à H. de Talleyrand de demander l'agrément de la conférence , en faisant valoir le motif d'urgence qui avait forcé le cabinet du Palais- Royal à devancer l'autorisation des quatre grandes cours (1).
L'indignation fut profonde dans toute la Hollande, quand on y apprit que les Français intervenaient dans la querelle, au nom de la conférence. Car cette couleur donnée à l'intervention la rendait manifestement inique. La conduite de Guillaume, en cette circonstance, avait été peu loyale à l'égard de la Belgique, sans doute, puisqu'il procédait contre elle par voie de surprise ; mais , au point de vue de la diplomatie, il était dans son droit. Aucun traité ne le liait aux Belges qui, pour lui, n'étaient que des rebelles. Et envers la conférence quelles étaient ses obligations ? Il n'avait consenti à une suspension d'armes que comme à une mesure préliminaire , devant conduire à un armistice qui n'avait pas été conclu, à des arrangements qui ne s'étaient pas effectués. Son adhésion aux protocoles du 20 et du 27 janvier aurait pu seule l'engager, si les cinq puissances, après avoir déclaré ce pacte irrévocable, ne l'avaient anéanti elles-mêmes, pour le remplacer par le traité des 18 articles. Or, Guillaume avait hautement protesté contre les 48 articles, et c'était lui qui pouvait avec raison reprocher à la conférence une violation d'engagements précis et formels. Les Hollandais étaient donc fondés à trouver l'intervention française empreinte de violence et d'injustice, dès que notre armée , au lieu de s'avancer au nom du principe révolutionnaire attaqué ou d'un intérêt français compromis, ne se présentait plus que comme la gendarmerie de la Sainte-Alliance.
Quant aux Belges, devenus nos ennemis depuis que leurs avances avaient été répoussées,
» au secours de la Belgique. La conférence déclara que » rentrée des troupes françaises en Belgique serait regardée » comme ayant eu lieu, non dans une intention particulier* * à la France, mai* pour un objet vert lequel les délibéra' » tions eowmunee seraient dirigées. »
8ÉV0UJTJOM WÀ*ÇM«.
6t qu'en les flattant d* l'espoir d'une indépen*dence absolue oq leur avait créé des iptérôU opposés aux autres , il» na virent dans le ser gours que leur Apportaient |e^ Français qu'ua outrage k leur honneur. Sommas-Dons doue, diraient-ils, si méprisables aux yeux des Français qu'ils nous jugent incapable do bous défendre sans lour appui? Pientôt il n?y eut plus, sur ce point, qu'une voix à Bruxelles, L1 opinion y somma Impérieusement le pouvoir de respecter 1'articje \%\ de la Constitution belge, portant ; < Aucun* troupe étr&ngfre no peut » occuper ou trçyereer la territoire qu'en vertu * d'une loir » U gouvernement belge dut cér der et le martel G#ar d suspendre sa marche.
Ajnui, par yqo inconcevable accumulation
do fautes, le cabinet du Palais-Royal démeo>-
tait directement sa politique avouée, se corir
fespait vaasal do la conférence, exposait l'arr
mé# k uq rôl§ ridicule, faisait maudire la
France onfln , et par la Bo||and$ k laquelle il
déclarait upo gpprrç injuste, §t par la Belgique dont il irritait imprudemment la jalousie.
lia hollandais, cependant, avaient envahi
la Belgique, divisa ep trois corps qui s'avan*çaient avec rapidité en Rallongeant de Ifaesr tripk à Predar A cette invasion la Belgique avait k apposer deu* petite armées, celle do la Meuse et colle dp l'Espaut, dont il importait d'opérer au plus vjte la jonction. Le $ août, Mppold se réunit k l'armée de l'Escaut, près d' Aorscljot, où il attendait l'armée de la Meuse. U , fermant l'oreille k de* conseils dictés par une jalousie mesquine et téméraire , i) écrivit au maréchal Gérard depe bâter. Le 10, il donnait io signal d? l'attaque de tfaotaigu, lorsr qu'on vint l'avertir quç Tardée de la Meuse,
attaquée sur la route de Passelt £ Tongres , s'était débandée san$ combattre; que la déroute était complète, et qu'il était lui-même exposé à être coupé. I) rétrograda aussitôt sur Louvain. Les Hollandais l'ayant attaqué le 22 on avant de cette villa, Je forcèrent à la retraite
et bloquèrent i*ouvajp , qui pe tarda pas k se
rendre.
La Belgique était à deux doigts de sa perte.
(J) Protocole ïp 5J ; « J* c^nf^rencc déclara que rexlen- » sion à donner aux opérations d&s Jroupç? fraflcaiîrçs el la » durée de leur séjour en Belgique seraient fixées d'an
Nais déjà Je* FranotU entra»»* à BrnuDes, et, sur un ordre de son père, te protêt é'O? range ramenait en Hollande m trwpm wT torieuses, Guillaume n'avait pas gncore M tous (es préparstife néeossairee, et il lui wfr sait, pour i* moment, d'avoir montré k la ee*ftrence ee qu'il était capable d* tupfer et <Taecemplir,
Pion supérieur en intelligente è eew m dirigeaient alors la politique franchi**, Guillaume avait parfaitement compris que raoûwë apparent des grandes puissances optait te dissidenees profondes; que, réunie*, elle* *ftotaiient des prétentions diotetort ate* wtxqwU* leurs forces étaient loin de répondre; qu'il jj avait, pour les faire fléchir, qu'à les bnmr. et qu'il était faqiio de leur faire 1» loi, pwr pou qu'on les menait de mettre le fou à la mine wmte sous l'Europe entière. La justes^ de ces vues fut prouvée ptr l'événement, Pour soutenir J'bonneur de sa devise « H mmitmp drai. p le roi de flollende s'était prwerë
une persévérance et ung audaeedoot te «Wte
devait égaler la grandeur, #t U lui fut do^né, comme on le verra, non-seulement do tenir }
(pi seul en écJteo les flinq grande Qonr*, im
do les fproer à se départir onoore a»e fcts de leur voipptf hautement «primée, Eli bien, ço système d'intfnndetùw qu#sat
employer aveo tant de bpnbeur, et saus exposer la pai* générale, le souverain d'^n petit peuple de deux millions d'4me$ , le gouvemsment fran^aia, composé d'hQii)me§ &qs portés, ne songea pas même à l'essaya, quoiqu'il eôt sous la main une nation de trenMHrtys millions d^ommes, une jeunwo oxBbérîute et
une irrésistible masse d? soldai tout pleins
des souvenirs de li réyolutipn et dp J'empire. J^ 13 août, le maréchal Spult, ministre de
la guerre, annonçait k la eliaujbro d$s dépntfc f que J'arme française attendrait, pour évi- * cuer la 3elgique , que !^ flu^stion* pour
» lesquelles elle s'était mise en mpuwmopt
^ fussent déeid4e#, * ¥**$ I» conférence ^
avait ordonné autrement (1). Et Tannée française revint de sa promenade militaire sans
9 FQnwun accord f qij'ejlcfi nç franc^raiepf pas ]t* vxkç- * ne* frpnt|^r«f dfi la UoUaa^e, que ^uff Q(^r*MPM ¥> n borneraient h la rm gjwM #e hf Ueaif , w, *W «•■
HISTOIRE DE BIX AH& 4ftMM840.
Avoir môme joui do la satisfection Rabattre, en passant, le lion 4e Waterloo.
Cependant, l'adresse en réponse au discour* du trône avait été soumise aux délibération! de la chambre dea députés, et, la 9 août, lea débat* avaient commencé.
Attaqué aur tout l'ensemble de aa politique, le miniature plaida aa cauae beaucoup mieu*
qu'on ne s'y était attendu* Quels étaient , dit* U, les griefs de l'opposition? Né d'une tempête qui semblait devoir pousser les nations vers la chaos, la gouvernement français avait cher^ cbé à tout apaiser autour de lui et an lui : n'y *vaiMl donc aucune grandeur dans cette haute modération? Au farouche plaisir do bnuiove* aer l'uuivere, éteiMl donc ai coupable d'avoir préféré la gloire de le aauver du double fléau de la démocratie et de la conquête? On repr**cbait au gouvernement d'avoir abandoné ritar lia au* Autrichien*, la Belgique au* Anglais,
la Pologne aux Ruaaaaî Reproche* déclamatoire? at frivoles i & qu'il était raisonnable* ment permi* de tanter en favepr de l'Italie, eaue qu'on ne l'avait paa tenté? l^es minis<très du 45 mars, en arrivant aw affaires, n'avaienMis pas trouvé l'invasion autrichienne dans l'héritage des embarra* que leur avait lé*gué te cabinet précédent? ils avaient demandé» ils avaient obtenu l'évacuation dea État* Ro^ mains : pouyaiMw vouloir davantage ? Si nos frontières n'avaient paa été reculées jusqu'au Hhin , ai la Belgique n'avait pas été réunie à la France, ai le roi, taisant violence k ses affections de famille , n'avait point accepté la couronne offerte à son flla, c'est que des considérations majeures s'étaient opposées à tout cela. FajiaiMJ, san? autre but que do 3'agran*-
dirf s'exposer h allumer en Europe un immense ipcendje? Fallait-il, dans l'espoir d'une conquête douteuse, armer contra nous le peuple anglais; seul allié puissant que la révolution de juillet noua eût donné? Fallait-il, menaçant du réveil de notre ambition tant de peuples sur qui pesait encore le aouvenir de Napoléon et de ses batailles, leur laisser croire qu'eue allait recommencer cette longue humi*-
» eune hypothèse, elles n'arriveraient ni à Maestrieht ni à » Vm1oo. »
Protocol* n<* 33, W t* ?4 > * U épata»*** i'**| appr*.
liation de l'Europe, qui dura quinze ans? La France ae trouverait-elle amoindri* lorsqu'elle aa montrerait à la fois désintéressée at formir dableHl y avait de la naïveté, après tout, à s'imaginer que les Belges devinssent Anglais , parée qu'un prince anglais leur avait été pror posé pour roi ; comme si las intérêts dea peur pies, leurs affections, leur existence matérielle et morale, pouvaient dépendre du lieu où il avait plu k la fortune de planer la patrie de leurs souverains! Quant à la Pologne, son courage était admirable, sans doute, at ses malheurs étaient dignes d'une étemelle pitié; mais enfin, comment lui venir en aide? Sépairéa de nous par toute la largeur du continent, par quatre cents lieues , aa position géographique nous condamnait à dea douleur» stdr rilea, k des vœux sane autorité I Faire marcher une armée à son s§cpur» , c'edt été reprendre au point où allée étaient vannes fatalement
échouer , les gigantesques entreprises de Pfrpoléon. Et pourquoi? Pour forcer l'Autriche et
la Prusse k conclure aussitôt avec lea Ruaeas une mortelle alliance • de maniera k ce que nos soldats ne trouvaient plus k Varsovie* m y arrivant , qu'un emplacement déaert et de* tombeaux? ReconatUuer la Pologne! Napoléon lui-même, i Tilsitt, n'y avait paa *v$9 tout
Napoléon qu'il était, et quoiqu'il eût SOU* lut cinq cent mille soldat* invincible. Or, ce que
n'avait pu cet homme prodigieux qui avait
coutume, en *e jouant, de partager l'Europe avec son épée, les ministrea de 1831 l'aur raient-ils impunément essayé avec une armée incomplète, mal organisée encore, et composée de conscrits? Beconwltre la nationalité polonaise n'eût été qu'une forfanterie imprudente, dès que les moyens de soutenir cette déclaration manquaient. 10 gouvernement avait donc fait tout ce qu'il était possible de faire, en of» frant sa médiation et en provoquant celle dea autres puissances, Aussi bien, il était temps que l'oppoaitiop s'expliquât. Une guerre uni» verselle, une guerre h mort, était«*ce \k le but de ses désirs? Dans ce cas, il était bon qu'on
l'avertit que la question n'était plus entre la
» prjée la mesure prise spontanément par la France. I| lui a p été reada compte 4e la ourdie et de la retraite de Parmée t feaBfajaerf
guerre et la paix, mais entre la guerre et la liberté; car il n'est pas loisible à un peuple lancé en de telles entreprises de s'arrêter et de se régler. Les combats et le tumulte au dehors appellent au dedans un repos absolu et le silence. Le despotisme est la nécessaire contre-partie de la victoire. Napoléon le prouva, et, avant lui, la convention l'avait prouvé par des actes qui ne s'effaceront jamais de la mémoire des bommes. c Avez-vous fait un pacte » avec la victoire? demandait-on un jour dans > la terrible assemblée. — Non, répondit Ba- » zire le montagnard; mais nous avons fait » un pacte avec la mort. » La mort bientôt vint sommer de tenir sa promesse : un an s'était à peine écoulé, que la tête de Bazire bondissait du haut d'un échafaud. Que si l'opposition ne pâlissait pas devant l'emploi de semblables ressources et au seul souvenir de ces exemples fameux, qu'elle eût le courage de l'avouer!
Telles furent, en substance, les raisons que développèrent avec beaucoup de talent MM. CasimirPérier,Thiers et Sébastiani, orateurs déjà connus, auxquels deux hommes nouveaux, MM. Duvergier de Hauranne fils et Charles de Rémusat , prêtèrent, dans cette occasion , une assistance pleine d'éclat et de vigueur.
Mais à cette apologie du ministère, l'opposition répondait par des arguments redoutables. Oui, disait-elle, nous vous accusons d'avoir compromis l'intérêt de la France, qui est dans son honneur, et l'avenir de la civilisation, qui est dans la grandeur de la France. Rappelezvous ce que nous étions il y a un an, et voyez ce que nous sommes! De quel prestige, en 1830, n'étions-nous pas entourés? Aux yeux des nations étonnées et des rois frappés d'épouvante, nous avions bien véritablement ressaisi, et pour de plus vastes desseins encore, le sceptre échappé des mains de Napoléon. Jamais situation plus éblouissante ne fut faite, à un peuple par le destin; et nous n'avions nul besoin de bouleverser l'univers pour le changer, car il était livré à notre merci. Aujourd'hui que pouvons-nous en Europe et qu'y faisons-nous? Savoir être juste quand on est fort, est d'une haute modération; mais, quand on est fort, tolérer l'injustice est une marque de pusilla-
nimité. Or, les Autrichiens foulant aux pieds l'Italie sans autre droit que celui du despotisme qui ne veut pas qu'on l'inquiète; la conférence découpant les nationalités, sans égard pour les traditions, les intérêts, les affections des peuples, et tout simplement selon la coevenance des quatre rois ; les Russes courait exterminer un peuple généreux, pour le punir de n'avoir pu trouver leur domination tolérable... Voilà ce que vous avez permis. Vous avez laissé le régime grossier de la forée s'établir partout, autour de vous, pour le malheur éternel de ceux qui avaient compté sur notre appui et qui nous aimaient. Vous prétendez qu'en arrivant aux affaires , vous avez trouvé l'invasion autrichienne déjà commencée? Qoi ne sait que le ministère Laffitte est tombé et menaçant l'Autriche; et que vous, au contraire, vous n'êtes montés au pouvoir que dédaignés et menacés par elle? L'évacuation des États romains, vous l'avez demandée au mois de mars, et obtenue au mois de juillet, c'està-dire après le supplice de Menotti et de ses compagnons, après le rétablissement de Marie- Louise à Parme, après F occupation brutale de Ferra re, après la convention d'Ancône, après les confiscations, les proscriptions, les emprisonnements, lorsque l'Autriche en un mot n'avait plus rien à faire en Italie ! Vous avez ainsi , et sans parler du côté odieux de cette tolérance, consacré vous-même la domination de l'Autriche sur la péninsule italique, domination jugée de tout temps si contraire aux intérêts français, domination que durant trois cents ans nos pères ont combattue, et qui, en 1629, faisait courir aux armes jusqu'au faible Louis XIII. Faut-il vous suivre en Belgique? 11 ne s'agissait pas de la conquérir; il s'agissait de l'accepter. Et certes, notre folie i été grande de faire violence aux Belges pour les empêcher de disposer d'eux-mêmes en notre faveur. Mais, dites-vous, l'Angleterre nous aurait retiré son amitié. Si elle met un tel prix à son amitié, sa haine nous serait moins funeste. Vous, cependant, vous avez abandonné la Belgique, et vous l'avez abandonnée eu l'irritant. Que le prince Léopold soit sujet de l'Angleterre, ce n'est pas ce qui nous afflige. Mais son élection a eu cela d'incontestable*
ment funeste qu'elle a démontré la supériorité de la diplomatie britannique, et forcé les Belges à ne plus croire ni à notre habileté ni à notre prépondérance. Voilà le mal. Les suites, on les peut déjà prédire. Les Anglais viennent d'acquérir au nord de nos frontières une tête de pont pour la guerre ; et puis, Birmingham, Manchester, sont à nos portes. On nous promet, il est vrai, que forteresses jadis élevées contre nons seront démolies. Démolies? quand il nous était si avantageux de les laisser debout en les faisant nôtres ! Au surplus, le comte Grey a réfuté, sur ce point, le discours de la couronne : réfutez donc les explications offensantes du comte Grey. Pour ce qui est de la Pologne, était-il possible, oui ou non, de la secourir autrement que les armes à la main? Vous avez offert votre médiation : a-t-elle été acceptée ? Voilà ce qu'il fallait nous apprendre. Chose étrange ! Vous avez consenti à faire partie d'un congrès, pour terminer un conflit resserré entre la Belgique et la Hollande, et vous n'avez pas su provoquer un congrès pour substituer les négociations à une guerre affreuse. Pourquoi une conférence après l'insurrection de Bruxelles? Pourquoi pas une conférence après l'insurrection de Varsovie? Serait-ce que, dans le premier cas, la ligue se formait contre nous, tandis que dans le second, elle se serait formée contre la Russie? Encore si vous aviez reconnu la nationalité polonaise! Car, à moins que la France, gouvernée par vous, ne soit tout à coup devenue la risée des nations, nous devons admettre qu'il y a quelque autorité dans son vouloir, énergiquement manifesté. Quel effet n'aurait pas produit dans la Lithuanie, dans la Volhynie, dans la Podolie, dans la Gallicie, dans la Hongrie, ces mots solennellement prononcés par la France : Nous reconnaissons la nationalité polonaise! Il n'était donc pas nécessaire, pour sauver un peuple ami, de donner quatre cents lieues à parcourir à nos armées. Et quant à la crainte de pousser dans la mêlée l'Autriche et la Prusse , cette crainte eût été sans fondement , si le gouvernement français avait eu le courage d'embrasser, au point de vue français, tout l'ensemble du système européen. Car alors l'Autriche aurait eu sa Pologne en
Italie, et la Prusse sa Pologne sur la rive gauche du Rhin. Qu'importe, après tout, l'intervention armée de la Prusse et de l'Autriche? Ces deux puissances n'interviennent-elles pas aujourd'hui d'une manière, hélas! presque aussi décisive? La Prusse ne fournit-elle pas aux Moscovites des armes, des vivres, des munitions , tandis que la Pologne n'a , pour se défendre contre ses innombrables ennemis, que son courage et les vœux méprisés de la France?
De toutes ces attaques dirigées contre le pouvoir avec ensemble, avec éloquence, mais non sans quelques déclamations, par le général Lamarque, par le maréchal Clauzel, par MM. Mauguin, Bignon, Larabit, aucune assurément ne portait à faux; et l'opposition prouvait fort bien que la conduite du ministère avait été contraire aux intérêts de la France. Mais lorsque les ministres lui demandaient : t Qu'auriez-vous fait à notre place? Souscri- » vez-vous à un embrasement universel? Quels » sont vos plans? » L'opposition hésitait, se troublait, répondait vaguement, ou ne répondait pas.
Et il y avait à cela plusieurs causes, dont la principale était dans le caractère incertain des doctrines de l'opposition parlementaire. Monarchique et bourgeoise, libérale plutôt que révolutionnaire, elle n'aurait pas voulu voir le trône disparaître dans une soudaine tempête , la bourgeoisie se mettre de nouveau à l'écart, et le peuple s'emparer encore une fois du premier rôle. Or, elle sentait bien, au fond, quoiqu'elle n'osât guère se l'avouer, qu'une démocratie fortement constituée était seule capable de déchirer les traités de 1815 et de refaire l'Europe; qu'il y avait impossibilité de suffire à une telle besogne, sans une volonté de fer, sans des passions vigoureuses ; et que la question ne serait jamais résolue dans le sens, de notre orgueil, tant qu'elle resterait compliquée d'un intérêt dynastique. Sans doute on aurait pu dire aux rois : « Dans l'espace de moins de cinquante ans, l'Angleterre, la Russie, F Autriche, la Prusse, se sont agrandies d'une manière démesurée. Seule, la France s'est amoindrie; et aujourd'hui, après ces trois témoignages solennels de puissance, la conven-
REVOLUTION FRÀflÇÀl«,
tion, l'empereur* la révolution de juillet* la France se trouve plus petite qu'elle fie Fêtait soua Louis XV, 11 nous eët bieh permit de bous en étonner dans un moment où il est prouvé qu'il Suffit à la France d'un effort de trois jour* pour donner une secousse au monde I D'ailleurs, le désintéressement d'un peuple tel que le nôtre consiste, non pas à renoncer à la force, mais à l'employer avec dévouement; et il nous est commandé de veiller sur notre puissance, parce qu'elle ne nous appartient pas et qu'elle importe à l'humanité* » Mais pour soutenir ce langage, il devenait indispensable de se préparer à une lutte sérieuse; et en supposant que les peuples fussent précipités en armes dans une mêlée universelle* comment maintenir en France cet équilibre des pouvoirs, ces fictions, toutes ces puérilités systématiques qui ôtent k l'État l'unité, c'est-à-dire la force? Il aurait donc fallu en revenir à ce mélange d'impétuosité et de discipline, à cet enthousiasme réglé , d'où sortirent les triomphes de notre première révolution. Et c'était là ce que redoutaient par-dessus tout des hommes élevés à l'école du libéralisme, école tout à la fois anarchique et timide»
Avec une connaissance plus exacte des faits, l'opposition n'aurait pas été arrêtée par cette crainte des nécessités héroïques. Car les puissances tremblaient à l'idée d'un bouleversement» parce qu'elles avaient peu de ressources contre beaucoup d'obstacles. Et que pouvaientelles gagner à une guerre? Elles avaient tout à y perdre. D'ailleurs, le temps des coalitions militaires était passé. Le cours des événements avait amené entre l'Autriche et la Prusse, entre la Russie et l'Angleterre , une hostilité de position et des divergences d'intérêt qui eus** sent fait d'une ligue armée le plus grand embarras de l'Europe. Tout était donc possible pour la France i avec elle et par elle. Voilà ce que l'opposition aurait dû démontrer. Malheureusement elle jugeait mal , faute de renseignements, la situation des divers États. Croyant la guerre possible, probable même, et la craignant, elle n'en prononçait pas moins des discours belliqueux. La contradiction était manifeste, et il était naturel que le ministère en tirât avantage !
De tous le* système, le pire était mute Médit tielui des ministre*, et pins encore au point de vut de la pratique qu'au point de tw de la théorie* Mais» du moins, il était suivi, précis et complet, et qui lui donnait les uppu* reûces d'une politique d'affaires, tandis que b système de l'Opposition n'avait que celles d'une politique de sentiment. Inévitable effet de toute doctrine vacillante! Le régime constitutionnel et bourgeois condamnait la France* par sa ture même* à n'avoir en Europe qu'une tion subalterne et petite. Le gouvernement le comprit et s'y résigna. L'opposition refais obstinément de le comprendre # ne voulant point s'y résigner*
La discussion durait déjà depuis plusieurs jours, lorsqu'une proposition de M. Btgae* vint tout à coup imprimer aux débats la plus étrange violence. M, Bignon demandait que le paragraphe de l'adresse relatif k la Pologne fût rédigé en ces ternies : « Dans les paroles » touchantes de Votre Majesté sur les malheurs » de la Pologne , la chambre aime à trouver » une certitude qui lui est obère : la nationa* » lité polonaise ne périra pas. » M, Bodia voulait qu'au mot tertitnde on substituât cette expression bien moins hardie : firme espérance; et les ministres, prétendant qae l'adop* tion du mot certitude était une déclaration de guerre à l'Europe * se montraient prêts à déposer leurs portefeuilles sur la tribune. Dam la séance du 48 août, la proposition de M* Bignon est soumise aux délibérations de k chambre. Attaquée faiblement par M. Dupii, elle est soutenue avec énergie par son auteur, par le général Lamarque et par M. de Tracy. M. Girod (de l'Ain), président de la chambre, la met aux voix. Mais les dispositions de 1* chambre ne paraissent pas douteuses. « Sas» vons la Pologne! * ce mot est dans toutes te bouches. Soudain , s'élançant de sa place. Gt* simir Périer court à la tribune. Mais la discussion est fermée, et le règlement n'aecerdc au ministre que le droit de parler sur la pesi* tion de la question. De toutes côtés* on le 1« rappelle avec des cris. Lui, furieux, il affinai qu'il parlera, sans s'expliquer davantage. Alors s'élève de tous les points de la salle le plus violent tumulte. L'émotion a gagné toute l'as*
HiSTOlrtfe t)É DIX ANS. 18MM840.
sembla Députés < Spectateurs * tous sotit dé*> bout. Le président agite efl vain «à son dette, dent te bruit est couvert par de confuses cla* meurs. La gauobé et la droite poussent incessamment à la tribune des orateurs qui la disputent au ministre* toujours impérieux, toujours menaçant. Le président se couvre enfin , et l'assemblée se sépare au milieu d'uh désordre sans dignité, et jusque-là sans e&emple*
Le lendemain , l'aspect de la chambre était morne. On eût dit qu'elle se sehtait épuisée. La conduite de Mi Casimir Périer y fut expll* quée, par ses amis et par lui-même , dabs un sens peu favorable k sdn orgueil; mais les ministres avaient fait pour changer la majorité, dans l'intervalle des deux séances* des efforts extraordinaires * et la éhance avait évidemment tourné, H. Bignon ayant consenti} par une concession malheureuse* à substituer le mot assurance au mot certitude^ l'opposition se divisa, et la première de ces deux expression! prévalut* quoique le ministère eût déclaré qu'il Ue se croirait pas engagé. La question était résolue Le système du gouverne- Bernent remportait!
Dans lé oours de la discussion , Mi Guizot avait trouvé meyed de parler avec insulte dit parti républieain* et il avait été applaudi. M. Odilon Barrot, de son côté, n'avait pu par* venir à faire eeftsàtirer dans l'adresse dne distinction qui séparait dé la cause dé l'émeute celle de la république. Le ministère sortait donc vainqueur de cette lutté parlementaire, L'opinioà publique, il est vrai, se pronobça contre lui* mais pas avec àssei d'autorité pour l'abattre*
Toutefois* et au milieu de là joie de ce triomphe, un coup terrible venait d'être porté à M. Casimir Périer; et ses ennemis, en l'ac- Cusafit de concussion, allait faire naître r occasion d'un scandale immense. Heureufc l'his* torieb 4i, dans le tableau qu'il trace de la vie des peuples, il lui était donné de pouvoir tou^ jours se maintenir dans les hautes régions de la pensée! Mais, pour qui veut connaître les mœurs d'une époque et avoir le triste secret des sociétés en décadence, il y a souvent dans de vulgaires détails quelque chose de plus ca-
ractéristique qUë datts lé réèil m batailles*
des intrigues diplomatiques et des grand* dé«
bats.
Ûû se rappelle que * le lendemain dé la ft*-» volutton dé juillet, toute la nation rflélâmait des arrhes. Aussi le premier soin dh ministère Laffitte avait-il été de rechercher les moyens les plus prompts et les plus efficaces de pour-' voir k l'armement du paye; C'était aussi l'objet de toutes les préoccupations de Lafayétte* qui déclarait sans détour que* si l'oh ne pôU*< vait pas trouver en France un nombre aaitt considérable de fasils* il fellalt s'adresser aux fabriques étrangère** Des offres particulière* étaient faites au gouvernement par des mamw facturiers français. Mais ced offres, quoique nombreuses* ne paraissaient pas suffisantes, et l'on avait, d'ailleurs, k se défier de l'impulsion déréglée que l'ébranlement inattendu de riu^ rope avait pu donner à l'audace des spéculateurs,
Dans cette situation* un séUI parti était k prendre. La révolution venait d'enlever à une foule d'ouvriers tout moyen de travail, et» par conséquent* d'existence t il fallait former* pour là fabrication des armes, lu nom et sous la direction du gouvernement* de grands ateliers propres I employer vingt-cinq ou trente mille ouvriers. C'est 4e qu'avaient proposé des hommes d'un patriotisme aussi éclairé que sincère, et le projet fut vivettifent appuyé par M, Dupont (de l'Eure), alors ministre.
La pensée était 1 la fois sage et hardie* En occupant des hommes qui manquaient dé pain* on les arrachait k des tentations dangereures; on ôtait à la révolution de juillet ce douloureux caractère de déception qu'elle atait naturellement revêtu aux yéUx du peuplé. On coupait court à l'ééprlt de spéculation et à ses essais de rapine; enfin* on attribuait hautement k l'État, et dans les circonstances les plus favorables k urie semblable innovation, ce droit d'initiative industrielle sans lequel il n'y a plus, au fond de la société, que tiraillements anarebiques* tyrannie partielle, délafcseitiebt du pauvre, Spoliations légales et impunies*
Mais les chefs de la bourgeoisie victorieuse étaient des banquiers, de grands capitalistes, des hommes d'affaires, des coureurs d'aven-
tares commerciales. On craignit d'entrer dans un système dont le principe menaçait tant de prétentions individuelles, et qui visait k la ruine de ce lâche despotisme : la liberté de l'industrie. Le projet proposé fut donc repoussé en toute hâte ; on exagéra les difficultés matérielles de l'application; il aurait fallu former des ouvriers ! c'était impossible. En un mot, la spéculation resta maîtresse du terrain.
De tous ceux sur qui pesait l'amitié du premier ministre, nul n'en subissait plus humblement l'empire que M. Gisquet, homme d'esprit, plein d'activité, et qui, dans la révolution de juillet, avait déployé une fermeté honorable. Juge au tribunal de commerce, M. Gisquet avait coopéré, au sein de Paris en feu, à la rédaction d'un jugement courageux que M. Ganneron prononça, le 27 juillet, contre les ordonnances et pour la charte. Recommandé par ce souvenir et appuyé par Casimir Périer, M. Gisquet reçut mission, le 2 octobre 1850, d'aller négocier à Londres, pour le compte du département de la guerre, l'achat de trois cent mille fusils. Il partit comme agent du gouvernement, et la lettre qui l'autorisait portait ces mots : « Il vous » sera alloué une commission sur le prix de » cette acquisition, et vos frais de voyage (1). » Ainsi M. Gisquet était un mandataire salarié du gouvernement; il partait investi d'un caractère public.
Cependant, arrivé en Angleterre4, il se crut en droit de passer avec MM. Wheeler, Iron et Fairfax, fabricants de fusils à Birmingham, un marché provisoire dans lequel il stipulait en son propre et privé nom.
La Tour de Londres contenait un grand nombre de vieux fusils. Les fabricants de Birmingham proposèrent à M. Gisquet de les acheter, pour son compte, au gouvernement anglais, en se réservant à eux-mêmes un tiers des bénéfices nets réalisés sur l'opération.
Cette dernière clause était inadmissible. M. Gisquet, n'étant qu'un mandataire, n'avait ni bénéfices à faire dans l'opération , ni bénéfices k partager. Il consentit, néanmoins, à
(1) On lit dans les Mémoiret de M. Gisquet (t. I, p. 176) : • Aucune commission, aucun avantage ne m'étaient promis.
traiter sur ces bases. D fut même contai, que, si le tiers réservé aux fabricants de Birmingham ne produisait pas une somme de cent cinquante mille francs, le partage de gaii aurait lien par moitié.
M. Gisquet ne demandait, pour une acceptation définitive, qu'un délai de quinze jours; et, dans cet acte singulier, il avait ai soin de faire insérer une clause qui interdisait ï MM. Wheeler, Iron et Fairfax la faculté de faire, sans son autorisation spéciale, aaco marché semblable avec quelque puissant* étrangère que ce pût être; soit qu'il fut animé en cela d'une intention patriotique, soit qu'a voulût se ménager le moyen d'imposer sa plans au gouvernement français.
Par suite des arrangements convenus, les manufacturiers de Birmingham s'adressèrent au ministère britannique. Ils lui offrirent de remplacer, au bout d'un certain temps, par des fusils neufs qu'ils s'engageaient à confectionner avec les matériaux existants dans te arsenaux, les vieux fusils contenus dans h Tour de Londres. Le ministère anglais accueillit cette requête avec empressement. D y trouvait le double avantage d'échanger contre d» armes neuves des armes en mauvais eut, et de rendre quelque activité à des ateliers devenus, depuis la fin des guerres de l'empire, pauvres et languissants.
Le 17 octobre 1830, M. Gisquet était de retour à Paris. La veille, sa maison avait été obligée de suspendre ses payements; le lendemain elle se releva.
Le maréchal Gérard, ministre de la guerre à cette époque, lut le marché et refusa de le ratifier. Son successeur, le maréchal Sonlt montra aussi beaucoup d'hésitation; et Faffaire resta sans conclusion pendant près d'oa mois.
Dans cet intervalle , M. Gisquet n'avait cessé de presser le ministre de la guerre. Mais, interrogé sur le prix des fusils qu'il devait livrer, il l'avait fixé à 54 francs 94 centimes, y compris l'emballage et le transport. Or, ce chiffre paraissait exorbitant d'une part; et
» Je remplissais là une mission gratuite et toute de e¥w*** » ment, (i !) »
d'autre part, beaucoup de négociants soumissionnaient à des conditions moins onéreuses pour le trésor. Le 27 novembre 1830, un négociant nommé Vandermeck fit au gouvernement français, par l'entremise du maréchal Gérard, la proposition écrite de lui fournir la quantité voulue de fusils au prix de 26 francs, y compris l'emballage et le transport. 11 offrait des fusils de modèle anglais et de première qualité. M. Gisquet, averti le 8 décembre de cette proposition, en fut extrêmement troublé. Il avait associé à ses espérances M. Rothschild. Un billet qu'il reçut de ce banquier mit fin à ses inquiétudes en lui annonçant un rendez-vous pour le lendemain chez le ministre de la guerre. Ce fut dans cette audience que M. Gisquet, spéculateur maintenant et non plus mandataire, conclut avec le maréchal Soult un marché dont les prix, rapprochés de ceux de M. Vandermeck, constituaient pour le trésor une perte d'à peu près deux millions cinq cent mille francs.
De fâcheuses rumeurs ne tardèrent pas à se répandre. Les soumissionnaires repoussés se plaignirent. Pourquoi cette préférence accordée à M. Gisquet, et si ruineuse pour le trésor? M. Gisquet avait-il, pour fixer le choix du mi? nistre, des connaissances spéciales ? Était-il , avait-il été officier d'artillerie? Présentait-il, du moins, comme négociant, les garanties convenables? Quel motif mystérieux avait pu faire confier à un homme d'affaires, dont la maison paraissait en déconfiture, une opération qui exigeait et des connaissances particulières et une solvabilité incontestable? Bientôt les plus graves soupçons se mêlèrent à ces discours pour les envenimer. On fit remarquer que M. Casimir Périer était lié commercialement à M. Gisquet par une commandite de 950 mille francs, remontant à 1828, et par une autre commandite de 980 mille francs, datant du 2 juillet 1830. On supposa que M. Casimir Périer avait voulu sauver ses inté-
(1) M. Gisquet reconnaît loi-même ceci dans ses Mémoires, (T. I , p. 186.)
(2) Od lit en marge d'an rapport adressé an maréchal Soult par les officiers d'artillerie : « 11 sera nécessaire d'é~ » prouver tons les canons des fusils , sans exception, qui ne • proviendront pas de la Tour de Londret. »
Et M. Gisquet, voulant prouver dans ses Mémoires que la